Cahiers de lecture - Printemps 2017

Été 2010 - L’abondance, la richesse et la connaissance

2010ete250C’est Lord Durham qui doit se retourner dans sa tombe ! Le petit peuple du Saint-Laurent n’a pas seulement continué son chemin et fait son histoire, il la raconte et la questionne avec une fougue et une vitalité remarquables. La production des historiens québécois est d’une abondance et d’une richesse qui la démarque très nettement dans l’ensemble de la production des sciences humaines. Il fallait le souligner et c’est la raison pour laquelle Les Cahiers de lecture présentent ici une très solide sélection des ouvrages récents.

Nous suivons déjà assez fidèlement la production historienne, nos numéros antérieurs en témoignent, mais nous voulions, avec ce dossier, faire un effort particulier pour attirer le regard et contribuer à notre manière à l’enrichissement des nombreux débats qui structurent cette discipline et qui font l’essentiel de sa vitalité. S’il fallait la caractériser d’un seul trait d’ensemble, on pourrait dire que s’y renouvelle et s’y incube d’une manière fort stimulante la question nationale. La mémoire historienne, faut-il le préciser, n’est jamais étrangère aux mouvements profonds de la vie de la nation et une production si bouillonnante ne peut qu’être un indicateur fiable que quelque chose d’important est en train de se passer dans la représentation du Québec et, du coup, dans sa façon de se projeter.

La critique du nouveau programme d’histoire nationale y est à coup sûr pour quelque chose. Des ouvrages importants y ont été consacrés, reposant plus ou moins explicitement la question de la pertinence du cadre de référence national. Est-il toujours pertinent, fournit-il les paramètres heuristiques essentiels à la compréhension du destin commun ? Ceux-là qui le contestent ne se font pas toujours l’obligation d’expliciter les aboutissants théoriques de cette contestation qui, ultimement, témoigne d’un consentement non seulement au statut de minoritaire, mais aussi au processus de minorisation de notre peuple dans le Canada.

Il faut aussi noter que chez ceux qui continuent de penser notre histoire dans la référence québécoise, les débats sont vifs. Les découpages convenus, les notions fourre-tout, même des repères familiers font l’objet d’âpres débats. Il ne s’y joue pas seulement des affrontements de périodisation, mais aussi, et surtout, des jugements analytiques fondamentaux quant à la nature de notre société, ce qui lui donne son dynamisme et caractérise aussi bien son mode de changement que les voies concrètes qu’il a empruntées.

Comment parler de la diversité de la production sans faire remarquer l’extraordinaire imagination des chercheurs qui s’aventurent dans des domaines, ou qui découpent des objets de recherche, selon des perspectives inédites, mariant souvent la créativité à un sens de l’observation et du questionnement des évidences qui forcent l’admiration ? Plusieurs des ouvrages ici recensés appartiennent à cette catégorie et nous aurions tort de bouder le plaisir qu’ils procurent. Et ce serait faute grave de ne pas souligner l’excellence du travail d’édition qui sert fort judicieusement et met bien en valeur l’originalité et la richesse de la production. À cet égard, le travail des éditeurs d’ouvrages d’histoire est particulièrement remarquable dans notre paysage éditorial et il faut leur rendre hommage.

Ce numéro où l’histoire occupe une si grande place n’est pourtant pas un numéro bilan. C’est plutôt un numéro célébrant l’intelligence et la volonté de connaître qui se manifestent de façon si éloquente dans la production historienne. C’est aussi une manière de saluer bien bas tous les auteurs qui, en dépit d’un système de subvention et de certaines idéologies universitaires toxiques prônant le tout à l’anglais, n’en continuent pas moins d’inscrire leur travail dans notre culture en s’y exprimant dans notre langue qu’ils enrichissent et font rayonner de ce fait même. La culture québécoise est bien vivante et sa vitalité n’est pas atteinte par la morosité des jours que distillent aussi bien les idéologues de la régression nationale que les défaitistes qui ont la cote dans une trop grande partie des élites de divers milieux. On le lira ici avec bonheur, notre histoire est toujours en marche.

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