Cahiers de lecture - Printemps 2017

Printemps 2016 - La culture est toujours un combat

2016printemps250Le Devoir du 6 février dernier nous apprenait qu’une école primaire de Gatineau invitait les parents à participer à une campagne de vente de tablettes de chocolat pour… acheter des pupitres ! Ce n’est plus de l’austérité, c’est plus que de l’indigence, c’est du non-sens et de la démission.

Le Québec ne se voit plus aller. Les compressions dans tout le système scolaire, de la maternelle à l’université, le saccage des Centres de la petite enfance, des écoles insalubres qui sont devenues de véritables bombes bactériologiques dans les quartiers populaires, rien n’y fait. Les chaînes humaines autour des écoles, le changement de ministre pour un plus fin politicien, les manifestations de parents dans des dizaines de villes pour demander que cesse le démantèlement, tout cela pour aboutir à des sondages qui redisent l’insatisfaction et… les intentions de voter pour en redemander ! Le Québec s’agite dans un brouillard qui n’a d’égal que l’épaisse confusion des esprits.

Une société qui tolère le saccage de l’éducation renonce à l’ave nir. Il faut le reconnaître, cela ne relève pas de l’intendance, ce n’est pas une affaire de budget d’abord, c’est l’expression d’une grave crise culturelle. Une crise dont les ressorts profonds sont ceux de l’anomie, de la « pratique tranquille du non-sens » (selon le mot cruel de Colette Moreux) dans laquelle sombre la dynamique culturelle d’une société incapable de s’assumer, fascinée par le nihilisme marchand et tentée de se laisser couler dans la normalisation continentale. Josée Boileau, dans son remarquable éditorial d’adieu au Devoir, se désolait de constater l’état de déconnexion du Québec non plus seulement avec lui-même, mais avec le réel et les défis qu’il lui pose.

Hélas ! ce constat, ce n’est pas la première fois qu’il s’exprime dans notre quasi-pays qui ne parvient guère à devenir une référence pour lui-même. L’anesthésie qui semble frapper des pans entiers des institutions et groupes qui portent une large part des représentations collectives qui façonnent le débat public et les récits médiatiques, cette anesthésie n’est que le révélateur d’une domination culturelle écrasante. Le concept est sorti de la plupart des discussions publiques portant sur notre avenir, mais la chose, elle, n’en continue pas moins de peser lourdement. Domination de la culture de masse de l’american dream, domination de l’univers culturel du festif uniformisateur, domination du multiculturalisme canadian, cela fait beaucoup de logiques de nivellement qui s’emboîtent.

Il faudra un immense effort et des prodiges d’imagination subversive pour redonner de la centralité à notre vie culturelle et, plus globalement, pour accorder à notre culture tout son potentiel instituant. Il faut cependant commencer par le commencement et entreprendre de braconner les espaces qui permettront à la créativité culturelle de féconder l’avenir. Les livres sont de précieux outils pour faire ce travail. Il faut les faire circuler, les discuter, les faire connaître et les rendre indispensables à toute discussion publique. Ils ne règleront pas tout, tant s’en faut. Mais sans les livres il n’y aura rien de durable. L’exigence savante est une exigence culturelle incontournable.

Nous savons cependant que les médias de masse ne sont pas les lieux privilégiés pour porter ces actions. La culture québécoise y est devenue de plus en plus exotique pour elle-même. Les émissions qui parlent des livres restent prisonnières de l’infodivertissement et campées dans les poncifs du multiculturalisme bon chic bon genre tels qu’on peut les subir à Radio-Canada et ses avatars. Le travail de restauration culturelle passera par d’autres chemins. Il faut miser sur les bibliothèques publiques, replacer la littérature nationale et les essais québécois au cœur des références pédagogiques à tous les échelons du système scolaire, plaider partout pour la lecture. Il faut investir les lieux publics que le complexe médiatique n’a pas encore totalement phagocytés.

Nouveaux médias, nouvelles pratiques cherchant des chemins de travers, il faut aborder avec confiance le travail de résistance. Dans tous les domaines, les œuvres sont riches et abondantes, il suffira d’élargir leur audience, de leur donner l’importance et l’attention qu’elles méritent pour qu’elles contribuent à raccorder le Québec avec lui-même. Cela se fera progressivement, peut-être même subrepticement, mais il ne faut jamais écarter la possibilité que l’Histoire nous surprenne. Il arrive parfois que des peuples triomphent de leurs démons et de leurs maîtres.

Plus que jamais la culture est un combat.

Robert Laplante
Directeur des Cahiers de lecture

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