Comptes rendus

  • Makek Chebel. L’inconscient de l’islam

     Makek Chebel
    L’inconscient de l’islam, CNRS Éditions, Paris, 2015, 128 pages

    Maleck Chebel est anthropologue des religions, philosophe, historien et il a exercé la psychanalyse. C’est un spécialiste du monde arabe et de l’islam. Il est d’origine algérienne et a enseigné dans diverses universités. En 2009, il a publié chez Fayard une traduction du Coran. C’est un des penseurs musulmans favorables à un islam libéral et moderne qui prône une séparation radicale entre le pouvoir religieux et le pouvoir politique.L’inconscient de l’islam, son court essai de 128 pages, emprunte à l’anthropologie, à la sociologie, à l’histoire, à la psychanalyse et à la science des religions. Il en résulte uneinévitable densité, doublée d’une certaine complexité, surtout dans les parties qui font référence à la psychanalyse. On ne saurait cependant le lui reprocher compte tenu de la grande pertinence et de l’actualité de la thématique.

  • Martine Tremblay. La rébellion tranquille

    Martine Tremblay
    La rébellion tranquille. Une histoire du Bloc québécois, Éditions Québec Amérique, 2015, 628 pages

    Plus de vingt-cinq ans après sa fondation comme parti politique sur la scène fédérale, le Bloc québécois s’est vu consacré, l’automne dernier, un ouvrage fouillé et documenté sur sa propre histoire. Ce livre d’une grande richesse, elle le fruit des recherches de l’auteure Martine Tremblay, ancienne directrice de cabinet de René Lévesque et historienne de formation. Portant bien son titre : La rébellion tranquille, une histoire du bloc québécois 1990-2011 relate avec moult de détails comment le Bloc québécois est né et s’est ancré sur la scène fédérale canadienne, sans faire de révolution.

  • Alain Deneault. La médiocratie

    Alain Deneault
    La médiocratie, Montréal, Lux, 2015, 218 pages

    Alain Deneault a sorti l’artillerie lourde pour en finir avec les médiocres qui domineraient notre monde. Dans un petit essai consacré à ce qu’il nomme la « médiocratie », il s’intéresse à une structure de pensée qui pousserait notre monde à prescrire une certaine manière d’être proscrivant tout à la fois l’intelligence et l’originalité. La société contemporaine serait fondamentalement médiocre : elle ferait de la médiocrité son logiciel. D’ailleurs, les médiocres, qui se reconnaissent entre eux et qui savent s’appuyer les uns les autres, s’emparent de tout : ils imposent leur règne. En fait, ils imposent même un nouveau régime idéologique et politique qui ne dit pas son nom, mais qu’il faut dévoiler : n’est-ce pas au sens propre la signification de la médiocratie ?

  • André Leclerc. Fernand Daoust. Bâtisseur de la FTQ

    André Leclerc
    Fernand Daoust. Bâtisseur de la FTQ (1964-1993), Montréal, M Éditeur, 2016, 389 pages

    Si Fernand Daoust fut le « bâtisseur de la FTQ », comme le titre André Leclerc dans le deuxième tome de la biographie qu’il consacre à ce grand Québécois, on peut dire qu’il se servit de celle-ci comme instrument pour promouvoir les nombreuses causes qui lui tenaient à cœur.

    Parmi celles-ci, la défense de la langue française, particulièrement sur les lieux du travail, fut sans doute la plus importante pour celui qui fut un des compagnons de lutte de Camille Laurin, le père de la loi 101.

  • Andrée Ferretti. Mon désir de révolution

    Andrée Ferretti
    Mon désir de révolution, Montréal, XYZ éditeur, 2015, 146 pages

    Comment en vient-on à désirer la révolution ? C’est ce parcours intellectuel et militant que relate une Andrée Ferretti dont le verbe garde son mordant. Si elle ne laissait pas indifférents René Lévesque et même Pierre Bourgault par son caractère obstiné, on retrouve, des décennies plus tard dans son œuvre écrite, « la pasionaria » décrite par Jacques Lanctôt.

  • Aurélie Lanctôt. Les libéraux n’aiment pas les femmes

     Aurélie Lanctôt
    Les libéraux n’aiment pas les femmes, Montréal, Lux éditeur, 128 pages

    Les libéraux n’aiment pas les femmes est le premier livre d’Aurélie Lanctôt, jeune vedette du militantisme féministe québécois. L’auteure est chroniqueuse dans plusieurs tribunes, dont le journal Voir, Urbania, la Gazette des femmeset le site Ricochet. Le livre est une attaque contre la politique économique du gouvernement Couillard, décrite comme étant particulièrement nuisible à la condition féminine québécoise. L’ouvrage parvient à déployer un argumentaire souvent habile et incisif qui présente bien les effets nocifs des politiques d’austérité du gouvernement libéral, mais le propos est toutefois diminué par plusieurs failles dans la forme et le fond du texte.

  • Carl Bergeron. Voir le monde avec un chapeau

    Carl Bergeron
    Voir le monde avec un chapeau, Montréal, Boréal 2016, 357 pages

    Voir le monde avec un chapeau est un ouvrage émouvant. Il est un de ces livres qu’on peine à déposer. L’auteur Carl Bergeron (Un cynique chez les lyriques, 2012), dans ce livre qui se présente sous la forme d’un journal chronologique, dresse le portrait d’un lieu et d’une époque. À travers ses lunettes se dessine le Québec des années 2010, pour le meilleur et souvent pour le pire. Car il faut le souligner, on ne sort pas spontanément enchanté de la lecture du livre de Bergeron. Certes, son style, tout comme sa prose, captivent. Il en est de même du propos, varié et intelligemment abordé. C’est sans doute le diagnostic qu’il pose, ou du moins le portrait de notre société qu’il dresse, qui sans nous surprendre, n’en est pas moins bouleversant.

  • Cécile Alduy et Stéphane Wahnich. Marine Le Pen prise aux mots

    Cécile Alduy et Stéphane Wahnich.
    Marine Le Pen prise aux mots : décryptage du nouveau discours frontiste, Paris, Seuil, 2015, 310 pages

    La visite de Marine Le Pen au Québec a suscité la controverse et de nombreuses déclarations intempestives cherchant à diaboliser ce parti. Ces attaques étaient bien souvent ad hominem et s’appuyaient sur des connaissances bien approximatives des positions du Front national. Les contempteurs québécois répétaient les dénonciations propagées par les médias français. En France, le Front national et ses dirigeants sont constamment la cible de la classe politique et médiatique. Ces dénonciations sont aussi véhiculées par des universitaires qui au nom d’un progressisme de bon aloi se servent d’approches scientifiques pour valider leurs partis pris idéologiques.

  • Claude Cardinal. Une histoire du RIN

    Claude Cardinal
    Une histoire du RIN, Montréal, VLB, 2015, 504 pages

    Claude Cardinal a réalisé une biographie institutionnelle captivante du Rassemblement pour l’indépendance nationale. Il y relate de façon rigoureuse les péripéties du premier parti indépendantiste moderne en s’appuyant sur des sources premières. Il a le mérite d’avoir fouillé les archives de ce parti de façon minutieuse et construit sa trame narrative en s’appuyant sur l’analyse des procès-verbaux, des rapports financiers et des lettres des militants. Il a adopté une démarche chronologique qui nous permet de suivre le développement de ce parti avec ses problèmes organisationnels, ses conflits internes et ses débats idéologiques. Ayant été lui-même militant de ce parti, il a connu de l’intérieur ses forces et ses faiblesses qu’il nous décrit sans complaisance. Cardinal se fait toutefois discret sur ses propres faits d’armes ne les évoquant que rarement comme à la page 344 lorsqu’il confronta publiquement Jean Marchand.

  • Claude Corbo. Honoré Mercier – Discours 1873-1893

    Claude Corbo
    Honoré Mercier – Discours 1873-1893, Del Busso, 2016, 434 pages

    Je rêvais que l’anthologie des discours d’Honoré Mercier, publiée par J. O. Pelland en 1890, fasse l’objet d’une réédition ; je rêvais que les discours prononcés après 1890 y soient ajoutés ; je rêvais que Claude Corbo, passé maître dans l’art de l’anthologie, soit l’artisan de cet exercice monacal. Ces trois rêves se sont réalisés, d’un coup. En prenant l’ouvrage sur les tablettes, j’avais impression de gagner le gros lot.

  • Des explications peu convaincantes

    Thomas Déri et Francis Dupuis-Déri
    L’anarchie expliquée à mon père, Montréal, Lux Éditeur, Collection Instinct de liberté, 2014, 244 pages

    Démystifier et déconstruire : voilà deux termes chers à l’intelligentsia occidentale. Dans la foulée des adeptes américains de la French Theory et de ses dérivés que sont les Gender Studies et les Cultural Studies, nombre de penseurs de notre temps sentent une urgence de remettre en question l’ordre établi. Et si en effet, en tant que citoyens de notre époque, nous poser en continuité avec la tradition occidentale était une erreur ? Et si notre héritage était sombre et condamnable, et menait lentement notre civilisation et l’humanité tout entière à sa perte ?

  • Edmond Dziembowski. La Guerre de Sept Ans/Les Pitt

    Edmond Dziembowski
    La Guerre de Sept Ans, 1756-1763, Éditions du Septentrion, 2015, 680 pages

    Edmond Dziembowski
    Les Pitt. L’Angleterre face à la France, 1708-1806, Éditions du Septentrion, 2015, 600 pages

    La guerre de Sept Ans, Frenchs and Indian Wars pour les Américains, Guerre de Conquête pour les Québécois, aura été qualifiée par Winston Churchill de première guerre mondiale de l’histoire. Amorcé par un incident de frontière aux confins de l’Ohio qui a vu la mort de l’officier Joseph Coulon de Villiers de Jumonville aux mains d’un détachement commandé par le Virginien Georges Washington, ce conflit purement colonial a fini par embraser l’Europe et s’est étendu sur quatre continents.

  • Éric Pineault. Le piège Énergie Est

    Éric Pineault
    Le piège Énergie Est. Sortir de l’impasse des sables bitumineux, Montréal, Les Éditions Écosociété, 2016, 237 pages

    Détenteur de la troisième plus grande réserve de pétrole au monde, le Canada a connu avec l’exploitation des sables bitumineux, une véritable mutation économique. Il est devenu un pétro-État, un état extractiviste, c’est-à-dire un état dont l’économie a pour centre de gravité l’extraction et l’exploitation des ressources naturelles. En quelques décennies à peine les investissements pétroliers sont passés de 5 % à 20 % du total de l’investissement privé au Canada. Des sommes colossales ont été consacrées à la mise en place d’un immense dispositif industriel entièrement tourné vers l’exportation d’un pétrole qualifié d’extrême, parce que son exploitation est trois à quatre fois plus polluante que celle du pétrole conventionnel et qu’elle génère 17 % de plus de GES. 

  • Éric Poirier. La Charte de la langue française

    Éric Poirier
    La Charte de la langue française. Ce qu’il reste de la loi 101 quarante ans après son adoption
    Québec, Éditions du Septentrion, Collection Cahiers des Amériques, 2016, 254 pages

    Disons-le d’entrée de jeu. Le livre d’Éric Poirier, La Charte de la langue française. Ce qu’il reste de la Loi 101 quarante ans après son adoption, est une œuvre magistrale qui fera époque par son érudition, mais surtout par la perspicacité de son analyse et les perspectives qu’elle dégage.

    Originaire de Hawkesbury, en Ontario, Éric Poirier nous confie qu’il s’est un jour rendu compte qu’il était « fatigué de demander des services en français et que cela ne servait à rien s’il y avait cent autres personnes qui ne le faisaient pas. C’est là que j’ai compris qu’il fallait que l’État intervienne, si je ne voulais plus être en position de quémandeur ».

  • Franck M. Guttman. Le diable de Saint-Hyacinthe

    Franck M. Guttman
    Le diable de Saint-Hyacinthe. Télesphore-Damien Bouchard, Hurtubise, 2013, 514 pages

    La biographie de Télesphore-Damien Bouchard par Franck M. Guttman, parue en version française traduite chez Hurtubise, tient davantage de l’hagiographie que de la contribution scientifique. Il faut dire que l’auteur cite abondamment les mémoires de son héros qui pense incarner un style littéraire constituant « une fusion des styles de Victor Hugo et de Léon Tolstoï » !

  • Frédéric Bérard et Stéphane Beaulac. Droit à l’indépendance

    Frédéric Bérard et Stéphane Beaulac
    Droit à l’indépendance. Québec, Monténégro, Kosovo, Écosse, Catalogne, Les Éditions XYZ, 2015, 271 p.

    À l’heure où l’on entend dire que la question nationale intéresse moins qu’auparavant, la parution d’un livre sur le droit à l’indépendance nepouvait que nous intriguer. Surtout quand il s’agit d’un livre rédigé par deux juristes d’obédience fédéraliste, Frédéric Bérard et Stéphane Beaulac, alors qu’au cours des dernières années les livres portant la question nationale ont plus souvent été l’œuvre de souverainistes.

    D’emblée, ce livre provoque toutefois une certaine déception. Alors que son titre, Droit à l’indépendance. Québec, Monténégro, Kosovo, Écosse, Catalogne, annonce une vaste étude puisant abondamment dans des cas étrangers, il s’agit plutôt d’un long commentaire sur le Renvoi relatif à la sécession de la Cour suprême du Canada de 1998 avec quelques références à des cas étrangers visant essentiellement à mettre en valeur ce renvoi.

  • Gilles Proulx. Nouvelle-France

    Gilles Proulx
    Nouvelle-France. Ce qu’on aurait du vous enseigner, Les éditions du Journal, 2015, 342 pages

    La passion de Gilles Proulx pour l’histoire n’est plus à démontrer. Grâce à ses émissions de radio et de télévision, à ses livres et interventions publiques, il a plus fait pour faire connaître et aimer notre histoire que tous les historiens professionnels réunis ! Le présent ouvrage, intitulé tout simplement Nouvelle-France, est la réédition d’un autre publié en 1992 : Ma petite histoire de la Nouvelle-France. Si le titre du livre annonce le sujet, le sous-titre, Ce qu’on aurait dû vous enseigner, explique les raisons pour lesquelles Proulx a senti le besoin de le rééditer. Dès la préface, l’historien Gilles Laporte avance que la dernière réforme de l’enseignement de l’histoire a eu comme résultat de former « des ignorants compétents, fort adroits pour critiquer et débattre, mais désormais dépourvus des connaissances historiques permettant seules de doter le jeune d’un jugement éclairé et d’une culture nationale commune à tous les habitants du Québec » (p. 5).

  • Hugo Fontaine. La grenade verte

    Hugo Fontaine
    La grenade verte. Valcartier 1974 : les oubliés de la compagnie D, Montréal, Éditions La Presse, 2011, 199 pages

    Le 30 juillet 1974, par un jour pluvieux, 136 adolescents, âgés de 14 à 19 ans, participant tous au camp d’été des cadets de l’armée à la base de Valcartier, près de Québec, s’engouffrèrent dans un des baraquements de la base. On devait leur dispenser un cours théorique sur la sécurité des explosifs.

     

  • Jacques Grand’Maison. Ces valeurs dont on parle si peu

    Jacques Grand’Maison
    Ces valeurs dont on parle si peu. Essai sur l’état des mœurs au Québec, Montréal, Les Éditions Carte blanche, 2015, 136 pages

    La lecture du dernier et sans doute ultime ouvrage de Jacques Grand’Maison me rejoint à plusieurs titres.

    D’abord, j’ai suivi toute l’œuvre du cher chanoine, en particulier les recherches qu’il a consacrées aux générations et à leurs rapports : un travail colossal de sociologue, qui a eu et garde le mérite de nous éveiller à une forme nouvelle des rapports sociaux, aux questionnements qu’ils soulèvent et aux perspectives qu’ils nous font parfois redouter. Jacques Grand’Maison et ses collaborateurs ont su nous convaincre de la nécessité de prendre en compte la grave crise de la transmission d’une génération à l’autre, non seulement dans la réalité ecclésiale du Québec en fin de XXe siècle, mais dans la dynamique chaude et conflictuelle de la société québécoise confrontée aux bouleversements de son action sur elle-même. Les rapports entre générations sont si distendus que c’est « le tissu humain et spirituel » qui s’en trouve tout effiloché et menacé dans ses formes autant que dans sa durabilité. Jacques Grand’Maison a ainsi contribué efficacement à élargir le concept de rapports sociaux, bien au-delà des « rapports de classes » et j’ai pu croiser ses chemins de réflexion avec mes recherches et mes diverses interventions dans le champ naissant de la gérontologie sociale québécoise.

  • Jean-François Lisée. Octobre 1995

    Jean-François Lisée
    Octobre 1995 – Tous les espoirs, tous les chagrins, Montréal, Québec Amérique, 2015, 206 pages

    Au fil des décennies, Jean-François Lisée nous a offert des ouvrages de différente envergure, voire d’inégale valeur. Cet opus ne figure certainement pas parmi les plus importants du prolifique auteur. Il mérite toutefois qu’on s’y arrête.

    On peut diviser grossièrement le livre en deux volets : un premier portant sur l’action politique des grandes figures des deux camps, celui du OUI et celui du NON, à la veille du référendum du 30 octobre 1995. Un second portant sur ce qu’aurait été la vie nationale québécoise et canadienne après une hypothétique victoire du OUI.

Collections numériques (1917-2013)

action couv 1933Bibliothèque et Archives nationales du Québec a numérisé tous les numéros de L'Action française et de L'Action nationale depuis 1917.

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