Éditoriaux

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Les éditoriaux de Robert Laplante ont été regroupés dans deux ouvrages en vente à la boutique

  • Éditorial - Nous n’aurons pas honte

    2015janvier250La grogne commence à monter. Le ras-le-bol s’affirme de plus en plus crument. On commence à en avoir assez de la morgue des idéologues qui sacrifient aux idoles du marché et nous assènent des évidences comptables comme les zélotes pérorent sur le pas des portes pour satisfaire aux normes sectaires du prosélytisme. On la sent bien la hargne rentrée à l’endroit de ce qui pourrait encore évoquer les aspirations que nous avons déjà eues de ne point nous satisfaire de la médiocrité.

    Le discours de ce gouvernement, ses non-dits, ses sous-entendus, ses allusions malveillantes, tout cela donne à son arsenal idéologique une redoutable efficacité. Il distille la déprime pour mieux remettre le peuple à sa place.

  • Éditorial - Il faut faire monter la mise

    2014dcembre250Le geste mérite d’être salué : le pied de nez aux puissants que vient de faire Gabriel Nadeau-Dubois en remettant son Prix du gouverneur général au regroupement « Coule pas chez nous » est susceptible de mettre le Québec en mouvement. La réponse au premier appel de soutien au financement est encourageante. Il faut faire monter la mise.

    Il faut non seulement accroître les moyens de financer l’opposition, il faut élargir les motifs de protestation. Ce qui se joue dans ces projets, ce n’est pas seulement la protection de l’environnement et des bélugas. Ce qui se joue là, c’est l’autodétermination du Québec. C’est notre capacité d’orienter notre développement et de faire servir nos avantages stratégiques à la construction d’une économie durable, propre. L’alliance du grand capital et de l’État canadian vise à nous imposer un fédéralisme pétrolifère, c’est-à-dire une servitude imposée. Notre territoire, notre façon de l’habiter, nos choix énergétiques et environnementaux sont de travers dans le chemin du nation building du pétroÉtat et Ottawa ne négligera rien pour réduire à néant toute volonté de s’y opposer au nom de notre intérêt national.

  • Éditorial - Dans la douleur du siècle naissant

    2014novembre250

    /au nord du monde nous pensions être à l’abri
     /loin des carnages de peuples
     /de ces malheurs de partout qui font la chronique
     /de ces choses d’ailleurs qui n’arrivent qu’aux autres
     /incrédules là même de notre perte
     /et tenant pour une grâce notre condition

     – Gaston Miron, « La route que nous suivons »

    Ce n’était pas la première fois que la violence politique faisait irruption dans notre traintrain provincial. Loin de là. Avant l’horreur d’un chauffard utilisant sa ferraille pour faire assaut sur des militaires, il y avait eu l’attentat contre Pauline Marois, pour rester dans ce siècle, et de nombreux autres sur lesquels un travail idéologique malsain s’exerce toujours pour en désamorcer la charge symbolique. La province n’ayant droit qu’à un petit destin, elle n’a droit dans la mémoire qu’à des événements à la signification ratatinée. Les efforts qu’avaient déployés les bonimenteurs de tout acabit pour dépolitiser l’attentat contre la première ministre élue, ont rapidement rebondi comme un écho distordu dans les premiers commentaires entourant l’attentat de Saint-Jean.

  • Éditorial - Une exigence logique, un impératif catégorique

    2014octobre250

    Entre les manifestations de solidarité et les attitudes compensatoires d’une bataille livrée par procuration, la frontière était mince. Plusieurs l’auront franchie allègrement, ce qui aura donné beaucoup de babillage médiatique tout en provoquant néanmoins, des redites et rappels pathologiques dont les significations politiques n’ont pas toutes été tirées, tant s’en faut. Nous serons vite passés des Highlands aux bas-fonds de la politique canadian. Ainsi aurons-nous eu droit au retour du spectral Stéphane Dion, tout heureux de bomber le torse devant les caméras pour vanter sa camelote de Clarity Bill et pour poser au grand théoricien de la démocratie. Il était pathétique à voir, tout autant que ceux-là qui ont accepté de lui donner la réplique, s’enlisant encore et toujours dans une pensée étrangère et hostile à notre peuple et à son existence.

  • Éditorial - L'ambition de rompre

    2014septembre250C’est le propre des périodes de transition de provoquer au moins autant de désespérance que d’attentes imbibées de pensée magique, de confiance en l’avenir et, souvent, de colère rentrée. On ne voit plus très bien ce qui naît dans ce qui meurt. Le cours des événements aussi bien que les manœuvres des puissants font alors pencher la balance du côté de l’engourdissement morose, du consentement à l’impuissance et d’une féroce envie de prendre congé de soi-même. Le Québec a souvent connu de tels épisodes, prisonnier qu’il est d’un carcan qui ne lui laisse guère de moyens de se déprendre des humeurs que son assujettissement lui impose. L’été qui s’achève aura certainement poussé d’un cran l’engrenage infernal du mépris de soi, de l’autodénigrement et de la culture de l’échec.

  • Éditorial - Le meilleur du ratatinement provincial est à venir

    2014juin250Le Québec vient de prendre la voie de la prospérité. Il faut croire la troïka des docteurs, se fier à l’idéologue du Conseil du trésor et faire confiance au banquier qui nous annonce en bilingue qu’il faudra faire un effort de plus. Personne ne le savait, mais la voie de l’austérité n’est pas encore celle sur laquelle le gouvernement Couillard nous engage. Pour l’instant, la province ne prendra qu’un sentier de portage, le temps que les conditions soient réunies pour lancer l’an prochain le gouvernement sur le grand boulevard de l’austérité, baptisé «chemin de la liberté» dans la novlangue des vraies affaires.

  • Éditorial - Pour une prochaine feuille de route

    2014avrilmai250Nommer les choses, c’est construire le monde. Les mots portent, au moins autant qu’ils nous portent. Dire pays n’est pas innocent. Dire combat non plus. Le pays du Québec n’est ni un rêve ni une chimère, c’est un combat. À l’heure où trop d’esprits s’embrouillent devant la tournure des événements, il n’est pas inutile de rappeler, comme le faisait si admirablement Pierre Perrault, que la trame même de notre existence nationale se lit d’abord dans l’affrontement impitoyable pour « la conquête du territoire de l’âme ».

    Penser la conjoncture nous fait d’abord l’obligation de bien choisir nos mots. Depuis toujours, notre existence nationale et notre aspiration à la liberté sont présentées comme des ambitions contraires à la Raison, à l’Histoire, à la Modernité, aux Valeurs universelles, à l’ordre des choses où le Canada nous place. Il est donc essentiel de revenir à la vérité élémentaire du langage : accepter de nommer l’indépendance comme un rêve, de laisser désigner les mobilisations inconstantes comme des fièvres passagères, c’est se voir et se définir dans l’œil et la rhétorique des adversaires. L’aspiration à l’indépendance, la volonté de vivre dans la plénitude de son être n’ont rien à voir avec les mouvements d’humeur épisodiques. Elles pointent et expriment une réalité existentielle, une nécessité vitale. L’indépendantisme ne renvoie pas à autre chose qu’à ce que nous sommes et voulons être.

  • Éditorial - Les circonstances forcent parfois le destin

    2014mars250Il faut voter. Cela tient tout autant de l’injonction que nous en fait notre devoir de citoyen que de la fatalité que nous impose la conjoncture. L’élection de 2012 n’aura été, somme toute, qu’un non-lieu. Dix-huit mois plus tard, force est de constater que les choses sont à reprendre, à peu près là où le choix ambigu des urnes les a laissées.

  • Printemps 2014 - La destruction de l'environnement éditorial

    2014printemps250Au moment d’écrire ces lignes, le Québec est encore invité à spéculer sur la date de la prochaine campagne électorale. Entre austérité et prospérité, les discours vont tenter de faire balancer nos cœurs et peut-être un peu aussi, notre raison. Le but : tenter de conquérir le pouvoir provincial, c’est-à-dire accéder aux leviers qui permettent de gérer la province avec les moyens que le Canada lui laisse. Dans ce contexte, il est fort peu probable que les débats se charpentent sur un portrait global de notre situation nationale. Rien là de bien nouveau, cela fait déjà deux décennies que la rhétorique sert à faire tourner les machines à boucane.

  • Éditorial - Se faire de la couenne

    2014fevrier250Ce n’est certes pas lui qui a lancé le bal, mais il s’est tout de même surpassé, le cheuf Couillard, avec ses déclarations sur la nécessité de se conformer aux standards continentaux. Ce n’était pas seulement une autre déclaration maladroite pour tenter de se dépatouiller dans le marasme de la position anti-charte. Le bon docteur a vraiment dit le fond de sa pensée. Une pensée de la soumission, un aveu sans fard. Celui qui veut signer la constitution illégitime pour fêter le cent cinquantième du Canada, l’homme qui ne jure que par la Charte du coup d’État de 1982 en a assez de faire semblant. Le parti qu’il dirige est celui du retour au bercail, de la succursalisation assumée. Canadian first and foremost !

  • Éditorial - La disgrâce n’est pas là où trop de gens l’ont cherchée

    2014janvier250L’épisode Mourani a été disgracieux, mais il ne méritait pas l’importance qu’on lui a accordée. Il n’était pas utile de faire des procès d’intention, de soupeser la part de mauvaise foi dans l’opportunisme ou de mesurer le carriérisme à l’aune du redécoupage électoral. Il suffisait de resituer l’épisode dans l’agonie du bouchardisme qui avait fait du Bloc québécois un adversaire émasculé, plus soucieux de se faire tenir pour respectable que menaçant, plus obséquieux envers la grandeur canadian qu’intransigeant envers l’hypocrisie du régime. La collision frontale avec le multiculturalisme aura mis fin aux alibis : il n’est plus possible de faire semblant de partager le même univers de référence. La nation québécoise agissant de manière conséquente ne pouvait plus cohabiter avec la rhétorique de l’ouverture si chère au Bloc du temps qu’il se conduisait en loyale opposition.

  • Éditorial - Le statut de province est hautement toxique

    2013novdec250La province de Québec n’a pas de point de vue sur le monde. Elle vit dans l’espace folklorique que lui aménage le gouvernement canadian, le seul autorisé à fixer les conditions et les modalités d’échange. La province de Québec n’a pas d’intérêt vital, elle n’est que bénéficiaire d’une politique étrangère qui détermine qui aura la becquée. Elle frissonne dans l’espérance des retombées. La province de Québec n’a ni territoire ni conscience de territoire. Elle ne sait rien de la raison géostratégique. Elle ne sait rien de ce que sa terre représente pour les autres, ceux qui veulent la traverser, la piétiner, la souiller. La province de Québec se porte à merveille.

    Et cela se sait à Calgary comme à Ottawa. C’est pourquoi elle est incapable de se penser dans la géopolitique du pétrole, ignorante des dynamiques continentales au point de n’avoir rien à dire sur ce que des forces hostiles cherchent à faire du Grand Fleuve. La province de Québec fleurit dans les esprits. Comme du chiendent perçant l’asphalte, elle a depuis longtemps traversé les mous raisonnements de trop nombreux souverainistes qui s’imaginent pragmatiques quand seulement ils renoncent et se défilent. La province de Québec est pusillanime et aveugle. D’une cécité morbide, celle de l’auto-aveuglement. Celle de l’indigence intellectuelle et de l’indolence satisfaite.

  • Éditorial - La servitude et les valeurs

    2013octobre250Dans une société normale, le débat sur la laïcité repose d’abord et avant tout sur des enjeux démocratiques, sur la façon dont les citoyens conçoivent la neutralité des institutions et la place du religieux dans la vie publique. Les réponses varient d’un État à l’autre, chacun tenant ses singularités, arbitrant le partage des domaines en fonction de sa tradition historique, de ses clivages sociaux et des choix fondamentaux touchant la place et l’aire d’extension de l’intervention de l’État.

  • Éditorial - Le déraillement du régime

    2013septembre250Un malheur ne vient jamais seul, nous rappelle le dicton, comme pour en rajouter sur les pertes de vie, les destins brisés et la communauté traumatisée de Lac-Mégantic. Un malheur ? Hélas toujours le même, nous révèle le cours des événements : le malheur de ne pas être maître chez soi. Les manchettes se succèdent, les déclarations se multiplient et c’est le tourbillon des avocasseries qui s’emballe.

  • Éditorial - Une idée porteuse

    2013juin250

    Le patrimoine bâti religieux est un immense trésor menacé. Les transformations de la pratique religieuse, l’état des finances de l’Église québécoise, l’ambivalence des attitudes à l’égard de la religion et des finances publiques sous pression forment un complexe faisceau de déterminants qui accroissent les risques d’une embardée culturelle majeure. Le rapport trouble et malaisé que notre peuple entretient avec son histoire, n’est pas pour arranger les choses.

    Il est pourtant inconcevable de laisser aller à vau-l’eau un tel héritage. Il est tout aussi invraisemblable de se laisser dicter par un pragmatisme amnésique des pratiques ruineuses qui finiraient par faire basculer dans la sphère des promoteurs privés ce qui, à tous égards, est un ensemble de biens publics.

  • Éditorial - La réponse est dans l'audace

    Les ingénieurs ont été les véritables icônes de la Révolution tranquille. Compétence, audace, confiance en soi et goût de bâtir, les cohortes qui ont forcé le jeu, qui ont fait mentir l’establishment anglais, qui ont renversé les cartels des ressources naturelles et donné à la nationalisation de l’hydro-électicité le supplément d’âme qui a propulsé dans l’épopée les grands projets de la Manicouagan, ces cohortes n’auront-elles eu de descendants que des parvenus ingrats ?

  • Éditorial - Pas de Québec français sans l'indépendance

    2013marsavril250Il y a cent ans, le 11 mars 1913, naissait la Ligue de défense des droits du français. Cette ligue fondera, quatre ans plus tard, la revue L’Action française – qui deviendra par la suite L’Action nationale. Cette organisation donnera une impulsion décisive à un mouvement qui traversera tout le siècle et qui fera de la défense et de la promotion du français un puissant levier de construction de la conscience nationale et de renforcement de la culture canadienne-française.

  • Éditorial - Nous avons mieux à faire

    2013fevrier250Au moment d’écrire ces lignes, mi-février, un seul mot s’impose pour décrire l’état de l’opinion publique à la veille du Sommet sur l’enseignement supérieur : fatigue. « Qu’on en finisse ! » c’est à peu près ce qu’on peut entendre partout où la politique austéritaire fait ses ravages. Ce n’est pas l’élévation qui s’impose, mais bien le renoncement.

    Qu’on en finisse certes, mais ce ne sera que pour mieux passer à un autre motif d’épuisement ! Le Québec tourne en rond dans sa servitude et le fardeau de son inachèvement continue, telle une meule abrasive, de moudre chacune de ses espérances. L’horizon baisse désormais si vite que l’expression même de Sommet – un héritage des temps anciens – est devenue dérisoire. Elle n’appelle plus personne à s’élever au-dessus de la grisaille des jours. On l’a entendu de mille manières, l’événement ne conviera qu’à trouver le meilleur moyen de passer sous la barre comptable, qu’à forer avec rage dans l’amas de démissions le tunnel du prochain renoncement. L’université québécoise restera en sursis.

  • Éditorial - Mettre fin à l'impunité

    La création du Centre universitaire de santé McGill a été une désastreuse erreur. Non pas une erreur de gestion, une erreur politique. Rien ne justifiait de créer deux mégahôpitaux universitaires à Montréal. Rien ne justifiait de partager moitié-moitié les fonds publics pour soutenir les institutions d’une minorité d’à peine 7 % de la population. Rien sinon la logique du développement séparé, la logique de l’apartheid feutré qui tient McGill et nombre d’institutions anglophones à l’écart de la réalité nationale. En acceptant de laisser se développer un centre que la démographie ne justifie pas, que la logique institutionnelle désaffilie des grands choix nationaux et que sa dynamique culturelle tient dans la logique du ghetto, le Québec s’est enferré dans un ruineux carcan.

  • Éditorial - Réussir l'unité

    2012decembre250 On ne pouvait s’attendre à plus fort symbole. La semaine même où le gouvernement Marois dépose un budget résigné, libéraux et caquistes insistent pour maintenir le drapeau canadian dans une enceinte où il n’a pas sa place. Les politiciens de la province ont fait la démonstration de leur petitesse : aucun sens de l’État, aucune connaissance même des règles élémentaires du pavoisement, aucun respect des symboles nationaux, une mesquinerie de partisans serviles. Ce sont des inconditionnels du Canada et ils vont se prosterner devant le symbole du viol de la démocratie québécoise. En pleine semaine de dépôt du budget, ils viennent plastronner leur indifférence à payer l’hypothèque sans même que notre signature ne soit au bas du contrat. Ils n’exigent rien d’Ottawa et n’ont que l’automutilation à proposer pour notre gouvernement national. Cela dépasse l’entendement, ils font comme si de rien n’était. Ils font, en fait, les hypocrites. Ils acquiescent à l’ordre imposé. Ils ont mis notre destin au clou, bazardé l’héritage. Ils sont des concierges clandestins dans la demeure de la nation. Ils ont signé la Constitution, mais ne veulent ni le dire ni l’assumer devant le peuple.