Éditoriaux

chroniquecequicherche
Les éditoriaux de Robert Laplante ont été regroupés dans deux ouvrages en vente à la boutique

  • Éditorial - Réussir l'unité

    2012decembre250 On ne pouvait s’attendre à plus fort symbole. La semaine même où le gouvernement Marois dépose un budget résigné, libéraux et caquistes insistent pour maintenir le drapeau canadian dans une enceinte où il n’a pas sa place. Les politiciens de la province ont fait la démonstration de leur petitesse : aucun sens de l’État, aucune connaissance même des règles élémentaires du pavoisement, aucun respect des symboles nationaux, une mesquinerie de partisans serviles. Ce sont des inconditionnels du Canada et ils vont se prosterner devant le symbole du viol de la démocratie québécoise. En pleine semaine de dépôt du budget, ils viennent plastronner leur indifférence à payer l’hypothèque sans même que notre signature ne soit au bas du contrat. Ils n’exigent rien d’Ottawa et n’ont que l’automutilation à proposer pour notre gouvernement national. Cela dépasse l’entendement, ils font comme si de rien n’était. Ils font, en fait, les hypocrites. Ils acquiescent à l’ordre imposé. Ils ont mis notre destin au clou, bazardé l’héritage. Ils sont des concierges clandestins dans la demeure de la nation. Ils ont signé la Constitution, mais ne veulent ni le dire ni l’assumer devant le peuple.

  • Éditorial - Des instruments pour se perdre de vue

    2012novembre250La publication des données du recensement provoque toujours de nombreuses réactions. C’est un moment crucial, en effet, où normalement l’idéologie vient se heurter aux faits et cela devrait suffire pour faire de cette publication un temps fort de la délibération publique sur nombre de sujets d’importance. Et parmi ceux-là, la discussion entourant les données relatives à la situation linguistique devrait occuper une place névralgique. Loin de clarifier les choses, cette année, la parution des résultats, le 24 octobre dernier, a largement contribué à semer la confusion. Et du coup à fournir un instrument de désinformation supplémentaire aux adversaires du français et aux tenants du consentement hypocrite à notre minorisation.

  • Éditorial - Réapprendre à se battre

    2012septobre250L’élection du Parti québécois annonce une période qui sera fort périlleuse pour notre avenir national. Les forces de normalisation du Québec, l’action combinée d’un establishment québécois inconditionnel du Canada, une politique de nation building et de déstabilisation de l’État québécois – toujours trop fort, même ligoté – vont nous valoir une offensive de minorisation sans précédent. La lutte sera féroce. Autant le dire haut et fort : il faut s’attendre au pire. Et le pire dans notre situation se présente toujours sournoisement. Pour affronter telle offensive, il faudra rompre avec le bonnententisme d’un peuple prisonnier de ses démons intérieurs et captif de sa funeste propension à toujours minimiser ses pertes. Cela passera par le raffinement de nos outils d’analyse, par le renouvellement de l’action militante et par une plus grande inventivité à contourner les puissants moyens de conditionnement de l’opinion que dressent devant notre mouvement des forces capables d’instrumentaliser aussi bien l’univers médiatique que les ressources institutionnelles.

  • Éditorial - Ce qui cherche à naître

    Cet éditorial paru dans le numéro d'avril 2012 a donné son titre au recueil publié par L'Action nationale Éditeur.

    2012avril250La jeunesse étudiante a pris son Québec à bras-le-corps. Par dizaines de milliers, dans des manifestations, dans les interminables palabres à faire chauffer l’atmosphère des cafés, dans les gestes d’éclats et les heures de doute, ils ont commencé quelque chose qui les portera longtemps. À leur manière, dans leurs mots et avec les problèmes tels qu’ils les voient, ils ont entrepris dans un effort intensif de se rêver leur Québec. Il ne faut pas se leurrer, le débat sur les droits de scolarité les entraîne bien plus loin que ne le voudraient les idéologues du tout-au-marché et de l’éducation placement à haut rendement. Il faut s’en réjouir et continuer de les accompagner.

  • Éditorial - Le chiard et le Chinese pâté

    « Ces étudiants-là n'échappent pas complètement au français. Ils vont à la cafétéria manger du pâté chinois et non du Chinese pâté. Ils sont confrontés au français, puisqu'ils baignent dans un environnement en français », a souligné Mme Grant [directrice des communications HEC Montréal]

    Le Devoir, 22 février 2012

    Rien ne va plus dans les universités.

    On avait subi le spectacle lamentable de l’UQAM où les parvenus ont fait dérailler les projets immobiliers avant de filer à l’anglaise, peinards. Enquête, commentaires embarrassés, morgue ministérielle et glose de recteurs. Pas de responsables. La tempête parfaite, comme le dira plus tard le portier Rousseau devant la Chambre de commerce à propos d’une autre gabegie. Le marché vous savez…

    Le marché, on sait. C’est celui dans lequel se jette une élite de gestionnaires universitaires qui se donnent des airs de grands businessmen à brasser du PPP de Rimouski à Saint‑Jérôme, à semer les pavillons un peu partout sur le territoire pour se livrer une guerre de clientèle digne des concessionnaires de McDo. Et ça valse à coup de centaines et de centaines de millions jusqu’au CHUM et au MUHC où le corps médical s’est couché devant l’iniquité anglaise, bordé par une classe politique timorée, morte de trouille à l’idée de s’attaquer aux privilèges rhodésiens.

  • Éditorial - Emparons-nous du Nord!

    2012fevrier250Il y a près de cent cinquante ans, le curé Labelle avait lancé ce mot d’ordre : « Emparons-nous du Nord ! » Le bon curé avait mobilisé les siens pour se lancer à l’assaut des Laurentides avec une vision claire de ce qu’il fallait faire : occuper ce territoire et le développer en prenant les moyens pour que ses immenses ressources servent la prospérité de notre peuple. Dans ce dernier quart du dix-neuvième siècle, Labelle proposait un modèle de développement centré sur la propriété et le contrôle. Son ambition était utopique, il ne disposait que de moyens dérisoires et ne pouvait mobiliser que des cohortes de colons encore plus pauvres que courageux. Pis encore, au moment où ces pionniers défrichent avec acharnement, les dés sont déjà jetés : le grand capital étranger a déjà fait main basse sur les ressources naturelles. Il aura eu beau multiplier discours, gestes d’éclats et projets, les moyens qu’il aura pu mettre en œuvre auront été nettement insuffisants. La bourgeoisie d’affaires canadienne-française peine à réunir des capitaux pour soutenir une mise en valeur sérieuse du territoire, l’État du Québec est dérisoire, sans moyen.

  • Éditorial - Nous ne sommes pas des «francophones»

    2012janvier250

    Tous les assauts portés contre la loi 101, toute la guerre de propagande conduite contre la vocation intégratrice de la culture québécoise donnent aujourd’hui leurs fruits. Le combat linguistique est à reprendre. Il est à refaire non pas pour les raisons intrinsèques à notre situation démographique – nous sommes une poussière sur le continent et cela nous obligera toujours à la plus grande vitalité. Non, il est à refaire parce que notre régression politique est en passe de nous faire perdre des repères que nous pensions avoir pourtant bien plantés dans notre paysage idéologique et notre bagage culturel.

  • Éditorial - Regarder loin, viser haut, trimer dur

    2011novdec250L’ordre du monde vacille. Les puissances de l’argent se crispent avec la détermination du désespoir. Voilà longtemps que les choses n’étaient pas apparues aussi crûment : les nations se rebiffent, les peuples refusent de se soumettre à un ordre de paupérisation. Cela se préparait depuis longtemps, mais les convulsions désormais se font plus intenses, les secousses plus fortes. Les trois décennies de néolibéralisme débridé sont derrière nous. La bête n’est pas morte, mais elle est mortellement atteinte. Il ne faut pas se laisser abuser par la véhémence de ses réactions, un ordre s’épuise.

  • Éditorial - Une crise à bas bruit

    2011octobre250 La métropole livrée au chaos, exposée aussi dangereusement à la médiocrité qu’à la mafia.

    La métropole glissant dans le baragouin, rongée par l’anglicisation et la marginalisation de notre culture.

    La métropole attendant l’asphyxie et l’effondrement des ponts.

    La métropole et ses élites muettes, incapables de formuler ne serait-ce qu’une protestation.

    La métropole soumise, tout entière suspendue au chantage odieux du gouvernement canadian qui joue du pont Champlain comme d’une trique pour mieux faire savoir qui décide quand ça compte.

  • Éditorial - Raffermir les liens, accroître les échanges (Catalogne)

    Le dossier Catalogne, la résilience d'une nation a fait l'objet d'une mention d'honneur spéciale dans le cadre du prix André-Laurendeau.

    2011juinseptembre250Il fallait le faire. Il fallait un instrument de plus pour raffermir les liens. Le Québec et la Catalogne ont déjà tant à partager, il fallait une passerelle de plus. Depuis quelques décennies déjà, les relations entre nos deux peuples s’intensifient. Les contributions ne sont plus seulement celles d’individus venus ici partager notre destin, elles trouvent forme désormais dans des institutions qui canalisent les dynamismes et accroissent la portée des échanges. Il est maintenant possible d’envisager de passer à un autre stade de coopération. Nos deux peuples peuvent s’enrichir mutuellement non seulement des leçons de leur persévérance, mais encore et surtout des innovations qu’ils auront à déployer pour bien s’inscrire dans le vingt-et-unième siècle.

  • Éditorial - La tentation minoritaire

    2011mai250Cela revient avec la régularité des marées, cette tentation de se fondre dans les courants d’une majorité douillette, de se laisser porter par le cours des choses, délesté enfin de soi-même. Le fantasme du minoritaire heureux du traitement qu’il reçoit est inhérent à notre histoire politique, chevillé à notre insécurité culturelle sur laquelle il agit comme un sédatif aux effets passagers. Il n’y a qu’un seul antidote à l’anxiété ontologique, c’est la liberté, l’épreuve de soi dans la responsabilité assumée. Cela ne nous sera pas donné et ce ne sera jamais acquis. Nous sommes condamnés à vivre sur la brèche, à tenir la ligne du risque, comme disait Pierre Vadeboncoeur. Cela nous inflige, de temps à autre, des tourments qui donnent à notre conduite politique des allures erratiques comme celle qu’elle vient de prendre.
  • Éditorial - Le coin de fer

     Le Canada vient de se lancer en campagne électorale. Par la force des choses et par une propension certaine à la restriction mentale les Québécois vont faire semblant que cela compte pour quelque chose. Évidemment, le Bloc québécois va faire campagne. À peu près seul, comme d’habitude en notre neigeux désert d’un printemps que nous ne cessons de reporter depuis bientôt vingt ans. Le plus absurde de la situation, c’est que le Bloc va soliloquer pour le plus grand ennui des Québécois en même temps qu’il s’acharnera à se présenter comme partie prenante dans une joute électorale où il est essentiellement instrumentalisé, matière à fabriquer des épouvantails. Nous n’y sommes pour rien dans cette histoire, à quoi bon s’acharner à continuer d’y projeter une ambivalence qui ne concerne que nous ?

  • Éditorial - Artisan de la grandeur (Hommage à Jean-Marc Léger)

    Jean-Marc Léger nous a quittés. Le Québec vient de perdre un très grand homme, L’Action nationale son plus ancien et plus fidèle artisan. Les nombreux témoignages rendus à l’occasion de son décès ont souligné son exceptionnelle contribution au développement du Québec, à son rayonnement ainsi qu’à celui de la langue française et de la culture québécoise. Jean-Marc Léger a porté très haut le flambeau de notre aventure collective.

  • Éditorial - Carrières, dépendance et cohésion nationale

    Il s’en passe des choses dans le petit monde de l’élite provinciale ! Les récentes semaines ont dû donner bien des frissons aux habitués des cocktails chics et des clubs privés. Deux figures bien connues ont fait les manchettes avec des promotions qui ont surpris ceux-là qui pensaient jusque-là que les filières de carrière étaient bien étanches et rigoureusement partagées entre deux réseaux séparés par la conviction nationale. Deux figures, deux exemples de ce qui arrive dans une petite société qui ne parvient plus à se donner le minimum de consensus sur ce que doit être l’intérêt national.

    On voudra bien nous plaider leur droit de gagner leur vie, nous faire des leçons de morale sur les cheminements professionnels légitimes, ces nominations n’en éclairent pas moins de façon exemplaire les tiraillements d’une élite qui ne parvient plus à s’assumer, à trouver son chemin dans le brouillard dans lequel baigne la province. Les places sont rares et limitées dans la bourgade, il faut donc s’attendre à ce que le jeu de la chaise musicale finisse par donner des surprises.

  • Éditorial - Ne plus rien souhaiter du tout

    Que peut-on souhaiter de bon pour le Québec en ce début de l’An nouveau ? La question a été ressassée mille et mille fois dans les fêtes de famille. Un grand ménage, une commission d’enquête sur l’industrie de la construction, sur le financement des partis politiques, sur le délabrement de la démocratie municipale ? Un regard plus exigeant sur le simulacre de démocratie scolaire ? Une bonne volée de bois vert à la Conférence des recteurs des universités? La mise à mort des PPP du CHUM, le renoncement à celui du MUHC ? Le redressement des rapports minorité/majorité et la reconfiguration des institutions pour donner un financement équitable aux universités françaises, pour mettre fin aux passe-droits dans les garderies confessionnelles et au financement des écoles du même statut ? Pour abolir les écoles-passerelles ? Le retour à une loi 101 aussi incertaine que la détermination qui nous relègue dans l’éternelle résignation minoritaire ? L’affirmation d’une conscience nationale forte chez une élite velléitaire ?

  • Éditorial - La médiocrité et le travail de sape

    2010octobre250Ils sont médiocres, mais ils savent ce qu’ils font. Ils n’improvisent guère sinon en ce qui touche les alibis. Ils se défendent mal et ne parviennent généralement pas à changer de parade dès que se manifeste la moindre résistance. C’est dès lors à peu près toujours le même scénario d’enlisement en tentant une relance par diversion. C’est ainsi que de proche en proche à peu près toutes les institutions sont touchées, tous les repères souillés, les plus beaux héritages profanés.

    Notre premier sous-ministre vise bas et il fait mouche plus souvent que les événements et le hasard ne devraient lui accorder: il a un talent rare pour le pourrissement. La morosité et la morgue qu’il sème au moins aussi souvent qu’il ne les utilise confèrent à sa politique et son gouvernement une efficacité redoutable. La déprime gagne en effet à un rythme effarant, mais c’est un effet recherché. Le seul projet politique possible dans les circonstances doit avoir un effet dépresseur, c’est une condition essentielle pour qu’il puisse se déployer. On ne peut travailler à réduire une aspiration nationale, à soumettre un peuple et le contraindre à régresser dans une résignation minoritaire consentie sans casser un à un les ressorts aussi bien symboliques qu’institutionnels de tout ce qui peut faire sa cohésion.

  • Éditorial - Se tenir droit dans la rupture

    2010maijuin250C’était pour ainsi dire inscrit dans les résultats référendaires de 1995. Un régime qui ne se maintient que par l’usurpation de notre droit à l’autodétermination, qui ne recule devant aucune manœuvre illégitime, qui multiplie les tactiques illégales et mobilise ce qu’il y a de plus veule chez ses intendants locaux ne peut déboucher sur autre chose. Le durcissement, ce n’était que la phase initiale : loi sur la clarté, asphyxie financière et haussement de ton politique, il n’y avait rien là que du prévisible, de la réponse normale d’un État qui s’est senti menacé. La phase deux, pour rappel, n’aura servi qu’à compléter le dispositif en déployant un immense arsenal de propagande et en s’assurant qu’il imprègne et mobilise tout l’appareil de l’État. Cela aura requis le recours au banditisme et à toutes les manœuvres dont nous aurons eu un aperçu avec le scandale des commandites. Le processus aura été facilité par un Lucien Bouchard inapte et timoré qui aura gaspillé une conjoncture favorable et pratiqué la servilité tétanisée. La phase trois se déroule sous nos yeux et personne ne l’incarne mieux que notre premier sous-ministre, un parangon de la politique mercenaire et de la capitulation intéressée.

  • Éditorial - Cela se paie, comme ça se vend

    2010janvier2509En fin de session, juste avant son départ pour Copenhague, Jean Charest s’est surpassé. On l’a vu en conférence de presse-bilan nous étaler tout son talent. Du grand art. L’employé du Parti libéral joue bien sa partition. Il connaît la musique. Et il est bien décidé à faire danser la province entière sur les rigodons de la démanche. Il est payé en cachette depuis des années ? Il avoue et se cabre devant l’évidence. C’est une affaire privée entre lui et son employeur, il a besoin de cet argent, c’est ce qu’il lui faut pour vivre, a-t-il sèchement répondu aux journalistes trop insistants. Une affaire privée ? Quelle outrecuidance ! Notre premier sous-ministre n’a pas le moindre respect pour nos institutions.

  • Éditorial - Notre État contre nous-même

    Le jugement de la Cour suprême du Canada invalidant la loi 104 – une loi votée à l’unanimité par notre Assemblée nationale pour mettre fin aux stratagèmes de contournement de la loi 101 – n’aura pas fait beaucoup de bruit. Quelques déclarations ici et là, une décevante prestation du Bloc québécois, pourtant aux premières loges pour lancer la charge, mais rien de substantiel, comme si la résignation avait déjà pavé la voie à ce tribunal étranger. Il aura fallu l’action de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal pour que les choses commencent à prendre forme.

  • Éditorial - L'obscénité du financement de l'apartheid

    Le dossier du CHUM n’en finit pas de s’alourdir sans que rien ne parvienne à troubler le silence assourdissant qui le recouvre de toutes les censures. Plombé par le dogmatisme des PPP, lesté par les jeux de coulisses et l’opacité de gouvernance, le projet du CHUM a d’ores et déjà basculé dans l’ordre du scandale. Nous avons appris en plein mois de juillet que les coûts de construction du centre de recherche étaient passés de 280 millions à 320 millions de dollars, que le nouveau ministre s’offrait la tête du directeur général, que la Fondation canadienne pour l’innovation avait rejeté la demande de financement malgré que le Fonds de recherche en santé du Québec ait qualifié d’exceptionnel le dossier du programme de recherche. À cela se rajoutaient les récriminations des architectes et ingénieurs qui veulent récupérer des honoraires pendant que les hypothèses de report d’échéancier nourrissent les paris les plus cyniques. Mais personne ne siffle la fin de la récréation, personne ne demande que lumière soit faite en notre Assemblée nationale. Rien n’ébranlera donc jamais les colonnes du temple de la démission collective.