Prix Richard-Arès 2009 - Allocution du jury

2009aresSEYMOURPARIZEAU
Michel Seymour, porte-parole du jury du prix Richard-Arès, Denis Monière, président de la Ligue d'action nationale, et Jacques Parizeau, lauréat.

Dans cet ouvrage, Monsieur Parizeau illustre une fois de plus les qualités qui ont toujours été les siennes. Il fait montre d’une formidable connaissance des rouages de l’administration publique québécoise tout en demeurant très près des gens. Il manifeste des qualités intellectuelles exceptionnelles tout en tenant un propos très accessible. Il tient compte de la complexité énorme des enjeux tout en démontrant un jugement sûr s’appuyant sur le sens commun. Ses connaissances théoriques rivalisent avec son souci de discuter d’applications concrètes. Il traite de sujets très sérieux, mais il le fait souvent avec un certain amusement. Il s’appuie sur une expérience de plusieurs décennies, mais il est en même temps capable de s’adapter au temps présent. Nous avons affaire à un grand politicien mais aussi à un excellent professeur, à un intellectuel universitaire mais qui est en même temps capable de s’engager ouvertement en faveur de la souveraineté du Québec. Il a les yeux tournés vers le futur, mais il fait montre de patience et tient compte de la capacité des Québécois à tolérer le changement. Il sait débusquer les très nombreux pièges tendus par les adversaires de la souveraineté du Québec, mais il peut en même temps manifester un certain optimisme serein face à l’avenir. Sur le fond, il a une vision progressiste de la société, mais celle-ci est en même temps une vision modérée. C’est un véritable homme d’État, mais il favorise aussi la décentralisation des pouvoirs vers les villes advenant un Québec souverain.

Ce sont là des qualités que l’on trouve rarement réunies dans une seule et même personne. Elles se retrouvent pourtant à chacune des pages de ce très beau livre. L’ouvrage transpire l’intelligence et la connaissance des dossiers, mais est en même temps écrit dans un langage simple. Sa plume est acérée mais il formule ses arguments avec décorum. Il n’y a pas une once de pédanterie dans cet ouvrage et pas une once de mépris ou d’amertume. Il y a au contraire un dosage savant de sagacité et d’amour pour le Québec. Le lecteur n’est pas mis en face des mémoires de Jacques Parizeau, car l’auteur ne ressasse pas nostalgiquement le passé. On pourrait au contraire dire en paraphrasant Gaston Miron qu’il arrive où tout commence. S’il retourne parfois dans le passé, c’est pour mieux penser la conjoncture présente et préparer l’avenir. À l’heure où les chroniqueurs de Gesca, comme des élèves modèles, cherchent à faire plaisir à leur patron en annonçant la fin du souverainisme québécois, Monsieur Parizeau, lui, annonce la fin de la récréation, remet les pendules à l’heure et prépare les Québécois aux nouveaux enjeux de la souveraineté.

Les vingt milles lecteurs qui se sont procuré ce livre auront tous remarqué que nous avons d’une certaine façon seulement eu droit à une partie des sujets susceptibles d’être abordés. Monsieur Parizeau choisit les thèmes qu’il souhaite traiter mais reconnaît explicitement ne pas vouloir discuter de tous les aspects de la question dans son livre. J’ose donc espérer qu’il nous entretiendra encore d’autres sujets dans un prochain ouvrage. Nous sommes tous disposés, Monsieur Parizeau, à vous épargner une autre tournée de promotion éreintante si c’est ce qu’il faut pour avoir droit à un autre bouquin de même envergure. Le Québec entier profiterait d’une autre contribution de votre part de même niveau. Il faut certes lire, méditer et reconnaître les mérites de ce livre-ci, mais votre contribution serait également appréciée sur une foule d’autres sujets : on songe notamment aux aspects géopolitiques de la souveraineté, à la défense nationale du Québec souverain, à l’intégrité territoriale du Québec, à la protection de nos ressources naturelles, qu’il s’agisse de l’eau, des forêts ou des mines, à l’indépendance énergétique et au système bancaire coopératif et au libre-échange avec l’Europe. On rêve également de vous voir faire un bilan d’ensemble de l’expérience québécoise au sein de la fédération canadienne. Voilà autant de sujets qui pourraient bénéficier d’un éclairage perspicace de votre part.

Jacques Parizeau est l’une des figures les plus importantes du Québec contemporain, mais il a un respect sacré pour «Monsieur et Madame tout le monde». Il connaît le Québec sous toutes ses facettes comme si c’était lui qui l’avait tricoté, mais il ne voit pas ce Québec là comme tricoté serré. Il n’existe pas de plus ardent et fidèle défenseur des intérêts supérieurs du Québec, mais en même temps, il a toujours gardé un style, un accent et des manières typiquement British.

Tout homme qui se tient debout, est le plus beau des monuments. (dixit George Dor) Nous avons aujourd’hui avec nous, chers amis, un tel monument. Nous rendons hommage à l’homme et au politicien, bien sûr, mais aussi aujourd’hui tout particulièrement à l’intellectuel et universitaire qu’il n’a jamais cessé d’être. Nous saluons la publication de son ouvrage par un modeste prix, mais nous savons très bien que sa véritable récompense serait de voir des dizaines de politiciens, des centaines d’intellectuels et des milliers de militants lui emboîter le pas pour faire avancer à nouveau la cause du Québec.

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