Éditorial - Nous n’aurons pas honte

2015janvier250La grogne commence à monter. Le ras-le-bol s’affirme de plus en plus crument. On commence à en avoir assez de la morgue des idéologues qui sacrifient aux idoles du marché et nous assènent des évidences comptables comme les zélotes pérorent sur le pas des portes pour satisfaire aux normes sectaires du prosélytisme. On la sent bien la hargne rentrée à l’endroit de ce qui pourrait encore évoquer les aspirations que nous avons déjà eues de ne point nous satisfaire de la médiocrité.

Le discours de ce gouvernement, ses non-dits, ses sous-entendus, ses allusions malveillantes, tout cela donne à son arsenal idéologique une redoutable efficacité. Il distille la déprime pour mieux remettre le peuple à sa place.

La recherche et la production des effets dépresseurs constituent des techniques connues des partisans de l’arasement néolibéral. La morosité qu’on nous sert et que des commentateurs complaisants ne se privent guère de cultiver commence néanmoins à changer d’état. Les préjugés qu’on instrumentalise pour casser du fonctionnaire, pour dénigrer l’État décrété inefficace et pour se draper dans la morale pour condamner ceux-là qui se refuseraient à voir que la province vit au-dessus de ses moyens, tout cela empoisonne l’atmosphère au point que la charge idéologique est en passe de se transformer en « empois de mort », pour reprendre l’expression de Gaston Miron. Jamais gouvernement provincial n’aura poussé si loin le discours du rabaissement, n’aura livré et servi une représentation aussi diminuée de notre peuple.

Le discours de l’austérité est en train de se métamorphoser : la hargne idéologique glisse progressivement du registre de l’intendance à celui de la culture et de l’identité. Et les signes de ce glissement ne cessent de se révéler comme autant de symptômes destinés à produire l’humiliation. La vulgarité des propos, l’indigence langagière, la grossièreté des remarques proférées aux mépris de règles les plus élémentaires du débat public ne sont pas des incidents de parcours. Ils ne sont pas seulement des manifestations de l’indigence intellectuelle des plus grossiers ministres de ce gouvernement, ce sont des signes annonciateurs de la culture de la honte. Ce sont des manifestations d’une politique de la médiocrité qui préfigure d’ores et déjà ce que les inconditionnels veulent nous faire subir comme destin canadian. Car l’humiliation est essentielle pour induire la régression nationale, pour nous faire tenir notre place dans le Canada. La rhétorique brouillonne, les fanfaronnades mal dégrossies, une inculture grimaçante, des communications débraillées, le style de ce gouvernement préfigurent la folklorisation à laquelle sa politique nous condamne.

Déjà bien préparé par les fantassins de la rigolade qui s’acharnent à semer la confusion entre l’ironie et l’autodénigrement, le travail de sape des mentalités que mènent les forces de nivellement qui contrôlent ce gouvernement produit des effets délétères. L’acharnement à réduire, éroder, quand ce n’est pas ouvertement à mépriser tout signe de la différence québécoise, à n’y voir que matière à rabaissement ou à déclassement dans les palmarès en tous genres, cet acharnement ne peut que saper la confiance en soi de notre peuple, souiller la représentation collective, casser toute envie de se dépasser.

Le gouvernement Couillard ne reculera devant rien pour faire violence au peuple du Québec plutôt que de mener une confrontation avec Ottawa. Il a totalement intériorisé les contraintes que le régime impose à notre existence nationale. Alors qu’il est évident que les finances publiques du Québec sont déstabilisées depuis des décennies par les réductions unilatérales des transferts d’Ottawa, le premier ministre reproche à son peuple de se conduire en assisté ingrat s’il ne consent pas à laisser souiller son fleuve et son habitat. Il préfère en rajouter en présentant les versements de péréquation comme une charité faite par un Canada magnanime plutôt qu’en expliquant qu’il s’agit là d’un retour de nos impôts. Philippe Couillard n’est un fier Canadian que pour mieux se présenter comme un Québécois à genoux. À genoux devant Ottawa, à genoux devant les agences de notation, à genoux devant l’ombre de ce que son propre gouvernement projette comme insignifiance et représentation rapetissée de nous-mêmes.

Il ne faut pas se tromper, ce gouvernement n’est pas sans projet. Ses ambitions ne sont pas d’abord économiques ou financières. Le PLQ au pouvoir c’est toujours l’affairisme poussé jusque dans ses plus sordides collusions. Mais c’est surtout depuis 1995, le parti du consentement actif à la minorisation définitive du Québec. Une minorisation piteuse de surcroît, car il n’a plus même le courage de tenter de négocier les honneurs de la reddition. Ce qu’il veut détruire du modèle québécois, c’est ce qui en lui exprime l’aspiration nationale et la traduit en institutions originales. Le gouvernement Couillard veut être fier de nous livrer normalisés, inoffensifs et serviles. Fier aux yeux du Canada, tant s’en faut. Car c’est lui la mesure de ce que nous sommes. Quand on se fait fort de prétendre que notre principal atout de développement tient à la ferveur du consentement que nous apporterons à ceux-là qui convoitent nos richesses, il est essentiel de s’acharner à minimiser nos capacités et notre potentiel.

Les prochains mois seront difficiles. Ce gouvernement incarnera plus que jamais la médiocrité qu’il voudrait nous voir embrasser. Le spectacle est déjà affligeant. Il n’y a pourtant pas lieu de céder au découragement. Nous valons mieux que ce que représente ce club d’affairistes qui ne se voient de destin qu’à servir un ordre voué à faire de nous des subalternes dociles, à présenter le Québec comme un bon « deal ».

On nous veut résignés, nous saurons tenir tête.

Il faut avoir suffisamment confiance en nos forces pour aborder le printemps en puisant aux ressources de la solidarité. Les mois qui viennent nous donneront le temps et l’occasion de nous retrouver au seuil des plus grandes ambitions. Nous allons en finir avec la petitesse et la pensée rabougrie. Et nous allons nous mettre en mouvement pour marcher du pas lent et lourd de l’acharnement à faire lever l’horizon.

Le Québec ne se laissera pas faire. Nous n’aurons pas honte de ce que nous sommes. Nous n’aurons pas honte de ce que nous voulons.

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