Septembre-Octobre 2015

Vol. CV nos 7-8

Éditorial - Le seul résultat qui comptera

2015septobre250Tout est toujours à recommencer. Quand fléchit la volonté, quand s’érode le courage, quand la lassitude prend le dessus, le bruit des choses mortes vient couvrir la parole, la retourner contre l’intelligence. Plus que toutes celles qui l’ont précédée, la campagne électorale est encombrée par les discours fossilisés. Pour un peu et l’on penserait que ce sont des revenants qui nous les servent tant les lieux communs qu’ils nous assènent nous semblent tout droit sortis des épisodes les plus médiocres d’une histoire qui bégaie.

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Élection fédérale - Dilemme cornélien ou faux dilemme?

Doctorant, politiques publiques comparées, Université McMaster

Que faire ?

« En votant pour un parti ne représentant qu’une portion du pays et n’aspirant qu’à un rôle d’opposition, vous vous excluez du pouvoir. Par ce nationalisme d’ailleurs, et bien qu’elle représente en fait les valeurs dont vous êtes porteurs, vous priverez la gauche de l’appui dont elle a besoin, contribuant de fait à la réélection des conservateurs. Qui plus est, vous ne commettrez là qu’une erreur stratégique de plus, l’indépendance politique ne pouvant être promue efficacement qu’à l’échelle de ses requérants ; pire encore, vous ne pourrez que vous éloigner de ce but en participant à légitimer un système que vous aspirez à quitter. »

Ces arguments sont évidemment familiers : ce sont les plaidoyers qu’entendent en boucle les Québécois depuis plus de vingt ans et encore une fois, dans le cadre de la campagne en cours. Or c’est aussi, pratiquement mot pour mot, ce que l’establishment unioniste a servi aux Écossais le printemps dernier, dans les semaines ayant précédé cet extraordinaire pied de nez qu’aura été l’élection de 56 députés nationalistes (SNP) sur une possibilité de 59 lors des élections britanniques du 7 mai. Il se sera agi d’un véritable coup de tonnerre : bien qu’y participant depuis les années 1930, le SNP n’y avait auparavant jamais récolté plus d’une dizaine de sièges. À l’évidence, nationalistes et progressistes n’auront pas été dupes des logiques fallacieuses de ceux qui, il y a un an à peine lors du référendum, leur reprochaient de toute façon déjà d’agir à l’échelle écossaise.

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Le démantèlement de la nation (chronique 8)

Nation to Colony

La période couverte s’étend du 5 juin au 23 août (environ deux mois et demi)1.

En 1946, Arthur M. R. Lower publiait Colony to Nation, qui devint immédiatement un classique. L’universitaire ontarien y proposait de lire l’histoire du Canada comme celle d’un territoire passé progressivement de colonie à nation. Une seule nation, bien sûr. Au mieux, pour lui, les Canadiens français étaient-ils une « nationalité », au sens de groupe ethnique2. Le système politique canadien accréditait pourtant alors l’idée des deux nations, ou des deux « peuples fondateurs » ; après tout, en 1867, les Canadiens français n’avaient-ils pas réussi à obtenir un État provincial ? C’est ainsi que deux nations au sens de deux peuples pouvaient alors cohabiter politiquement, quoiqu’inégalement, dans une seule nation au sens d’État souverain.

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Franck M. Guttman. Le diable de Saint-Hyacinthe

Franck M. Guttman
Le diable de Saint-Hyacinthe. Télesphore-Damien Bouchard, Hurtubise, 2013, 514 pages

La biographie de Télesphore-Damien Bouchard par Franck M. Guttman, parue en version française traduite chez Hurtubise, tient davantage de l’hagiographie que de la contribution scientifique. Il faut dire que l’auteur cite abondamment les mémoires de son héros qui pense incarner un style littéraire constituant « une fusion des styles de Victor Hugo et de Léon Tolstoï » !

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Claude Cardinal. Une histoire du RIN

Claude Cardinal
Une histoire du RIN, Montréal, VLB, 2015, 504 pages

Claude Cardinal a réalisé une biographie institutionnelle captivante du Rassemblement pour l’indépendance nationale. Il y relate de façon rigoureuse les péripéties du premier parti indépendantiste moderne en s’appuyant sur des sources premières. Il a le mérite d’avoir fouillé les archives de ce parti de façon minutieuse et construit sa trame narrative en s’appuyant sur l’analyse des procès-verbaux, des rapports financiers et des lettres des militants. Il a adopté une démarche chronologique qui nous permet de suivre le développement de ce parti avec ses problèmes organisationnels, ses conflits internes et ses débats idéologiques. Ayant été lui-même militant de ce parti, il a connu de l’intérieur ses forces et ses faiblesses qu’il nous décrit sans complaisance. Cardinal se fait toutefois discret sur ses propres faits d’armes ne les évoquant que rarement comme à la page 344 lorsqu’il confronta publiquement Jean Marchand.

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Mon désir de révolution (extrait primeur)

Extrait de l’ouvrage à paraître chez XYZ en octobre 2015

C’est une longue histoire que la mienne, c’est l’histoire d’un incessant désir de révolution, tissé à même les violentes émotions du refus de l’intolérable. Comme ils sont nombreux à le découvrir à leur tour, par d’autres voies et pour des raisons nouvelles qui s’ajoutent aux miennes, mon histoire séculaire est aussi celle des jeunes Québécoises et Québécois, quel que soit l’âge de leurs racines, quelle que soit leur illusion de vivre dans un monde tellement changé que la question nationale serait devenu désuète, que les libertés collectives ne seraient plus la source de leur liberté individuelle.

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L'Acte d'Union - Présentation du dossier

Pourquoi avoir voulu commémorer la constitution qui nous a mis en minorité, il y a de cela 175 ans, par un colloque d’une journée à la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal ? À priori, bien que cet événement fût traumatisant dans notre histoire collective, il était tout à fait indispensable, pour nous, de rappeler à notre mémoire ce pan de notre parcours historique qui façonna pour toujours notre identité en tant que peuple. Certains diront que c’est au lendemain de l’Union de 1840 que commença la dualité linguistique et religieuse au Canada, tandis que pour d’autres 1840 concrétisa la mainmise de l’Église sur le peuple canadien-français et le début du nationalisme culturel pour plus d’un siècle. Enfin, d’autres prétendront que ce fut le commencement de notre ambivalence identitaire qui se poursuit jusqu’à ce jour.

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Les historiens québécois et l’Union de 1840

Historienne. Coordonnatrice du colloque «L'Acte d'union de 1840: 175 ans de provincialisation»

À priori, je tiens à préciser que je ne parlerai ici que des historiens québécois à partir de Lionel Groulx qui ont écrit spécifiquement sur l’Union de 1840. Ainsi, l’espace restreint ne me permettra pas de m’attarder aux historiens Brian Young, John Dickinson, Yvan Lamonde, Louis-Georges Harvey, Donald Fyson qui se sont intéressés à la période pré et post-union, mais davantage sous l’angle de l’histoire sociale ou encore qui n’ont pas abordé spécifiquement l’Union de 1840 dans leurs ouvrages respectifs. Malheureusement, je ne pourrai traiter ici des politologues et sociologues qui se sont penchés sur la question de l’Union. Je pense ici entre autres à Fernand Dumont, Jacques Beauchemin et Stéphane Kelly qui ont écrit sur le sujet.

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Vers un Royaume-Désuni ?

Histoire. Université de Sherbrooke

En 1977, Tom Nairn, politologue et historien, prédisait dans The Break-up of Britain l’éclatement inévitable du Royaume-Uni1. À l’époque, cette thèse fut accueillie avec beaucoup de scepticisme. Aujourd’hui, cependant, comme le souligne Keith Dixon « avec le recul, il est difficile de résister aux conclusions de Nairn2. » En effet, le Royaume-Uni, qui découle d’un long processus de conquête et d’intégration des différentes nations des îles britanniques au Royaume d’Angleterre, est maintenant confronté à un effritement du pouvoir central au profit de pouvoirs régionaux toujours à la recherche d’une autonomie de plus en plus grande.

Encadrées par les actes d’Union liant le Pays de Galles (1536), l’Écosse (1707) et l’Irlande (1801) à l’Angleterre, les relations centre/périphérie ont connu, au fil des siècles, une évolution contrastée dans les différentes régions constituant le Royaume-Uni. Ces relations, construites au gré du contexte historique et de la nature des traités scellant l’union des différents « royaumes », méritent une attention particulière, si nous voulons comprendre pourquoi elles sont en profonde mutation depuis le troisième quart du XXe siècle. L’Irlande, comme nous le verrons, fait figure d’exception. La guerre d’indépendance menée au lendemain de la Première Guerre mondiale et l’établissement de la République en 1949 rompirent tous les liens constitutionnels entre l’Irlande et le Royaume-Uni, à l’exception de certains comtés de l’Ulster en l’Irlande du Nord. Peuplés majoritairement par des protestants, ces comtés sont demeurés au sein du Royaume-Uni à la suite du traité de Londres signé le 6 décembre 19213.

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La jonction du discours radical tory montréalais avec l’impérialisme libéral anglais

Historien, auteur La «rebellion de 1837» à travers le prisme du Montreal Herald. PUL, 2015

Deux postulats de base de l’interprétation standard à propos de 1840

Pourquoi devrait-on s’intéresser au British North America Act de 1840 dont on souligne cette année le 175e anniversaire ? En dépit du fait qu’elle soit une mesure tâtonnante, expérimentale et dilatoire, l’union législative de 1840 du Haut et du Bas-Canada (l’Ontario et le Québec actuels) est fondamentale, car en plus d’instaurer le prototype d’union générale de toutes les colonies du British North America dont la confédération de 1867 sera la réalisation partielle, cette union visait à établir, dans l’optique même de Durham, son concepteur réputé d’après Immigration Canada1, quelque chose comme une nouvelle nationalité britannique en Amérique du Nord en mesure de résister à l’attraction puissante du voisin américain tout en matant les aspirations républicaines du parti patriote majoritaire. Cette interprétation grand public repose sur deux postulats : la croyance, d’une part, que la fusion de 1840 est sortie toute casquée de la tête de lord Durham lors de son passage en coup de vent en 1838 ; l’idée, d’autre part, qu’elle a été imposée unilatéralement par le parlement impérial à Londres comme mesure palliative aux insurrections populaires de 1837 et de 1838 en attendant le grand jour d’une union consensuelle de type fédéral que Durham, dans ses vues larges et éclairées, appelait de tous ses vœux2.

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  • Comptes rendus de Septembre-Octobre 2015
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  • L'Acte d'Union

    2015septobre250Le numéro spécial de septembre-octobre 2015 sur l'Acte d'Union est maintenant en accès libre. On peut toujours acheter la version papier.

    L’Acte d’Union de 1840 adopté en représailles à l’insurrection des Patriotes (1837-1838) met fin à l’ordre politique établi par l’Acte constitutionnel de 1791 et partant à l’existence politique du Bas-Canada.

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Collections numériques (1917-2013)

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