Éditorial - Le seul résultat qui comptera

2015septobre250Tout est toujours à recommencer. Quand fléchit la volonté, quand s’érode le courage, quand la lassitude prend le dessus, le bruit des choses mortes vient couvrir la parole, la retourner contre l’intelligence. Plus que toutes celles qui l’ont précédée, la campagne électorale est encombrée par les discours fossilisés. Pour un peu et l’on penserait que ce sont des revenants qui nous les servent tant les lieux communs qu’ils nous assènent nous semblent tout droit sortis des épisodes les plus médiocres d’une histoire qui bégaie.

C’est pitié de voir une toute nouvelle cohorte de bonnentistes se ranger derrière les vieux routiers de la résignation béate. Quiconque a la moindre mémoire et un minimum de culture politique ne peut que se trouver partagé entre le bâillement d’ennui ou le sanglot de désolation devant la résurgence des mêmes thèmes, des mêmes figures de rhétorique des praticiens de la restriction mentale et du double langage. La campagne nous offre en effet une palette exceptionnelle de conduites de diversion à laquelle sont condamnés les fantassins québécois de la politique canadian. S’y révèlent plusieurs archétypes du minoritaire qui tient son rang : le carriériste sans scrupule, le candide qui confond la rhétorique et ses idéaux, le pseudo-pragmatique travesti en réformiste. La liste pourrait sans doute s’allonger si l’on prenait la peine d’éplucher les justificatifs des candidats des partis « nationaux » où ils tiennent des rôles de Qué-Can. Les plus à plaindre, évidemment, sont les sincères, drapés dans leur conviction, mais tout nus devant la vérité du régime. On en trouve beaucoup au NPD.

Il n’y en a plus un seul de ces candidats canadian – de quelque province qu’il vienne – qui ne sache pourtant que son parti n’a plus rien à proposer au Québec et aux Québécois. La piétaille politicienne qui s’active dans les rangs québécois des partis canadian n’a plus la moindre gêne à s’y définir dans le consentement à la minorisation de notre peuple. Les plus en vue ne cessent de se faire du capital partisan en plastronnant pour revendiquer leur compétence à en faire de la pâte à compromis, à le représenter comme un matériau utile à la construction de la politique des autres. À présenter son instrumentalisation comme un excellent moyen de faire évoluer le Canada. Quitte à cautionner la confiscation de son territoire et à piétiner son droit de choisir lui-même ce qu’il entend faire de son milieu de vie.

Tout est toujours à recommencer. Voilà des semaines que sont rejouées les cassettes sur les avantages pour le Québec à se laisser barguigner. Comme si jamais cela n’avait été dit, mille fois répété et des millions de fois démenti par les faits. La propagande est forte, certes. Mais son efficacité n’est jamais si bien servie que lorsque les sparages politiciens en occultent les fondements. Minoritaires dans la démographie et minorisés dans la dynamique institutionnelle du régime, les Québécois ont longtemps tourné en rond. Les choses évoluent cependant : plus il montre patte blanche et plus rapidement le Québec est précipité en dehors du cercle de son indécision pour se retrouver dans une spirale descendante, dans une logique de régression qui l’entraîne à consentir à laisser détruire les acquis sur lesquels il avait tenté de s’appuyer pour vaincre son inachèvement.

Les politiciens Qué-Can, à Ottawa comme à Québec tirent désormais gloriole à liquider toute manifestation d’une quelconque existence nationale. Ils peuvent le faire avec d’autant plus de frénésie que le consensus est désormais universel au Canada pour que plus jamais l’aspiration à l’indépendance ne puisse se trouver en phase avec une quelconque formulation de l’existence d’intérêts spécifiques. La normalisation de la province de Québec est en cours et c’est le seul horizon acceptable par les partis et la seule posture tolérée chez ceux qui s’y activent.

Les indépendantistes ont perdu la maigre part d’initiative que cinquante ans de militantisme et de mobilisation leur avaient permis d’acquérir. Ils ont commis des erreurs stratégiques désastreuses, gaspillé une conjoncture au lendemain de 1995 qui a laissé à Ottawa toute la lattitude voulue pour entreprendre de casser notre cohésion sociale. Le régime n’a pas seulement déployé les commandites. L’État canadian s’est donné les moyens de remodeler la culture politique et d’y créer les conditions d’adhésion à ce consensus ferme sur la question du Québec. Le Canada n’est pas resté paralysé par la peur. Il s’est soudé sur un désir d’en finir une fois pour toutes. Il va nous oblitérer avec une force et une constance que seuls les insouciants et les somnambules nieront. Tous les partis fédéraux carburent plus ou moins ouvertement au même fantasme éradicateur : aucune concession ne sera plus jamais faite qui puisse entrer en résonnance avec la moindre caractéristique nationale du Québec. Tous les politiciens québécois fédéralistes sont désormais tenus de répondre à l’injonction de loyauté : Canadian first and foremost. Du pétrole plein la bouche et un pipeline pour leur tenir lieu de colonne vertébrale en position couchée…

C’est une injonction qui les transforme eux-mêmes en agent actif de minorisation. La démonisation de Stephen Harper, les appels au progressisme, les propos lénifiants des francophones de service trop heureux de jouer les smart guys, les rôles et les répliques peuvent varier. Mais la logique fondamentale est celle de l’enfermement. Le Canada nous tient dans une définition de la situation dans laquelle nous engluent ces intermédiaires que sont les politiciens fédéraux, les spins doctors et autres bonimenteurs médiatiques qui font semblant de croire que la minorisation constitue une véritable avenue de développement pour notre peuple. Voilà que nous aurions la mission providentielle de faire advenir le progressisme sur la morne colline ! Passagers clandestins du train canadian, vivant sous l’empire d’une constitution imposée, ligotés par la carte électorale, nous serions bien servis par des politiciens qui pourraient chuchoter à l’oreille des puissants qu’ils peuvent compter sur eux pour tirer quelque chose des segments de clientèle qu’ils ont aidé à planquer dans la cambuse.

Aucune figure du discours politique qui tient l’ordre politique canadian pour légitime ne peut fournir les clés de compréhension de ce qui se joue dans la sinistre tragi-comédie de cette campagne électorale. La culture politique indépendantiste est malheureusement trop désarticulée pour offrir une riposte efficace à cette infernale logique de servitude volontaire parfaitement instrumentalisée par les forces canadian. Le Québec s’est fait déporter à la périphérie de lui-même et s’y laisse ballotter dans l’air du temps. Il lui faut réapprendre à se lire et se projeter dans l’Histoire. Il est de moins en moins en phase avec ses propres forces, dispersant ses énergies vitales en se contentant de la pensée molle et des refuges oniriques. Voilà trop longtemps que ses pratiques militantes marinent dans une rhétorique velléitaire qui l’a tenu éloigné des lieux et des couches sociales où se forgent le goût de la liberté et les instruments pour casser les chaînes enrobées par le consentement et la soumission. Seule une doctrine de l’intérêt national placée au cœur de la culture politique pourrait permettre de le faire. Elle seule peut éclairer les choses de l’extérieur de la cage, d’en dehors du régime. Cette doctrine, elle reste à construire.

Pour reprendre l’initiative historique, les indépendantistes vont devoir la formuler, la diffuser, la faire partager. Il faut souhaiter que les efforts du Bloc québécois remettent l’entreprise en branle. C’est le seul véritable résultat électoral qui comptera. Il faut travailler pour que le plus grand nombre possible de députés puissent y contribuer.

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