Numéro du centenaire

2017janvierfevrier250

L'exceptionnel numéro du centenaire, grand format couleur, retrace l'évolution de la pensée nationale sur tout un siècle.

 

Allocution de Robert Laplante lors du lancement
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Éditorial - Le statut de province est hautement toxique

2013novdec250La province de Québec n’a pas de point de vue sur le monde. Elle vit dans l’espace folklorique que lui aménage le gouvernement canadian, le seul autorisé à fixer les conditions et les modalités d’échange. La province de Québec n’a pas d’intérêt vital, elle n’est que bénéficiaire d’une politique étrangère qui détermine qui aura la becquée. Elle frissonne dans l’espérance des retombées. La province de Québec n’a ni territoire ni conscience de territoire. Elle ne sait rien de la raison géostratégique. Elle ne sait rien de ce que sa terre représente pour les autres, ceux qui veulent la traverser, la piétiner, la souiller. La province de Québec se porte à merveille.

Et cela se sait à Calgary comme à Ottawa. C’est pourquoi elle est incapable de se penser dans la géopolitique du pétrole, ignorante des dynamiques continentales au point de n’avoir rien à dire sur ce que des forces hostiles cherchent à faire du Grand Fleuve. La province de Québec fleurit dans les esprits. Comme du chiendent perçant l’asphalte, elle a depuis longtemps traversé les mous raisonnements de trop nombreux souverainistes qui s’imaginent pragmatiques quand seulement ils renoncent et se défilent. La province de Québec est pusillanime et aveugle. D’une cécité morbide, celle de l’auto-aveuglement. Celle de l’indigence intellectuelle et de l’indolence satisfaite.

La province salive à l’idée des retombées du pétrole sale. Elle cherche à se convaincre de se laisser porter par la rhétorique qu’on lui administre depuis toujours. Des emplois, des emplois payants! Une prospérité de pacotille que de formidables machines de propagande lui brandissent pour qu’elle laisse passer la richesse et se contente d’assister au spectacle. La province a tout à coup le goût du risque pour jouer avec le destin des eaux, pour se payer d’optimisme technologique. La province a la passion de la balance commerciale et le goût d’en finir avec les importations pour mieux rouler dans les 4X4 de l’incrédulité climatique.

La province a le goût de se réconcilier avec ses notables pour mieux se sentir grandie de les voir apparaître dans les antichambres des sièges sociaux étrangers. Elle a le goût de les croire, comme le corbeau de la fable a toujours le goût de se laisser bercer par les flatteries du renard. La province grandit à vue d’œil, grugeant le Québec, érodant ses assises. La province a le goût de se soumettre, elle a le goût de s’imaginer du côté des « winners ». Elle a le goût de se faire croire qu’elle sera autre chose qu’un paillasson dans le Canada pétrolier.

Alors la province s’empresse de faire des ronds de jambe à l’Alberta à qui elle propose comité et discussion d’affaires. Alors elle multiplie les œillades pour se faire croire qu’elle est désirée. Peut-être aussi pour camoufler sa peur. Alors elle fait des simagrées pour détourner non plus seulement sa rhétorique, mais ses institutions. Une consultation sur Enbridge? Aussitôt dit aussitôt expédié. Terminée la mascarade, Enbridge condescend à parader pour la galerie. Ottawa décidera, sourires en coin. Un pipeline pour mieux avancer dans le fédéralisme pétrolifère ? Un port à Cacouna ? Intéressant… La province est pragmatique.

La province est provinciale comme jamais dans ce désert intellectuel où se dessèche notre intérêt national dès lors qu’il est question de prendre la mesure de l’immensité des enjeux que soulèvent les forces qui planifient de piétiner notre territoire, d’en décider des usages, d’en fixer les périls. Le dossier qu’on va lire dans la présente livraison dresse au moins autant de matière à scandale qu’il interpelle toutes les forces vives de la nation. Le Canada qui manœuvre pour nous réduire à un vulgaire lieu de passage, ce Canada se construit plus que jamais à nos dépens, aux dépens de l’avenir de nos enfants. Les puissances financières qui poussent sur les stratégies pour désenclaver le pétrole albertain n’ont que faire de ce que nous sommes, de ce que nous voulons, de ce que nous entendons faire pour notre territoire et notre environnement. Elles ne reculeront devant rien. Surtout pas devant toutes les manœuvres pour s’assurer du concours des élites velléitaires. Ces forces vont tout mettre en œuvre pour nous enfermer dans un monde dont nous avons pourtant les moyens de nous émanciper. À la condition toutefois de cesser de nous payer de mots. À la condition de nous astreindre à l’exigeant travail d’élaboration d’une doctrine de l’intérêt national et à celui, non moins éreintant, de mobilisation des forces rassemblées par une vision stratégique claire.

Nous avons un rapport de force qui pourrait nous être éminemment favorable. À la condition, toutefois, d’avoir la clairvoyance d’en estimer le potentiel et le courage d’en exploiter le rayon d’action. La question du pétrole sale n’est pas un enjeu comme un autre. C’est un enjeu carrefour où se croisent, se révèlent et s’entrechoquent les vérités brutales de notre existence en Canada. C’est la question du modèle de développement économique, c’est celle du respect de notre environnement. C’est celle de notre autodétermination et du respect de notre volonté démocratique. C’est celle de l’inexistence d’une communauté de destin avec une société et une nation qui nous sont radicalement étrangères. C’est celle, en somme, de notre domination dans un système qui nous dépouille de la capacité de définir nos choix quand ils heurtent les siens.

Quelle place entendons-nous définir pour le Québec dans la dynamique continentale du pétrole? Quelles contraintes, quelles fatalités sommes-nous prêts à accepter? Avons-nous la moindre idée de ce que nous pourrions faire pour en monnayer le risque? Quelles forces pouvons-nous dresser, quels arguments pouvons-nous faire valoir pour imposer notre point de vue? Pouvons-nous seulement nous rendre indispensables à toute forme d’arrangement? Sommes-nous capables de définir une position globale assez sophistiquée pour nous rendre possible la ruse, assez riche pour définir les compromis? Sommes-nous suffisamment conscients de ce que nous dictent nos intérêts? Bref, sommes-nous capables de nous conduire comme une nation? Sommes-nous capables d’exiger de nos partis politiques, de notre Assemblée nationale et de notre gouvernement qu’ils en finissent avec la pensée rabougrie des provinciaux?

Il est temps de passer aux choses sérieuses. La plus polluante des énergies fossiles, c’est celle qui fait tourner les moulins de l’impuissance consentie. Le statut de province est hautement toxique.

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