Éditorial - Les circonstances forcent parfois le destin

2014mars250Il faut voter. Cela tient tout autant de l’injonction que nous en fait notre devoir de citoyen que de la fatalité que nous impose la conjoncture. L’élection de 2012 n’aura été, somme toute, qu’un non-lieu. Dix-huit mois plus tard, force est de constater que les choses sont à reprendre, à peu près là où le choix ambigu des urnes les a laissées.

Certes, le Parti québécois de Pauline Marois n’est plus tout à fait le même. Il a appris du cafouillage qui, en début de mandat, avait bien laissé voir les insuffisances de sa préparation à gouverner. Il se présente devant le peuple avec une assurance qu’il n’avait pas. Peut-être avec une meilleure préparation, on le verra en cours de campagne. Il est tout de même moins décalé en matière de conscience nationale. Le débat sur la mal nommée Charte des valeurs nous l’a fait voir mieux accordé avec les vérités élémentaires de l’identité nationale et mieux disposé à satisfaire aux exigences des actions conséquentes qu’elles supposent et exigent. Peut-être un jour finira-t-il même par cesser complètement de nous désigner comme des francophones, par abandonner le neutre générique pour poser enfin la culture québécoise et la langue française comme des socles référentiels au fondement de la citoyenneté.

À cet égard, on ne comprend toujours pas pourquoi la première ministre elle-même et ses ministres continuent de s’abaisser à tenir des points de presse en bilingue de Qué-Can. C’est tout de même heureux que Mme Marois ait rejeté la demande effrontée de tenir un débat en anglais. Il reste néanmoins que nous aurons encore à souffrir le bilinguisme rampant tout au long de cette campagne. Il ne faut évidemment pas compter sur les libéraux de Philippe Couillard, ni même sur la plupart des autres partis, pour sortir de cette si névrotique habitude de minoritaire.

Cela étant dit, l’élection restera néanmoins dans le plus clair sillon canadian. Nous aurons droit à une élection provinciale, dans le sens plein du terme. Le Parti québécois, même moins honteux d’assumer son héritage national, s’est tout de même présenté au peuple comme un parti de l’alternance au pouvoir. Pas celui de l’alternative. On comprend qu’il ne puisse faire ce choix après tant d’années d’errance et de négligence dans l’action militante et la mobilisation. Il jouera donc de toutes les variantes connues du débat sur le référendum, sur le « votez pour moi, vous aurez une chance de vous annuler plus tard ! » avec toutes les nuances de défilade drabe comme celle que nous a servie ce candidat trop heureux de prévenir ses électeurs qu’il sera « souverainiste quand ce sera le temps » ! Ça ne s’invente pas et c’est une illustration pathétique de l’indigence intellectuelle qui gangrène la culture politique de ce parti.

Les choses étant ce qu’elles sont, il faut voter. Et tirer le meilleur du pas trop pire. Cela se confirme de sondage en sondage, la dynamique électorale est redevenue essentiellement bipartite – n’en déplaise à Québec solidaire et Option nationale et tant pis pour le naufragé Legault. Dans ce contexte, l’intérêt national dicte une conduite claire : il faut écarter les libéraux du pouvoir. Il faut les écarter parce que rien de bon ne transpire de la direction d’un homme qui a frayé on sait où et surtout avec qui. Il faut les écarter pour ce qu’on redoute de ce que nous apprendront la commission Charbonneau et les perquisitions de l’UPAC. Il faut surtout les écarter pour que les résultats fassent paraître en pleine lumière la nature de ce parti ethnique désormais prêt à tout pour nous canadianiser par minorité de blocage interposée.

Philippe Couillard a succursalisé le Parti libéral. Il ne joue même plus du Qué-Can et du pseudonationalisme, il veut signer la Constitution de 1982. Lui qui se fait fort de soupçonner que le PQ pourrait un jour penser à tenir un référendum, l’homme qui brandit les épouvantails de la séparation, cet homme-là tient effrontément le peuple du Québec en dehors de ses fantasmes de soumission. Rien dans son programme ne nous dit ce qu’il entend exiger pour apposer sa signature. Rien. Et c’est compréhensible, car c’est un inconditionnel du Canada et c’est certain que, lui premier ministre et majoritaire, son gouvernement signerait le parchemin produit par coup d’État. Il signerait pour être de la fête en 2017 et célébrer le Canada de notre minorisation. Il signerait pour se laisser payer en monnaie de singe. Parce que ni lui ni le parti qu’il dirige n’ont aucun grand dessein à proposer au Québec. Parce qu’il est certain qu’il ne fera pas de cas des questions de légitimité.

Il n’y a aucun risque à prendre avec un PLQ qui s’affirme d’abord loyal au Canada. Il faut voter utile, il faut lui barrer la route, coûte que coûte.

Les militants indépendantistes sont placés dans une situation difficile. La conjoncture exige d’eux qu’ils soutiennent le PQ pour barrer la route aux forces libérales de la démission. Ceux-là pour qui le lien de confiance avec le Parti québécois est à tout jamais rompu doivent néanmoins aller voter. Voter Option nationale. Ils ne doivent surtout pas s’abstenir. Il est, par ailleurs, inutile de s’imaginer que Québec solidaire représente un véhicule alternatif pour réaliser l’indépendance. Les idées généreuses ne suffisent pas pour construire une gauche. Et son incapacité à penser la nation et à la placer au fondement de sa vision du progrès le condamne à souscrire à la marginalisation du peuple québécois. Les flirts plus ou moins sournois d’une part importante de son état-major et d’une partie significative de ses militants ne le conduiront nulle part ailleurs que dans le progressisme Qué-Can du NPD.

Au moment d’écrire ces lignes (7 mars), il est impossible de prédire quelle direction prendra cette campagne. Rien n’annonce une politique nationale ambitieuse. Le Parti québécois de l’alternance continuera ses contorsions pour essayer d’aller de l’avant dans l’impossible tâche de faire avec les moyens que le Canada lui laisse. Les précautions qu’il prend depuis plusieurs semaines déjà pour ne pas déclencher de « grosse chicane » avec Ottawa nous garderont dans les paramètres du régime. Faire autrement l’obligerait à donner un tout autre ton à sa campagne et surtout un autre sens au mandat qu’il sollicite.

L’avenir du Québec passe pourtant par la rupture avec le Canada. Il est temps que quelque chose commence. Car elle viendra tout ou tard. Pour l’instant, rien n’annonce que la campagne servira de déclencheur. Mais sait-on jamais, un dérapage est si vite arrivé. Et l’on se prend à le souhaiter, en sachant que les circonstances forcent parfois le destin.

 

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