Éditorial - L'enlisement

2016mars250Ça ne fait plus rire du tout ce spectacle, l’étalement de tant d’insignifiance. Les tournures ridicules de Sam Hamad qui n’en finit plus d’inventer « des roues à trois boutons » ne sont plus de simples accidents d’expression, elles sont en passe de devenir les symboles les plus éloquents de la médiocrité de ce gouvernement. Et pis encore, du délitement de la culture politique. On ne s’était jamais habitué au niveau de langue relâché d’une Lise Thériault que notre farceur de premier ministre a élevée au rang de vice-première ministre pour mieux placer sur un piédestal le laxisme intellectuel et l’inculture satisfaite, mais voilà que les choses se sont mises à débouler. Ce gouvernement distille la honte, souille la fierté au point de banaliser la dérision et l’autodénigrement.

Nous avions à peine eu le temps de nous remettre des anglicismes, des calques et de la grammaire débraillée de la ministre Charbonneau qui ne recule devant aucun contresens pour « adresser les problèmes » que nous avons été propulsés dans le tourbillon sémantique et la confusion conceptuelle d’une Lise Thériault – encore elle – qui se tâtait les méninges à propos du féminisme. On commençait à peine à oublier l’ineffable Yves Bolduc qui avait sévi comme ministre de l’Éducation que Stéphanie Vallée faisait pâlir la brillante prestation de notre vice-première ministre en y allant d’une interprétation du mariage et de la position juridique de son gouvernement qui a semé l’émoi et l’ahurissement dans les facultés de droit. Cela aura permis de faire oublier les arguties d’un Sébastien Proulx qui plastronnait dans ses nouvelles fonctions en y allant d’une savante bouillie sur les vertus de l’école privée.

À multiplier les pirouettes pour maquiller l’incompétence et la médiocrité de ceux et celles qu’il a choisis et nommés pour conduire la politique de son gouvernement, Philippe Couillard va finir par révéler son vrai visage et la vérité de son projet. Même s’il s’accommode fort bien du paternalisme dans lequel il se drape pour leur faire la leçon, il commence sérieusement à laisser voir ce qui se cache derrière le vernis de la figure du « bon docteur ». Le virage vert et les sparages sur Anticosti, les manœuvres sournoises sur Énergie Est et le ton sentencieux sur les horizons prometteurs du fédéralisme pétrolifère ne manquent pas de confirmer son affligeante propension à mépriser nos institutions, nos débats et, surtout, notre aspiration à nous affirmer plus grands que ce que le Canada attend de nous. Le père de l’austérité qui ne veut pas qu’on prononce le mot s’affirme de plus en plus comme un politicien de province qui ne reculera devant rien pour rabaisser le Québec.

Ses virages à cent quatre-vingts degrés, les licences qu’il prend avec les faits et le ton de frondeur indigné qu’il utilise toutes les fois que les évidences lui rebondissent en plein visage, cette posture de résignation qu’il incarne et avec laquelle il compose son gouvernement, tout cela n’a rien de fortuit. Philippe Couillard est la figure même de la folklorisation qui menace. La médiocrité de son gouvernement n’est pas seulement un attribut circonstanciel, elle est inhérente à la régression provinciale. Ces inconditionnels du Canada qu’il dirige n’ont pas à faire preuve d’autre vertu que de soumission. Soumission à un ordre qui, par définition, exige de diminuer nos institutions, de réduire la politique à une pratique d’accommodement à un ordre idéologique où l’héritage et l’ambition n’ont aucune place.

Le gouvernement du Québec est devenu sous la gouverne libérale un instrument de destruction de la fierté et du sentiment d’appartenance que notre peuple a mis des siècles à construire à l’égard de notre Assemblée nationale, de notre droit et de nos aspirations. La réduction de la taille de l’État et le ratatinement de son rôle ne sont pas que des dogmes d’un néolibéralisme fétichiste, ce sont des choix inhérents au parti-pris provincial. La médiocrité de la politique Couillard ne produira que du dégoût pour l’utilité de nous tourner vers notre gouvernement. Elle ne servira qu’à briser le nécessaire lien de confiance entre le peuple et ses institutions. Elle illustrera la culture de l’échec travestie en prétention canadian.

L’instrumentalisation de la morosité n’a nul besoin de la recherche des vertus civiques. Ce gouvernement n’a cure de soigner son langage puisque la destruction du sens est son principal projet politique. Ce que les libéraux sont en train de faire subir à notre État national c’est d’en faire un objet de risée, un repoussoir. La manière dont ils tentent de réduire à l’insignifiance tout effort de recherche de l’intérêt national ne se comprend pas seulement comme un affairisme débridé, mais bien comme l’expression d’un bris de loyauté. On comprend dès lors que le gouvernement libéral est d’abord soutenu par une partie importante de l’élite de parvenus de la Révolution tranquille qui, à la tête de certains fleurons économiques et de nombreuses institutions, ne se considèrent plus liés par les aspirations et les forces qui les ont portés.

On les voit s’activer à détourner les institutions, à travestir leur mission et à faire dévier leurs trajectoires historiques. On les entend pérorer sur la mondialisation, chanter les vertus du tout au marché et s’inquiéter de ce que le français pourrait nuire à leurs spectacles dérisoires de figurants de la « world class ». Et ce que l’on entend, ce ne sont que les bruits de clapotis des manœuvres d’enlisement dans lesquels ils plongent le Québec. À voir la joie qu’ils manifestent à laisser succursaliser aussi bien les entreprises et l’économie du Québec que notre Assemblée nationale, il est difficile de penser que les efforts des dernières décennies pour nous affranchir de la mentalité du « nés pour un p’tit pain » n’aient servi qu’à engraisser des imposteurs qui méprisent le métier de boulanger.

Il faut cesser de tolérer ce débilitant spectacle, dénoncer et traquer ces naufrageurs. Ils sont en train de faire des dégâts qu’ils veulent irréparables. Il se fait tard pour réagir. Il vient un moment où, dans un marécage, le simple fait de s’agiter contribue à accélérer l’enlisement. On peut l’éviter en se faisant intransigeant et en refusant de les laisser dénaturer le langage, engluer la pensée. Pour retrouver le sens de l’action, il faut cesser de laisser pérorer impunément ceux et celles qui travestissent les faits pour mieux obstruer l’horizon. Et refuser l’inculture comme mode de gouvernement et idéal de société.

 

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