Numéro du centenaire

2017janvierfevrier250

L'exceptionnel numéro du centenaire, grand format couleur, retrace l'évolution de la pensée nationale sur tout un siècle.

 

Allocution de Robert Laplante lors du lancement
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Pour une charte du civisme

Ph. D., chercheur indépendant. Dernière publication dans la revue L’Action nationale: «Résistance et collaboration en pays conquis» (septembre 2010).

La religion a été au centre de plusieurs controverses ces dernières années au Québec : qu’on se souvienne des querelles autour du crucifix à l’Assemblée nationale, du cours « Éthique et culture religieuse » à l’école et de la prière au conseil municipal de Saguenay. Cette agitation survient dans un moment de grand désarroi politique chez les partisans de l’indépendance du Québec. L’échec du référendum de 1995 et la défaite du Parti québécois aux élections de 2003 ont entraîné le mouvement indépendantiste, toutes factions confondues, dans un débat âpre et interminable. La quasi-élimination du Bloc québécois aux dernières élections fédérales n’a fait qu’exacerber les tensions. Que faire dans ce contexte ?

Certains indépendantistes pourraient penser qu’une charte de la laïcité réglerait au moins le problème religieux. Or nous sommes loin d’une solution puisque le terme même de « laïcité » prête à confusion. Selon Joël Roman, en 1905, il existait en France trois courants qui se revendiquaient de la laïcité : 1) un courant « gallican », qui prônait la soumission de l’Église catholique au contrôle de l’État ; 2) un courant de tradition libérale, qui prônait l’abstention de l’État par rapport à la liberté de conscience et de culte ; 3) enfin, un courant philosophique, qui combattait la religion et cherchait à « construire, contre les justifications théologiques de la morale, contre le corps dogmatique de la religion, une autonomie de la raison, une autonomie philosophique (Roman 2009 : 66) » .

Actuellement, au Québec, il est peu probable que les utilisateurs du terme « laïcité » soient de simples partisans du gallicanisme. Cependant, beaucoup croient qu’un État « laïque » est nécessairement neutre par rapport à la religion, c’est-à-dire qu’il ne doit ni favoriser ni contrarier les activités religieuses. Ce faisant, les tenants d’une telle position ne se rendent pas compte qu’ils laissent la voie libre à un prosélytisme religieux à grande échelle. Quel risque la démocratie court-elle ? La prédominance des lois religieuses sur les lois civiles, ce qui enfreint le principe de la souveraineté du peuple. C’est ici que nous voyons resurgir le problème de l’indépendance. La souveraineté du peuple québécois est incompatible non seulement avec les ingérences de groupes internes comme les associations religieuses du Québec, mais aussi avec celles d’un groupe externe, en l’occurrence l’État canadien, héritier du Conquérant britannique.

Une charte du civisme est la solution qui convient à la fois au problème de la religion dans l’espace public et à celui du recul des forces indépendantistes. Par la promotion d’une formation civique intensive et areligieuse à l’école et d’un culte civique débarrassé d’hommages aux conquérants et à leurs collaborateurs québécois, le mouvement indépendantiste participera à la libération des esprits, passage obligé de la libération politique. Il reprendra l’initiative dans un nouveau domaine, alors qu’il est contraint à une attitude défensive dans le domaine de la langue depuis les jugements successifs de la Cour suprême du Canada contre la Charte de la langue française adoptée naguère par le Parti québécois (loi 101 de 1977). En outre, il ouvrira la porte à l’adoption de la Constitution du Québec avant l’indépendance, selon le vœu du juriste Jacques Brossard (1995 [1976] : 321-325).

L’objectif du présent article est de contribuer à l’élaboration d’une future charte du civisme et de proposer des pratiques civiques qu’il est possible de mettre en œuvre dès maintenant. Il se divise en deux parties : d’abord, un examen des buts, de l’organisation et de l’action d’une association religieuse et d’un État ; ensuite, une description sommaire de la situation d’assujettissement des lois, du culte civique et de la formation civique au Québec. Enfin, ces deux parties sont suivies d’un ensemble de recommandations qui visent à conduire graduellement à une charte du civisme.

Première partie

Association religieuse et État

Idéalement, un État est une association volontaire de personnes, tout comme une association religieuse. Les associations politiques ou religieuses, ou sujets collectifs, ainsi que les sujets individuels qui en font partie, ont en commun un certain nombre de caractéristiques touchant les besoins et les valeurs, d’une part, et la communication de messages, d’autre part.

Besoins et valeurs

Tout sujet a deux besoins fondamentaux permanents à satisfaire : un besoin de conservation et un besoin de protection contre les agressions et les phénomènes naturels nuisibles. Dans le cas d’un citoyen, sujet individuel membre d’un État, ces besoins concernent sa personne et ses biens ; dans celui d’un État, ces besoins concernent en outre les biens collectifs et les organes de commande, d’exécution et d’information créés pour satisfaire les besoins individuels et collectifs. Quant aux membres d’une association religieuse, l’objet qu’ils veulent conserver et protéger, en plus de leur corps et de leur esprit, c’est la partie de leur être qu’ils considèrent comme immortelle (appelée « âme » chez les chrétiens) et qu’ils attribuent soit à un seul être surnaturel, à la fois créateur de toutes choses, législateur, juge et rétributeur, soit à un ensemble d’êtres surnaturels. Les membres de l’association religieuse tiennent enfin à conserver et à protéger l’association elle-même.

Pour satisfaire ses besoins de conservation et de protection, le sujet individuel doit trouver les objets appropriés. Il porte d’abord un jugement sur la réalité de l’objet que ses sens perçoivent, puis sur la valeur que celui-ci représente pour la satisfaction de ses besoins. Un objet a quatre valeurs possibles : il peut être utile (valeur positive), inutile (valeur non positive), nuisible (valeur négative) ou non nuisible (valeur non négative). Les jugements du sujet peuvent s’avérer inexacts. Par ailleurs, une association religieuse ou un État porte aussi des jugements de réalité et de valeur, lesquels peuvent s’avérer inexacts ou incompatibles avec les jugements de ses membres ou ceux d’autres sujets collectifs. Ainsi, un État peut juger qu’aucun être surnaturel n’intervient dans le cours des événements naturels ou des affaires humaines, ce qui va à l’encontre du jugement de réalité des associations religieuses à propos des êtres surnaturels et crée nécessairement un conflit d’interprétation.

Cependant, les relations entre l’État et les associations religieuses ne sont pas toujours conflictuelles. À ce propos, le sociologue britannique David Martin (1978) distingue divers types de relations. Outre la relation conflictuelle évoquée plus haut et qu’il considère comme le résultat de l’instauration d’un monopole laïque (« secular monopoly »), il mentionne le monopole religieux accordé par l’État à une association religieuse en particulier, le duopole religieux et le laissez-faire (en français dans le texte). Selon Martin, l’ex-­URSS serait un exemple de monopole laïque ; la France d’après 1685 (date de la révocation de l’édit de Nantes), un exemple d’instauration d’un monopole religieux catholique ; les Pays-Bas, un exemple de duopole (le gouvernement subventionne des écoles appartenant à deux associations religieuses distinctes) ; enfin, les États­-Unis, un exemple de laissez­-faire total.

Analysons brièvement le cas des États­-Unis. Prise au pied de la lettre, l’expression « laissez-faire » signifie que l’État n’intervient pas dans les affaires religieuses, ou qu’il ne gêne ni ne favorise l’action des associations religieuses. Bref, l’État serait neutre à l’égard de ces associations. Or le sociologue américain Robert Bellah (1984 [1967]) montre qu’il existe bel et bien une « religion civile » (civil religion) aux États­-Unis, expression qu’il dit avoir empruntée au Contrat social de Jean-Jacques Rousseau. Cette religion s’est manifestée dès la Déclaration d’indépendance : il y est fait allusion quatre fois à Dieu. La devise américaine est « In God We Trust » (En Dieu nous plaçons notre foi). Les écoliers prêtent à maintes reprises un serment d’allégeance à la nation « under God » (sous l’autorité de Dieu). Il existe même un jour officiel d’action de grâces et de prières (le « Thanksgiving Day »). Enfin, les présidents américains invoquent le nom de Dieu dans presque tous les discours qu’ils prononcent lors d’occasions solennelles, notamment dans les discours d’inauguration. Le politologue américain Mark Bennett McNaught (2009 : 7) précise que, lors de son investiture, le président prête serment sur la Bible et termine cette déclaration par la phrase « So help me God » (Je le jure devant Dieu). De toute évidence, l’État américain a accordé un monopole religieux à cette « religion civile », dont le président pourrait être considéré comme le grand-prêtre. Par ailleurs, aux États-Unis, toutes les associations religieuses traditionnelles sont maintenues hors de la sphère publique. Ainsi, le journal International Herald Tribune du 29 avril 2010 nous apprend que, sur une terre publique au fin fond d’un désert de Californie, une croix latine de couleur blanche est recouverte de panneaux de contreplaqué, car on attend une décision sans appel sur le sens à lui donner.

Quoi qu’en pense le sociologue britannique mentionné plus haut, la notion de monopole religieux est pertinente aussi dans le cas des États-Unis. Cependant, elle ne suffit pas à expliquer l’ensemble des relations entre l’État et les associations religieuses dans ce pays. Il vaudrait peut­-être mieux se tourner de nouveau vers la théorie de la valeur. Pour un sujet, les autres sujets sont aussi des objets de valeur positive, négative, non positive ou non négative. Ainsi, un sujet collectif comme l’État peut juger utile une seule association religieuse, ou deux, ou un certain nombre, et juger nuisibles, ou inutiles, toutes les autres. L’État pourrait aussi juger utile, ou nuisible, toute association religieuse. Enfin, il pourrait ne juger ni utiles ni nuisibles les associations religieuses et rester neutre. De la même manière, une association religieuse peut juger l’État utile, nuisible, non utile ou non nuisible et régler son action d’après le jugement de valeur qu’elle a porté, c’est-à-dire collaborer, résister ou rester indifférente.

Communication au sein de l’État ou de l’association religieuse

Pour assurer la satisfaction de ses besoins, une association politique ou religieuse doit réussir à maintenir l’unité de pensée et d’action de tous ses membres. Elle y parvient par la communication de messages formés de mots ou de symboles dont les membres doivent maîtriser le sens et qui ont une fonction de commande ou d’information. Dans la présente section, nous traiterons surtout des messages de l’État et, à l’occasion, dans un but de comparaison, des messages des associations religieuses. Après avoir traité des mots et symboles et défini le civisme, nous montrerons que l’État donne une formation civique aux futurs citoyens, qu’il demande souvent à ceux-ci de prononcer un serment civique et qu’il organise un culte civique afin que chaque citoyen s’inspire des personnes vivantes ou décédées dont le comportement a été exemplaire.

Mots et symboles

Dans leurs messages, les associations utilisent non seulement les mots du langage courant, mais aussi des symboles. Comme emblème ou symbole d’identité, un État peut choisir un symbole figuratif, dont les lignes et les couleurs représentent la totalité ou une partie d’un animal ou d’une plante, ou un symbole abstrait, dont les lignes et les couleurs ne représentent aucun objet animé ou inanimé identifiable. Les drapeaux et les armoiries des États contiennent de tels symboles figuratifs ou abstraits. Par exemple, sur le drapeau représentant la nation américaine sont dessinés des symboles figuratifs (les étoiles qui représentent les États américains actuels), ainsi que des symboles abstraits (les bandes de couleur qui représentent les colonies initiales). Les associations religieuses ne sont pas en reste. Par exemple, l’Église catholique utilise comme emblème un symbole figuratif, le crucifix, constitué d’une croix latine sur laquelle est clouée l’effigie du fondateur de l’association. Ce symbole d’identité est souvent réduit à une simple croix latine.

Si un mot ou un symbole n’a qu’un seul sens, cela ne pose aucun problème d’interprétation. Toutefois, il peut avoir un sens qui varie selon le contexte ou le lieu. Par exemple, le mot « chapeau » n’a pas le même sens si on parle d’un chapeau d’homme ou de femme, de champignon, de cheminée, de roue, de coussinet ou d’article de journal. De même, une étoile du drapeau américain n’a pas le même sens qu’une étoile sur la façade d’un hôtel. Nous verrons plus loin que les noms de fêtes comme « Noël » et « Pâques » doivent être interprétés en fonction de leur contexte religieux ou non religieux. Par ailleurs, avec le temps, un mot ou un symbole peut perdre son sens originel et en acquérir un tout nouveau. Par exemple, combien sommes-nous à savoir que « mardi » est le « jour du dieu Mars » et « mercredi », le « jour du dieu Mercure » ?

Civisme

Tout comme les associations religieuses, les États areligieux ont une doctrine, qui s’appelle le « civisme » dans leur cas, et qu’ils s’appliquent à diffuser. Le terme « civisme » a déjà servi à désigner le dévouement du citoyen pour sa patrie. Actuellement, on dit qu’il renvoie au sens des responsabilités et des devoirs du citoyen. Pour mettre en relief le fait que chaque citoyen retire aussi des avantages du pacte d’alliance conclu avec ses semblables, nous dirons que le civisme est une doctrine qui prône l’entraide entre tous les citoyens, le respect des lois qui en découlent et que les citoyens ont établies d’un commun accord, ainsi que le respect du culte rendu aux personnes dont le comportement a été exemplaire. Nous appellerons en outre « civisme international » la même doctrine liant des États entre eux.

C’est l’obligation d’entraide qui fonde toutes les lois particulières qu’adoptent les citoyens au fil du temps pour s’adapter aux nouvelles situations. Cette obligation d’entraide est la règle de conduite fondamentale de chaque citoyen, le principe premier de la morale civique. Elle est non seulement la condition de l’existence de l’État démocratique, mais aussi la condition de l’existence de toute association véritable. Dans le cas d’une association religieuse, l’obligation d’entraide et les lois qui en découlent sont des messages à fonction de commande dont on attribue l’origine à un ou plusieurs êtres surnaturels ; dans le cas d’un État démocratique, ces messages ont pour seuls auteurs les citoyens, c’est-à-dire les personnes qui ont adhéré au pacte d’alliance constituant l’État et qui, par le fait même, ont assumé l’obligation d’entraide.

Formation civique

De façon plus ou moins systématique, les membres actuels du pacte constituant l’État enseignent la doctrine du civisme aux membres de la nouvelle génération ou aux immigrants. Chez les plus petits de la nouvelle génération, la formation civique commence par les pratiques élémentaires de socialisation ; chez les plus grands, par leur participation aux activités d’associations diverses. Par ailleurs, l’État transmet aux futurs citoyens le récit de l’histoire nationale, c’est-à-dire la conclusion du pacte originel, l’adoption des lois ainsi que les grands événements heureux ou malheureux de cette histoire. Outre des jugements de réalité – les faits doivent être exacts, prouvés –, le récit contient des jugements de valeur : les personnages dont le comportement a été exemplaire sont glorifiés et les responsables des malheurs de l’État clairement identifiés, notamment les agresseurs étrangers qui ont assujetti le pays à leurs lois. Nous verrons plus loin que la célébration des héros nationaux fait aussi partie du culte civique.

Tandis que les États racontent l’histoire des héros nationaux qui doivent leurs hauts faits à leurs qualités propres, les associations religieuses racontent l’histoire des êtres surnaturels qui seraient à l’origine du monde et de l’association elle-même, ainsi que celle des êtres humains qui auraient accompli des faits extraordinaires en raison de leurs liens avec des êtres surnaturels. Il est à noter que le recours à des explications surnaturelles fait entrer les associations religieuses directement en conflit avec les États qui prônent une explication naturelle de l’histoire des sociétés humaines et du monde en général (Russell 1990 [1971]).

Serment civique

La formation des futurs citoyens débouche normalement sur un serment civique qui marque l’adhésion au pacte constituant l’État. En principe, le candidat à la citoyenneté doit affirmer qu’il est prêt à assumer l’obligation d’entraide, laquelle entraîne l’obligation de respecter et de faire respecter les lois en vigueur, d’en ajouter d’autres au besoin, de remplacer par de nouvelles lois celles qui seront devenues inutiles ou nuisibles et, enfin, de respecter le culte civique. Qu’en est-il en pratique ? Examinons trois exemples de serment civique, l’un provenant de l’État athénien du IVe siècle avant notre ère et les deux autres d’États actuels.

Au moment de faire son service militaire et de devenir un citoyen à part entière, le jeune Athénien devait prononcer le serment suivant :

Je ne déshonorerai pas ces armes sacrées ; je n’abandonnerai pas mon compagnon dans la bataille ; je combattrai pour mes dieux et pour mon foyer, seul ou avec d’autres. Je ne laisserai pas la patrie diminuée, mais je la laisserai plus grande que je ne l’aurai reçue. J’obéirai aux ordres que la sagesse des magistrats saura me donner. Je serai soumis aux lois en vigueur et à celles que le peuple fera d’un commun accord ; si quelqu’un veut renverser ces lois ou leur désobéir, je ne le souffrirai pas, mais je combattrai pour elles, ou seul ou avec tous. Je respecterai les cultes de mes pères (Glotz 1968 [1928] : 145).

Hormis la référence aux dieux et aux cultes, le serment ci-dessus est bien celui d’un citoyen responsable du destin de l’État, c’est-à-dire respectueux des lois en vigueur et de celles que le peuple établira d’un commun accord et prêt à combattre pour faire respecter toutes les lois.

Aux États-Unis, dans toutes les écoles primaires, les élèves récitent chaque matin le serment d’allégeance suivant :

Je jure allégeance au drapeau des États-Unis d’Amérique et à la république qu’il représente, une nation unie sous l’autorité de Dieu, indivisible, avec la liberté et la justice pour tous (McNaught 2009 : 2 ; traduction révisée du texte original anglais suivant : « I pledge allegiance to the flag of the United States of America, and to the republic for which it stands, one nation under God, indivisible, with liberty and justice for all. »).

Comme le serment des jeunes Athéniens, le serment ci-dessus fait d’abord référence à une doctrine religieuse avant de passer à la question de la liberté et de la justice. Notons l’utilisation d’une figure de style dans un contexte où il doit y en avoir le moins possible : ce n’est pas au drapeau qu’on jure allégeance, mais à la nation. Contrairement au serment des Athéniens, le serment des Américains est prononcé à un tout jeune âge et de nombreuses fois.

Au Canada, seuls les immigrants adultes désireux de devenir citoyens prononcent le serment que voici :

Je jure (ou j’affirme solennellement) que je serai fidèle et porterai sincère allégeance à Sa Majesté la Reine Elizabeth Deux, reine du Canada, à ses héritiers et successeurs, que j’observerai fidèlement les lois du Canada et que je remplirai loyalement mes obligations de citoyen canadien (Citoyenneté et Immigration Canada 2009 : 2).

Le serment ci-dessus n’utilise pas la métonymie qui consiste à jurer allégeance à un drapeau, comme dans le serment des Américains. Il diffère en outre des deux serments précédents sur plusieurs points : les jeunes nés au pays ne sont pas tenus de le prononcer, aucune référence n’est faite aux dieux ou à Dieu, et la liberté du citoyen est entièrement dépendante de l’autorité d’un monarque. Cependant, chacun sait que le monarque britannique a peu à voir dans les faits avec l’élaboration et l’adoption des lois au Canada.

Culte civique

L’État maintient sa cohésion non seulement en assurant une formation civique, close à l’occasion par un serment civique, mais aussi en organisant un culte civique qui consolide la formation initiale. Nous entendons par « culte civique » les hommages publics rendus en permanence ou de façon périodique par l’État aux personnes vivantes ou décédées dont le comportement a été exemplaire. Le fait que les personnes honorées soient décédées n’a aucune importance, car seul leur exemple compte pour les vivants. Les marques occasionnelles de gratitude témoignées par l’État à certains citoyens (prix, funérailles civiques, par exemple) ne font pas partie du culte civique. En effet, par définition, le culte civique comprend les hommages périodiques (calendrier des fêtes civiques) ou permanents (art public et toponymie), mais non les hommages occasionnels.

Le culte civique permanent transparaît dans les noms de lieux, notamment les noms de villes, villages, voies de circulation, places, parcs, montagnes, plans d’eau et cours d’eau. L’État et les Villes administrent cette partie du culte civique par l’intermédiaire de commissions de toponymie ouvertes aux propositions des citoyens. Font également partie du culte civique permanent, les œuvres d’art publiques en hommage aux personnes dont le comportement a été exemplaire : généralement sculptées, elles consistent soit en effigies, soit en symboles d’identité figuratifs ou abstraits. Les sculptures sont installées dans les lieux centraux des agglomérations, là où le plus grand nombre de citoyens peuvent les voir.

Le culte civique périodique comprend toutes les fêtes organisées par l’État chaque année à la même date, ou à une date qui varie peu. Ce jour est généralement chômé et des rassemblements ont lieu en grands groupes dans des lieux publics ou en petits groupes dans des lieux privés. À l’occasion de certaines fêtes, l’État manifeste sa présence de façon symbolique au moyen du drapeau (fête nationale, par exemple).

Deuxième partie

Lois, culte civique et formation civique au Québec

La situation actuelle des lois, du culte civique et de la formation civique au Québec résulte à la fois : 1) de la conquête de la Nouvelle-France par les Britanniques en 1760 et 2) de la collaboration ultérieure de l’Église catholique locale d’abord avec l’État britannique, puis avec l’État canadien, héritier du conquérant britannique, et avec l’État québécois assujetti à l’État canadien.

Les lois, l’Église et l’État

D’entrée de jeu, signalons que les données de ce bref historique proviennent de trois sources : Thério 1998 ; Milot 2002 ; Rochefort 2008. La périodisation est personnelle.

L’évolution de la puissance politique de l’Église catholique au Québec peut être divisée en deux phases. La phase ascendante commence immédiatement après la conquête britannique, en 1760, tandis que la phase descendante commence en 1940, au moment de l’octroi du droit de vote aux femmes par un gouvernement québécois devenu moins sensible aux pressions de l’Église catholique. L’apogée de la phase ascendante de la puissance politique de l’Église a lieu précisément le 7 octobre 1936, alors que le gouvernement québécois installe le crucifix emblématique de cette association religieuse au-dessus du fauteuil du président de l’assemblée des députés, en plein cœur du Parlement.

Les débuts de la phase ascendante sont difficiles pour l’Église. Il lui faut persuader le Conquérant qu’elle peut lui être utile pour asseoir sa domination, ce qu’elle fait en prônant la résistance des Québécois aux envahisseurs américains en 1775 et en approuvant une levée de milice en 1807 face à une nouvelle agression américaine potentielle. Le gouvernement britannique récompense l’Église en reconnaissant officiellement le titre d’évêque catholique romain de J. O. Plessis en 1817 et en nommant celui-ci au Conseil législatif de la Province de Québec l’année suivante. En 1837, l’Église montre encore son utilité pour le Conquérant en condamnant la rébellion des Patriotes québécois. La récompense suit peu après : l’Église obtient le monopole de l’enseignement primaire et secondaire dans les écoles de langue française (1841). Au même moment, les Églises protestantes obtiennent le monopole de l’enseignement primaire et secondaire dans les écoles de langue anglaise, ce qui crée une situation de duopole religieux au Québec. L’Église catholique consolide ensuite son emprise dans le domaine de l’éducation : droit exclusif de choisir le personnel enseignant et les manuels scolaires (1846), création d’écoles pour la formation du personnel enseignant (1856), confirmation du monopole de l’Église dans la loi britannique qui fonde le Canada (1867), restriction du rôle de l’État à la nomination d’un « surintendant » qui relève en fait de l’Église (1875).

Puis, comme il a été mentionné plus haut, la phase descendante de la puissance politique de l’Église commence en 1940, au moment de l’octroi du droit de vote aux femmes, auquel cette association religieuse s’opposait depuis longtemps. En 1964, le gouvernement québécois réussit à créer un ministère de l’Éducation doté de nombreux pouvoirs, mais non celui d’exclure l’enseignement religieux des écoles. Enfin, en 1998, l’enseignement est officiellement déconfessionnalisé. Cependant, chassée par la porte, l’Église rentre par la fenêtre grâce au cours « Éthique et culture religieuse » (2007). En outre, l’État québécois continue d’aider l’Église au moyen : 1) de subventions à des universités qui abritent des facultés de théologie, 2) d’exonérations d’impôt qui lui sont accordées à titre d’organisme sans but lucratif et 3) de déductions fiscales accordées à ceux qui lui font des dons. Comme le montrent les faits précédents, la phase descendante du pouvoir politique de l’Église catholique du Québec n’a pas encore atteint son point le plus bas.

Pendant que l’Église catholique faisait jouer les lois en sa faveur et consolidait son pouvoir sur la société québécoise, l’État canadien prenait la succession de l’État britannique. Rappelons les grandes dates de l’histoire de l’héritier de l’État conquérant : obtention du pouvoir de gestion intérieure lors de l’adoption du British North America Act à Londres (1867) ; obtention du pouvoir de signer des traités internationaux (1931) ; obtention du pouvoir de modifier l’acte de constitution du pays (1982). En 1867, la création du Canada a entraîné par la même occasion celle de la « Province de Québec », État assujetti à l’État canadien, mais jouissant de certains droits qu’il n’avait pas sous la domination du Conquérant. Cependant, la relation de domination s’est maintenue, et toute loi adoptée par la Province de Québec peut être désavouée ou dénaturée par la Cour suprême du Canada, comme on l’a bien vu depuis l’adoption de la Charte de la langue française (loi 101) en 1977.

Le culte civique

Étant donné leur importance réelle ou potentielle comme instruments du culte civique québécois, nous traiterons d’abord des trois symboles suivants : la croix du mont Royal, les armoiries du Québec et le drapeau du Québec. Nous décrirons ensuite les facteurs nuisibles à un culte civique authentiquement québécois dans les fêtes, la sculpture publique et la toponymie.

La croix du mont Royal

En 1924, une gigantesque croix latine de métal (plus de 30 mètres de hauteur) chargée d’ampoules lumineuses blanches a été installée sur le mont Royal, en souvenir de la croix de bois plantée en 1643 par Paul de Chomedey, sieur de Maisonneuve et gouverneur de Ville-Marie. Celui-ci voulait remercier la Vierge Marie d’avoir entendu sa prière et sauvé la nouvelle colonie d’une forte crue des eaux l’année précédente. Depuis son installation, la nouvelle croix a perdu un peu de son sens religieux initial, car elle a quelquefois servi à des fins non religieuses : par exemple, on a remplacé les ampoules blanches par des jaunes pour célébrer le couronnement d’un monarque (site Web de la Ville de Montréal ; voir bibliographie). Cette croix fera l’objet de deux recommandations à la fin.

Les armoiries du Québec

Le Québec a plusieurs symboles d’identité officiels : un animal emblématique, le harfang des neiges ; un arbre emblématique, le bouleau jaune ; une plante emblématique, l’iris versicolore ; un drapeau ; des armoiries. Les armoiries du Québec adoptées en 1939 sont composées d’un écu, d’une couronne royale et d’un listel portant la devise « Je me souviens ». La couronne qui chapeaute l’écu rappelle que le monarque britannique est toujours le chef de l’État canadien et de la Province de Québec. L’écu comprend de haut en bas 1) trois fleurs de lys d’or sur fond bleu, souvenir des monarques français qui ont régné sur la Nouvelle-France jusqu’à la Conquête britannique, 2) un léopard passant or sur fond rouge, souvenir de la domination britannique à partir de 1760 et 3) trois feuilles d’érable vertes sur fond or, souvenir du transfert de la domination de la Grande-Bretagne au Canada en 1867. Selon les termes édulcorés d’un document officiel (site Web « Justice Québec » ; voir bibliographie), les trois parties de l’écu rappellent le « régime français », le « régime britannique » et la « période canadienne », respectivement. Rompant avec une identité de pays dominé, de nouvelles armoiries pourraient jouer un certain rôle dans le futur culte civique québécois. Nous en reparlerons dans les recommandations.

Le drapeau du Québec

Le symbole d’identité du Québec le plus important est son drapeau à croix blanche cantonnée de fleurs de lys blanches sur fond bleu. On compte en outre un abrégé du drapeau sur les plaques d’immatriculation des voitures : une fleur de lys blanche inscrite dans un carré bleu. La croix cantonnée est formée de deux bandes blanches qui se croisent exactement par le milieu et dont l’une – la bande horizontale – est plus longue que l’autre. Elle n’a aucun lien avec l’emblème abrégé de l’Église catholique (sans l’effigie du fondateur), qui est une croix latine. La croix blanche du drapeau québécois provient des enseignes des régiments français du temps de la Nouvelle-France (Archambault et Lévesque 1978 [1974] : 7 ; Filiatrault 1903 : 20). Le drapeau est l’instrument le plus visible du culte civique québécois (jour du Drapeau, journée nationale des Patriotes, Fête nationale du Québec).

Les fêtes civiques

Au Québec, le calendrier comprend 10 fêtes civiques qui donnent lieu la plupart du temps à des jours chômés (le jour du Drapeau et le jour du Souvenir font exception) :

Jour du Drapeau du Québec, 21 janvier. Fête créée par le gouvernement québécois et animée par le Mouvement national des Québécoises et Québécois (MNQ). Parmi les activités organisées par le MNQ dans les écoles, notons la récitation du texte qui suit :

Drapeau du Québec, salut ! / À toi mon respect, ma fidélité, ma fierté. / Vive le Québec, / Vive son drapeau !  (Mouvement national des Québécoises et Québécois, site Web)

Ce serment civique embryonnaire contient la même figure de style à éviter que le serment civique des Américains (fidélité à un drapeau).

  • Pâques, entre le 22 mars et le 25 avril ; dimanche qui suit la pleine lune venant après l’équinoxe du printemps. Fête créée par l’Église catholique en l’honneur de ce qu’elle croit être la résurrection de son fondateur. A remplacé la Pâque (sans « s ») des Juifs, célébrée à peu près à la même date en l’honneur de l’exode des Hébreux hors d’Égypte (Cretin 2008 : 54). Aussi, fête civique qui semble être un hommage à tous les parents ; utilise l’œuf (œufs peints, œufs en chocolat) comme symbole de la fécondité. Cette fête est la version civique d’une ancienne fête religieuse des Anglo-Saxons en l’honneur d’Ostara, déesse du printemps, qui a donné son nom à la fête de Pâques chez les Anglais, « Easter » (Cretin 2008 : 59 ; Weigall 1934 [1928] : 216).
  • Fête de la Reine, lundi précédant le 25 mai. Fête créée par le gouvernement canadien en l’honneur du monarque britannique, chef d’un empire sur lequel le soleil ne se couchait jamais, disait-on, et dont la déchéance a commencé avec l’indépendance de l’Irlande (1921) et de l’Inde (1947).
  • Journée nationale des Patriotes, tenue le même jour que la fête de la Reine. Fête créée par le gouvernement québécois en hommage aux rebelles québécois écrasés par l’armée de l’État britannique en 1837 et en 1838. Cette fête a pris le relais de la fête non officielle de Dollard des Ormeaux, qui avait lieu le même jour que la fête de la Reine. La fête de Dollard est l’un des actes de résistance symbolique populaire les plus curieux du XXe siècle au Québec (Gaudreault 2011).
  • Fête nationale du Québec, 24 juin. Créée par le gouvernement québécois. A remplacé la fête religieuse de Saint Jean-Baptiste, dit à une certaine époque « patron des Canadiens-français ».
  • Fête du Canada, 1er juillet. Fête créée par le gouvernement canadien pour célébrer la naissance de l’État canadien (1867), héritier de l’État britannique.
  • Fête du Travail, premier lundi de septembre. Fête créée par le gouvernement canadien en hommage à tous les travailleurs.
  • Jour de l’Action de grâces, deuxième lundi d’octobre. Fête créée par le gouvernement canadien à l’occasion de la guérison du prince de Galles, futur roi Edward VII (Travaux publics et Services gouvernementaux Canada, site Web Termium Plus). Influence chrétienne non catholique combinée à celle de l’État canadien.
  • Jour du Souvenir, 11 novembre. Fête créée par le gouvernement canadien en hommage à ceux qui sont morts au combat pour le Canada.
  • Noël, 25 décembre. Fête créée par l’Église catholique en l’honneur de la naissance de son fondateur. A remplacé une fête tenue à Rome au IVe siècle et au cours de laquelle on célébrait le dieu soleil invaincu en allumant une multitude de flambeaux ou de cierges et en décorant des branches et des petits arbres (Halsberghe 1972 : 174). Aussi, fête civique en hommage aux enfants obéissants ; marquée par une profusion de lumière, la présence de sapins décorés à l’intérieur et à l’extérieur des maisons et le don de cadeaux aux enfants par les parents ou le symbole des parents rétributeurs, le Père Noël. La fête civique de Noël a pris le pas sur la fête religieuse au XXe siècle (Perrot 2000 : 52). Un incident survenu le 23 décembre 1951 à Dijon, en France, est à cet égard très révélateur : à cette date, des chrétiens ont brûlé une effigie du Père Noël pendue aux grilles de la cathédrale (Lévi-Strauss 1952 : 1572-1573).

Quatre fêtes sur dix révèlent l’assujettissement de l’État québécois à l’État canadien : la fête de la Reine, la fête du Canada, la fête de l’Action de grâces et le jour du Souvenir. L’une de ces quatre fêtes est due en plus à une influence religieuse, la fête de l’Action de grâces, et l’Église catholique n’y est pour rien. Signalons que le nom de cette fête a perdu son sens officiel pour la plupart de ceux qui profitent de ce jour chômé.

La sculpture publique

Un examen de l’art public au Parlement de Québec (Rouillard 2005) et à Montréal (Gaudreault 2009) révèle la présence d’un nombre important de sculptures qui rappellent l’assujettissement des Québécois. À Montréal, 17 sculptures honorent des Britanniques ou des Canadiens et leurs collaborateurs québécois : Bethune, Braves de Lachine, Braves de Montréal, Braves de Notre-Dame-de-Grâce, Braves d’Outremont, Braves du Canada et Lord Strathcona, Burns, Caboto, Cartier (sir Georges-Étienne), Edward VII, Lafontaine (sir Louis-Hippolyte), Laurier (sir Wilfrid), Lion (symbole de Victoria), MacDonald, Nelson (Horatio), Victoria, Young. Une seule statue honore un personnage important de l’histoire de l’Église catholique au Québec, celle du frère André, thaumaturge. La Ville rend hommage à d’autres personnages liés à l’Église – Marguerite Bourgeoys, Émilie Gamelin, Marie-Victorin –, non pas pour leur conduite exemplaire comme chrétiens ou catholiques, mais pour leur rôle civique important. Sur la façade du Parlement de Québec, l’État québécois rend hommage à quatre représentants du Conquérant britannique – Baldwin, Dorchester, Elgin, Wolfe – et à deux de leurs collaborateurs québécois – De Salaberry et Lafontaine (sir Louis-Hippolyte). Notons également, devant le Parlement, la statue en hommage à Robert Bourassa, collaborateur essentiel de l’État canadien dans l’écrasement de l’infime mouvement de résistance armée au Québec en 1970 et, surtout, dans la tentative d’affaiblissement du mouvement de résistance non violente (environ 400 arrestations). Le fait que ce premier ministre a créé par la suite de nombreux emplois dans le Nord du Québec suffirait-il à contrebalancer sa collaboration avec le gouvernement canadien pour tenter d’éliminer la résistance québécoise ?

La toponymie

Au Québec, selon Jocelyn Saint-Pierre (1995 : 81-82), parmi les quelque 6000 noms désignant des accidents géographiques ou des entités administratives, 16 % contiennent le mot « Saint » ou « Sainte », tandis que 12 % sont de « souche anglaise ». Certains des personnages honorés dont les noms sont de « souche anglaise » étaient peut-être des alliés de la nation québécoise, mais leur nombre et leur identité sont toujours inconnus. Quant aux noms de lieux contenant le mot « Saint » ou « Sainte », il est probable que la plupart de ceux qui les utilisent aujourd’hui ignorent qui étaient les personnages honorés. Ces noms sont en train de connaître le même sort que ceux des jours de la semaine évoqués dans la section « Mots et symboles » : le souvenir des personnages honorés disparaît.

La formation civique

Dans les écoles primaires et secondaires, il existe probablement beaucoup d’associations de sports et de loisirs où les élèves ont l’occasion de participer à une prise de décision collective. Cependant, une étude menée sur les associations d’élèves de quatre écoles secondaires montre que le fonctionnement de ces associations repose, aux dires des auteurs, sur une « conception élitiste de la participation » et que le débat y est peu encouragé (Tessier et McAndrew 2001 : 200).

Quant au contenu des cours sur l’histoire nationale et le fonctionnement des institutions politiques au Canada et au Québec dans les écoles secondaires, l’esprit de bonne entente à tout prix et l’autocensure ont pour conséquence de renforcer l’assujettissement du Québec à l’État canadien. Ainsi, dans le cours « Histoire et éducation à la citoyenneté » de la première année du deuxième cycle du secondaire (Éducation, Loisir et Sport Québec, site Web), on veut notamment amener les élèves « à comprendre que, dans une société, il existe des rapports de dépendance (p. 40) » , « à réfléchir comment, dans la société actuelle, concilier différences, intérêts et coexistence (p. 44) » ou, pour masquer encore plus la question de la résistance nationale québécoise, « à prendre conscience que la conception de la nation n’est pas la même pour tous les citoyens et que cela est encore, aujourd’hui, source de débats de société (p. 48) ».

Enfin, le cours « Éthique et culture religieuse » sape le civisme. L’intitulé même du cours laisse entendre que toute morale est indissociable d’une religion et qu’il n’existerait donc pas de morale civique. De plus, le simple fait de présenter des religions dans le cadre d’un cours destiné à favoriser le dialogue et le rapprochement entre les élèves amène ceux-ci à croire à la valeur positive de ces religions. L’instauration du cours « Éthique et culture religieuse » est l’application locale de la nouvelle stratégie adoptée à Rome en 1965 par l’Église catholique, le « dialogue interreligieux », afin de remplacer l’ancienne stratégie de domination : « Il fut un temps où les images de conquête étaient monnaie courante dans le vocabulaire de la mission (Sagazan 1998 : 30) ». Un autre promoteur de la nouvelle stratégie précise que « le vrai dialogue est déjà aussi évangélisation (Henry 1966 : 18) ».


Recommandations

Les recommandations qui suivent visent à renforcer le culte civique et la formation civique au Québec en éliminant la double influence des associations religieuses et de l’État canadien. Toutes peuvent être mises en œuvre dès maintenant par des groupes de citoyens, les commissions scolaires, les municipalités ou l’État québécois, selon l’étendue de leurs responsabilités.

L’État canadien s’opposera à certaines d’entre elles au nom de la Charte canadienne des droits et libertés. Qui oserait en douter ?

Au Québec même, certaines associations religieuses ou certains de leurs membres refuseront d’admettre la prédominance des lois civiles sur les lois religieuses. Ils accuseront les partisans de la Charte du civisme de violer la liberté de penser et la liberté de religion. À cela, il faut répondre qu’aucun État ne pourra jamais empêcher qui que ce soit de penser et de croire ce qu’il veut. Quant aux restrictions éventuelles imposées à la liberté de religion (personne ne souhaitera éliminer les cultes, à notre avis), nos concitoyens membres d’une association religieuse devraient y consentir s’ils sont de véritables démocrates.

Pleins d’une gratitude paradoxale envers les conquérants britanniques et leurs héritiers canadiens, des Québécois se porteront à la défense de l’État canadien. Ils ressortiront le mythe des deux peuples fondateurs, comme l’a fait encore récemment le chef du Parti libéral du Québec et premier ministre du gouvernement québécois, et parleront comme lui d’un « pays dont nous sommes les coauteurs » (Jean Charest, Le Devoir, 2-3 avril 2011, p. A10).

Enfin, d’autres Québécois qui se diront « réalistes » invoqueront des déterminismes sociaux, politiques ou économiques, des statistiques ou des sondages. Ceux qui ne veulent pas agir trouveront toujours une excuse. Rappelons-nous que les promoteurs de la Charte de la langue française n’en ont pas cherché, eux !

Pour clore ce préambule, signalons qu’il faut lire les recommandations qui concernent particulièrement le culte civique en gardant à l’esprit la distinction capitale entre jugement de valeur et jugement de réalité : retirer une marque d’hommage à une personnalité ne fait pas disparaître cette personnalité des récits historiques. La méconnaissance de cette distinction a obscurci et risque d’obscurcir encore de nombreux débats.

1. Réduction de l’emprise des associations religieuses

Confiner les cultes, cérémonies, discours, pratiques, symboles et objets religieux à des bâtiments spéciaux où les associations religieuses, catholiques ou autres, tiendront leurs activités de façon discrète, c’est-à-dire de manière à ce que celles-ci ne soient pas perçues des personnes qui circulent ou habitent autour.

Interdire le prosélytisme et le port de signes d’appartenance à une association religieuse dans les établissements possédés ou subventionnés par l’État ou par une municipalité, ainsi que dans tous les lieux et dans toutes les circonstances où de tels comportements risqueraient de troubler l’ordre public.

Encadrer rigoureusement la construction de nouveaux bâtiments à usage religieux. Si des bâtiments à usage religieux existants ont un intérêt historique ou esthétique particulier pour l’État, celui-ci peut les acquérir pour en faire des musées ou des bibliothèques, ou encore y tenir des cérémonies civiques.

Retirer des lieux publics les sculptures ou œuvres d’art qui relèvent d’un culte religieux, notamment le crucifix de l’Assemblée nationale, la statue du frère André à Montréal et les croix de chemin, et les installer dans un musée, si ces objets ont un intérêt historique ou esthétique. Transformer la croix du mont Royal en un symbole authentiquement civique par l’ajout des nouvelles armoiries du Québec (voir à la fin du point 2 ci-dessous) ; adopter un code spécial de couleurs pour les ampoules afin de faire servir la croix à la fois au culte civique et à diverses célébrations.

Remplacer au besoin les noms de lieux ou d’édifices publics incluant les mots « Saint » ou « Sainte » par les noms de personnalités à honorer. Laisser l’application de cette mesure à la discrétion des municipalités.

Faire obstacle au financement des associations religieuses au moyen de diverses mesures : faire dépendre les subventions aux universités de la transformation des facultés de théologie en centres de recherche interdisciplinaire sur les religions ou, à la rigueur, en départements des sciences de la religion, à condition que ceux-ci ne soient pas un moyen déguisé de former des théologiens, des clercs ou des catéchètes pour diverses associations religieuses ; abolir les déductions fiscales des associations religieuses et de ceux qui leur font des dons ; empêcher tout financement provenant de l’étranger.

2. Réduction de l’emprise de l’État canadien

Retirer les sculptures publiques en hommage aux grands personnages de l’histoire de la Grande-Bretagne et du Canada, y compris celles en hommage aux collaborateurs québécois du Conquérant et de l’État héritier. Les mettre dans un musée pour l’instruction des générations futures.

Remplacer les noms de lieux (villes, villages, voie de circulation, etc.) en hommage aux conquérants britanniques, à leurs successeurs canadiens et à leurs collaborateurs québécois par les noms de personnalités qui méritent vraiment la gratitude des Québécois.

Promouvoir la non-participation ou la résistance non violente aux fêtes de l’État canadien, notamment le jour du Souvenir, hommage aux soldats canadiens (y compris à leurs collaborateurs québécois) morts pour la Grande-Bretagne ou le Canada. Trouver un sens nouveau à la fête de l’Action de grâces.

Remplacer les armoiries actuelles du Québec par de nouvelles armoiries comprenant trois fleurs de lys blanches sur fond bleu, par exemple. Conserver le listel « Je me souviens ».

Remarque à propos des points 1 et 2 ci-dessus : Les nouvelles personnalités à honorer seront québécoises ou étrangères et issues de tous les domaines (politique, scientifique, artistique, etc.). Du côté canadien, inclure les personnalités qui ont aidé ou auront aidé de façon exemplaire la cause de l’indépendance du Québec, mais laisser de côté tout autre type de personnalités.

3. Formation civique à l’école

Remplacer les cours « Éthique et culture religieuse » et « Histoire et éducation à la citoyenneté » par un cours de formation civique dont les éléments seront répartis sur plusieurs années : réflexion précoce sur le principe de l’association et la morale civique ; apprentissage de la distinction entre jugement de réalité et jugement de valeur ; étude du fonctionnement des associations et des journaux à l’école ; conduite de réunions ; liberté de parole et limites de la liberté de parole ; rôle des médias dans la démocratie ; lois et institutions ; histoire critique des lois et des institutions depuis la Conquête ; analyse du serment civique. Le cours d’histoire reprendrait son autonomie et viserait à situer l’histoire sociale, économique et politique du Québec dans l’histoire de l’Occident et du monde. Quant à la « culture religieuse », celle qui permet de comprendre certaines œuvres d’art ou certains événements politiques, elle serait distillée selon les besoins dans les cours existants de littérature, d’histoire de l’art et d’histoire générale.

Créer des associations d’élèves dans chaque classe et dans chaque école dans le but de favoriser l’apprentissage de la démocratie directe et par délégation.

Créer des journaux d’élèves dans chaque classe et dans chaque école dans le but de favoriser, au moyen de l’écrit, l’apprentissage de la liberté d’expression et de ses limites.

Mettre en place un processus qui permettrait à la fois aux élèves et aux enseignants de dénoncer les auteurs de harcèlement, de menaces et d’agressions. Ce processus aurait pour but 1) d’assurer la protection des élèves et des enseignants, 2) d’instaurer un climat serein dans les écoles et 3) de favoriser chez les élèves l’apprentissage de la liberté de dénonciation propre au système judiciaire des adultes. Rappeler aux enseignants et aux directeurs d’école leurs responsabilités face au processus de dénonciation. Créer un poste d’ombudsman des élèves dans chaque commission scolaire afin de renforcer le travail des enseignants et des directeurs d’école.

4. Civisme international

Adopter officiellement une fête existante, le jour de la Terre, célébré le 22 avril de chaque année au Québec et ailleurs dans le monde par les groupes environnementalistes. Transformer cette fête en hommage aux promoteurs de la protection de l’environnement, qui vise en fin de compte la protection physique de l’être humain. Créer un prix doté d’une bourse importante et, à l’occasion de la fête annuelle, le remettre à la personne ou au groupe qui s’est particulièrement illustré cette année-là dans la promotion de la protection de l’environnement au Québec ou ailleurs. Proposer d’autres fêtes à la communauté des nations pour promouvoir le civisme international.

5. Serment civique

Proposer dès maintenant aux résidents du Québec d’au moins 18 ans de prononcer un serment civique semblable à celui des jeunes Athéniens. Voici une version partiellement modifiée de ce serment légué par l’Antiquité :

Je ne laisserai pas la patrie diminuée, mais je la laisserai plus grande que je ne l’aurai reçue. J’obéirai aux ordres légitimes des magistrats. Je serai soumis aux lois justes que le peuple québécois a faites et fera d’un commun accord ; si quelqu’un veut renverser ces lois ou leur désobéir, je ne l’accepterai pas, mais je combattrai pour elles, ou seul ou avec tous. Je respecterai le culte civique établi par les citoyens du Québec.

Le serment ci-dessus peut-être prononcé devant un citoyen québécois émérite, homme ou femme, jeune ou âgé, mandaté ou non actuellement par l’État québécois. Il ne contient aucune mention de dieux ou de cultes rendus à des dieux, comme il se doit dans une démocratie où toute loi religieuse prédominante enfreint le principe de la souveraineté du peuple. Les ordres légitimes des magistrats sont ceux qui ont pour but de faire respecter les lois québécoises ou le principe fondamental de l’entraide. Le candidat à la citoyenneté fait serment, d’une part, de participer à l’élaboration des lois (il s’inclut dans le peuple québécois qui fera les lois d’un commun accord) et, d’autre part, de combattre pour elles. Le combat pour faire respecter les lois exclut tout recours aux moyens violents entre membres du pacte social.

L’État québécois rendra le serment civique obligatoire à 18 ans ou après une période de formation civique raisonnable. Ce serment pourra être annulé uniquement par l’exil ou l’émigration.

Conclusion

Une charte du civisme au Québec combattrait la déresponsabilisation entretenue par une longue habitude de soumission au clergé catholique et au pouvoir britannique et canadien. Le civisme est une doctrine qui prône l’entraide entre tous les citoyens, le respect des lois qui en découlent et que les citoyens ont établies d’un commun accord, ainsi que le respect du culte rendu aux personnes dont le comportement a été exemplaire. Il est incompatible avec toute doctrine qui attribue l’origine des lois à un être surnaturel ou à un État étranger. Le civisme repose sur la souveraineté du peuple, sur l’absolue liberté des citoyens de faire ou de défaire collectivement les lois de l’État, ce qui est l’essence même de la démocratie.

Dans certains pays, l’État donne une formation civique aux candidats à la citoyenneté dans le but de les préparer à leur adhésion au pacte d’alliance des citoyens. Afin de maintenir vivant l’engagement initial, l’État instaure en outre un culte civique dans lequel il rend hommage aux personnes dont le comportement a été exemplaire : de façon permanente, en donnant le nom de ces personnes à divers lieux ou en installant leur effigie sculptée au centre des agglomérations ; de façon périodique, en organisant des fêtes annuelles.

Au Québec, pour asseoir leur domination, l’Église catholique, l’État conquérant et l’État canadien, héritier du Conquérant, ont fait obstacle à l’émergence d’un véritable civisme. Appliquant une stratégie constante de collaboration avec les vainqueurs, l’Église a obtenu en récompense le monopole de l’enseignement dans les écoles de langue française et formé des catholiques plutôt que des citoyens. Cette mainmise a eu aussi un retentissement dans le culte civique où, par exemple, l’on ne compte plus les noms de lieux comprenant les mots « Saint » ou « Sainte ». L’État britannique et l’État héritier ont également perverti le civisme au Québec. Beaucoup plus que l’Église catholique, ils ont fait sentir leur puissance dans les sculptures publiques, la toponymie et les fêtes annuelles. Quant à la formation civique, elle est actuellement compromise par les partisans du dialogue interreligieux au service de l’Église catholique de Rome et les collaborateurs de l’État canadien usurpateur.

De cet état de fait découle logiquement un ensemble de recommandations pour le redressement du civisme dévoyé au Québec. Celles-ci se fondent, d’une part, sur une stratégie de confinement des associations religieuses et d’élimination du culte civique canadien sur le territoire québécois et, d’autre part, sur une stratégie de promotion du civisme touchant le culte civique, la formation civique et le serment civique. L’adoption d’une charte du civisme devrait être suivie de celle de la Constitution du Québec, et ce, avant l’indépendance. Toutefois, il n’est pas nécessaire d’attendre l’adoption d’une charte du civisme et d’une constitution pour commencer à mettre en œuvre dès maintenant les mesures recommandées selon son domaine de responsabilité.

« Chaque homme doit se dire : suis-je bien celui qui a le droit d’agir de telle sorte que l’humanité se règle sur mes actes ? », affirme Jean-Paul Sartre (1996 [1945] : 36). Pour le philosophe existentialiste, la réponse est nette : il ne fait pas de doute que le sujet individuel est responsable du monde qui l’entoure, que les autres sujets scrutent son action et se laissent influencer par elle. Cette philosophie de la liberté et de l’engagement est une autre façon d’exprimer la doctrine du civisme. Chaque citoyen doit être un exemple pour les autres citoyens et l’État du Québec doit être un exemple pour les autres États. Allons-nous renoncer à la liberté et déchoir aux yeux de toutes les nations libres, aux yeux de nos descendants et à nos propres yeux ?

 

 

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