La république de nulle part

À entendre les cris d’orfraie poussés par les médias québécois depuis que le gouvernement Harper a remis à l’honneur les symboles royaux qui ont toujours servi de fondements à l’État canadien depuis la Conquête, on pourrait croire que le Québec serait naturellement, spontanément, de toute évidence, une terre hospitalière à la république. Or, justement, ce n’est pas le cas.

Pour nombre de Québécois, de la même manière que la liberté est une marque de yaourt, la république désigne au plus une marque de cafés branchés ou une destination vacances. Dans son sens politique fondamental, l’idée ne renvoie à rien qui vaille. L’idée républicaine au Québec a certes existé, mais en sourdine, toujours latente, rarement déclarée, déguisée sous toutes sortes d’avatars, sans cesse prise pour autre chose qu’elle-même. Ce n’est pas parce que le Québec a une origine et des connivences françaises que l’idéal républicain y a pris souche. Ce n’est pas parce que ses élites politiques et intellectuelles ont eu le loisir de lire, au cours de son histoire, Rousseau, Montesquieu, Jefferson, Lamartine et Jaurès et de suivre les naissances des républiques française et américaine, qu’une pensée républicaine s’est installée au Québec. En fait, une telle pensée s’est exprimée dans son histoire, mais c’est là encore un secret encore bien gardé. Pour tout dire, au Québec, la république n’est rien, puisqu’elle est absente du vocabulaire de la classe politique ; aucun parti majeur ne l’invoque, pas même les souverainistes québécois, dont les incantations en appellent à la création d’une terre souveraine, sans se rendre compte qu’il leur faudra fonder une République du Québec, et donc s’extraire de la logique monarchiste et antirépublicaine du régime canadien. Et les historiens et les quelques spécialistes des sciences sociales qui étudient l’histoire du Québec ne voient nulle république dans leur tableau, ni thème ou accent républicain, sauf peut-être dans une période reculée, celle des Patriotes, qui en aurait donné une expression figée, laissée en déshérence, sans conséquence sur l’évolution politique du Québec.

Or, après une longue période d’oubli, la république semble vouloir réapparaître au Québec, quoique de manière très timide, sur le front intellectuel plutôt que politique. Quelques historiens, sociologues et politistes ont peu à peu remis en question un grand récit libéral, suivant lequel les luttes et les idées politiques depuis les Patriotes jusqu’à la Révolution tranquille ont essentiellement opposé un libéralisme moderniste et un conservatisme défenseur de la tradition et de la survivance nationale.

Ce que nos historiens ont souvent pris pour du libéralisme « progressiste » ou « radical » tenait davantage de ce que nous pourrions appeler aujourd’hui de l’humanisme civique ou du républicanisme qui, aux États-Unis, en Grande-Bretagne et au Canada français, s’est dressé contre le projet de monarchie commerciale whig et contre-révolutionnaire auquel avaient adhéré les élites anglaises depuis la Glorieuse révolution de 1688, à Londres comme à Toronto, Kingston, Québec et Ottawa. Cette relecture de notre histoire politique doit beaucoup aux travaux de Louis-Georges Harvey et de Stéphane Kelly[1], qui se sont inspirés de ceux de l’école historique inaugurée par John G.A. Pocock et Quentin Skinner. Ces derniers mirent au jour un discours républicain néo-romain, distinct du libéralisme qui l’avait concurrencé dans les grands débats marquants de la révolution anglaise du XVIIe siècle[2]. Le discours des révolutionnaires américains rebellés contre la Couronne britannique était largement imprégné de cet humanisme civique[3]. Grâce aux analyses de Harvey et de Kelly, nous savons que les élites canadiennes qui critiquèrent le gouvernement colonial puis se rebellèrent contre lui entre 1819 et 1840 avaient emprunté à l’imaginaire et aux arguments du Country Party en Grande-Bretagne et des révolutionnaires américains, réfractaires au libéralisme du Court Party qui avait longtemps dominé la politique anglaise après 1688. Bien que la « révolution » politique des Patriotes[4] ait échoué en 1837-38, leur discours républicain a survécu à la répression coloniale et à l’hégémonie de l’Église catholique et continué d’imprégner, sous des appellations et des mouvements divers, les débats politiques au Bas-Canada et au Québec.

Les raisons intellectuelles d’une étonnante éclipse

Pourquoi alors nos intellectuels ont-ils levé le nez sur un si riche filon républicain? La raison en est que nos historiens et spécialistes des idées politiques avaient longtemps eu pour cadre théorique sous-jacent la théorie du fragment. Défendue notamment par Louis Hartz aux États-Unis, cette théorie suppose que les conditions de fondation d’une société façonnent la naissance des idéologies[5]. Ainsi, selon Hartz, le socialisme n’a jamais vraiment pu prendre racine aux États-Unis parce que la société coloniale américaine, déjà très égalitaire, était dénuée de véritable féodalité. Elle était, par sa nature même, un terrain fertile aux idées de contrat et de liberté individuelle si chères à John Locke. Nos historiens ont en quelque sorte suivi un raisonnement similaire[6]. Pour beaucoup d’entre eux, la Nouvelle-France, avant la conquête, était une société féodale sous un régime absolutiste. Le langage de la liberté politique étant inconnu aux colons néo-français, il fallait le leur apprendre, voire le leur imposer, grâce aux providentiels Britanniques. En bons élèves du maître, les Canadiens français, une fois qu’ils goûtèrent aux libertés anglaises, en demandèrent plus, sans varier le langage de départ. Bien que plusieurs historiens aient mis en doute les rigueurs de l’absolutisme associé à la Nouvelle-France ou aient démontré que les Canadiens ne tardèrent pas à réclamer après la Conquête les libertés démocratiques, sans attendre les leçons du maître[7], on n’a pas remis en question l’idée que la démocratie au Québec a fait son entrée dans l’histoire par la porte du libéralisme à l’anglaise. Beaucoup d’historiens se sont querellés sur les effets de la Conquête ; certains ont tenté d’expliquer les crises politiques du XIXe siècle au Canada français par la persistance des mentalités de l’Ancien régime ; les premiers surgeons de liberté politique naquirent pour eux grâce à l’alliance entre libéralisme et nationalisme au sein d’une petite bourgeoisie professionnelle hostile au clergé, à la colonisation et au capitalisme britanniques[8] ; pour d’autres, la conquête instaura un régime de domination coloniale incapacitant, qui n’aurait cependant pas empêché les élites canadienne-françaises de s’exposer aux idées radicales françaises et américaines[9].

La littérature québécoise sur les idéologies politiques, du moins celle qui a précédé le regain récent pour l’histoire des idées politiques, s’est distinguée par certains traits. 1- Un certain provincialisme ; beaucoup des études ont traité leur sujet en vase clos, en faisant abstraction de l’histoire coloniale britannique, de l’histoire britannique tout court ou de l’histoire comparée des sociétés avec lesquelles le Canada français partageait des similarités[10]. En réalité, les élites politiques du XIXe siècle évoluaient dans un monde référentiel très vaste, transnational, impérial, atlantique[11], et témoignaient d’une conscience assez vive de cette réalité. 2- La faible théorisation ; les spécialistes des idéologies politiques théorisent assez peu leur matière ; ils s’interrogent assez peu sur la provenance des idées, leur portée philosophique et normative, sur leur sociohistoire, etc[12]. 3- Enfin, le matérialisme. Sous l’influence du marxisme, beaucoup d’historiens et de sociologues n’accordèrent guère d’importance aux idées politiques, et préférèrent donc étudier en détail l’infrastructure socioéconomique pour appréhender une superstructure idéologique sur laquelle il n’avait pas lieu de s’appesantir. L’école révisionniste ou moderniste qui a mis à l’honneur l’étude de l’histoire sociale à partir des années 1960 au Québec, avec l’ambition de le dépeindre sous les traits d’une société normale, a ainsi relégué au second plan l’histoire politique, jugée trop événementielle ou idéologisée[13]. En ne remettant pas en cause la primauté du clivage entre libéralisme et conservatisme, qui plaquait l’opposition entre modernité et tradition, cette école élaborait à sa manière une philosophie de l’histoire implicite, qui voit la société cheminer dans la voie du progrès et de l’élimination des exclusions sociales, grâce aux vertus adaptatives de la société et des institutions. C’est une philosophie de l’histoire de type libéral et légitimiste qui voit dans l’intégration le but ultime du politique, en croyant se dispenser du concept de domination. On voit dès lors pourquoi au Québec les débats qui ont tourné autour du sens de la liberté, du régime et de l’obligation politiques, de la fondation démocratique, des conditions de la domination légitime n’ont guère retenu l’attention de nos spécialistes des idéologies politiques.

La veine républicaine au Québec

Abordons maintenant cette tradition politique républicaine cachée, par périodes. Dans une première période, dite pré-représentative, c’est-à-dire, avant l’introduction du gouvernement représentatif à l’anglaise en 1791, les idées républicaines ont connu une longue gestation. Tout d’abord, contrairement à l’image d’Épinal qui connut une grande fortune dans l’historiographie anglo-américaine assimilant la Nouvelle-France à l’absolutisme despotique, celle-ci-fut un laboratoire social mouvant. Il est clair que la société de la Nouvelle-France multipliait les écarts avec la société française d’ancien régime ; dans ses marges, avec les Indiens blancs, comme sur les terres seigneuriales, des libertés étonnantes pour l’époque s’élaboraient. L’administration coloniale, pas si éloignée de l’idéal classique de la monarchie tempérée, contenait imparfaitement l’indiscipline et les ambitions de ses sujets. Des récits de voyage percutants, tels que les dialogues du Baron de Lahontan, inspirés par la radicale égalité des sociétés amérindiennes, préfigurèrent les idées révolutionnaires du XVIIIe siècle[14].

À la suite de la Conquête, la société canadienne perdit son aristocratie et son armée ; cependant une petite élite bourgeoise se constitua, formée aux humanités classiques et exposées aux idées françaises et américaines, les unes apportées par l’immigration et la diffusion des écrits[15], les autres par les Américains eux-mêmes qui tentèrent en 1774-75, par les armes et la plume, de convaincre les Canadiens de joindre leur combat contre le tyran colonial. Après 1784, des réformistes francophones s’allièrent avec des marchands britanniques installés dans la colonie pour réclamer un gouvernement représentatif. Cette nouvelle élite qui avait fait le pari de la liberté anglaise lisait aussi Rousseau, Montesquieu, Jefferson, Harrington et Bolingbroke et possédait donc une culture politique assez riche pour l’époque. Durant cette période où les Canadiens firent l’expérience de l’absolutisme colonial anglais, plusieurs esprits républicains se démarquèrent, tel Pierre de Calvet, qui dénonça jusqu’à Londres les injustices du régime et formula une critique originale du droit de conquête, et Henri Mézières, assisté d’Edmond Charles Genêt, qui promut au Bas-Canada les idéaux proclamés par la révolution de 1789.

Dans la colonie divisée en deux, le gouvernement de William Pitt introduisit en 1791 le gouvernement représentatif, quoique suivant un agencement institutionnel digne du temps des Stuart que les Anglais eux-mêmes avaient rejeté un siècle plus tôt. Vite la politique au Bas-Canada révéla un conflit irréconciliable entre une assemblée élue, élisant massivement un Parti canadien, devenu patriote en 1826, et un gouvernement colonial acquis aux intérêts de la minorité marchande anglo-écossaise, qui bloquait les initiatives de l’Assemblée et monopolisait les nominations et les faveurs. Dans ses débuts, le mouvement patriote plaidait pour l’égalité de traitement des sujets bas-canadiens avec les sujets britanniques ; la loyauté à la couronne devait emporter le droit de jouir des libertés anglaises. Mais progressivement, à partir de 1830, en butte aux fins de non-recevoir du pouvoir anglais, il se tourna vers le républicanisme américain et redoubla ses attaques contre le gouvernement colonial, en empruntant au répertoire des arguments du Pays menacé par la Cour. Le conflit larvé entre l’assemblée patriote et la Cour vice-royale précipita les rébellions de 1837-38, réprimées illico, auxquelles le pouvoir colonial répliqua par un long régime martial et l’imposition d’une union entre les deux colonies, qui avait pour précédent l’union anglo-irlandaise de 1800, imposée elle aussi à la suite d’une rébellion.

Le moment républicain de 1820-1840 déploya diverses thématiques néo-romaines ou républicaines qui tranchaient avec le libéralisme whig. Tout d’abord, la revendication d’une véritable liberté constitutionnelle pour la colonie, qui emporte le droit pour sa population et ses représentants de réformer les institutions et la constitution pour les adapter à l’état social égalitaire bas-canadien. Au plus fort de la revendication patriote, des assemblées primaires du peuple se tinrent dans la vallée du Saint-Laurent devant culminer à l’automne 1837 par la convocation d’une convention chargée de rédiger une nouvelle constitution sur le modèle des conventions américaines. Pour les Américains, la convention formait un mécanisme extraordinaire de représentation qui recréait les conditions de l’état de nature par lequel le peuple exerçait sa liberté de création d’un corps politique nouveau. Même si le principe des nationalités n’avait pas encore atteint la clarté d’expression qu’il trouvera en Europe en 1848, les Patriotes avaient déjà, au seuil des rébellions de 1837-38, pris conscience de ce qu’une nation ne peut tomber sous l’obéissance d’une autre et saisi la dimension émancipatoire de leurs revendications[16].

Omniprésente dans le discours patriote était la dichotomie vertu/corruption. La vertu publique des citoyens et des élus constituait pour les Patriotes un ingrédient indispensable de la vie politique, que la seule opération des lois et des institutions ne pouvait soutenir. Selon eux, la corruption du régime colonial et ses complaisances avec les grands marchands et les industriels minaient la vertu publique. La corruption par l’argent, les bonnes places et les honneurs valait perte d’indépendance, qui atteignait la fibre morale du parlementaire comme du simple citoyen. De la même manière, la corruption résultant de la domination coloniale dépouillait la population des ressorts moraux et de la dignité requise pour agir librement.

Les Patriotes idéalisèrent certes la société bas-canadienne : une société plébéienne, sans ordre aristocratique, égalitaire dans la distribution de la propriété et imbue de l’esprit du nouveau monde. En cela, elle était comparable selon eux à la société américaine ou aux Romains de l’antiquité. La république agraire qu’ils appelaient de leurs vœux devait vivre d’émulation qu’encouragerait l’élection généralisée des charges publiques. Sobre et travailleuse, elle devait résister aux séductions du luxe et de la consommation ostentatoire et passagère. La liberté politique reposant sur l’indépendance réelle, en propriété, des citoyens, les Patriotes dénoncèrent l’aristocratie de l’argent qui pervertissait l’esprit public. Mais fascinés par la prospérité manufacturière des États-Unis, ils se sont résolus à la création d’une banque nationale, sur le modèle des state banks introduites sous la présidence de Jackson. Aujourd’hui encore mal comprise, la pensée économique des Patriotes est ramenée à du simple agriculturisme[17]. Enfin, convaincus que l’instruction publique forme le citoyen vertueux, ils parvinrent à instaurer en 1829 un système d’écoles publiques, quatre ans avant que le ministre François Guizot n’en fît autant en France, et dix ans avant que le Royaume-Uni n’en fît de même[18]. Ce système s’effondra en 1836, sous le veto du gouverneur.

Après 1840, le mouvement patriote, déconsidéré au Canada français même, s’émietta en plusieurs petits foyers de résistance qui surent néanmoins continuer le combat contre la domination coloniale à travers quelques journaux ou lieux attitrés, tel l’Institut canadien. Le régime d’union de 1840 subit les foudres des Patriotes battant en retraite. Ils balançaient entre deux rêves, le rêve républicain ravivé par la révolution française de février 1848 ou la république américaine. Plusieurs d’entre eux, désignés par l’étiquette de « libéral » ou de « rouge », optèrent pour la deuxième et préconisèrent même l’annexion du Bas-Canada aux États-Unis. Mais ce rêve américain, qui laissait penser à Louis-Antoine Dessaulles qu’en devenant un État américain le Bas-Canada se délivrerait de son demi-esclavage, scandalisa le clergé et les conservateurs de l’époque, raffermis dans leur conviction que le pragmatisme et la collaboration avec le régime sauveraient à terme la nation agenouillée par l’union de 1840.

Au moment où le Dominion of Canada fut fondé, entre 1864 et 1867, un autre drame se joua entre le Pays et la Cour. Il opposait cette fois-ci d’une part les partisans d’un pouvoir fédéral rehaussé par le prestige d’une Couronne aux puissantes prérogatives, projet auquel s’étaient ralliés d’ex-Patriotes repentis qui avaient profité de la petite loterie coloniale des bonnes places et des honneurs ; et d’autre part, les Rouges, minoritaires au parlement du Canada-Uni, qui dénoncèrent dans le projet d’union des colonies de l’Amérique du Nord britannique un gouvernement monarchique, centralisateur et corrupteur, chevillé aux intérêts de la grande bourgeoisie industrielle et marchande. Curieusement, parmi les partisans de l’union fédérale projetée se trouva un conservateur ultramontain, Joseph-Charles Taché, qui esquissa un projet d’union aux fondements républicains qui devait réunir des républiques fédérées, adoptant le régime présidentiel américain, sous l’autorité commune d’un gouvernement fédéral resté monarchique[19]. Le projet retenu par les délégués des colonies laissa complètement tomber cette lubie républicaine et, devant la menace de la guerre de sécession, on opta pour une union en tous points conforme à l’esprit du monarchisme whig hérité de la « révolution » anglaise de 1688. De tous les « white dominions » sous l’autorité de la couronne britannique – Australie, Nouvelle-Zélande, Afrique du sud et Terre-Neuve – le Canada apparaîtra comme le plus ultraconservateur dans ses fondements institutionnels.

Comme en 1837-38, le sursaut républicain de 1865-67, avait suscité des assemblées, des protestations dans la population, mais sans prise sur le cours des événements et sur le pouvoir colonial, qui n’en fit qu’à sa tête. Les critiques des Rouges avaient dénoncé les ambitions impériales du projet de Confédération, qui répétaient selon eux les méthodes grâce auxquelles les Britanniques avaient corrompu les Écossais et les Irlandais. Les pères fondateurs du Canada ne cachaient pas leurs ambitions impériales : faire du nouveau pays un grand empire migratoire qui seconde les grandes ambitions de l’empire britannique, dans lequel le Québec s’insérerait comme nation dépolitisée, à la manière de l’Écosse dans le Royaume-Uni[20]. Mais la critique républicaine des Rouges s’épuisa une fois le Dominion proclamé par Victoria. Son chef, Antoine-Aimé Dorion, finit même par accéder à la magistrature fédérale.

Par la suite, le républicanisme a survécu jusqu’au début du XXe siècle, à la faveur d’esprits libres à la plume acérée, tels qu'Arthur Buies, Honoré Beaugrand, Louis Fréchette, Jules Fournier et Godfroy Langlois, qui vitupèrent la triple alliance de l’argent, de la croix et de la couronne. Certains de ces esprits s’enrôlèrent dans les armées de Garibaldi ou de l’empereur Maximilien au Mexique. Plusieurs se distinguèrent par leur talent de polémistes et allièrent patriotisme et admiration pour l’œuvre de la IIIe république française face à une presse ultramontaine remontée contre la France impie[21]. À l’exception de l’intermède du gouvernement d’Honoré Mercier qui donna à la politique québécoise des accents républicains, jamais ces républicains dispersés, visibles par leur notoriété intellectuelle, ne formèrent un parti organisé, un mouvement structuré. La vie politique au Québec, de 1867 à 1976, est demeurée très anglaise dans l’expression de ses clivages : les libéraux contre les conservateurs ou leurs successeurs, comme au temps de Gladstone et Disraeli dans l’Angleterre du XIXe siècle.

Le républicanisme se transforma à la fin des années 1930 au Québec, au terme du long règne des libéraux québécois miné par la corruption généralisée dans l’administration des services publics, laissés aux municipalités et aux grandes entreprises, les « trusts ». L’opposition de l’époque fourbit ses armes et attaqua le régime des trusts tout-puissants, qui dilapidaient les ressources collectives et ruinaient les ressorts de la démocratie, « puisque l’esprit de nos institutions est faussé, qu’une puissance cachée gouverne et que les mandataires du peuple, financés par les puissances d’argent sont souvent attachés et vendus d’avance[22]. » Cette critique dénonçait les méfaits de la concentration capitalistique qui détruisent la liberté des petits producteurs et gangrènent les institutions publiques. Les libéraux, passés dans l’opposition en 1936, préconisèrent sous la direction de Télésphore-Damien Bouchard un tel républicanisme économique. En réalité au Québec, la critique du capitalisme n’a été l’apanage ni du socialisme, ni du créditisme.

La question nationale redonna un essor momentané à l’idée républicaine. À la fin de Deuxième Guerre mondiale, dans une conférence surprenante, Edmond Turcotte, au rebours des traditionalistes qui avaient monopolisé la nation, esquissa une doctrine de la liberté des peuples fondée sur les idéaux de la Révolution française et sur l’exemple du réveil des nationalités au XIXe siècle[23]. Pendant les années 1940, des intellectuels comme André Laurendeau et Jacques Perrault prirent pour la république au nom l’indépendance du Canada vis-à-vis de sa métropole. Toutefois, à la fin des années 1950, la république en vint à signifier l’indépendance du Québec, d’un côté auprès de la droite nationaliste, qui aspira à la fondation d’une république de Laurentie, de l’autre auprès de la gauche socialiste, qui lia émancipation nationale et lutte des classes. Même les autonomistes fédéralistes, Paul-Gérin Lajoie et Daniel Johnson, ne furent pas en reste et flirtèrent, timidement toutefois, avec l’idée de faire du Québec une république fédérée ou associée dans un Canada réformé. Cependant, dès le début des années 1960, les intellectuels québécois se trouvèrent des raisons de préférer à la défense de la république d’autres combats[24] ou d’embrasser d’autres concepts pour nommer l’émancipation nationale[25]. Du reste, après la fondation du Parti québécois en 1968, le concept de souveraineté éclipsa celui de république, et les fédéralistes abandonnèrent l’idée de républicaniser le Québec dans un Canada nouveau.

Au vrai, les souverainistes ont été jusqu’ici d’une remarquable indifférence à la république. Pendant toute l’opposition du Bloc québécois à Ottawa, nul député bloquiste n’a pris fait et cause pour la République québécoise, suivant en cela l’exemple des péquistes convaincus que le concept de souveraineté les dispense de penser à la fondation d’un régime qui se démarque du néo-monarchisme canadien. Sans doute que pour beaucoup, le régime de l’État est une affaire ou bien insignifiante, purement symbolique, ou bien si évidente qu’il ne faut guère en parler. Or, la Reine Élizabeth II, souveraine du Canada et donc du petit État du Québec, a beau être une pure fiction sans volonté propre, il n’est demeure pas moins que dans la tradition britannique, transplantée par conquête, on forme un État nouveau et renouvelle sa légitimité en demandant aux élites aspirant au pouvoir parlementaire de faire un serment d’allégeance au souverain britannique. C’est en renouvelant un tel serment féodal que l’on crée de l’État conformément à la tradition médiévale[26], sans nécessiter de s’en remettre à une constitution approuvée par le peuple, et c’est par un tel serment que l’élite reconduit sa fidélité à l’ordre constitutionnel existant fondé sur la force des conventions et des précédents manipulés par les oligarchies au pouvoir. On aura beau dire que tout cela c’est du symbolique, mais l’État, après tout, est une fiction efficace, un symbole auquel on attache une monnaie, des tribunaux, des écoles, une armée, un budget, et bien d’autres choses. L’incapacité actuelle du mouvement souverainiste d’incorporer la république dans son vocabulaire est à mettre au compte d’une certaine immaturité et d’une inconséquence désarmante. Dans son fameux James Joyce, Victor-Lévy Beaulieu observe ce qui suit de l’un des grands libérateurs de l’Irlande, Daniel O’Connell :

Son entrée au parlement britannique le 15 mai 1828 et son refus de prêter serment d’allégeance et de suprématie à la couronne anglaise, marqueront l’avènement de l’histoire moderne irlandaise[27].

De toute évidence, le Québec n’a pas connu un O’Connell dans son histoire[28]. De plus, le « symbolisme » du nationalisme québécois n’est pas des plus républicains. Avec un drapeau national fleurant la nostalgie de la monarchie française et des armoiries ornées de la couronne anglaise, le Québec n’a jamais réussi, au contraire de l’Irlande, à nourrir un imaginaire républicain. Même un penseur de la nation québécoise tel que Lionel Groulx n’a pu se déprendre de ses sympathies monarchistes, comme le souligne Jean-Christian Pleau : « L’abbé Groulx, par exemple, dont on fait maintenant une sorte d’épouvantail anglophobe, était aussi un fidèle monarchiste, tout ému d’entendre les souverains britanniques prononcer un discours en français à Québec[29]. »

De l’anti-républicanisme en pétromonarchie

Alors que la tradition républicaine au Québec est longtemps restée dans l’ombre, ignorée ou moquée, elle a buté, paradoxalement, sur un anti-républicanisme virulent d’autant plus enragé qu’il pourchassait des radicaux peu nombreux, sans armes et sans voix. Cet anti-républicanisme qui a dominé le Québec ultramontain a agi sur les élites politiques comme un excitant. On s’imaginait d’effroyables menaces : le matérialisme protestant américain, la France jacobine persécutrice de la foi, l’Italie réunifiée faisant main basse sur les écoles du royaume.

Cet anti-républicanisme clérical a débordé dans la sphère politique dès le régime de l’union, notamment chez les conservateurs réformistes. Gros d’un contingent d’anciens Patriotes et de jeunes gens persuadés que l’action radicale avait précipité le Canada français à sa perte, ces conservateurs préconisèrent une politique prudente et pragmatique, réfractaire aux débats de principes[30]. À leur tour, les réformistes louangèrent la monarchie constitutionnelle à l’anglaise. Leur chef Georges-Étienne Cartier se félicita en 1865 de ce que ses compatriotes avaient compris, dès 1774, « qu’il valait mieux demeurer sous la couronne d’Angleterre protestante, que devenir républicains[31]. » Contrairement à Papineau qui avait opposé en 1867 au Dominion monarchiste la doctrine moderne de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789, Cartier défendit, après que sa Majesté Victoria eut proclamé le Dominion canadien, une vision providentielle de la Conquête, laquelle « nous a sauvés des misères et des hontes de la Révolution française », claironna-t-il un jour de Saint-Jean-Baptiste[32].

Cet anti-républicanisme confinant à la francophobie politique s’abreuva aux rengaines des éléments contre-révolutionnaires qui avaient immigré nombreux au Canada en y répercutant les auteurs de la contre-révolution. Forte de cet afflux de communautés fuyant la France gallicane, l’Église raffermit son emprise sur la société et les consciences. Au XIXe siècle, dans les écoles et séminaires du Québec, les manuels d’histoire tendaient des tableaux terrifiants de la Révolution française et en taisaient les promesses d’émancipation[33]. Une presse ultramontaine combattit sans relâche la troisième république française et fit même renoncer Honoré Mercier à l’idée de la participation du Québec à l’exposition universelle de 1889 qui devait célébrer le centenaire de la Révolution française[34].

On pourrait croire que l’anti-républicanisme s’est dissipé lors de la Révolution tranquille au Québec, l’Église battant en retraite au profit d’une société permissive. En fait, cet anti-républicanisme s’est recomposé sous une forme nouvelle, le libéralisme progressiste, témoignant de la reconversion d’un partie de la gauche intellectuelle québécoise – et même acadienne – au libéralisme moral et politique, après voir donné dans le marxisme et la contre-culture. L’ancien anti-républicanisme était profondément anti-étatiste et moraliste ; le nouveau l’est aussi, à sa manière.

Ce libéralisme s’en prend à toute forme de hiérarchie au nom de l’égalité, et à la tradition au nom de l’autonomie individuelle. Épousant sans réserve le langage libéral des droits individuels, ce libéralisme progressiste entretient l’utopie d’un individualisme révolutionnaire, qui déboucherait sur une démocratie pure formée d’individus naturellement eux-mêmes, agissant de concert sans médiation ni représentation politique. D’où la méfiance de ces ultralibéraux progressistes à l’égard de l’État, qui incarne à leurs yeux une structure de pouvoir autoritaire, notamment dans tout ce qui touche à la culture, la langue, l’éducation, les styles de vie. L’État incarne pour eux l’unité dangereuse, la précédence d’un pouvoir à abattre, le monopole sur la norme. Instance surplombante sans cesse soupçonnée d’être le jouet d’une majorité oppressive, l’État doit donc être neutralisé, de la même manière que les libéraux veulent le réduire à une portion congrue en matière économique.

Nombre de ces ultralibéraux prônent ainsi le multiculturalisme et le chartisme, exaltant l’individualisme possessif des droits individuels et la fragmentation de la société en une multitude de communautés ethnocentriques. Consacrée dans la constitution du pays en 1982, la politique du multiculturalisme sert désormais de porte-étendard au nationalisme impérial canadien et justifie les thuriféraires du « modèle canadien » de donner la leçon aux Américains adeptes du « melting pot » monochrome et aux Français aveugles à la différence, par faute de leur jacobinisme. Ce multi-clientélisme culturel est révélateur d’une société sans tradition d’esprit public, qui n’a connu ni le service militaire ou civil, ni l’école commune, et qui préfère vivre sous l’autorité d’un État creux dont le monarchisme paraît être une garantie de neutralité. Moyennant allégeance au Canada, les clivages et les identités de la société civile peuvent jouer librement, voire obtenir reconnaissance et soutien de l’État, mais sans que rien ne soit changé à l’ordre politique et capitaliste. D’où le caractère profondément légitimiste de cet ultralibéralisme culturel. De l’État comme du monde corporatif capitaliste, on attend tout au plus des ajustements, des adaptations pour intégrer la diversité culturelle et sociale à l’ordre existant[35].

L’État étant frappé d’inconsistance, le marché serait la seule institution qui tienne aux yeux des intellectuels ultralibéraux. Ce qui n’empêche pas certains d’entre eux de multiplier les rappels à l’ordre contre les intellectuels non-conformistes et de s’adonner à des exercices de profilage mental pour détecter des pensées prétendument dangereuses qui s’écartent de que ces intellectuels organiques de la pétromonarchie canadienne ont décrété comme le souverain bien. L’un de leurs procédés favoris est d’étiqueter toute manifestation de pensée républicaine comme du conservatisme[36]. Leur vision du monde célèbre un hypermarché où les personnes, les capitaux, les biens, les valeurs, les identités et les appartenances circulent librement dans un espace marchand mondialisé et éthiquement standardisé sans subir d’entraves autres que celles que requiert la coexistence efficace des opérateurs privés régulés par des États neutres. En ce sens, le libéralisme progressiste tenant de l’hypermarché dont le Canada serait lui-même devenu une banlieue poursuit un programme régressif[37], incapable de penser les inégalités économiques et les dominations politiques qui façonnent les destins collectifs et individuels d’aujourd’hui. Cet ultralibéralisme réactive en somme, sous des habits apparemment respectables, les vieilles peurs réactionnaires contre toute politique de la volonté. Le « pluralisme intégrateur » défendu par le rapport de la commission Taylor-Bouchard, qui voit dans l’État une agence de moyens régulée par le droit et l’éthique, a donné à cet ultralibéralisme antirépublicain une expression officielle au Québec et a teinté la rédaction du projet de loi 94 sur les accommodements raisonnables déposé en mars 2010[38].

L’éducation est un autre domaine où l’anti-républicanisme nouveau a succédé à l’anti-républicanisme ultramontain. Jusqu’en 1964, le Québec a connu un système d’éducation ultralibéral : au nom de la neutralité de l’État à l’égard de l’instruction, l’éducation a été abandonnée aux familles et aux églises, mandatées de remplacer l’État. Ce régime remontant à l’Acte d’union a eu pour résultat que l’instruction est devenue obligatoire seulement en 1943 et que l’État s’est doté d’un ministère de l’Éducation en 1964, sans compter que la séparation du système scolaire s’est maintenue sur des bases confessionnelles jusqu’en 1999. La conséquence fâcheuse de ce libéralisme confessionnel en matière scolaire est d’avoir accrédité l’idée que la transmission d’un solide socle de connaissances échappait au pouvoir de la collectivité. Si l’État québécois a réussi à centraliser la gouverne scolaire depuis 1964 et à en évincer l’Église, il est demeuré incapable de faire de l’école un lieu distinct de la société civile et du marché qui soit dédié à la transmission du savoir. Une pédagogie relativiste centrée sur le vécu de l’enfant et qui relègue au second plan la formation disciplinaire des enseignants a vite supplanté le peu d’instruction humaniste qui avait persisté dans les écoles et collèges du Québec. Comme l’a brillamment montré Angélique del Rey, l’importation des approches par compétences, issues des sphères de l’économie et de la gestion, est allée de pair avec le projet néolibéral de plusieurs organismes internationaux d’orienter les systèmes éducatifs vers la formation de travailleurs opérationnels dont les compétences sont évaluables par les entreprises[39]. Au Québec, les « penseurs » de cette pédagogie qui allie constructivisme cognitif et pseudo-lyrisme à la Rousseau aiment à tourner en dérision le modèle français de l’école républicaine, jugée élitiste et contraire à l’esprit communautaire de l’école québécoise[40]. Arrimée aux communautés, l’école n’est alors ni le prolongement de la collectivité, ni le lieu où celle-ci investit le savoir pour en faire une affaire commune à tous. Confondant endoctrinement et instruction, prêchi-prêcha moraliste et éducation civique, pédagogues et didacticiens ont entrepris de rééduquer les jeunes Québécois, leurs parents, et à travers eux, la société québécoise, dans un cours tel que Éthique, culture religieuse pour les débarrasser de leurs pensées suspectes.

Conclusion

Il existe donc au Québec une tradition républicaine, dont les manifestations sont restées jusqu’ici clandestines et furtives, ne retenant guère l’attention publique. La « petite nation » québécoise est loin de ces sociétés tombées dans des situations thermidoriennes sous la férule d’élites révolutionnaires qui accaparent le service de l’État[41].

Le service de l’État, au Québec et au Canada, a longtemps été l’apanage d’une élite d’avocats et d’hommes d’affaires qui, rarement desservis par le régime, n’ont pas cherché à le refonder, ni même à le penser. Les intellectuels québécois non plus du reste qui, pour plusieurs las de servir les angoisses d’une nation précaire, ont jeté leur dévolu sur la question sociale et la modernisation ; et certains ont poussé le zèle jusqu’à remplacer nos ultramontains du temps jadis dans la perpétuation du vieux fonds anti-étatiste, antirépublicain et moraliste qui s’était enraciné au Québec depuis l’échec du projet des Patriotes. Mais le régime politique lui-même, la fondation démocratique, les bases de la politie, ce sont là des questions en friche, encore dans une certaine mesure impensées au Québec, excepté toutes celles en accord avec le régime canadien, qui se repose encore sur sa fondation ultraconservatrice de 1867, complétée en 1982 de l’ajout du contrôle judiciaire des lois à l’américaine. Fédéralistes et souverainistes au Québec ont certes mis à mal le régime fédéral canadien, pressé en vain le pays de se redéfinir, sans que nulle part la République trouve un porte-flambeau. Pendant ce temps, à Ottawa, les conservateurs de Harper consolident le Canada tel qu’il a toujours été, monarchiste, whig, pétro-capitaliste, et tel qu’il est devenu après 1982, hyperlibéral.

 

 

[1] Voir notamment les travaux suivants : Louis-Georges Harvey, Le Printemps de l’Amérique française, Montréal, Boréal, 2005 ; Stéphane Kelly, La petite loterie, Montréal, Boréal, 1997. Notons la parution récente d’un numéro entier du Bulletin d’histoire politique dédié à l’idée de république au Québec, volume 17, no 3, printemps-été 2009, comportant six articles consacrés à la question. Voir aussi Dzavid Dzanic, « “Le germe de la liberté” : les républicains du Bas-Canada et les révolutions européennes de 1848 », Mens, volume 9, no 1, 2008.

[2] De John G.A. Pocock, voir les ouvrages The Machiavellian Moment, Princeton, Princeton University Press, 1975. (Traduction : Le Moment machiavélien, Paris, Presses universitaires de France, 1997); Virtue, Commerce and History. Essays in Political Thought in the Eighteenth Century, Cambridge, Cambridge University Press, 1985. De Quentin Skinner, voir The Foundation of Modern Political Thought, Cambridge, Cambridge University Press, 1978 ; La liberté avant le libéralisme, Paris, Seuil, 2000.

[3] Voir notamment Bernard Bailyn, The Ideological Origins of the American Revolution, Cambridge, Massachusetts, Bellknap Press, 1967.

[4] Êve Circé-Côté, cette républicaine éminente injustement oubliée, a, la première, saisi la porté révolutionnaire du mouvement patriote. Voir son Papineau, son influence sur la pensée canadienne, Montréal, R.A., Regnault & Cie, imprimeur, 1924, réimprimé chez Lux éditeur.

[5] Louis Hartz, Histoire de la pensée libérale aux États-Unis, Paris, Economica, 1990.

[6] Au Canada, le disciple de Hart fut Gad Horowitz, qui appliqua au Canada un schéma d’analyse similaire à celui de Hartz. Voir son article « Conservatism, Liberalism and Socialism in Canada: An Interpretation », Revue canadienne d’économie et de science politique, vol. 32, 1966, p. 143-170.

[7] Voir les travaux de Pierre Tousignant, « L’acte de naissance de la démocratie représentative au Canada, Forces, no 96, 1991-1992, p. 4-10.

[8] Pensons notamment aux travaux de Fernand Ouellet et de Jean Hamelin.

[9] Ce que font ressortir les études de Maurice Séguin, Michel Brunet et Jean-Pierre Wallot.

[10] Gérard Bouchard a certes fait de l’histoire comparée, mais entre le Québec et les sociétés du nouveau monde, évitant de cette manière d’inscrire le Québec dans le monde britannique ou atlantique comme tel. Voir Genèse des nations et cultures du Nouveau Monde. Essai d’histoire comparée, Montréal, Boréal, 2000.

[11] Voir notamment Linda Cardinal, « Le Québec et le monde atlantique », Bulletin d’histoire politique, vol. 17, no 3, 2009, p. 17-28.

[12] Voir par exemple Jean-Paul Bernard, Les rouges. Libéralisme, nationalisme et anticléricalisme au milieu du XIXe siècle, Montréal, Les Presses de l’université du Québec, 1971. Il y a bien sûr d’excellents ouvrages sur les idéologies et les idées politiques au Québec, quoique leurs auteurs y théorisent assez peu le libéralisme. Voir notamment Fernande Roy, Histoire des idéologies au Québec aux XIXe et XXe siècles, Montréal, Boréal, 1993 ; Yvan Lamonde, Histoire sociale des idées au Québec 1760-1896, Montréal, Fides, 2000 ; Fernand Dumont, Jean Hamelin, Fernand Harvey et Jean-Paul Montmigny (dir.), Idéologies au Canada français 1900-1929, Sainte-Foy, Presses de l’université Laval, 1974.

[13] Sur ce débat, voir notamment Jean-Marie Fecteau, « La quête d’une histoire normale : réflexion sur les limites épistémologiques du “révisionnisme” au Québec », Bulletin d’histoire politique, vol. 4, no 2, 2005, p. 31-38. Quelques ouvrages de cette école moderniste : Paul-André Linteau, René Durocher et Jean-Claude Robert, Histoire du Québec contemporain, tome 1, De la Confédération à la crise (1867-1929), Montréal, Boréal, 1989, 758 p ; les mêmes auteurs, avec François Ricard, Histoire du Québec contemporain, tome II, Le Québec depuis 1930, Montréal, Boréal, 1989, 834 p.

[14] Sur cette question, voir Marc Chevrier, « La République néo-française », Bulletin d’histoire politique, vol. 17, no 3, 2009, p. 29-58.

[15] Robert Lahaise, « La Révolution française vue par le Québec », dans Michel Allard et Suzanne Boucher (dir.), 1789 enseigné et imaginé. Regards croisés France-Québec, Montréal, Éditions Noir sur Blanc, 1990, p. 57-82.

[16] Voir Yvan Lamonde, « La nationalisme culturel faute de nationalisme politique », dans Guy Lachapelle (dir.), Le destin américain du Québec : américanité, américanisation et antiaméricanisme, Québec, Les Presses de l’Université Laval, 2011, p. 61-63.

[17] Voir notamment Guy Lachapelle, « L’américanité du Québec au temps de Louis-Joseph Papineau », dans Guy Lachapelle (dir.), Le destin américain du Québec : américanité, américanisation et antiaméricanisme, déjà cité, p. 14-19.

[18] Pierre Graveline, Une histoire de l’éducation au Québec, Montréal, Bibliothèque québécoise, 2007, p. 32.

[19] Joseph-Charles Taché, Des provinces de l’Amérique du Nord et d’union fédérale, Québec, Des Presses à Vapeur de J.T. Brousseau, 1858.

[20] Voir Marc Chevrier, « Le Québec, une Écosse française ? Asymétries et rôle de juristes dans les unions anglo-écossaise (1707) et canadienne (1867) », dans Linda Cardinal (dir.), Le fédéralisme asymétrique, les minorités linguistiques et nationales, Sudbury, Prise de Parole, 2008, p. 51-97.

[21] Voir Charles-Philippe Courtois, « Le républicanisme au Québec au début du XXe siècle : les cas de figure de Wilfrid Gascon, Olivar Asselin et Ève Circé-Côté », Bulletin d’histoire politique, vol. 17, no 3, p. 93-120.

[22]Le Catéchisme des électeurs, Montréal, J.B. Thivierge & Fils, éditeurs, 1935.

[23] Voir Edmond Turcotte, « Notre maître le passé démocratique », Sainte-Hyacinthe, L’imprimerie Yamaska, 1945. Conférence prononcée le 29 janvier 1945. Texte que Stéphane Kelly a tiré de l’oubli dans sa communication « Références républicaines au milieu du XXe siècle », colloque « Fondation et rapport au passé au Québec et en France », 15 mars 2012, organisé par la Chaire en mondialisation, citoyenneté et démocratie de l’UQAM.

[24] Comme l’écrivait Gabriel Gagnon en 1966, « Quant à moi, je suis loin d’être certain de préférer une république québécoise dirigée par des Jean-Noël Tremblay à un système fédératif dominé par des Jean Marchand et ou des René Lévesque. » Voir son article « Vraie ou fausse indépendance », Parti Pris, vol. 4, nos 3-4, nov-déc. 1966, p. 8-9.

[25] Comme le « séparatisme », voir Hubert Aquin, « L’existence politique », Liberté, vol. 4, no 21, mars 1962, p. 69.

[26] Jean-Jacques Chevallier, Histoire de la pensée politique, Paris, Éditions Payot & Rivages, 2006, p. 176-181.

[27] Victor-Lévy Beaulieu, James Joyce, L’Irlande, Le Québec, les mots, Montréal, Les éditions du Boréal, 2010, p. 160.

[28] À défaut d’avoir produit un O’Connell, le Québec a donné naissance à un écrivain sachant rendre hommage au libérateur. Voir le portrait qu’en fait VLB dans La grande tribu, Montréal, Boréal, 2011. Jean-Claude Germain évoque aussi O’Connell dans son livre Nous étions le nouveau monde, tome 2, Hurtubise, Montréal, 2012.

[29] Jean-Christian Pleau, La Révolution québécoise, Montréal, Fides, 2002, p. 33.

[30] Éric Bédard, Le moment réformiste. La pensée d’une élite canadienne-française au milieu du XIXe siècle, Thèse (Ph.D) en histoire, Université McGill, 2004, p. 0-146. Voir aussi son livre Les réformistes, Montréal, Boréal, 2009.

[31]Débats parlementaires sur la question de la Confédération des provinces de l’Amérique du Nord, Québec, Hunter, Rose et Lemieux, 1865, p. 56.

[32] Discours, Ottawa, 24 juin 1868, cité dans John Boyd, Sir George Étienne Cartier, Baronnet, Sa vie et son temps, Librairie Beauchemin Ltée, Montréal, 1918, p. 383.

[33] Michel Allard, « La Révolution française vue à travers les programmes et les manuels en usage dans les écoles publiques du Québec 1861-1989 », dans Michel Allard et Suzanne Boucher (dir.), 1789 Enseigné et imaginé. Regards croisés France-Québec, déjà cité, p. 133-145.

[34] Robert Lahaise, « La Révolution française vue par le Québec », dans Michel Allard et Suzanne Boucher (dir.), 1789 Enseigné et imaginé. Regards croisés France-Québec, déjà cité, p. 74-75.

[35] Sur cette question, voir Walter Benn Michaels, La diversité contre l’égalité, Paris, Raisons d’agir, 2009.

[36] Pour un bel exemple de ce genre d’exercice d’étiquetage peu rigoureux et loufoque, voir Chedly Belkhodja, « Le discours de la “nouvelle sensibilité conservatrice” [sic] au Québec », Études ethniques canadiennes/Canadian Ethnic Studies, vol. 40, no 1, 2008, p. 79-100.

[37] Il ne s’agit pas dire que tout libéralisme est régressif. Le libéralisme a connu des défenseurs nuancés et éclairés ; en France, Raymond Aron ; au Québec, Léon Dion.

[38] Projet de loi n°94, Loi établissant les balises encadrant les demandes d’accommodement dans l’Administration gouvernementale et dans certains établissements, Assemblée nationale de l’État du Québec, 24 mars 2010. Ce texte est un monument de confusion intellectuelle. Aux fins de la loi, le pouvoir exécutif – le lieutenant-gouverneur et les ministres –, et le pouvoir législatif – l’Assemblée nationale et ses députés – sont réduits à la notion d’ « Administration gouvernementale ». Le législatif, l’exécutif et l’administratif tous en un! Et bien sûr, le judiciaire n’est pas visé par la loi, pouvoir souverain entre tous...

[39] Angélique del Rey, À l’école des compétences, Paris, La Découverte, 2010.

[40] Voir notamment le compte rendu fait par Claude Lessard de l’ouvrage Main basse sur l’éducation (Québec, éditions Nota Bene, 1999), paru dans Recherches sociographiques, vol. 41, no3, 2000, p. 570-577.

[41] Voir Jean-François Bayart, Le gouvernement du monde, Paris, Fayard, 2004, p. 174-175.

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