Le fantôme du caporal Lortie

Résumé – Cet article tente de comprendre de l’extérieur le vote des Québécois du 4 septembre 2012. Il part de l’idée qu’il y a un résultat dans les urnes, mais aussi, et c’est plus important encore pour l’avenir psychopolitique d’une nation, un résultat à l’extérieur des urnes. Il présente l’ambiance avant l’élection, les ambitions, la soirée électorale et explique pourquoi le Québec, loin d’une opposition gauche/droite, n’est jamais sorti de la question nationale. Pour ce faire, il revient sur l’attentat raté contre la cheffe du Parti québécois en rappelant à nos mémoires un « précédent » spectral, à savoir la tuerie de l’Assemblée nationale en 1984. L’esprit et les fantômes ne meurent pas. Ce retour sur l’épisode Lortie permet de mieux comprendre l’histoire du Québec et le problème de la filiation politique des francophones, pris entre le passé et l’avenir.

Le gouvernement du Québec avait le visage de mon père.
- Denis Lortie

Les Anglais se réveillent. It's gonna be fucking payback.
- Richard Henry Bain

La folie est une confrontation avec les images – la folie privée aussi bien que la folie publique ou politique.
- Pierre Legendre

I. Ambiance initiale

On résumera la situation initiale à ce qu’il est convenu d’appeler le Printemps québécois. Ce printemps peut être interprété, assez largement, comme la révolte des étudiants, des jeunes, contre les décideurs, les parents, l’élite. Car le vocabulaire autour de la grève tournait autour de la responsabilité, du prix des études et de perte d’une session, c’est-à-dire de l’asymétrie entre deux discours pouvant engendrer une polarisation. Pour beaucoup, et nous visons ici les médias acteurs et les commentateurs agissant comme des « éteignoirs » de tout progrès politique[1], le Printemps québécois portait du négatif : non seulement il remettait en question une société au complet, son autorité – il valorisait le changement –, mais il cachait en lui une question décisive (ou divisive [sic]) devant déboucher sur un Oui ou un Non. Par là, le printemps politique devenait un épisode nous rattachant à notre passé et à notre avenir dans la mesure où, on l’ignorait avant l’élection du 4 septembre, il allait remettre en jeu le problème irrésolu de filiation politique chez les Québécois.

L’enjeu derrière la grève paraissait simple au départ : payer ou non pour les études. Mais si on creuse plus loin et que l’on reformule, on peut demander comment se réalisera la filiation scolaire. De l’État, du père, des fils et des filles, qui paiera ? Derrière la question de la gratuité se profilait alors la question du rapport à nos enfants, à notre avenir. Le Parti libéral, qui avait déjà décidé d’augmenter les frais de scolarité et de privatiser les services de l’État, avait le mérite d’être clair : il faudra payer ce qui, en principe, devrait être gratuit. Cette position a conduit à des manifestations, des émeutes, à la critique de la loi, c’est-à-dire à la remise en question de l’Ordre, de l’État et de la démocratie. Après plusieurs mois, le gouvernement libéral n’avait plus l’autorité morale pour gouverner : une partie importante des fils, des filles et même des parents marchaient dans la rue, certains avec des casseroles ! Devant la spirale qu’il venait d’engendrer et dont il était incapable de sortir, le gouvernement Charest, qui réagissait avec violence à la perte de son programme politique, imposait une campagne électorale en été. Voilà résumée l’ambiance politique qui régnait entre le mois de mars et le début de la campagne électorale.

II. Des attentes énormes : sortir de l’« hiver de force politique »[2]

La campagne impliquerait le Parti libéral du Québec, le Parti québécois, la Coalition avenir Québec, Québec solidaire, Option nationale, et plusieurs autres partis moins connus. Si la population devait se prononcer ultimement sur la gestion libérale de la crise, le thème a été occulté pendant une campagne d’images et d’otages médiatiques. Suivant la règle de l’alternance, le Parti québécois remplacerait les libéraux qui, usés par neuf ans de pouvoir, devaient répondre de la corruption généralisée, de la collusion et de la mode de la malversation. On peut dire que, après la publication des premiers sondages qui plaçaient le Parti québécois au premier rang, les attentes étaient énormes. Certains ont même cru que le Québec, s’il était gouverné par un Parti québécois majoritaire, pourrait espérer sortir de l’« hiver de force » politique.

Le véritable défi du Parti québécois, s’il devait être élu au soir du 4 septembre, en effet, était de redonner confiance aux citoyens. Il nous ferait sortir de la crise sociale, c’est-à-dire du retour de la société polarisée, en reposant la démocratie québécoise sur une base plus souple. Sa mission serait d’abord psychologique avant d’être politique, à savoir sortir le Québec de l’hiver de force politique dans lequel il se trouve depuis le référendum de 1995. Une fois élu, le Parti devrait gouverner pour tous, mais d’abord et avant tout pour ceux qui l’ont élu. Il faudrait en effet éviter de trahir encore les siens, éviter la fin de la gouvernance de René Lévesque, pour servir les intérêts des Québécois. S’il est majoritaire, il mettra en place son programme, tandis que s’il est minoritaire, il négociera et diluera ses idées. Il devra donc faire, comme le veut la politique, de nombreux compromis, ce qui n’exclut pas de nouvelles élections. Présentons ici le chantier.

La souveraineté politique

Si le Parti québécois devait être porté au pouvoir, il fera de la souveraineté le centre de ses politiques. Il ne sera pas tant question de la souveraineté que l’émergence d’une raison nationale qui s’assume. L’indépendance est toujours d’abord un état d’esprit, une expression de la maturité, avant d’être un cadre politique. Il faudra non pas seulement parler de souveraineté à l’occasion – le réflexe des minoritaires, des petits, voire des repliés –, mais faire de la maturité politique la priorité de toutes les communications, toutes les actions, c’est-à-dire montrer que l’indépendance demeure la raison d’être de ce gouvernement, peu importe le prix politique à payer.

Faire de la politique autrement

Il devra apprendre à faire de la politique autrement. Si l’hiver de force politique demeure l’expression du désengagement et du refroidissement des élites, de ceux que l’on voulait voir comme des « pères », à l’égard du peuple, la cheffe devra se rapprocher de la population et lui offrir l’espace nécessaire à la discussion afin de lui redonner le pouvoir. La « révolte des élites » contre ceux qui votent doit cesser. La corruption devra disparaître de la politique, de l’économie et de la vie quotidienne. Dans une mondialisation en crise, le Québec se comprendra comme un pays neuf, une famille politique capable de faire les choses autrement. Il importera de mettre au point de nouvelles pratiques démocratiques et de développer de saines habitudes afin d’éviter la « culture du pauvre », c’est-à-dire le rituel de celui qui veut la privatisation des biens publics ou l’instrumentalisation de l’État. Le gouvernement s’assurera de limiter la tentation des « passagers clandestins » et prendra des moyens afin que plus de citoyens participent à la vie politique.

La protection de la langue « maternelle »

Il devra s’assurer que la langue française ne recule plus au Québec. Non pas seulement en rafraîchissant la loi 101, mais en la renforçant et en la valorisant dans les écoles afin que le français soit parlé partout au Québec, y compris à Montréal, dans les institutions d’enseignement, le réseau de la santé, les entreprises et les commerces. Il sera normal et non exceptionnel de bien parler français, que l’on soit admirateurs ou non des Canadiens de Montréal ou de Simple Plan. Si le Parti libéral a gouverné presque une décennie en abandonnant le français à lui-même au nom du néolibéralisme et des intérêts de la fédération canadienne, le gouvernement péquiste aura la tâche insigne de gouverner en assurant, lui, de l’épanouissement du français partout, y compris dans les médias.

L’épanouissement des institutions francophones

Il devra protéger toutes les institutions francophones. Non pas seulement les protéger, mais les subventionner et les mettre de l’avant. L’argent des impôts retournera à la majorité. Face à des communautés, notamment la communauté anglophone, mais ce n’est pas la seule, qui a pris la liberté de vivre des « vies parallèles » à la majorité, le Québec s’assurera de l’intégration de tous en valorisant les institutions publiques francophones, des mairies aux sociétés d’État, des hôpitaux, mais aussi des groupes de recherche aux groupes d’intervention communautaires. Si le Parti libéral n’a daigné agir dans le cas des « écoles passerelles » et des garderies privées, le Parti québécois s’assurera, lui, que les institutions servant à la majorité ne soient pas détournées par une minorité ayant des objectifs douteux, privés ou personnels.

Honorer la devise du Québec, le « Je me souviens »

Il devra honorer la devise en remettant l’Histoire dans les cursus scolaires au secondaire et au collégial. Non pas seulement rappeler les dates historiques, investir à nouveau dans le budget de la fête nationale, mais en refondant les cours d’histoire nationale et en les rendant obligatoires. Il se dotera d’un hymne national et s’assurera que le drapeau, objet constant de querelles, soit à nouveau défendu pour la vie collective de la majorité.

La réforme démocratique

Il devra revoir la structure démocratique du Québec afin de s’assurer que tous les votes comptent. Il mettra de l’avant l’idée des élections à date fixe, limitera les cotisations aux partis et réformera le mode de scrutin. Redonner un sens au mot démocratie en balisant les conditions de tout référendum, en faisant de la carte nationale un passeport pour voter, en limitant le travail d’influence des médias acteurs, en votant une loi afin que la publication de sondages soit interdite une semaine au moins avant toute élection, voilà bien des tâches urgentes d’un gouvernement du Parti québécois. Si le parti libéral s’est permis de modifier la carte électorale, le Parti québécois veillera à ce qu’un nouvel équilibre, à l’intérieur d’un État laïque et fort d’une constitution, soit assuré dans la représentation, question d’inclure les tiers partis qui alimentent la vie politique.

Pour combattre l’hiver de force politique bref, il fallait que les souverainistes, tous partis confondus, soient majoritaires à Québec. Or, ce n’est pas le cas. Ils devront alors s’entendre entre eux afin de former enfin une « famille » politique unie, car c’est seulement à ce prix fort que la population leur donnera un mandat clair pour enfin faire du Québec un pays. Après avoir présenté l’ambiance et les ambitions, passons désormais à la soirée électorale.

III. Une soirée électorale vécue comme une élection préréférendaire

L’entrée des résultats électoraux a pu être interprétée, sans distance, comme une élection préréférendaire : PQ : 54, PLQ : 50, CAQ : 19, QS : 2. Si on est souverainiste, on est très déçu, car le PQ (1 393 540 votes, soit 31,94 %) n’est pas majoritaire et son union avec les autres partis souverainistes le place derrière les fédéralistes unis, ce qui complique la gouvernance ainsi que la programmation de tout référendum. L’insatisfaction élevée à l’égard du chef du gouvernement et le printemps politique – quelle fenêtre historique ! – n’ont pas mis au monde de parti majoritaire. Le Québec n’engendre pas de vrai changement. Pis encore, si on ajoute les voix des libéraux (1 361 618 votes, soit 31,21 %) à celles des partisans de la CAQ (1 180 758 votes, soit 27,06 %), le Québec refuse tout changement de régime politique. L’élection de septembre 2012 appartient à la fédération canadienne. Cette soirée en a déçu plusieurs et a provoqué un résultat dangereux qui appartient à l’histoire du Québec, c’est-à-dire un nouvel attentat contre le chef de l’État. Voyons de quelle manière le passé est revenu nous parler le 4 septembre dernier.

IV. Un résultat électoral dangereux ?

Qu’est-ce qu’une « élection » ?

Il faut d’abord rappeler que l’élection, depuis son étymologie, est un choix. Être élu, c’est être l’objet d’un choix, en démocratie d’un scrutin. En latin, le verbe eligere signifie « choisir ». On peut être l’élu de Dieu, celui que Dieu a choisi, ou bien l’élu d’un peuple. L’élection, ce n’est donc pas une situation ordinaire, c’est le moment de l’exception à une règle, celle de la normalité. Dans toute élection se cachent l’exclusion, la discrimination et la distinction entre des individus au sein d’une famille plus ou moins unie. Derrida, se rappelant Kierkegaard, écrivait : « L’instant de la décision est une folie ». Tout choix, surtout si c’est un choix politique qui engage la destinée d’un peuple, voire de plusieurs, est marqué par la possibilité de la folie. Fort de ce petit rappel, analysons froidement le vote du 4 septembre, mais de l’extérieur.

L’attentat raté contre le chef du Parti québécois, Madame Pauline Marois

Après avoir entendu le discours des chefs des autres formations politiques, la « gagnante » de la soirée, Pauline Marois, au Métropolis de Montréal, s’avance seule sur la scène et, sous les cris, prend la parole. Il est peu avant minuit. Elle commence son discours en remerciant ses électeurs, mais aussi les chefs des autres partis, ce qui suscite des huées bien senties dans la foule partisane. Elle s’exprime surtout en français, mais aussi en anglais ; elle tient un discours inclusif qui semble déplaire à certains. Avant qu’elle n’ait terminé, des hommes montent sur la scène et l’entraînent à l’arrière, côté jardin. La suite de la soirée devient incohérente, la tension monte et on sent une ambiance de panique sans en connaître encore la cause. On ne sait pas s’il s’agit d’un enlèvement en direct ou d’une alerte à la bombe. Un animateur vedette revient sur la scène pour calmer la foule interdite[3]. On apprend ensuite qu’un homme a déjà tiré en coulisse et qu’un incendie s’est déclaré dans la célèbre boîte de nuit pouvant réunir plus de 2000 personnes. La fête est terminée et le premier discours de la première ministre désignée du Québec, à jamais censuré. Mais, dans le chaos, elle revient sur scène, ignorant visiblement le danger, pour s’adresser à nouveau à la foule partisane[4]. Elle les invite cette fois à rentrer chez eux, car la fête est bel et bien finie. Ainsi commence son mandat...

Le parricide et l’« imparlable » politicomédiatiques

Peut-être assistons-nous à l’un des grands dénis de nos politiciens et nos médias acteurs. Le chef du Parti conservateur du Québec a attribué la responsabilité de l’attentat à Pauline Marois elle-même – la personne visée – qui, semble-t-il, aurait tenu des propos « divisifs[5] ». Les médias, de leur côté, se sont montrés incapables d’affronter le meurtre, a fortiori le parricide politique, qui relève de la catégorie de l’imparlable[6]. Le soir en direct et tous les jours depuis l’attentat, les médias s’interdisaient de voir un « geste politique » et préféraient « informer » la population de la santé du technicien victime du tireur. Au lieu d’aborder la vraie question, la seule question, à savoir pourquoi a-t-on tenté d’abattre le chef du Parti québécois, une femme cette fois, dirigeant un parti indépendantiste prenant les rênes du gouvernement du Québec ? Au lieu d’enquêter et d’interroger des psychanalystes et des historiens, les médias cherchaient à expliquer la situation personnelle des deux victimes et le type d’arme que possédait le tireur. On a critiqué la sécurité, certains ont cherché, comme d’habitude des coupables, alors que d’autres ont investi la vie du tireur afin de révéler ses passions secrètes. Ici, bien peu ont réfléchi au passage à l’acte et à sa signification dans l’histoire du Québec[7]. Pourtant, le Québec a connu sa part de tueries et de tragédie collectives depuis une trentaine d’années. Sans doute trop près du miroir, sinon de la blessure, les médias traditionnels n’ont pas voulu voir que, de manière exceptionnelle, tant sur le plan politique, social, identitaire et symbolique, on n’a pas permis à la première femme élue première ministre du Québec, une francophone à la tête du Parti québécois, le parti de René Lévesque, de terminer son premier discours, un discours prononcé lors d’un rassemblement politique. Il est donc troublant de relever que, dans un Québec qui possède une expertise et une expérience forte des tragédies publiques et politiques, le silence vaut mieux que les paroles. Pour notre part, nous oserons faire des liens entre les « gestes » et la politique qu’ils présupposent.

Ce que nous savons du tireur, de l’homme fou et nouveau parricide du Québec

On sait que Richard Henry Bain, âgé de 62 ans, souffrait d’une séparation depuis 2009. C’est un anglophone « amoureux du Canada » qui craignait la séparation du Québec[8]. Il en parlait dans son entourage. Amateur de chasse, il possédait plusieurs armes. Il vivait près du lac Wade, sur une pourvoirie, à La Conception, dans les Laurentides, et se déplaçait au volant d’un véhicule militaire. Inconditionnel de Céline Dion, qui avait fait valoir son amour du Canada lors du second référendum, il appréciait les uniformes et portait le kilt écossais lors d’événements publics qui ne l’exigeaient pas. Il avait récemment maille à partir avec la mairie de sa municipalité au sujet de sa pourvoirie et, bien qu’homme sans histoire, il faisait tout de même preuve d’entêtement dans ses projets personnels.

Il était chez lui lors de la soirée électorale et, à un certain moment, il a décidé subitement de quitter sa résidence et de se rendre à Montréal. Il entend se présenter, avec plusieurs armes dans son véhicule, au Métropolis, où se déroule le rassemblement festif du Parti québécois. Ce parti était alors assuré de diriger un gouvernement minoritaire. Muni d’une arme automatique, portant une robe de chambre bleue et une cagoule noire, il tente d’entrer par l’entrée des artistes, à l’arrière de l’édifice. Il y a de la résistance. Il force et tire.

Un résultat électoral : dans la fusillade, le tireur au AK-47, Richard Bain, dont l’arme s’est enrayée tôt, blesse un technicien de scène et en tue un autre, qui aurait voulu l’empêcher de réaliser sa mission, à savoir tirer dans la foule et atteindre Pauline Marois lors de son discours télédiffusé. Impuissant à accomplir son dessein, il incendie l’édifice et se voit arrêté par la police. En direction de la voiture de patrouille, « celui qui n’avait pas peur de mourir » mentionne, dans un français marqué d’un fort accent, que les anglophones allaient se réveiller, que c’était leur « retour[9] ». Les anglophones, dit-il, devaient se réveiller ce soir-là. Est-ce à dire qu’ils dormaient avant l’élection ? Le PQ l’a-t-il tiré de son sommeil ? Toujours est-il que seize chefs d’accusation seront ensuite déposés contre lui, notamment meurtre prémédité et tentative de meurtre.

Fort de ces renseignements sommaires, mais combien significatifs, il convient de revenir sur le cas célèbre du caporal Denis Lortie. Nous mettrons l’accent sur les ressemblances et les différences entre ces cas « uniques », ce qui nous permettra ensuite de porter un jugement plus général sur la question de la filiation et le problème politique du changement au Québec.

Le retour du caporal, son fantôme et cette fois le meurtre d’une femme PM ?

Au Québec, nous avons la mémoire courte. Les fantômes reviennent souvent parce que les problèmes politiques restent irrésolus. On a oublié l’histoire du caporal Denis Lortie qui voulait devenir un héros en tuant son père, un père qu’il avait reconnu dans le visage de son supérieur immédiat dans l’armée canadienne et dans le visage de René Lévesque, chef du PQ ! Nos médias n’ont pas osé, après l’attentat de Bain, rappeler le cas Lortie. Peut-être convient-il de revenir sur cet événement afin de mieux comprendre un résultat électoral dangereux.

Rappel de quelques faits décisifs

Il est des gestes significatifs pour une société, c’est-à-dire des gestes que l’on ne doit pas oublier parce qu’ils indiquent une direction et expriment « l’esprit d’une époque », un esprit que l’on ne veut pas voir revenir, mais qui, pourtant, peut revenir nous hanter. La tuerie du 8 mai 1984 au Parlement de Québec relève de cette rare catégorie. Que s’est-il passé à Québec au printemps 1984 ? Rappelons ici, en gardant la nuit du 4 septembre dernier in mente, quelques faits décisifs.

Un caporal de l’armée canadienne âgé de 25 ans, Denis Lortie, connaît une crise sévère qui l’entraîne à commettre l’irréparable. C’était il y a presque trente ans. Pourtant, la vie militaire lui allait à merveille. Il avait voyagé, travaillé sur des bases anglophones, notamment à Carp, en Ontario, où il avait toutefois vécu la solitude et connu des difficultés à s’exprimer en anglais. Il devient père de deux enfants, un garçon et une fille, ce qui suscite chez lui une angoisse profonde, car il ne veut pas faire vivre à ses enfants ce qu’il a vécu dans sa jeunesse[10]. Le fantôme de son père, avec qui il n’a plus de liens depuis l’âge de 10 ans, revient le hanter. Sa relation amoureuse en souffre et elle connaît alors des hauts et des bas.

Pour sortir de son malheur, son esprit le pousse à blâmer le gouvernement québécois de « mal protéger le français » et d’« isoler les francophones » en les empêchant de quitter le Québec[11]. Il dit à son entourage : « un jour, on parlera de moi ». La figure de René Lévesque[12] prend pour lui la forme du persécuteur : après l’avoir entendu à la télévision, il prépare un plan afin de libérer les Québécois de ce gouvernement et de son chef.

Une fois sa permission de sortie accordée, il prend la route pour Québec, fortement armé[13]. Il a un plan, une mission. Après avoir fait une visite guidée et du repérage à l’Assemblée nationale la veille, il décide – il est logé dans une chambre de motel où il s’est entouré d’armes – qu’il enregistrera trois cassettes[14] le lendemain, qu’il se rendra à une station de radio de Québec, à la Citadelle pour rencontrer l’aumônier et au Parlement afin d’« éliminer » le gouvernement. Ensuite, tout va très vite.

Il tire plusieurs coups de feu sur le mur de la citadelle sans blesser les sentinelles. Il est surpris de ne pas être inquiété. Il se rend à sa voiture et écoute la radio afin de savoir si Arthur diffusera son message « politique ». Après quelques minutes et plusieurs silences, il décide de se garer au Parlement. En uniforme militaire et armé d’une mitraillette, il pénètre dans l’édifice où siège habituellement l’Assemblée nationale afin d’y tuer les membres du gouvernement. Ce matin-là, le Parlement est tranquille ; la session devait débuter en après-midi, ce qui explique l’absence des députés, mais des élèves sont en visite et une commission parlementaire est prévue pour 10 heures. Lortie tire et tue trois personnes, en plus d’en blesser neuf autres.

Or, c’est grâce au sang-froid du sergent d’arme René Jalbert[15] que le pire est évité. Jalbert, qui entre dans le Salon bleu après avoir entendu des coups de feu, réussit à discuter avec Lortie, désormais assis dans le siège du Président. Placé à sa droite, se présentant lui-même comme un ancien militaire, il tient un discours de major au caporal qui a pour effet de stabiliser et de contenir le tireur. Lortie accepte d’écouter et discuter avec lui, mais pas avec les agents armés qui ont investi l’enceinte. Il réalise alors que son plan a échoué et, voulant se sacrifier, il invite les agents à le tuer, ce qui ne se produit pas. Les propos de Jalbert ont pour effet de le « restructurer », si bien qu’il accepte de libérer les derniers otages du Salon bleu. Il accompagnera ensuite le sergent Jalbert à son bureau, lequel parvient ainsi à temporiser la situation. Désarmé, il se rendra aux policiers environ une heure plus tard. Lortie plaidera coupable à une accusation de meurtre au premier degré en 1984. En 1987, à la suite d’un second procès, il plaidera coupable cette fois à des accusations réduites, avec une possibilité de libération conditionnelle après 10 ans.

Un parricide dont la signification dépasse le Québec ?

Maintenant, ne limitons pas notre réflexion au théâtre moderne de la justice en ces cas, tentons de comprendre ce qui ne peut être compris par la raison politique. Essayons d’apprendre quelque chose de Lortie, car il a marqué l’histoire du Québec[16]. Acceptons que ce crime, l’œuvre de l’homme en meurtrier, parle de notre histoire, de notre politique et de notre identité, car l’aura de cet événement tragique dépasse le Québec. Pour nous en convaincre, nous n’avons qu’à relire l’analyse qu’a publiée l’historien du droit et philosophe français Pierre Legendre[17]. Il a publié une « leçon » sous le titre Le crime du caporal Lortie 5 ans après l’attentat, en 1989, année de la tuerie de Polytechnique. Dans La fabrique de l’homme occidental, il revient sur l’affaire Lortie afin d’en dégager le sens. Pour lui, cette histoire n’est pas celle d’un meurtre ordinaire, car si elle rappelle l’importance de respecter l’interdit par excellence, celui de tuer un membre de l’espèce, elle s’est jouée, à Québec, sur la scène métaphorique du politique. Il s’agit donc d’interroger à nouveau l’édifice symbolique des filiations.

En effet, on a appris lors des procès que Lortie cherchait – il ne le savait pas encore – à tuer son père. Or, comme le veut la psychanalyse, il faut tuer « symboliquement » le père pour devenir un homme. Le Québec a été le théâtre d’un événement qui le transcende et qui marque en même temps sa modernité : par le désir de tuer les membres du gouvernement, son chef, l’homme a refusé en acte toute société politique. Ce passage à l’acte n’est pas celui d’un crime privé, mais celui plus fou d’un meurtre « public » et politique, filmé par des caméras. Victime de psychose, Lortie a voulu mettre fin, par extension, aux injustices dont souffrent les électeurs, mais en le faisant devant des députés vivants. Lortie voulait tuer des « images vivantes[18] ». Dans un moment de lucidité, on dira avec Legendre une « bouffée délirante », il a voulu accomplir tout haut ce que plusieurs citoyens pensent tout bas, mais s’interdisent toujours de faire[19]. Une société, pourtant, rappelle Legendre, ne fonctionne pas sans le respect de ses Pères.

Le meurtre « politique » en question

Or, si nous savons de Freud que le meurtre du père, dans l’Œdipe, préside à l’affirmation singulière de l’individu[20], Legendre dit que ce meurtre, un parricide[21], en dit long sur l’identité de l’homme occidental, mais aussi sur son vide, qui est son destin. Le geste du caporal vient prendre alors une autre dimension : en cherchant à devenir un héros, Lortie, qui n’était plus un enfant, a dépassé le meurtre symbolique du père afin de tuer le gouvernement réel. En confondant l’image de son père avec l’Assemblée politique, le meurtrier a voulu publiquement tuer tous les pères. Son délire est un renversement institutionnel : en mission, il se mesure à Dieu, il est en duel avec le Père des pères… Il s’attaque personnellement à la Référence souveraine. On constate par là que sa décompensation psychotique s’avère, malgré certaines ressemblances, différente de celle d’un Marc Lépine, un admirateur avoué de Lortie[22], ou d’un Valery Fabrikant par exemple.

Lortie était-il un terroriste canadien ? Militaire en mission spéciale, il a peut-être estimé ses meurtres à venir non « punissables » au sens de la loi ? Une loi sans « autorité[23] » désormais. Dit autrement, la culpabilité, dans notre monde rapide et confus, est-elle terminée ? Lortie a-t-il voulu se suicider en héros, au nom de l’unité canadienne[24] ? Sa tentative ne représente-t-elle pas par avance le signe annonciateur d’une tendance lourde du monde occidental, celle de l’homme qui, dans l’espoir d’être vu comme un héros, cherche en même temps son propre anéantissement, au prix de nombreuses « contradictions » ?

La recherche du héros dans la mort et le refus de toute généalogie

Répondre à ces questions oblige à chercher des leçons pour notre mémoire collective. Car l’affaire Lortie, suivi par l’attentat de Bain, nous renvoie à un problème identitaire fort : aucun humain ne peut renoncer au fondement de son humanité, son rapport à la Loi et son appartenance politique. Il y va ici du caractère normatif même de nos sociétés. Si les pères sont incertains, les fils le seront aussi... Le discours moderne sur le père, aux prises avec des tensions insolubles, semble nier la radicalité des rapports entre le père et le fils, notamment au Québec. Il importe de constater que nous sommes entrés, partout en Occident, dans une ère de banalisation du meurtre, car le meurtre est devenu un fait divers. On oublie souvent, dans les analyses, que nous avons franchi un pas décisif : nous revenons du meurtre symbolique et sa représentation sociale vers le meurtre réel. Richard Bain, au Métropolis, ne jouait plus, il voulait tirer dans une foule qu’il considérait comme hostile à son existence canadienne.

Or, dans le monde postmoderne et technologique, nous administrons les meurtres comme les projets et les budgets. La télévision nous informe sur les activités criminelles des gangs et nous ne réagissons plus. Confus, nous normalisons l’exception. En vérité, nous entrons ici dans le cercle de la folie destructrice : non seulement nous nous tuons nous-mêmes (suicide), nous tuons nos filles et nos fils (infanticide), quand ce ne sont pas nos fils qui cherchent à nous tuer (parricide).

Ensuite, nous nous régalons des procès médiatisés que nous nous intentons à nous-mêmes. Le caporal, dont le père incarnait la défaillance, l’adultère et la maladie mentale, était aussi père avant de s’en prendre à son père politique. Avant de conclure à la folie de Lortie ou de Bain, ne devrions-nous pas plutôt critiquer notre système social qui échoue dans son obligation d’assurer la saine filiation entre les parents et les enfants, y compris sur le plan politique ? À moins que, si on veut critiquer, on s’en prenne à la société au complet qui ne veut plus assumer la possibilité du changement. Devrions-nous nous sentir « responsables » des passages à l’acte individuels comme l’attentat au Parlement ou au Métropolis[25] ? Ne faut-il pas plutôt en profiter pour revoir, dans le sillage déjà tracé par Legendre, la logique de l’interdit, le rôle du politique, sa représentation, et la place qu’occupent les hommes dans notre société ?

V. Des leçons pour l’avenir ?

On le réalise mieux : l’esprit troublé de Lortie ne meurt pas facilement et son fantôme est revenu, cette fois sous le visage cagoulé de Richard Bain. Il y a des « apparitions » dans l’histoire du Québec qui font peur. Il faut tenter de retenir quelques points de ces événements importants.

La langue et la souveraineté comme problèmes d’excitation et de filiation

Au Québec, il ne semble pas y avoir de gouvernance souverainiste « normale ». On sent une excitation particulière lorsque les souverainistes réaffirment leur existence. À la télévision, peu de temps avant l’entrée en scène de Pauline Marois, un commentateur politique – sans doute inconscient de la force de ses propos – s’amusait à dire que le Parti québécois ne fait rien comme les autres partis. Que ses propos cachaient-ils ? Que l’existence du Parti québécois est anormale ?

Ces propos traduisent un malaise qui existe dans la classe politique et sans doute dans la population elle-même. Quand le Parti québécois s’approche du pouvoir, on note un changement psychologique dans la vie politique canadienne. Les politiciens fédéraux réagissent d’avance à la possibilité de cette élection, non sans céder à la tentation d’affoler et de faire peur. On doit sortir du vote pour « comprendre » ce qu’implique l’existence et l’élection, en démocratie, d’un parti porteur d’un changement politique radical, fut-il sain, surtout lorsque son programme politique entend résoudre des problèmes linguistiques et étatiques[26]. Les médias sont toujours interpelés par le crime politique, surtout au sujet des tensions linguistiques, comme le montre l’histoire de Bain[27]. Lorsque les souverainistes du Québec reprennent le pouvoir à Québec, on assiste à une mise en scène du destin des anglophones. Tout à coup, la démocratie importe beaucoup moins et l’assaut passe de la parole aux actes. Certains individus ne veulent pas appartenir à la filiation politique du Québec et cherchent par tous les moyens, y compris la violence, à en sortir. Ceux-là veulent sauver les autres de leur propre détresse politique. Ils n’ont plus confiance en l’institution politique, ils ne croient plus à la force de la loi, voilà pourquoi ils veulent aller au-delà.

Crise institutionnelle et importance de la rénovation de la politique

Mais le fantôme du caporal Lortie en Richard Bain nous enseigne beaucoup plus : il vient nous rappeler qu’il y a peut-être un problème sérieux dans le système politique canadien, car certains voient encore dans l’expression politique québécoise un « mal à guérir », un mal pour lequel la démocratie n’est plus assez forte, plus assez symbolique et n’a plus à jouer son rôle de Tiers et de limite. Quand des hommes n’acceptent plus la représentation et veulent dépasser les résultats des élections, quand ils ne voient plus l’autre parti dans sa symbolique politique, c’est parce que la société n’est plus en mesure de justifier ses propres institutions. L’esprit de Bain, son sacrifice était sans aucun doute fort malhabile, demandait une rénovation politique.

 

 


 

[1] Je me permets de renvoyer ici à mes modestes contributions au débat : « Le brasier : petite théorie critique des éteignoirs politique et médiatique », sur le site de Politicoglobe, 12 mai 2012 et « Faire campagne ? Pourquoi donc ? – Le vent politique à l’ère des médias acteurs », Politicoglobe, 12 août 2012.

[2] Pour un développement de cette idée centrale, voir Desroches, D., « Si/Sortir de l’hiver de force », Politicoglobe, 3 septembre 2012 et du même auteur, « L’hiver de force. Sur le retournement des élites québécoises », Sens Public - Revue internationale, France, 30 janvier 2012.

[3] Lors de son retour sur les événements, l’animateur Yves Desgagnés a dénoncé une sécurité « défaillante ».

[4] Elle ne s’est jamais sentie menacée et n’apprendra qu’à l’hôtel le décès du technicien et les raisons de la panique. Voir White, M., « “La folie a frappé”, dit Marois », Agence QMI/ Journal de Montréal, 5 septembre 2012.

[5] Lire Fortin, P.-O., « Marois à blâmer pour l'attentat du Métropolis : le Parti conservateur du Québec s'excuse », La Presse, 5 septembre 2012.

[6] Nous utilisons volontiers ici la catégorie forgée par de Pierre Legendre. Cf. Legendre, P., Le crime du caporal Lortie. Traité sur le père, Paris, Flammarion, p. 95.

[7] Sur le passé du Québec meurtrier, voir une thèse, celle de Grenier, G., Les monstres, les fous et les autres. La folie criminelle au Québec, Trait d’Union, Québec, 1999. Pour l’intelligence et le courage de sa remise en question, soulignons la contribution de Leclerc, J.-C., « Attentat au Métropolis - Un révélateur d’une grave crise identitaire », Le Devoir, 10 septembre 2012.

[8] Nous reprendrons ici quelques points, passés sous silence dans les médias, se trouvant dans les articles consacrés à la vie de Bain. Voir entre autres Malboeuf, M.-C. & Vailles, « Richard Henry bain : un amoureux du Canada à l’âme troublée », La Presse, 5 septembre 2012 et Pedro, K., « Attentat du Métropolis : Bain n'avait pas peur de mourir, selon un couple d'Ontariens », Agence QMI / Le Journal de Montréal, London/ Montréal, 8 septembre 2012.

[9] Soyons très précis sur les mots : il a dit : « Les Anglais se réveillent. It's gonna be fucking payback. »

[10] Sur la jeunesse de Lortie et le rapport au père, voir Legendre, P., Le crime du caporal Lortie, p. 156-180.

[11] On peut ici reconnaître les symptômes du repliement identitaire. Lortie éprouve des difficultés à s’exprimer en anglais et, par retournement, il en vient à croire que c’est la faute du gouvernement péquiste à Québec. Au service des Forces canadiennes, il accuse le gouvernement de garder les Québécois sur le territoire, alors que c’est lui qui, d’un coup, se sent petit et veut devenir un héros national. S’il critique d’un côté la discrimination canadienne fondée sur la langue anglaise, il retournera tout de même ses armes contre ses compatriotes francophones et visera le père symbolique, c’est-à-dire le gouvernement de René Lévesque. S’il n’accomplira pas un parricide réel, il s’attaquera tout de même à sa référence paternelle. Nous préciderons cela un peu plus loin.

[12] Les psychanalystes sont rigoureux sur les détails, les hasards et les signifiants. La femme de Lortie s’appellait Lise Lévesque et portait le patronyme du persécuteur. Elle publiera un ouvrage intitulé : J’étais la femme du tueur.

[13] Pour information : il possède deux mitraillettes, un Browning, un couteau, une veste par balle et un masque à gaz.

[14] Il enregistrera trois cassettes : une pour sa femme, une pour l’aumônier de l’armée et une pour André Arthur, un animateur célèbre à Québec pour son style d’animation direct et ses positions fédéralistes. Ce dernier deviendra plus tard un député fédéral indépendant. Sur la première, il avoue son amour à sa femme et lui annonce qu’elle ne le reverra pas ; sur la seconde, il explique son plan, tandis que sur la troisième, il développe ses raisons politiques. Il y dit notamment vouloir « détruire » René Lévesque « avant que celui-ci ne fasse plus de mal ».

[15] On notera au passage que René Jalbert a travaillé vingt-sept années dans l’Armée canadienne. Après son emploi à Québec, il sera décoré pour son acte de bravoure à Ottawa et obtiendra un emploi au Parlement canadien. Il a par la suite dénoncé « le manque de sécurité » dans les enceintes politiques, c’est-à-dire les politiciens comme « cibles ».

[16] Pour mémoire : dans la lettre-testament laissée par Marc Lépine, le tireur de la Polytechnique, celui qui a abattu quatorze jeunes femmes en décembre 1989, le tireur se réclamait explicitement du caporal Lortie.

[17] Voir Legendre, P., Le crime du caporal Lortie, Paris, Flammarion, 1989 et La fabrique de l’homme occidental, Paris, Mille et une nuit, 2000.

[18] Voir Legendre, P., Le crime du caporal Lortie, Paris, Flammarion, 1989, p. 88.

[19] On rappelera que le Parti québécois avait attiré de lui-même la grogne de l’électorat après le référendum perdu de 1980. Dans une sorte de réglèmement de compte, il avait gelé les salaires de la fonction publique, notamment celui des professeurs, ce qui devait être interprété, au Québec, comme un retournerment de l’élite contre sa base militante.

[20] Pour Freud, au sujet du rôle du Père dans la horde primitive, on lira « Totem et tabou », in Œuvres complètes, Paris, PUF, XI, 1998.

[21] Le « parricide », selon l’étymologie, qualifie le meurtre du père, mais aussi, par extension, le meutre des membres de la famille, la mère (matricide) mais aussi les frères (fratricide).

[22] Voir l’article de Meynaud, Hélène.-Y., « Blanche-neige et l’épine. Femmes, technologies et folies », Chimères, 38, 2000, 135-149.

[23] Il a dit clairement : « Je me sentais capable de détruire cette autorité, ma force était sans limite ». Voir Le Devoir, 13 janvier 1987, p.2, compte rendu d’audience.

[24] S’il commet son geste « au nom » de quelque chose, ce geste relève alors d’une certaine fidélité, d’un idéal, c’est-à-dire d’une filiation à un père. Pourtant, Lortie veut tuer son père…

[25] À ce sujet précis, prendre connaissance des propos de Nicolas Lévesque, un patronyme désormais célèbre pour des raisons diverses, dans Le Devoir. Selon lui, qui est psychologue, le Québec se définit désormais au moyen de catégories « figées » et les médias y sont pour quelque chose. Le Québec, soutient-il, ne veut pas « discuter ». Le Québec serait traumatisé de ses symboles et les changements sociaux entraîneraient, pour cette raison même, sa part de violence. Pourtant, comme nous l’avons vu, les cas Lortie et Bain témoignent de la faiblesse du symbolique. Cette position, on ne sera pas surpris, allait entraîner plusieurs répliques. Lévesque, N., « Nous sommes tous responsables de l’attentat du Métropolis », Le Devoir, 8 septembre 2012. Pour les répliques : Lavigne, L., « Nous ne sommes pas tous responsables », Le Devoir, 9 septembre 2012 et Carrier, J.-N., « Les errements de Nicolas Lévesque », Le Devoir, 13 septembre 2012.

[26] On rappelera que, peu de temps après la tuerie à l’Assemblée, une radio anglophone de Montréal avait sondé, à partir des propos de Lortie, ses auditeurs au sujet des motifs derrière l’acte. Une écrasante majorité se disait en accord avec les motifs évoqués par Lortie, une personne qui, non sans quelques problèmes de santé mentale, voulait éliminer les députés et les ministres du gouvernement du Parti québécois siégeant à l’Assemblée nationale ! Le premier ministre avait alors, rappelle Legendre, dénoncé ce « climat animal » et la station de radio avait présenté ses excuses. Sur ce fait vécu, voir La Presse, 11 mai 1984. Voir Legendre, P., Le meutre du caporal Lortie, p. 97.

[27] Le président de la Société Saint-Jean Baptiste de Montréal, non sans raison d’ailleurs comme on vient de le voir, est sorti publiquement pour dénoncer les propos des médias anglophones québécois et canadiens qu’il tenait en partie responsable de l’attentat du Métropolis. Il convient de noter que les médias québécois se sont montrés très « inquiets » du sort des anglophones advenant l’élection du Parti québécois. Est-il besoin de dire qu’un employé a aussi perdu son emploi pour ses propos à l’endroit de Pauline Marois et son parti ? Ici, Beaulieu, M., « Médias anglophones - Que la diabolisation des souverainistes cesse ! », Le Devoir, 7 septembre 2012 ; Bourgault-Côté, G., « Les Anglos cherchent leur voix », Le Devoir, 15 septembre 2012, mais aussi Brousseau-Pouliot, V., « Un employé d'Eidos congédié pour ses propos sur l'attentat du Métropolis », La Presse, 5 septembre 2012.

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