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Un numéro du centenaire aux nouveaux abonnés

Éditorial - En finir avec le déni

2017janvier250La campagne électorale est lancée depuis un moment déjà. C’est sans vergogne que le gouvernement Couillard a commencé à faire pleuvoir les dollars pour faire croire à la manne. Avec leur complaisance habituelle, les bonimenteurs et faiseurs de bruit médiatique sont restés bien sagement campés dans leur rôle de relais béats. Ils ont gobé le vocabulaire : le mot surplus a été relayé même s’il n’est rien d’autre en l’occurrence qu’une imposture comptable. Les sommes retranchées par une brutale politique de réduction des services publics ne sont pas des surplus. Elles ne sont pas non plus des réinvestissements. Elles sont tout simplement devenues un trésor de guerre que le gouvernement entend utiliser pour sa campagne électorale. Les baisses d’impôts ne serviront qu’à rendre encore plus faible la capacité d’intervention de l’État. Les réinjections de fonds ne se font pas là où elles seraient nécessaires, mais bien là où elles paraîtront payantes sur le plan électoral.

Le cynisme de l’opération a quelque chose de répugnant. C’est une véritable perversion du langage qui va servir à présenter comme de la bonne gestion une opération qui ne cesse de faire régresser le Québec. Les indicateurs économiques actuels sont loin d’être mauvais, certes, mais la lecture de la conjoncture va servir à les retourner contre le politique. Le paradoxe n’en sera que plus grand et plus cruel : le dynamisme québécois ne servira pas à faire grandir le Québec, mais bien plutôt à en faire un nain politique. Le gouvernement Couillard travaille à réduire sa capacité à orienter son développement en affaiblissant l’État. Il travaille à laisser Ottawa instrumentaliser le dynamisme québécois. Bombardier, le cannabis, les chantiers maritimes Davie, le Port de Québec, Netflix, la liste n’en finit plus de s’allonger des dossiers où les pertes s’accumulent, où les iniquités se creusent, où l’impuissance est de règle.

Et pourtant des sommes faramineuses seront consacrées à la publicité gouvernementale pour couvrir la démission, pour dresser les écrans de boucane. Millionièmes promesses sur le comptage des civières, épanchements sur la qualité de l’éducation et la salubrité des écoles occupent la plus large part de l’horizon que les baisses d’impôt laisseraient enfin apercevoir. Quelques bricoles pour sacrifier à l’air du temps, de l’esbroufe numérique pour faire oublier la goinfrerie médicale et le ton aura été donné. Et il n’est pas dit que cela ne sera pas efficace. Notre peuple en ses millions « de gens fragiles à des promesses d’élection », comme l’a si bien chanté Claude Gauthier, n’en finit plus de vaciller, de tanguer entre résignation et autodénigrement. Les sondages ne cessent de mesurer ses humeurs changeantes, d’illustrer le brouillage des repères. La médiocrité de la politique politicienne s’impose. On ne voit guère poindre de véritables contre-discours. La provincialisation de la classe politique est désormais consommée.

Au seuil de la nouvelle année, c’est bien cela qui frappe : le complet déphasage de notre élite dirigeante. Aucune voix crédible ne porte désormais la lecture de notre condition nationale. Si quelques ténors en appellent à « sortir les libéraux » on les cherche encore ceux et celles qui en appellent à sortir de la dépendance. Notre peuple est minorisé et claquemuré dans un régime qui piétine toutes les règles constitutionnelles qu’il a pourtant imposées. Il n’y a plus rien qui tienne en matière de partage des compétences sur lesquelles les règles formelles sont pourtant encore invoquées. Ottawa agit à sa guise, impose ses choix, ses moyens, ses conditions. Le Québec est moins que jamais maître dans sa maison et sa classe politique se chamaille pour savoir comment tirer parti de la longueur de la laisse !

Le débat politique est devenu une véritable surenchère d’impuissance consentie et de déni du réel. Les péquistes ne cessent de faire comme si la soumission au régime n’avait que des conséquences endurables, comme si rien ne sera jamais si grave pour que le Québec se dresse. Les caquistes ne demandent pas mieux que de faire semblant de trouver noble la malhonnêteté intellectuelle d’un aspirant baronnet et de se faire une petite musique de nuit avec les refrains mille fois répétés d’une autonomie provinciale aussi chimérique que la volonté de l’État canadian d’y accorder la moindre attention. Québec solidaire et les autres partis et groupuscules s’imaginent que le Québec peut se donner un projet de société en oubliant Ottawa et en déportant à gauche l’indigence provinciale. Plus personne ne veut penser la politique nationale dans sa condition réelle, dans sa condition radicalement dépendante.

Les programmes des partis ne sont plus que des énoncés sans fondement dans la realpolitik, des manifestations d’une dépendance à ce point intériorisée que ses catégories ne sont plus perçues comme structurantes. La dépendance n’est pourtant pas qu’une somme d’anecdotes ou un catalogue de limitations vues comme des « irritants ». C’est un cadre, un paradigme de claustration. La politique provinciale n’est pas seulement une politique pour nation annexée, comme l’a si bien montré Maurice Séguin, elle est devenue dans le Canada post-référendaire un véritable trompe-l’œil. Le Québec n’a plus le moindre contrôle sur la définition des finalités de son développement. Tout au plus peut-il s’entredéchirer sur les modalités d’aménagement des contraintes que lui impose un régime qui n’a plus le moindre souci pour ses réactions. Pis encore, pour sa capacité de réagir, tant la pusillanimité de sa classe politique est évidente et avérée.

La vérité de notre condition politique c’est que l’État du Québec est en voie de décomposition, que le gouvernement du Québec a de moins en moins les moyens de sa mission et qu’il a si bien intériorisé les contraintes que le Canada lui impose qu’il ne se pense plus que dans la vision déformée que la faiblesse et l’incohérence de ses gestes donnent à ses projets et à sa capacité de se projeter. On comprend dès lors en quoi la seule existence du Bloc québécois peut apparaître à plusieurs comme incongrue, voire obscène. Sa présence à Ottawa comme force d’incarnation de la volonté de se conduire selon ses finalités propres suffit à révéler que l’altérité radicale est la seule voie de représentation des intérêts et des actions de la nation.

Il faut espérer que l’année 2018 soit celle de la fin du déni. Il faut que l’action militante force les partis à sortir de la politique des lamentations, qu’elle impose l’ambition d’en finir avec la dépendance et pour ce faire d’en finir avec les représentations de l’action que nous sert une classe politique totalement engluée dans la politique provinciale. S’il importe de se débarrasser des libéraux, il importe davantage d’éviter de les remplacer par d’autres portiers de la maison de fous canadian. Le Québec mérite mieux que la politique qu’on lui sert. Des siècles de persévérance têtue ne peuvent s’abolir par le consentement à l’impuissance et s’avilir dans le renoncement à se faire maître de son destin. Il faut juger la classe politique à l’aune de sa responsabilité historique et non pas à celle de ses appétits circonstanciels.

 

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Accès libéré - Mai 2017

Éditorial - La nécrose et les pilleurs d’héritage

2017mai250Il n’y a pas de limites. Aplaventrisme et démission devant Ottawa en matière de financement de la santé, soumission et renoncement à faire valoir ses prérogatives dans le dossier de la légalisation de la marijuana, consentement à se laisser tourner en ridicule dans le dossier de l’aide à Bombardier, résignation devant les décisions fédérales pour la nomination des juges. La liste ne cesse de s’allonger.

Et voilà que Philippe Couillard s’est transformé en marcheur protestataire à Dolbeau Mistassini pour supposément partager l’anxiété des populations que la crise forestière va frapper de plein fouet. Il a marché, certes, mais pour la protestation, il repassera. Il a déploré, le pauvre intendant. Il a déploré qu’aucun député libéral fédéral n’ait participé à la marche. Il a déploré et… il attend ! Il attend qu’Ottawa fasse un geste, qu’il annonce des mesures pour atténuer les effets de la déstabilisation planifiée de cette industrie mal en point.

Il attend !

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France : une élection de réalignement ?

Le premier tour des élections présidentielles françaises a révélé des changements majeurs dans les comportements électoraux. Plusieurs phénomènes inédits se sont produits : renoncement du président sortant à la candidature, surprises des primaires au Parti socialiste et au parti Les Républicains où les candidats attendus furent défaits, quatre candidats qui arrivent dans le peloton de tête avec des écarts inférieurs à la marge d’erreur dans les sondages, montée spectaculaire d’un candidat radical, Jean-Luc Mélenchon, de même que celle d’un candidat voué aux gémonies par les médias, Fillon, taux d’abstention plus élevé qu’en 2012 malgré l’intensité de la campagne. Ces phénomènes indiquent qu’on assiste à un déplacement des lignes de clivages politiques et à un réalignement des forces politiques. Il faut aussi remarquer que 45% de l’électorat a voté pour deux candidats sans parti : Mélenchon 19,5% et Macron 24% ce qui dénote une désaffection profonde envers les partis traditionnels.

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Libre-échange : retour sur une grande confusion langagière

Le verdict est impitoyable : une « révolte populiste » gronde en occident. Et ceux qui détiennent des positions hégémoniques dans l’espace public hésitent constamment entre s’en moquer, l’ignorer ou l’accuser d’accointances sataniques. Il est totalement impensable, pour les thuriféraires du système, de percevoir dans les « attentats électoraux » qui se succèdent des manifestations d’une colère qui soit, au fond, légitime. Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes, écrivait Bossuet. Il leur est impossible de seulement même envisager que le malaise populaire puisse être fondé. Il leur est impensable d’effleurer l’idée qu’il puisse y avoir des racines profondes dans cette expression, dans la non-violence, du désespoir. La classe politique et médiatique était entièrement fermée à réfléchir aux questions soulevées, comme si c’était justement incompatible avec le fait de démolir les mauvaises réponses des mouvements dits « populistes ». Et ils s’étonnent quand Donald Trump remporte la présidence…

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L’héritage musical du Québec dans L’Action nationale depuis 1966

En 2017, la revue indépendantiste L’Action nationale fête son centième anniversaire. On identifie rarement cette revue à la musique, et pourtant il est possible de retracer comment, selon elle, la musique contribue à l’identité québécoise. C’est ce que nous allons tenter pour les cinquante dernières années. Notre hypothèse est que les références à la musique dans L’Action nationale sont toujours mises en lien directement avec le patrimoine national du Québec. Nous vérifierons cette hypothèse pour trois périodes décisives de l’histoire récente : de 1966 au référendum de mai 1980, de juin 1980 à octobre 1995, moment de l’entre-deux référendums, et enfin depuis le second référendum. 

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Un grand compositeur québécois vient de nous quitter

 car maintenant/le vent n’est plus seul/à chanter sur le rivage du temps
– Alain Gagnon (poème non publié)

Le 26 mars dernier, à l’âge de 78 ans, le compositeur Alain Gagnon nous a quittés. Son décès n’a pas fait beaucoup de bruit. Cela n’est guère surprenant, car cet homme discret pratiquait un art qui ne suscite pas l’enthousiasme des foules. Il écrivait des œuvres musicales exigeantes et résolument contemporaines. Des œuvres s’inscrivant dans la grande tradition occidentale allant de Jean-Sébastien Bach à Arnold Schoenberg.

En plus de sa famille et de ses amis, sa mort laisse dans le deuil des gens qui, comme moi, le connaissaient d’abord par le contact avec ses œuvres. Contact, il faut ici le déplorer, qui aurait bien pu n’avoir jamais lieu tant ses conditions d’existence sont précaires et défavorisées par les environnements éducatif, socioculturel et médiatique dans lesquels nous baignons. Cette constatation mérite réflexion.

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Jean-Marc Léger (1927‑2011) Fin diplomate et indépendantiste radical

Très tôt, Jean-Marc Léger choisit son combat. Contre un État fédéral toujours plus centralisateur, il veut l’épanouissement de la nation canadienne-française puis québécoise. Il veut aussi limiter l’hégémonie mondiale de la culture anglo-américaine, qui tend, selon lui, à réduire au folklore les autres manières de concevoir et d’exprimer le monde. Le trésor à protéger et à promouvoir : la langue française. Et l’arme ? L’État. Léger veut un Québec indépendant ; il veut une organisation internationale d’États francophones forte.

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Collections numériques (1917-2013)

action couv 1933Bibliothèque et Archives nationales du Québec a numérisé tous les numéros de L'Action française et de L'Action nationale depuis 1917.

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