Printemps 2018 - Au tour des imprimeurs

2018printemps250La reconnaissance et la consécration des œuvres jouent un rôle important dans la dynamique culturelle. Ainsi le Prix des collégiens et le Prix des libraires s’ajoutent-ils aux diverses instances qui donnent à la vie des livres certaines de ses impulsions les plus stimulantes. Cette année encore, les listes déjà publiées, les prix accordés laissent bien apprécier aussi bien la richesse de la production que la sagacité des lectorats. Il faut souhaiter un rayonnement toujours plus grand aux initiatives de ce genre. Elles contribuent à donner de la densité à la vie intellectuelle. Le Québec, à cet égard, a fait des progrès appréciables. On ne compte plus les bibliothèques publiques qui mettent en valeur les ouvrages primés, qui invitent leurs auteurs à des clubs de lecture ou à des conférences. 

L’industrie de l’édition a fait des efforts méritoires. On pense en particulier au succès des divers salons du livre. Cette année on peut même se réjouir d’une modeste augmentation du nombre de librairies indépendantes et de tendances intéressantes dans les habitudes de lecture telles que les documente l’Observatoire de la culture. On peut aussi saluer le succès de la journée du 12 août « J’achète un livre québécois » et celui, plus modeste, mais ô combien inspirant de cette école primaire de Saint-Esprit qui a organisé son propre salon du livre avec le concours d’une librairie de Terrebonne. Rien pour s’asseoir sur ses lauriers, mais suffisamment pour ouvrir des perspectives et pour constater, une fois de plus, la réceptivité du public québécois.

L’heure ne serait-elle pas venue d’une relance de la mobilisation autour du livre et de la lecture ? Une relance qui viendrait renforcer les initiatives en place, les faire bouger en inscrivant certains de leurs succès dans un autre registre d’action culturelle ? Plusieurs formes de mécénats pourraient être évoquées. On se contentera, ici, de n’en souligner qu’une qui se trouve à portée immédiate des acteurs de l’industrie du livre. Ne serait-il pas temps de renouer avec une formule jadis répandues dans le monde scolaire et dans plusieurs programmes d’animation des bibliothèques : le don. On pense en particulier au don de livres aux élèves des niveaux primaires et secondaires, sans oublier les cégépiens. C’était bien souvent des prix de fin d’année, des récompenses aux plus méritoires. Ne pourrait-on pas envisager que le don prolonge désormais le Prix des libraires ou celui des collégiens ? Les imprimeurs ne pourraient-ils pas prendre part ?

On imagine un fond de commandite, alimenté par les dons des imprimeurs qui, en tant que maillons de la chaîne du livre, témoigneraient de leur attachement au rayonnement des œuvres et surtout à la valorisation de la lecture. Il s’agit, après tout d’une industrie qui brasse des dizaines de millions annuellement, elle pourrait dégager des dons annuels sans que sa santé financière n’en souffre. Un tel fond permettrait d’offrir aux élèves des divers niveaux des exemplaires des ouvrages primés. Distribués selon des modalités qui restent à préciser, les livres des récipiendaires pourraient ainsi être mis en circulation dans des circuits non marchands, participant d’un pari sur la découverte, sur l’élargissement de publics qui peut-être ne fréquentent pas les librairies, les bibliothèques. Des exemplaires pourraient être offerts dans les classes, aux élèves qui se montreraient intéressés ou que leurs professeurs choisiraient selon des critères qu’ils établiraient eux-mêmes, etc.

Offrir des livres comme on sème à tout vent ! Les modalités restent à définir. Elles pourraient varier d’un milieu à l’autre : il n’est pas nécessaire d’ameuter des hordes de technocrates et de multiplier les formulaires. On peut imaginer que les professeurs soient mis à contribution, qu’ils inventent les formules les mieux adaptées à la réalité des institutions, qu’ils travaillent en collaboration avec les organisateurs des divers prix afin de bien faire comprendre aux jeunes que saluer les livres et les auteurs, ce n’est pas d’abord une tactique commerciale, mais bien un acte culturel qui élargit la vie. Qui l’élargit d’autant qu’il puisse être prolongé par son inscription dans la logique du don. Un don inconditionnel. Un don à un jeune qui deviendra peut-être lecteur parce qu’un livre aura été placé sur son parcours. Un don à un jeune qui découvrira un auteur. Un don à un jeune qui ne voudra peut-être rien savoir et qui donnera l’ouvrage à un quidam dont il changera peut-être la vie.

Les imprimeurs sont ici interpelés. Mais ils ne sont pas les seuls acteurs de la chaine du livre qui pourraient contribuer. S’ils donnaient l’exemple, on ne sait pas où pourraient mener les campagnes de valorisation des Prix. Il suffit que quelqu’un le veuille, qu’une association professionnelle ou un regroupement d’industriels prenne l’initiative et d’ici deux ou trois ans, des milliers de livres trouveraient peut-être des publics insoupçonnés.

S’inscrire dans l’espace du don, c’est agir avec l’assurance tranquille que la culture québécoise des livres est assez forte pour élargir son public et donner à la jeunesse des horizons qui redéfiniront le monde de ceux qui lisent et, de là, de ceux-là qui les entendent bruire entre les lignes des livres qu’ils imaginent.

Robert Laplante
Directeur

Sommaire du numéro Printemps 2018
des Cahiers de lecture 

Tagged under: Cahiers,

2017 18cahiers600

Un numéro du centenaire aux nouveaux abonnés

Accès libéré - Juin-Septembre 2017

Éditorial - Sans l’audace il n’arrivera jamais rien

2017juinseptembre250La politique va mal. Elle va mal partout et c’est parce que la démocratie va mal. Des mutations sociales et économiques profondes la travaillent. Des repères culturels basculent et rien de ce qui, hier, pouvait être tenu, sinon pour certain du moins pour une base commune, ne résiste plus au nihilisme marchand ou à la fureur sectaire. Partout les classes politiques vacillent, leur crédibilité fléchit au même rythme que leurs renoncements. Le décrochage civique mine la vie publique et pave la voie aux dérives sectaires. Le monde traverse une passe extrêmement dangereuse. Et notre statut de nation oblitérée fait l’effet d’un amplificateur de ces tendances de fond, accroissant cynisme et désabusement à l’endroit de la chose publique et de sa construction.

Lire la suite...

Charte des valeurs : ne touchez pas à l’islam !

Au Québec, la charte des valeurs marque un point tournant dans l’histoire de la laïcité dont on n’a jamais véritablement pris la mesure, empêtrés que nous sommes dans la honte et la culpabilité. Encore aujourd’hui, bien que l’on ignore toujours tout des motivations réelles d’Alexandre Bissonnette concernant l’attentat à la mosquée de Québec, cet évènement tragique a ramené la charte dans l’actualité, alors qu’on continue bêtement de répéter que ce projet de loi stigmatisait les musulmans, particulièrement les femmes voilées, qu’il était raciste, xénophobe et islamophobe. 

Mais au-delà de ce bouquet d’insultes habituelles que l’on rencontre partout en Occident à chaque fois qu’un pays veut légiférer en matière de laïcité face à un islam militant, pro-voile et farouchement anti-laïque, le temps est venu de délaisser les invectives pour la réflexion et de préférer l’analyse à l’auto-flagellation.

Lire la suite...

Québec solidaire et l’indépendance du Québec

De nombreux indépendantistes s’interrogent sur la position constitutionnelle de Québec solidaire. Ce questionnement est d’autant plus pertinent que ce parti après avoir entretenu une certaine ambiguïté a pris récemment une position favorable à l’indépendance, qu’il attire de plus en plus d’électeurs et qu’il envisage de former une alliance avec le Parti québécois et Option nationale. Il est donc nécessaire de faire un examen attentif de son programme pour évaluer les particularités de son positionnement. Pour faire cette évaluation, il faut principalement se référer aux documents adoptés par les membres de ce parti et ne pas se fier aux déclarations de ses porte-parole qui peuvent être dictées par la conjoncture. Dans cette analyse, j’examinerai trois aspects de la question : le rapport de QS au Canada, le processus d’accession à l’indépendance et enfin les raisons de faire l’indépendance.

Lire la suite...

Forum Gaspésie 2017. Sortir des approches défensives

Conférence d’ouverture du Forum Gaspésie 2017 prononcée à Bonaventure le 18 mai 2017.

Je vous remercie de l’occasion que vous me donnez de partager avec vous quelques-unes des perspectives qui s’imposent à tous ceux et celles qui ont à cœur le sort de la Gaspésie. Et, croyez-moi, ce ne sont pas seulement des Gaspésiens et des Gaspésiennes, loin de là : je ne conçois pas l’avenir du Québec sans une Gaspésie prospère.

À cet égard, disons-le d’entrée de jeu : s’il reste beaucoup à faire, la région peut compter sur un très fort potentiel. Et je pèse mes mots. Les travaux que nous avons menés dans la région avec mes collaborateurs de l’Institut de recherche en économie contemporaine, les échanges que nous avons eus avec des passionnés, des entrepreneurs en tous genres, justifient cette conviction. Les difficultés ne doivent pas faire écran aux nombreux possibles qui restent ouverts. Des possibles qui peuvent se réaliser si l’on est en mesure de réunir les conditions de succès qui en feront non seulement des réalisations, mais aussi des sources d’inspiration. Il faut le redire, rien n’est plus utile à la construction du pays qu’une culture du succès.

Lire la suite...

Hochelaga fantasmé ou historique ?

Le 150e anniversaire de la Confédération canadienne et le 375e anniversaire de la fondation de Ville-Marie sont une occasion de se remémorer des faits, lieux et personnes qui ont façonné notre histoire. Les plaques et monuments sont une façon de le marquer de façon officielle dans l’espace public : ils suscitent l’intérêt des passants et des touristes. Mais ces plaques commémoratives disent-elles toujours la vérité ? On peut en douter quand on connaît l’existence de deux plaques commémoratives du voyage de Jacques Cartier à Hochelaga en 1535 : l’une se trouve au centre-ville sur le terrain de l’université McGill et l’autre sur la façade de l’église de la Visitation dans l’arrondissement Ahuntsic-Cartierville. 

Lire la suite...

Le démantèlement de la nation (chronique 15)

La période couverte s’étend du 21 février au 22 mai 2017.

Cela a fait 35 ans le 17 avril que le Québec vit sous l’empire d’une Constitution canadienne qui lui a été imposée. Aucun gouvernement québécois, y compris celui de Jean Charest, n’a accepté le coup de force perpétré en 1982. Or, le gouvernement de Philippe Couillard a refusé d’accepter un projet de motion réaffirmant que la loi constitutionnelle de 1982 « a eu pour effet de diminuer les pouvoirs et les droits du Québec sans son consentement » (14 avril). Il a même refusé que l’Assemblée nationale en débatte. Mais les faits parlent.

Lire la suite...

Un tribunal qui légifère et qui se mêle de politique

L’origine et la nature des compétences judiciaires de la Cour suprême – notre tribunal de dernière instance depuis 1949 – ont toujours été au Québec un sujet de questionnement, une source d’inquiétude, une cause d’irritation et de mécontentement.

Les révélations, faites par l’historien Frédéric Bastien, d’ingérence politique en haut lieu par deux de ses membres, lors du coup de force de 1982, nous ont forcés à nous pencher une fois encore sur la « légalité », la « légitimité », la « loyauté », et la « bonne foi » de cette institution dont la fonction officielle est pourtant de « sauvegarder » l’ordre constitutionnel, et non de le « renverser » par des manœuvres clandestines et illégales.

Lire la suite...

Collections numériques (1917-2013)

action couv 1933Bibliothèque et Archives nationales du Québec a numérisé tous les numéros de L'Action française et de L'Action nationale depuis 1917.

Vous pouvez utilisez cet outil de recherche qui vous permettra — si vous cliquez sur « préciser la rechercher » — de ne chercher que dans L'Action nationale ou dans L'Action française.