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Un numéro du centenaire aux nouveaux abonnés

Éditorial - De l’inconvénient d’avoir été une nation annexée

2018avril250Les malheurs du Bloc québécois font le bonheur et les moqueries des adversaires de l’indépendance. Ils font aussi la misère d’une large fraction des indépendantistes qui peinent à reconnaître dans le spectacle de l’implosion du caucus les motifs qui pourraient justifier de fournir matière à la mise en scène du meurtre sacrificiel de l’idée d’indépendance. Pulsion d’autodestruction, manque de discipline, conflits de personnalités et déficit de culture politique, toutes ces explications s’appliquent à l’une ou l’autre des facettes de ce conflit qui s’éternise. Mais aucune n’en éclaire le sens profond.

Du côté des indépendantistes, plusieurs analystes ont posé les termes de l’affrontement dans le choc des positions idéologiques entre nationalistes et indépendantistes. Défense et promotion des intérêts du Québec ne sont pourtant pas des thèmes qui s’opposent à la promotion de l’indépendance. Conduite au nom de l’intérêt national, toute action politique visant la défense des intérêts du Québec débouche nécessairement sur la promotion de l’indépendance. Il est vrai qu’une politique nationaliste pourrait ne pas déboucher sur l’indépendantisme. Mais une telle politique n’a de sens que si elle s’accompagne de la reconnaissance et du consentement au fait et au rapport politique qui en constitue le fondement : le statut de minoritaire et l’état de dépendance.

C’est le rappel de ce fait fondamental qui heurte. Ceux-là qui ne voient dans sa répétition qu’une incantation en faveur de l’indépendance ne comprennent pas que l’indépendantisme est un cadre d’analyse autant qu’un idéal politique. C’est un paradigme qui englobe les instruments conceptuels qui servent à faire la lecture de nos intérêts nationaux tout autant qu’il définit les moyens d’action pour, à la fois, déconstruire le régime dont nous voulons nous affranchir et faire voir et ouvrir les voies d’émancipation. En ce sens, toute action indépendantiste suppose nécessairement le recours à un principe de base de toute pédagogie : la répétition. Répéter non pas bêtement, mais reprendre dans des exemples sans cesse renouvelés la démonstration des lacunes du régime, des torts qu’il inflige, des entraves et limitations qu’il impose. C’est ce que ne comprennent pas – ou feignent de ne pas comprendre – ceux-là qui s’offusquent de voir apparaître la référence à l’indépendance dans tous les communiqués de presse, dans les « dossiers de comté » et toute autre forme d’intervention publique.

Pour trouver une solution immédiate à des dégâts qu’impose ici et maintenant le régime, il faut savoir s’emparer des armes qu’il utilise contre notre intérêt national. Les programmes des ministères, les budgets, les politiques d’achat, tous les choix du gouvernement en place font partie de l’arsenal. Il faut les retourner contre leurs usages en proposant des solutions qui répondent aussi bien aux besoins immédiats en faisant mieux comprendre que leur caractère restera toujours temporaire en plus d’échapper plus ou moins grandement au contrôle du Québec. C’est un travail exigeant qui nécessite une cohérence de tous les instants. Et qui oblige à toujours faire des liens entre les aspects d’un enjeu que le régime sépare. C’est un travail constant de déconstruction des catégories d’interprétation. Inutile d’ajouter que ses effets troublent la quiétude et le ronron de ceux-là qui s’imaginent passer à autre chose.

L’exemple éculé en est sans doute le fameux dossier des chantiers maritimes Davie : tout y est, la résistance de la marine, le refus de l’État canadian de placer des équipements stratégiques en territoire québécois, une politique industrielle qui n’en retient pas la priorité, une politique d’achat qui néglige systématiquement le Québec, etc. Et pourtant, les catégories du vieux discours paramétré dans la matrice des lamentations – la minimisation des pertes et la protestation molle pour réclamer le redressement différé des torts – sont toujours aussi prégnantes. Il faut quémander des emplois, garder profil bas pour ne pas indisposer le gouvernement qui pourrait peut-être changer d’idée si l’on se montre assez docile, penser aux miettes qui pourraient soulager les chômeurs…

Dans ce dossier comme dans les autres, les élus qué-can et leurs supporters sont tout entiers prisonniers des catégories du régime et il ne manque pas de pédants jacasseux pour discréditer toute lecture qui s’éloigne des poncifs autorisés. On comprend qu’il soit difficile de garder le cap à devoir affronter autant de vents contraires. Cela demande un travail d’équipe pour élaborer et partager une grille commune et une discipline de fer pour garder la cohérence d’intervention dans un contexte où toutes les forces adverses sont là pour la dissoudre. À l’évidence, cette cohérence fait défaut parmi les membres et dans le travail du caucus. Et ce n’est pas d’abord une affaire de personnalité et de relations interpersonnelles.

Promouvoir l’indépendance, c’est proposer une lecture de la condition politique. Et cette condition politique, dans notre cas, c’est de souffrir d’un statut en voie d’éclatement et d’être incapable de le dire. Nous avons longtemps souffert d’être une nation annexée, comme l’a si bien analysé Maurice Séguin. Nous avons une culture politique qui nous empêchait de nous penser dans l’exclusion radicale à laquelle nous condamne le régime. Pendant longtemps – et pour des raisons historiques fondées, mais devenues inoffensives –, nous avons pensé qu’il y avait toujours « un peu de nous autres » dans le Canada et ses institutions. Les élites qui trouvaient leur intérêt à gérer notre annexion n’ont ménagé aucun effort pour faire croire que la voie patiente nous donnerait justice et reconnaissance. De la théorie des deux nations jusqu’aux niaiseries de la rhétorique du « fruit pas encore mur » les sparages constitutionnels faisaient écran. Et le poids électoral des élus en provenance du Québec confortait le tout en donnant un vernis de légitimité à leur rhétorique.

Pendant que, de projets de réforme en profession de foi sur les progrès à petits pas, les fédéralistes québécois faisaient des ronds de boucane, le Canada réagissait fermement à la montée de la menace séparatiste. Au lendemain du référendum de 1995, il n’a pas seulement intensifié ses efforts, il a changé de registre. Il s’est équipé pour mobiliser toutes les ressources de l’État pour casser notre capacité de cohésion nationale : programme des commandites, modifications de la péréquation, invasion de tous les champs de compétence par le pouvoir de dépenser, Clarity Bill et autres lois intrusives. Ce faisant, le Canada n’a pas seulement mis les indépendantistes sur la défensive : il en a profité pour accélérer son intégration unitaire.

Pour l’essentiel, cette intégration est réussie. Les modalités de déploiement sont encore susceptibles d’évoluer, mais plus personne au Canada ne doute de la nécessité de renforcer le caractère de gouvernement « national » d’Ottawa. Les Québécois et l’ensemble des partis politiques derrière lesquels ils se rangent n’ont pas encore pris la mesure de ce qui s’est passé dans la riposte au référendum de 1995. C’est un véritable changement de paradigme qui s’est déployé, un paradigme qui repose désormais sur l’abandon de la gestion du Québec dans la logique de la nation annexée. De fait, le cadre d’analyse de Maurice Séguin ne s’applique plus parce qu’il s’est réalisé : Ottawa ne s’inquiète plus de s’efforcer de faire croire et de se comporter à l’endroit du Québec comme s’il cherchait à transiger avec une nation annexée. Il a liquidé la question du Québec. C’est désormais le statut de nation oblitérée qui charpente le paradigme canadian.

Le Québec ne compte pour rien dans la dynamique fédérale. Il est tenu pour acquis. C’est la grande avancée du référendum de 1995 qui a rendu cela possible. Les fédéralistes canadian du Québec sont désormais non seulement des inconditionnels du régime (à leurs yeux rien ne sera jamais assez grave justifier d’en sortir), mais des minoritaires consentants. Certes, ils utilisent encore des lambeaux de rhétorique nationaliste, mais aucun d’entre eux ne remet en question le rapport minoritaire comme seuil de rupture. Ils ont accepté le fait que le Québec n’est plus essentiel à la composition des majorités politiques. Même si des bonimenteurs se lamentent à l’occasion de la perte d’influence du caucus québécois dans le gouvernement au pouvoir, tout le monde s’entend pour composer avec le découpage de la carte électorale fédérale qui consacre définitivement la minorisation du Québec, sa relégation dans les niches électorales du clientélisme régional. Exit le french power, welcome le sikh influence…

Ce changement de paradigme les partis souverainistes ne l’ont pas intégré, si jamais même ils l’ont perçu. La recherche lancinante du nouvel argumentaire souverainiste a ceci de pénible qu’elle ne se tourne que sur la politique interne, c’est-à-dire provinciale. Les Québécois ne sont pas interpellés sur la base de leur statut réel dans le Canada. L’action et les débats politiques qui leur sont proposés ne font que les enfermer dans leur bourgade. Il ne s’agit pourtant pas de rêver le Québec, mais de le saisir dans sa condition et son statut réel. Collectivement, nous n’avons pas réalisé ce qui s’est joué dans la régression politique que nous ont value le renoncement à l’initiative et le repli dans le désordre depuis 1995. À cet égard, nous restons prisonniers de cadres de pensée et de réflexes politiques anachroniques, périmés. Nous vivons dans les vestiges d’un ancien arsenal. Toute la province s’interprète dans un registre révolu. Et ce n’est nulle part plus évident que dans la manière dont les babillages médiatiques ont mis en scène « l’agonie » du Bloc et son obsolescence politique. Tous nos débats restent marqués par les travers qu’avaient bien relevés Maurice Séguin et ses successeurs. Les traits qu’ils avaient pointés ont servi à façonner les approches velléitaires, la politique de conciliation, pour les uns, l’étapisme mollasson pour les autres et tout cela a servi à nouer les contradictions du souverainisme en berne dans un Québec oblitéré sans se l’avouer.

À bien des égards, le drame du Bloc et les déchirements qu’il révèle renvoient à quelque chose de plus fondamental qu’à un affrontement entre partisans d’une approche pragmatique des dossiers fédéraux et tenants d’un indépendantisme déclaratoire. La crise révèle que même les revendications timides et enveloppées que pourrait encore inspirer le paradigme de la nation annexée qui lutte de l’intérieur ne tiennent plus la route. Les remises en question et les bilans critiques que s’est interdit de faire le mouvement souverainiste depuis plus de vingt ans viennent de trouver leur point d’aboutissement. Cette crise ne sera féconde et productive que si les militants peuvent s’en servir pour faire comprendre et réaliser à l’ensemble du mouvement indépendantiste, et plus largement à la population du Québec, que notre sort est désormais joué dans le Canada.

Alors que les contorsions de la CAQ illustrent une fois de plus la persistance des mirages autonomistes et des atavismes bonententistes, le Bloc, avant tout le monde, aura vu son modèle d’action et son cadre d’analyse se fracasser sur le Canada réel, révélant du coup l’inadéquation de toute la classe politique provinciale, incapable, tous partis confondus, de penser l’action dans le rapport de minorisation consommé. Il n’y a plus d’espace entre la résignation et l’appel à la liberté. Nous avons épuisé les alibis que nous procurait notre état de nation annexée. Nous en subissons tous les inconvénients et n’avons pas encore compris que le Canada n’y voit plus ni nécessité ni avantage.

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Accès libéré - Mai 2017

Éditorial - La nécrose et les pilleurs d’héritage

2017mai250Il n’y a pas de limites. Aplaventrisme et démission devant Ottawa en matière de financement de la santé, soumission et renoncement à faire valoir ses prérogatives dans le dossier de la légalisation de la marijuana, consentement à se laisser tourner en ridicule dans le dossier de l’aide à Bombardier, résignation devant les décisions fédérales pour la nomination des juges. La liste ne cesse de s’allonger.

Et voilà que Philippe Couillard s’est transformé en marcheur protestataire à Dolbeau Mistassini pour supposément partager l’anxiété des populations que la crise forestière va frapper de plein fouet. Il a marché, certes, mais pour la protestation, il repassera. Il a déploré, le pauvre intendant. Il a déploré qu’aucun député libéral fédéral n’ait participé à la marche. Il a déploré et… il attend ! Il attend qu’Ottawa fasse un geste, qu’il annonce des mesures pour atténuer les effets de la déstabilisation planifiée de cette industrie mal en point.

Il attend !

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France : une élection de réalignement ?

Le premier tour des élections présidentielles françaises a révélé des changements majeurs dans les comportements électoraux. Plusieurs phénomènes inédits se sont produits : renoncement du président sortant à la candidature, surprises des primaires au Parti socialiste et au parti Les Républicains où les candidats attendus furent défaits, quatre candidats qui arrivent dans le peloton de tête avec des écarts inférieurs à la marge d’erreur dans les sondages, montée spectaculaire d’un candidat radical, Jean-Luc Mélenchon, de même que celle d’un candidat voué aux gémonies par les médias, Fillon, taux d’abstention plus élevé qu’en 2012 malgré l’intensité de la campagne. Ces phénomènes indiquent qu’on assiste à un déplacement des lignes de clivages politiques et à un réalignement des forces politiques. Il faut aussi remarquer que 45% de l’électorat a voté pour deux candidats sans parti : Mélenchon 19,5% et Macron 24% ce qui dénote une désaffection profonde envers les partis traditionnels.

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Libre-échange : retour sur une grande confusion langagière

Le verdict est impitoyable : une « révolte populiste » gronde en occident. Et ceux qui détiennent des positions hégémoniques dans l’espace public hésitent constamment entre s’en moquer, l’ignorer ou l’accuser d’accointances sataniques. Il est totalement impensable, pour les thuriféraires du système, de percevoir dans les « attentats électoraux » qui se succèdent des manifestations d’une colère qui soit, au fond, légitime. Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes, écrivait Bossuet. Il leur est impossible de seulement même envisager que le malaise populaire puisse être fondé. Il leur est impensable d’effleurer l’idée qu’il puisse y avoir des racines profondes dans cette expression, dans la non-violence, du désespoir. La classe politique et médiatique était entièrement fermée à réfléchir aux questions soulevées, comme si c’était justement incompatible avec le fait de démolir les mauvaises réponses des mouvements dits « populistes ». Et ils s’étonnent quand Donald Trump remporte la présidence…

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L’héritage musical du Québec dans L’Action nationale depuis 1966

En 2017, la revue indépendantiste L’Action nationale fête son centième anniversaire. On identifie rarement cette revue à la musique, et pourtant il est possible de retracer comment, selon elle, la musique contribue à l’identité québécoise. C’est ce que nous allons tenter pour les cinquante dernières années. Notre hypothèse est que les références à la musique dans L’Action nationale sont toujours mises en lien directement avec le patrimoine national du Québec. Nous vérifierons cette hypothèse pour trois périodes décisives de l’histoire récente : de 1966 au référendum de mai 1980, de juin 1980 à octobre 1995, moment de l’entre-deux référendums, et enfin depuis le second référendum. 

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Un grand compositeur québécois vient de nous quitter

 car maintenant/le vent n’est plus seul/à chanter sur le rivage du temps
– Alain Gagnon (poème non publié)

Le 26 mars dernier, à l’âge de 78 ans, le compositeur Alain Gagnon nous a quittés. Son décès n’a pas fait beaucoup de bruit. Cela n’est guère surprenant, car cet homme discret pratiquait un art qui ne suscite pas l’enthousiasme des foules. Il écrivait des œuvres musicales exigeantes et résolument contemporaines. Des œuvres s’inscrivant dans la grande tradition occidentale allant de Jean-Sébastien Bach à Arnold Schoenberg.

En plus de sa famille et de ses amis, sa mort laisse dans le deuil des gens qui, comme moi, le connaissaient d’abord par le contact avec ses œuvres. Contact, il faut ici le déplorer, qui aurait bien pu n’avoir jamais lieu tant ses conditions d’existence sont précaires et défavorisées par les environnements éducatif, socioculturel et médiatique dans lesquels nous baignons. Cette constatation mérite réflexion.

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Jean-Marc Léger (1927‑2011) Fin diplomate et indépendantiste radical

Très tôt, Jean-Marc Léger choisit son combat. Contre un État fédéral toujours plus centralisateur, il veut l’épanouissement de la nation canadienne-française puis québécoise. Il veut aussi limiter l’hégémonie mondiale de la culture anglo-américaine, qui tend, selon lui, à réduire au folklore les autres manières de concevoir et d’exprimer le monde. Le trésor à protéger et à promouvoir : la langue française. Et l’arme ? L’État. Léger veut un Québec indépendant ; il veut une organisation internationale d’États francophones forte.

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Collections numériques (1917-2013)

action couv 1933Bibliothèque et Archives nationales du Québec a numérisé tous les numéros de L'Action française et de L'Action nationale depuis 1917.

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