À chaud

Avec qui faudra-t-il recommencer ?

Il faudra donc attendre jusqu’au début de juin pour voir clair dans ce qui se joue en creux dans le récit médiatique de la crise qui secoue le Bloc québécois. D’ici là, les commentaires vont se distribuer dans un espace politicien radicalement dépolitisé par une mise en récit de la résignation. Comment diable peut-on tenir des mois à palabrer sur une fausse opposition, sur une pseudo-polémique qui oppose la promotion de l’indépendance à la défense des intérêts du Québec ? Comment ? Sinon qu’en refusant d’affirmer et de reconnaitre un argument de base du combat national : il faut sortir du Canada parce que chaque jour qui passe nous aspire dans des choix et orientations contraires à nos intérêts nationaux.

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Un numéro du centenaire aux nouveaux abonnés

Printemps 2012 - L'art contre les lamentations

2012printemps250On avait déjà vu les artistes faire une balade en autobus à Ottawa pour tenter de faire comprendre aux élus tout ce qu’il y a de pervers dans le projet de loi C-11 qui vise à « moderniser » la Loi sur le droit d’auteur. Un clip au journal télévisé, quelques rapides extraits d’entrevues avec quelques-unes des « vedettes préférées » et puis… Et puis le carrousel médiatique a continué de tourner, et la Chambre des communes a continué de rester étrangère à ce que nous sommes comme à ce qui nous concerne. Et puis, sous la signature de Gaston Bellemare, président de l’Association nationale des éditeurs de livres (ANEL), d’Aline Côté, présidente du comité du droit d’auteur et de Richard Prieur, directeur général, Le Devoir du samedi 10 mars publiait un texte d’une grande lassitude sur le droit d’auteur. « Il s’efface dans le confort et l’indifférence », déplorent-ils, ce droit d’auteur si crucial pour assurer l’intégrité des œuvres et la juste rémunération des créateurs.

C’est malheureux d’avoir à l’écrire, mais il se pourrait bien qu’ils aient raison. On en convient, le sujet est assez ardu, sa discussion terriblement technique et les pièges et périls que dresse le projet de loi ne sont pas toujours faciles à saisir pour les profanes. En gros, les enjeux tournent autour de l’impact des nouvelles technologies sur les conditions de diffusion des œuvres, sur la nécessité de produire de nouveaux outils réglementaires pour contrer le mésusage et s’assurer que les créateurs soient justement rémunérés. Sous prétexte de se soucier d’élargir l’accessibilité, le projet de loi procède en fait d’une philosophie de libéralisation qui ouvre toute grande la porte aux abus des marchands et diffuseurs qui pourront traiter les contenus comme une vulgaire matière première qui ne trouverait sa valeur que par les bons offices d’une intermédiation marchande sans entrave.

Le contenu important moins que le support et les canaux qui le diffusent, le droit d’auteur, dans ce projet de loi, non seulement se rétrécit, il est dénaturé par des artifices juridiques qui faciliteront les voies de contournement, en particulier pour les maisons d’enseignement. Il ne s’agit pas là d’avocasseries sans conséquence : des millions de dollars sont en jeu en ce qui concerne les revenus des créateurs. Pis encore, la nature même des œuvres est menacée, ne faisant d’elles qu’une vulgaire marchandise modelable et remodelable au gré des fantaisies marchandes susceptibles de rapporter.

On aurait pu s’attendre à ce que notre ministre de la culture monte au créneau pour mener la bataille. On aurait attendu d’elle qu’elle fasse le travail de sensibilisation et de pédagogie nécessaire pour que l’ensemble des citoyens saisisse bien ce que ce projet de loi aura de néfaste pour notre vie culturelle. Nous aurons eu droit à son habituelle molassonnerie et à une lettre que Le Devoir reproduit à la suite de celle des responsables de l’ANEL. Elle déplore, la dame. Elle plaide la reconnaissance de notre spécificité et se répand en lieux communs sur les bouts de précédents qui pourraient laisser attendre un peu de compréhension de la part d’Ottawa. Une misère. Une catastrophe que cette posture de quémandeuse.

Le projet de loi C-11 ne constitue qu’une pièce supplémentaire à la machinerie de broyage de notre identité et de réduction/normalisation de nos institutions. La voie canadian est mortifère pour notre dynamisme culturel. Ce projet de loi sera adopté, c’est certain. Nous sommes non seulement minorisés à jamais dans ce régime, nous y sommes quantité négligeable et les compromis qui pourraient éventuellement être arrachés, ne le seront jamais que parce qu’ils sont jugés acceptables et inoffensifs par une majorité que notre sort, au mieux, indiffère, au pire, agace et exaspère. Et ces compromis, si jamais ils sont faits, ne serviront qu’à brouiller encore davantage les perceptions de ce qui serait vraiment nécessaire pour qu’un arrangement institutionnel reflète adéquatement ce que nous sommes et voulons être.

Dans toute cette lamentable affaire, il y a aussi l’indolence de nos juristes à pointer du doigt. Le combat des créateurs aurait été mieux compris – et peut-être aurait-il mieux limité les dégâts – si le Barreau du Québec, les professeurs de droit et les avocats qui vivent dans l’orbite du monde de la culture et des communications avaient vraiment mené bataille. On aurait pu s’attendre à ce qu’ils contribuent à mieux faire saisir la portée de ce projet de loi et les préjudices qu’il portera non seulement aux créateurs, mais aussi aux institutions et conceptions juridiques qui devraient normalement servir notre intérêt national. La bataille du droit d’auteur aura donc souffert du même esprit velléitaire que celui qui prévaut dans le reste de notre vie collective. Ce n’est plus, trop souvent, que sur le mode de la lamentation lasse que s’exprime notre point de vue sur la politique de ce Canada à laquelle trop de Québécois portent une attention distraite et sur laquelle ils jettent un regard d’étrangers mal informés.

***

Il faudra bien un jour en revenir de tous ces consentements au rapetissement. Il faudra bien un jour s’arracher à ce statut de minoritaire à perpétuité. Et cela se fera parce que le travail de création l’exige. Rien d’authentique ne peut naître du reniement de soi. La mémoire, en art comme dans toutes les autres dimensions de la vie culturelle, remplit un rôle essentiel : c’est parce qu’elle peut être mise en procès – au double sens de l’expression – que peut s’inventer l’avenir qui n’est, somme toute, que la mise en œuvre du sens de ce qui nous a portés pour donner de la signification aux trajets que nous voulons inventer.

À la veille d’un printemps incertain, il n’y avait pas meilleur moyen de sortir de l’hiver morveux qui est encore le nôtre que de relire certains parcours de l’art et des artistes qui ont contribué à nous faire tels que nous pourrions encore nous dépasser. On trouvera donc dans ce numéro de quoi se nourrir de la vie et des œuvres de créateurs qui continuent d’élargir nos horizons. Et nous ne bouderons pas notre plaisir en vous offrant aussi quelques extraits du scénario inédit à paraître d’un grand cinéaste : Pierre Falardeau.

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Accès libéré - Mai 2017

Éditorial - La nécrose et les pilleurs d’héritage

2017mai250Il n’y a pas de limites. Aplaventrisme et démission devant Ottawa en matière de financement de la santé, soumission et renoncement à faire valoir ses prérogatives dans le dossier de la légalisation de la marijuana, consentement à se laisser tourner en ridicule dans le dossier de l’aide à Bombardier, résignation devant les décisions fédérales pour la nomination des juges. La liste ne cesse de s’allonger.

Et voilà que Philippe Couillard s’est transformé en marcheur protestataire à Dolbeau Mistassini pour supposément partager l’anxiété des populations que la crise forestière va frapper de plein fouet. Il a marché, certes, mais pour la protestation, il repassera. Il a déploré, le pauvre intendant. Il a déploré qu’aucun député libéral fédéral n’ait participé à la marche. Il a déploré et… il attend ! Il attend qu’Ottawa fasse un geste, qu’il annonce des mesures pour atténuer les effets de la déstabilisation planifiée de cette industrie mal en point.

Il attend !

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France : une élection de réalignement ?

Le premier tour des élections présidentielles françaises a révélé des changements majeurs dans les comportements électoraux. Plusieurs phénomènes inédits se sont produits : renoncement du président sortant à la candidature, surprises des primaires au Parti socialiste et au parti Les Républicains où les candidats attendus furent défaits, quatre candidats qui arrivent dans le peloton de tête avec des écarts inférieurs à la marge d’erreur dans les sondages, montée spectaculaire d’un candidat radical, Jean-Luc Mélenchon, de même que celle d’un candidat voué aux gémonies par les médias, Fillon, taux d’abstention plus élevé qu’en 2012 malgré l’intensité de la campagne. Ces phénomènes indiquent qu’on assiste à un déplacement des lignes de clivages politiques et à un réalignement des forces politiques. Il faut aussi remarquer que 45% de l’électorat a voté pour deux candidats sans parti : Mélenchon 19,5% et Macron 24% ce qui dénote une désaffection profonde envers les partis traditionnels.

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Libre-échange : retour sur une grande confusion langagière

Le verdict est impitoyable : une « révolte populiste » gronde en occident. Et ceux qui détiennent des positions hégémoniques dans l’espace public hésitent constamment entre s’en moquer, l’ignorer ou l’accuser d’accointances sataniques. Il est totalement impensable, pour les thuriféraires du système, de percevoir dans les « attentats électoraux » qui se succèdent des manifestations d’une colère qui soit, au fond, légitime. Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes, écrivait Bossuet. Il leur est impossible de seulement même envisager que le malaise populaire puisse être fondé. Il leur est impensable d’effleurer l’idée qu’il puisse y avoir des racines profondes dans cette expression, dans la non-violence, du désespoir. La classe politique et médiatique était entièrement fermée à réfléchir aux questions soulevées, comme si c’était justement incompatible avec le fait de démolir les mauvaises réponses des mouvements dits « populistes ». Et ils s’étonnent quand Donald Trump remporte la présidence…

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L’héritage musical du Québec dans L’Action nationale depuis 1966

En 2017, la revue indépendantiste L’Action nationale fête son centième anniversaire. On identifie rarement cette revue à la musique, et pourtant il est possible de retracer comment, selon elle, la musique contribue à l’identité québécoise. C’est ce que nous allons tenter pour les cinquante dernières années. Notre hypothèse est que les références à la musique dans L’Action nationale sont toujours mises en lien directement avec le patrimoine national du Québec. Nous vérifierons cette hypothèse pour trois périodes décisives de l’histoire récente : de 1966 au référendum de mai 1980, de juin 1980 à octobre 1995, moment de l’entre-deux référendums, et enfin depuis le second référendum. 

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Un grand compositeur québécois vient de nous quitter

 car maintenant/le vent n’est plus seul/à chanter sur le rivage du temps
– Alain Gagnon (poème non publié)

Le 26 mars dernier, à l’âge de 78 ans, le compositeur Alain Gagnon nous a quittés. Son décès n’a pas fait beaucoup de bruit. Cela n’est guère surprenant, car cet homme discret pratiquait un art qui ne suscite pas l’enthousiasme des foules. Il écrivait des œuvres musicales exigeantes et résolument contemporaines. Des œuvres s’inscrivant dans la grande tradition occidentale allant de Jean-Sébastien Bach à Arnold Schoenberg.

En plus de sa famille et de ses amis, sa mort laisse dans le deuil des gens qui, comme moi, le connaissaient d’abord par le contact avec ses œuvres. Contact, il faut ici le déplorer, qui aurait bien pu n’avoir jamais lieu tant ses conditions d’existence sont précaires et défavorisées par les environnements éducatif, socioculturel et médiatique dans lesquels nous baignons. Cette constatation mérite réflexion.

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Jean-Marc Léger (1927‑2011) Fin diplomate et indépendantiste radical

Très tôt, Jean-Marc Léger choisit son combat. Contre un État fédéral toujours plus centralisateur, il veut l’épanouissement de la nation canadienne-française puis québécoise. Il veut aussi limiter l’hégémonie mondiale de la culture anglo-américaine, qui tend, selon lui, à réduire au folklore les autres manières de concevoir et d’exprimer le monde. Le trésor à protéger et à promouvoir : la langue française. Et l’arme ? L’État. Léger veut un Québec indépendant ; il veut une organisation internationale d’États francophones forte.

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Collections numériques (1917-2013)

action couv 1933Bibliothèque et Archives nationales du Québec a numérisé tous les numéros de L'Action française et de L'Action nationale depuis 1917.

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