2017 18cahiers600

Un numéro du centenaire aux nouveaux abonnés

Été 2012 - De meilleurs liens entre la pensée et les possibles

2012ete250L’embâcle a cédé. On ne parvient pas encore à bien identifier tout ce que les eaux tumultueuses du fleuve Québec vont continuer de charrier. Le dégel subit aura fait paraître encore plus long, plus froid ce long silence d’une société congelée dans son doute. Il faut avoir l’esprit chagrin pour ne pas faire la part des choses : la crise n’aura pas eu que du bon, autrement cela ne porterait pas le nom de crise. Mais elle aura eu au moins un effet bénéfique insoupçonné en déclenchant le formidable procès de la médiocrité ambiante.

Car c’est d’abord d’elle dont il s’est agi : médiocrité libérale répugnante d’un gouvernement qui a voulu jouer au plus fin et qui s’est enlisé dans sa propre gangue. Médiocrité médiatique à peu près généralisée où les cohortes de bonimenteurs ont fini par faire réaliser jusqu’à quel point le métier d’analyste et de commentateur est devenu rare et mal toléré. Médiocrité spectaculaire d’une élite économique incapable de s’élever au-dessus des lieux communs de la littérature d’aéroport, déconnectée et méprisante, grise de son statut de parvenue. Médiocrité bling-bling de décideurs qui ne décident rien sinon que de nous servir des simulacres d’appels à la hauteur de vue. On a même pu entendre les corporate welfare bums s’inquiéter de l’image de Montréal polluée par son propre peuple dans la rue pendant que les ministres déjeunent avec les mafieux, pendant que les sociétés de génie se coincent dans la corruption avec indemnité de départ à la clé et PDG anglais pour faire bonne mesure.

Mais on ne dira jamais assez l’incommensurable médiocrité de l’engeance gestionnaire des universités qui s’est tenue dans son silence pour n’en sortir que pour mieux renier sa responsabilité vis-à-vis le devoir de soutenir la connaissance, la pensée et la culture savante. Les rares fois où ils sont intervenus, nos grands recteurs n’ont rien fait d’autre que jargonner comptable, clientèle et parts de marché. On ne les a pas vus défendre la qualité de la vie académique et la liberté de la recherche : ils n’en avaient que pour les indicateurs de performance, les moyennes canadiennes et la concurrence mondialisée. Médiocres encore et toujours, ils auront raté une fois de plus l’occasion de saisir l’essentiel de ce qui s’est mis en mouvement dans la culture savante dont ils devraient pourtant savoir qu’elle trouve à l’université l’essentiel de ses artisans. La résistance active à la puissance de l’argent recommence à faire bouger le monde universitaire.

Ce que la crise a lancé c’est le procès des manœuvres qui visent à réduire la culture savante à l’expertise utilitariste, à la subordonner à l’ordre marchand. Le procès de l’université bussiness est entré dans une nouvelle phase. Déjà plusieurs essais avaient paru pour faire réaliser aux citoyens du Québec qu’une dérive idéologique malsaine encourage les bureaucrates universitaires à dévoyer l’institution, à ruiner ses fondements, à la retourner contre la société qui compte sur elle et la finance. On trouvera dans la présente livraison des comptes-rendus d’ouvrages qui donnent à penser le lien entre la connaissance et les institutions qui doivent la soutenir. On y trouvera aussi dans l’ensemble du numéro un effort constant et partagé pour fouiller la pensée. La culture savante a besoin d’instances critiques autant qu’elle a besoin de s’incarner dans une référence culturelle capable de faire lien entre le particulier et l’universel.

La crise des derniers mois aura bien illustré le manque culturel où le Québec souffre. Une société, un peuple minoritaire de surcroît dans un continent où il reste une incongruité, ne peut se développer en se complaisant dans la réduction de la culture au divertissement. Il faut un espace public large pour la culture savante, il faut une large place pour elle dans la vie culturelle. Nous avons découvert a contrario, que les développements de l’entertainment bussiness n’avaient rien du développement culturel en réalisant jusqu’à quel point les espaces critiques avaient disparu de l’espace médiatique, en endurant les vedettes du prêt-à-penser nous livrer des capsules d’insignifiance.

Une reconquête s’impose pour faire une place renouvelée au vrai travail de la culture savante dans la vie et le débat publics. Il faut refaire des lieux pour la vie des livres, des lieux qui remettront en question les contenus, pas les chiffres de vente. Il faut faire une place au questionnement des œuvres d’art qui aille au-delà du spectacle-à-ne-pas manquer. Il faut refaire les ponts entre la culture et l’école, car c’est là d’abord que se joue la véritable accessibilité à l’éducation. Il faut en finir avec cet étrange paradoxe d’une culture québécoise extraordinairement bouillonnante et la très faible densité des réseaux de relais qui permettraient aux œuvres de pénétrer en profondeur le tissu social, d’irriguer pleinement nos foyers symboliques.

De toutes les alluvions charriées par le fleuve puissant de la volonté de vivre qui a fait sauter l’embâcle de la morose médiocrité, celles qui feront fleurir la vie de l’esprit devraient retenir notre plus vive attention. En incitant à persévérer pour que se tiennent vraiment des États généraux de l’université qui aillent au-delà des soucis de boutiquiers. En redoublant d’effort pour mieux faire rayonner la vie des livres et de la pensée. En continuant le combat culturel pour se donner de meilleurs lieux, de meilleurs moyens pour tisser de meilleurs liens entre la pensée et les possibles.

Sommaire du numéro

Tagged under: Cahiers,

Accès libéré - Mai 2017

Éditorial - La nécrose et les pilleurs d’héritage

2017mai250Il n’y a pas de limites. Aplaventrisme et démission devant Ottawa en matière de financement de la santé, soumission et renoncement à faire valoir ses prérogatives dans le dossier de la légalisation de la marijuana, consentement à se laisser tourner en ridicule dans le dossier de l’aide à Bombardier, résignation devant les décisions fédérales pour la nomination des juges. La liste ne cesse de s’allonger.

Et voilà que Philippe Couillard s’est transformé en marcheur protestataire à Dolbeau Mistassini pour supposément partager l’anxiété des populations que la crise forestière va frapper de plein fouet. Il a marché, certes, mais pour la protestation, il repassera. Il a déploré, le pauvre intendant. Il a déploré qu’aucun député libéral fédéral n’ait participé à la marche. Il a déploré et… il attend ! Il attend qu’Ottawa fasse un geste, qu’il annonce des mesures pour atténuer les effets de la déstabilisation planifiée de cette industrie mal en point.

Il attend !

Lire la suite...

France : une élection de réalignement ?

Le premier tour des élections présidentielles françaises a révélé des changements majeurs dans les comportements électoraux. Plusieurs phénomènes inédits se sont produits : renoncement du président sortant à la candidature, surprises des primaires au Parti socialiste et au parti Les Républicains où les candidats attendus furent défaits, quatre candidats qui arrivent dans le peloton de tête avec des écarts inférieurs à la marge d’erreur dans les sondages, montée spectaculaire d’un candidat radical, Jean-Luc Mélenchon, de même que celle d’un candidat voué aux gémonies par les médias, Fillon, taux d’abstention plus élevé qu’en 2012 malgré l’intensité de la campagne. Ces phénomènes indiquent qu’on assiste à un déplacement des lignes de clivages politiques et à un réalignement des forces politiques. Il faut aussi remarquer que 45% de l’électorat a voté pour deux candidats sans parti : Mélenchon 19,5% et Macron 24% ce qui dénote une désaffection profonde envers les partis traditionnels.

Lire la suite...

Libre-échange : retour sur une grande confusion langagière

Le verdict est impitoyable : une « révolte populiste » gronde en occident. Et ceux qui détiennent des positions hégémoniques dans l’espace public hésitent constamment entre s’en moquer, l’ignorer ou l’accuser d’accointances sataniques. Il est totalement impensable, pour les thuriféraires du système, de percevoir dans les « attentats électoraux » qui se succèdent des manifestations d’une colère qui soit, au fond, légitime. Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes, écrivait Bossuet. Il leur est impossible de seulement même envisager que le malaise populaire puisse être fondé. Il leur est impensable d’effleurer l’idée qu’il puisse y avoir des racines profondes dans cette expression, dans la non-violence, du désespoir. La classe politique et médiatique était entièrement fermée à réfléchir aux questions soulevées, comme si c’était justement incompatible avec le fait de démolir les mauvaises réponses des mouvements dits « populistes ». Et ils s’étonnent quand Donald Trump remporte la présidence…

Lire la suite...

L’héritage musical du Québec dans L’Action nationale depuis 1966

En 2017, la revue indépendantiste L’Action nationale fête son centième anniversaire. On identifie rarement cette revue à la musique, et pourtant il est possible de retracer comment, selon elle, la musique contribue à l’identité québécoise. C’est ce que nous allons tenter pour les cinquante dernières années. Notre hypothèse est que les références à la musique dans L’Action nationale sont toujours mises en lien directement avec le patrimoine national du Québec. Nous vérifierons cette hypothèse pour trois périodes décisives de l’histoire récente : de 1966 au référendum de mai 1980, de juin 1980 à octobre 1995, moment de l’entre-deux référendums, et enfin depuis le second référendum. 

Lire la suite...

Un grand compositeur québécois vient de nous quitter

 car maintenant/le vent n’est plus seul/à chanter sur le rivage du temps
– Alain Gagnon (poème non publié)

Le 26 mars dernier, à l’âge de 78 ans, le compositeur Alain Gagnon nous a quittés. Son décès n’a pas fait beaucoup de bruit. Cela n’est guère surprenant, car cet homme discret pratiquait un art qui ne suscite pas l’enthousiasme des foules. Il écrivait des œuvres musicales exigeantes et résolument contemporaines. Des œuvres s’inscrivant dans la grande tradition occidentale allant de Jean-Sébastien Bach à Arnold Schoenberg.

En plus de sa famille et de ses amis, sa mort laisse dans le deuil des gens qui, comme moi, le connaissaient d’abord par le contact avec ses œuvres. Contact, il faut ici le déplorer, qui aurait bien pu n’avoir jamais lieu tant ses conditions d’existence sont précaires et défavorisées par les environnements éducatif, socioculturel et médiatique dans lesquels nous baignons. Cette constatation mérite réflexion.

Lire la suite...

Jean-Marc Léger (1927‑2011) Fin diplomate et indépendantiste radical

Très tôt, Jean-Marc Léger choisit son combat. Contre un État fédéral toujours plus centralisateur, il veut l’épanouissement de la nation canadienne-française puis québécoise. Il veut aussi limiter l’hégémonie mondiale de la culture anglo-américaine, qui tend, selon lui, à réduire au folklore les autres manières de concevoir et d’exprimer le monde. Le trésor à protéger et à promouvoir : la langue française. Et l’arme ? L’État. Léger veut un Québec indépendant ; il veut une organisation internationale d’États francophones forte.

Lire la suite...

Collections numériques (1917-2013)

action couv 1933Bibliothèque et Archives nationales du Québec a numérisé tous les numéros de L'Action française et de L'Action nationale depuis 1917.

Vous pouvez utilisez cet outil de recherche qui vous permettra — si vous cliquez sur « préciser la rechercher » — de ne chercher que dans L'Action nationale ou dans L'Action française.