Automne 2011 - Trou de mémoire

2011automneTROUDEMEMOIRELes Québécois, c’est bien connu, ne s’intéressent guère au Canada, à sa vie culturelle aussi bien qu’à son imaginaire politique. C’est sans doute pour cela qu’ils ont aussi allègrement voté pour des pancartes orange. Et qu’ils continuent de vivre dans un univers pusillanime où la minimisation des pertes fournit les ressorts les plus puissants du consentement à la minorisation. Il y a deux nations dans le même État et l’une ignore l’autre pour n’avoir point à y reconnaître le visage de sa propre soumission pour l’une, pour travestir sa domination en hauteur morale pour l’autre. C’est un bien curieux attelage que cette patente canadian et pourtant, ça marche !

Et ça marche d’autant mieux que la censure fournit le lubrifiant qui atténue le bruit de tout ce qui pourrait grincher aux entournures. Mais l’ignorance n’a pas les mêmes effets dans les deux sociétés. Les Québécois ne sont ignorants, voire indifférents, à la culture canadian, que pour mieux plomber leur propre mémoire. C’est l’amnésie qui charpente le rapport politique tordu et l’oblitération culturelle qui soudent les Québécois dans l’impossibilité de se penser dans leur relation avec le Canada autrement que dans les termes de l’agitation politicienne.

La culture québécoise reste prisonnière d’une double contrainte qui l’enferme dans une impossibilité de se poser comme norme de sa propre nation tout en se revendiquant de sa différence. Le Qué-Can lui tient lieu d’horizon. Ce Qué-Can de la culture usurpée qui la fait rayonner dans le monde par les bons offices des ambassades canadian. Le Qué-Can de l’ambivalence et de l’ambiguïté dans sa propre maison où elle ne se pose que pour mieux nier ce qui l’oppose à l’anglosphère canadian et l’enferme dans la représentation dédoublée du bilinguisme de façade. Ce Qué-Can-là remplit une fonction bien précise : le refus de poser les rapports entre les deux nations dans l’ordre du conflit des légitimités.

Et pourtant, soit la culture est souveraine, soit elle est subordonnée. Soit un peuple est à lui-même sa référence, soit il se coule dans un incessant processus qui le déporte à la périphérie de lui-même. Hubert Aquin avait jadis bien situé les enjeux pour notre culture de la lutte contre ce Qué-Can et son amnésie constitutive. Il avait bien pointé les carences mémorielles dont il faut s’affranchir pour vivre libre et donner à notre culture la certitude ontologique sans laquelle aucune transmission n’est pleinement féconde. Il faut venir à bout du Trou de mémoire.

Guy Bouthillier et Édouard Cloutier viennent de faire paraître un livre (Trudeau et ses mesures de guerre) qui devrait inaugurer une ère nouvelle, celle de la fin de l’innocence. Qu’il est accablant ce livre ! On le verra dans l’entrevue que les auteurs accordent à notre collaborateur Michel Rioux, la relation Québec-Canada est malsaine à tous égards. L’esprit conquérant, les rationalisations d’occupants, la logique de la soumission traversent de part en part, les interprétations de la Crise d’octobre. La raison d’État canadian s’est imposée avec une force et une efficacité qui n’ont guère été saisies ni même pensées dans la représentation que les Québécois se sont faits de cette agression. Partout dans cette anthologie s’impose un terme et une référence : c’est une guerre que la Canada a livré non pas aux felquistes mais bien à la nation québécoise. Une guerre civile, menée avec le concours d’une cinquième colonne de Québécois/Canadian inconditionnels, mais surtout une guerre menée par l’État canadian avec tous les moyens et les buts d’une guerre psychologique.

La guerre ! La guerre ! Bouthillier et Cloutier la débusquent ici comme un impensé dans la culture québécoise contemporaine. Et c’est là une contribution majeure. Les textes réunis dans leur ouvrage montrent a contrario jusqu’à quel point les représentations que les Québécois se sont faites et se font encore de leur situation nationale sont pusillanimes. Ils se pensent encore dans le registre de la négociation, du dialogue difficile et de la persuasion alors qu’ils ont affaire à une raison d’État qui poursuit une guerre de conquête.

C’est pour avoir refoulé le travail critique et de mémoire sur cet épisode sombre que les Québécois resteront incapables de se penser dans les autres défaites qui en ont découlé. Incapables de se penser dans le conflit, les Québécois se sont enfermés dans le déni et notre culture reste singulièrement muette sur l’interrogation des grandes défaites des dernières décennies.

Il faut lire ce livre en l’inscrivant dans le registre culturel d’abord. Cette façon de revenir sur les conceptions et les analyses produites par des Canadians nous conduit à une véritable mise en abîme non seulement de la pensée politique québécoise contemporaine mais encore et surtout de la représentation de soi. Sans la pensée de la guerre psychologique déclenchée contre notre peuple, il est impossible de réfléchir correctement au devenir de la culture puisque c’est elle qui est la cible principale. Il devient impossible de saisir l’action culturelle d’Ottawa quand on refuse de penser que l’enjeu est celui de la « conquête des esprits ». Il reste impossible de saisir la dynamique du canadian nation building et de ses effets les plus pernicieux.

Dès lors qu’il est question de ramener les choses à l’essentiel, la réalité s’impose pourtant de manière aussi crue que limpide. Le Canada a toujours réagi aux gestes d’affirmation du Québec en les situant dans le registre de l’agression. Loi 101, référendums, tout cela a pourtant été bien décrit par les fiers-à-bras du programme des commandites : le Canada était en guerre et cela justifiait les moyens. Même Jean Pelletier, le sinistre personnage, s’en est ouvert lâchement dans ses mémoires posthumes. Le Canada se conduit comme une force d’occupation et les Québécois, à commencer pour leurs élites politiques, font tout pour ne pas le reconnaître. Ce déni agit comme un lubrifiant et c’est lui qui pervertit notre rapport au monde.

Penser Octobre 70, c’est penser le travail de la domination sur la pensée de la libération. C’est un ouvrage important que ce livre, un ouvrage sans doute inaugural. Il devrait marquer la fin des illusions. Le Québec ne gagnera son droit de vivre que de haute lutte. Et cette lutte, elle se mènera d’abord sur le front culturel, sur celui de la pensée capable de ruser avec la raison d’État qui vise la conquête des esprits. Il faudra cesser de considérer comme obscène la pensée que notre existence est trop inoffensive pour nous valoir le déploiement de l’hostilité. Nous ne sommes pas condamnés à vivre en mode mineur. 

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Un numéro du centenaire aux nouveaux abonnés

Accès libéré - Juin-Septembre 2017

Éditorial - Sans l’audace il n’arrivera jamais rien

2017juinseptembre250La politique va mal. Elle va mal partout et c’est parce que la démocratie va mal. Des mutations sociales et économiques profondes la travaillent. Des repères culturels basculent et rien de ce qui, hier, pouvait être tenu, sinon pour certain du moins pour une base commune, ne résiste plus au nihilisme marchand ou à la fureur sectaire. Partout les classes politiques vacillent, leur crédibilité fléchit au même rythme que leurs renoncements. Le décrochage civique mine la vie publique et pave la voie aux dérives sectaires. Le monde traverse une passe extrêmement dangereuse. Et notre statut de nation oblitérée fait l’effet d’un amplificateur de ces tendances de fond, accroissant cynisme et désabusement à l’endroit de la chose publique et de sa construction.

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Charte des valeurs : ne touchez pas à l’islam !

Au Québec, la charte des valeurs marque un point tournant dans l’histoire de la laïcité dont on n’a jamais véritablement pris la mesure, empêtrés que nous sommes dans la honte et la culpabilité. Encore aujourd’hui, bien que l’on ignore toujours tout des motivations réelles d’Alexandre Bissonnette concernant l’attentat à la mosquée de Québec, cet évènement tragique a ramené la charte dans l’actualité, alors qu’on continue bêtement de répéter que ce projet de loi stigmatisait les musulmans, particulièrement les femmes voilées, qu’il était raciste, xénophobe et islamophobe. 

Mais au-delà de ce bouquet d’insultes habituelles que l’on rencontre partout en Occident à chaque fois qu’un pays veut légiférer en matière de laïcité face à un islam militant, pro-voile et farouchement anti-laïque, le temps est venu de délaisser les invectives pour la réflexion et de préférer l’analyse à l’auto-flagellation.

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Québec solidaire et l’indépendance du Québec

De nombreux indépendantistes s’interrogent sur la position constitutionnelle de Québec solidaire. Ce questionnement est d’autant plus pertinent que ce parti après avoir entretenu une certaine ambiguïté a pris récemment une position favorable à l’indépendance, qu’il attire de plus en plus d’électeurs et qu’il envisage de former une alliance avec le Parti québécois et Option nationale. Il est donc nécessaire de faire un examen attentif de son programme pour évaluer les particularités de son positionnement. Pour faire cette évaluation, il faut principalement se référer aux documents adoptés par les membres de ce parti et ne pas se fier aux déclarations de ses porte-parole qui peuvent être dictées par la conjoncture. Dans cette analyse, j’examinerai trois aspects de la question : le rapport de QS au Canada, le processus d’accession à l’indépendance et enfin les raisons de faire l’indépendance.

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Forum Gaspésie 2017. Sortir des approches défensives

Conférence d’ouverture du Forum Gaspésie 2017 prononcée à Bonaventure le 18 mai 2017.

Je vous remercie de l’occasion que vous me donnez de partager avec vous quelques-unes des perspectives qui s’imposent à tous ceux et celles qui ont à cœur le sort de la Gaspésie. Et, croyez-moi, ce ne sont pas seulement des Gaspésiens et des Gaspésiennes, loin de là : je ne conçois pas l’avenir du Québec sans une Gaspésie prospère.

À cet égard, disons-le d’entrée de jeu : s’il reste beaucoup à faire, la région peut compter sur un très fort potentiel. Et je pèse mes mots. Les travaux que nous avons menés dans la région avec mes collaborateurs de l’Institut de recherche en économie contemporaine, les échanges que nous avons eus avec des passionnés, des entrepreneurs en tous genres, justifient cette conviction. Les difficultés ne doivent pas faire écran aux nombreux possibles qui restent ouverts. Des possibles qui peuvent se réaliser si l’on est en mesure de réunir les conditions de succès qui en feront non seulement des réalisations, mais aussi des sources d’inspiration. Il faut le redire, rien n’est plus utile à la construction du pays qu’une culture du succès.

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Hochelaga fantasmé ou historique ?

Le 150e anniversaire de la Confédération canadienne et le 375e anniversaire de la fondation de Ville-Marie sont une occasion de se remémorer des faits, lieux et personnes qui ont façonné notre histoire. Les plaques et monuments sont une façon de le marquer de façon officielle dans l’espace public : ils suscitent l’intérêt des passants et des touristes. Mais ces plaques commémoratives disent-elles toujours la vérité ? On peut en douter quand on connaît l’existence de deux plaques commémoratives du voyage de Jacques Cartier à Hochelaga en 1535 : l’une se trouve au centre-ville sur le terrain de l’université McGill et l’autre sur la façade de l’église de la Visitation dans l’arrondissement Ahuntsic-Cartierville. 

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Le démantèlement de la nation (chronique 15)

La période couverte s’étend du 21 février au 22 mai 2017.

Cela a fait 35 ans le 17 avril que le Québec vit sous l’empire d’une Constitution canadienne qui lui a été imposée. Aucun gouvernement québécois, y compris celui de Jean Charest, n’a accepté le coup de force perpétré en 1982. Or, le gouvernement de Philippe Couillard a refusé d’accepter un projet de motion réaffirmant que la loi constitutionnelle de 1982 « a eu pour effet de diminuer les pouvoirs et les droits du Québec sans son consentement » (14 avril). Il a même refusé que l’Assemblée nationale en débatte. Mais les faits parlent.

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Un tribunal qui légifère et qui se mêle de politique

L’origine et la nature des compétences judiciaires de la Cour suprême – notre tribunal de dernière instance depuis 1949 – ont toujours été au Québec un sujet de questionnement, une source d’inquiétude, une cause d’irritation et de mécontentement.

Les révélations, faites par l’historien Frédéric Bastien, d’ingérence politique en haut lieu par deux de ses membres, lors du coup de force de 1982, nous ont forcés à nous pencher une fois encore sur la « légalité », la « légitimité », la « loyauté », et la « bonne foi » de cette institution dont la fonction officielle est pourtant de « sauvegarder » l’ordre constitutionnel, et non de le « renverser » par des manœuvres clandestines et illégales.

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Collections numériques (1917-2013)

action couv 1933Bibliothèque et Archives nationales du Québec a numérisé tous les numéros de L'Action française et de L'Action nationale depuis 1917.

Vous pouvez utilisez cet outil de recherche qui vous permettra — si vous cliquez sur « préciser la rechercher » — de ne chercher que dans L'Action nationale ou dans L'Action française.