Articles de Septembre 2020

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L’idéologie intersectionnaliste et la question nationale

Michel Roche - avatar Michel Roche > Septembre 2020

L’aspiration à l’indépendance exprimée dans divers secteurs de la population ou partis politiques est perçue, chez une partie de la gauche, tantôt avec indifférence, tantôt avec méfiance ou hostilité ouverte. L’un des paradoxes de cette gauche réside dans l’étiquette d’« identitaire » qu’elle inflige sans nuances aux indépendantistes tout en valorisant les multiples identités minoritaires.

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La constitution du Québec et la monarchie

André Binette - avatar André Binette > Septembre 2020

Dans une décision qui est passée inaperçue au cours de la pandémie, la Cour suprême a refusé d’entendre l’appel d’un jugement de la Cour d’appel qui a confirmé la validité d’une loi fédérale de 2013 sur la monarchie. Cette loi avait été contestée par deux professeurs de l’Université Laval, Geneviève Motard et Patrick Taillon, pour le motif que les modifications aux règles de désignation du chef de l’État canadien étaient soumises à la Constitution canadienne et au consentement de tous les États membres de la fédération, comme en Australie. Le rejet de cette position par les tribunaux a des conséquences constitutionnelles majeures :

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Le confinement du français dans l’enseignement supérieur au Québec

Marc Chevrier - avatar Marc Chevrier > Cégeps 101

En cette période dite de « déconfinement » incertain, où l’apparent retour à la vie normale après plusieurs mois de réclusion abat une après l’autre les barrières érigées contre la pandémie de la COVID-19, subsiste une réalité, typique de ce coin d’Amérique, qui risque de rester longtemps confinée : la langue. Cette chère langue française, proclamée officielle depuis la loi 22 de Robert Bourassa adoptée en 1974, interminablement l’objet des soins et des corrections du législateur et des tribunaux. Mais pourquoi donc, après tous les débats que la protection de cette langue a suscités au Québec, serait-elle « confinée » ? C’est que, lorsqu’on regarde le traitement que le législateur québécois lui réserve, il est bavard pour certaines choses, et soudainement muet pour d’autres, au point qu’elle devient invisible, comme ces enfants illégitimes que l’on cachait jadis dans les familles et dont on taisait l’existence par toutes sortes de simagrées et des soupirs profonds.

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Le Big Brother canadien : rapport Yale sur l’avenir des communications au Canada

Denis Monière - avatar Denis Monière > Septembre 2020

Le 29 janvier 2020, un groupe d’experts nommés en juin 2018 remettait aux ministres de l’Innovation et du Patrimoine du Canada, Navdeep Bains et Steven Gilbeault, un rapport visant à affirmer la souveraineté canadienne en matière de technologies numériques et à moderniser les lois régissant le secteur des communications au Canada. Avec la pandémie qui s’est imposée à l’ordre du jour dans les semaines qui ont suivi, ce rapport est passé sous le radar et n’a pas soulevé de débats. Il risque toutefois d’être lourd de conséquences puisqu’il touche un secteur névralgique pour le développement économique et culturel du Québec.

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La question corse entre autonomie et indépendance

Thierry Dominici - avatar Thierry Dominici > Septembre 2020

La Corse, île du Mare Nostrum de moins de 9000 km2 et d’environ 360 000 habitants, a adhéré très tôt à l’esprit de la République française (le 30 novembre 1789). Pourtant, pour la majorité des Français continentaux, l’île de Beauté est un territoire où règne l’anarchie sociale, la gabegie, la vendetta et le non-droit, le clientélisme, le banditisme et les violences des indépendantistes, auxquels vient se mêler paradoxalement en surimpression le tableau d’une région à la nature préservée, paradis du vacancier en quête de repos et d’authenticité. Influencée par ces images tirées de la littérature du XIXe siècle, une grande majorité de l’opinion nationale imagine l’ensemble des insulaires (originaires et habitants de l’île) comme étant une communauté fière et fruste aux mœurs souvent belliqueuses et archaïques. Étrange perception des insulaires, alors que ce n’est qu’à partir des années 1970 que l’idée qu’il existe une « question corse » dans l’ensemble national français a été popularisée et politisée...

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Liberté. 60 ans de luttes et d’idées

Alexis Tétreault - avatar Alexis Tétreault > Comptes rendus de Septembre 2020

Liberté60 ans de luttes et d’idées. La déroute des hérosMontréal, no 326 (hiver 2020) Pour qu’adviennent un raisonnement aiguisé et une pensée bien structurée, nous dit Alain Finkielkraut, il faut arriver à penser contre soi-même. C’est, on imagine, avec cette intention que les collaborateurs de la revue Liberté ont abordé leur dernier opus qu’ils ont nommé « 60 ans de luttes et d’idées. La déroute des héros ». Il s’agit de revisiter l’héritage de la revue et, plus généralement, l’histoire du Québec dans une perspective critique. Or, que ce soit contre soi-même, pour soi-même ou encore avec soi-même, il appert que la réflexion-tout-court n’est pas dans l’habitude desdits collaborateurs. Se penchant sur l’histoire du Québec, ils ne la méditent pas. Ils crachent leur mépris postmoderne suintant d’ingratitude sur cette histoire qu’ils ne connaissent que partiellement.

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Marc Chevrier. L’empire en marche

Nicolas Bourdon - avatar Nicolas Bourdon > Comptes rendus de Septembre 2020

Marc ChevrierL’empire en marche. Des peuples sans qualités de Vienne à OttawaQuébec, Les Presses de l’Université Laval, 2019, 648 pages Le politicologue et essayiste Marc Chevrier a fait paraître en novembre 2019 aux PUL, en coédition avec Hermann à Paris, L’empire en marche, des peuples sans qualités de Vienne à Ottawa, un ouvrage magistral dans lequel il jette un regard nouveau et corrosif sur nombre de fédérations dont le Canada. Selon lui, l’empire n’est pas mort, il a simplement changé de nom. Alors que beaucoup considèrent le Canada comme une fédération et, qui plus est, une fédération exemplaire qui prend soin de ses minorités, Chevrier estime au contraire qu’il est un empire.

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Distanciation nationale

Philippe Lorange - avatar Philippe Lorange > Septembre 2020

Les Québécois forment un drôle de peuple. À plusieurs reprises, on nous a dépeints comme étant habités de désirs contradictoires, et d’une incapacité à trancher. Nous voulons un Québec libre dans un Canada uni, comme disait l’autre. Ce trait d’ambiguïté révèle peut-être une forme d’immaturité collective et le signe d’une conscience nationale détournée, mais toujours tapie au fond de notre être. Notre intuition la plus haute, dans des moments fugitifs, sait ramener nos aspirations fondamentales à la conscience dans les temps d’adversité. La crise du coronavirus montre comment notre peuple est capable du meilleur comme du pire, mais aussi que son destin national n’est pas encore résolu. Entre le ti-counisme des ruées vers le papier hygiénique et la générosité spontanée des milliers de C.V. au réseau de la santé et de la mobilisation pour les des dons de sang, on dirait que le Québécois ne connaît pas de juste milieu.

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Pierre Mouterde. Les impasses de la rectitude politique

David Santarossa - avatar David Santarossa > Comptes rendus de Septembre 2020

Pierre MouterdeLes impasses de la rectitude politiqueVaria, 2019, 167 pages Plusieurs essais de 2019 ont porté sur la rectitude politique. L’empire du politiquement correct de Mathieu Bock-Côté critiquait à partir d’un point de vue conservateur ce mécanisme qui distingue avant toute discussion démocratique les idées acceptables de ceux qui ne le sont pas. De l’autre côté du spectre politique, Judith Lussier dans On peut plus rien dire, évoquait que le nouveau vocabulaire propre à la gauche, loin de censurer les débats, permettait plutôt une mise à jour des combats pour l’égalité de toutes les minorités. On attendait donc un essai venant de la gauche qui se ferait critique de ce phénomène. C’est vers la fin 2019 qu’est arrivé sur les tablettes Les impasses de la rectitude politique de Pierre Mouterde. Dans cet essai, l’auteur défend l’idée selon laquelle la gauche doit reprendre à son compte la critique de la rectitude politique, car il observe que dans l’espace...

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Prévisions des effectifs au collégial. Un modèle trompeur

Frédéric Lacroix - avatar Frédéric Lacroix > Cégeps 101

Le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEES) utilise un modèle de prévision des effectifs au collégial pour guider le développement futur du réseau. Ce modèle, qui ne tient pas compte de la dynamique linguistique qui se déploie actuellement au Québec et à Montréal en particulier, minimise le développement futur et la place grandissante qu’occupent et qu’occuperont les cégeps anglais au Québec.

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2011automneTROUDEMEMOIRELes Québécois, c’est bien connu, ne s’intéressent guère au Canada, à sa vie culturelle aussi bien qu’à son imaginaire politique. C’est sans doute pour cela qu’ils ont aussi allègrement voté pour des pancartes orange. Et qu’ils continuent de vivre dans un univers pusillanime où la minimisation des pertes fournit les ressorts les plus puissants du consentement à la minorisation. Il y a deux nations dans le même État et l’une ignore l’autre pour n’avoir point à y reconnaître le visage de sa propre soumission pour l’une, pour travestir sa domination en hauteur morale pour l’autre. C’est un bien curieux attelage que cette patente canadian et pourtant, ça marche !

Et ça marche d’autant mieux que la censure fournit le lubrifiant qui atténue le bruit de tout ce qui pourrait grincher aux entournures. Mais l’ignorance n’a pas les mêmes effets dans les deux sociétés. Les Québécois ne sont ignorants, voire indifférents, à la culture canadian, que pour mieux plomber leur propre mémoire. C’est l’amnésie qui charpente le rapport politique tordu et l’oblitération culturelle qui soudent les Québécois dans l’impossibilité de se penser dans leur relation avec le Canada autrement que dans les termes de l’agitation politicienne.

La culture québécoise reste prisonnière d’une double contrainte qui l’enferme dans une impossibilité de se poser comme norme de sa propre nation tout en se revendiquant de sa différence. Le Qué-Can lui tient lieu d’horizon. Ce Qué-Can de la culture usurpée qui la fait rayonner dans le monde par les bons offices des ambassades canadian. Le Qué-Can de l’ambivalence et de l’ambiguïté dans sa propre maison où elle ne se pose que pour mieux nier ce qui l’oppose à l’anglosphère canadian et l’enferme dans la représentation dédoublée du bilinguisme de façade. Ce Qué-Can-là remplit une fonction bien précise : le refus de poser les rapports entre les deux nations dans l’ordre du conflit des légitimités.

Et pourtant, soit la culture est souveraine, soit elle est subordonnée. Soit un peuple est à lui-même sa référence, soit il se coule dans un incessant processus qui le déporte à la périphérie de lui-même. Hubert Aquin avait jadis bien situé les enjeux pour notre culture de la lutte contre ce Qué-Can et son amnésie constitutive. Il avait bien pointé les carences mémorielles dont il faut s’affranchir pour vivre libre et donner à notre culture la certitude ontologique sans laquelle aucune transmission n’est pleinement féconde. Il faut venir à bout du Trou de mémoire.

Guy Bouthillier et Édouard Cloutier viennent de faire paraître un livre (Trudeau et ses mesures de guerre) qui devrait inaugurer une ère nouvelle, celle de la fin de l’innocence. Qu’il est accablant ce livre ! On le verra dans l’entrevue que les auteurs accordent à notre collaborateur Michel Rioux, la relation Québec-Canada est malsaine à tous égards. L’esprit conquérant, les rationalisations d’occupants, la logique de la soumission traversent de part en part, les interprétations de la Crise d’octobre. La raison d’État canadian s’est imposée avec une force et une efficacité qui n’ont guère été saisies ni même pensées dans la représentation que les Québécois se sont faits de cette agression. Partout dans cette anthologie s’impose un terme et une référence : c’est une guerre que la Canada a livré non pas aux felquistes mais bien à la nation québécoise. Une guerre civile, menée avec le concours d’une cinquième colonne de Québécois/Canadian inconditionnels, mais surtout une guerre menée par l’État canadian avec tous les moyens et les buts d’une guerre psychologique.

La guerre ! La guerre ! Bouthillier et Cloutier la débusquent ici comme un impensé dans la culture québécoise contemporaine. Et c’est là une contribution majeure. Les textes réunis dans leur ouvrage montrent a contrario jusqu’à quel point les représentations que les Québécois se sont faites et se font encore de leur situation nationale sont pusillanimes. Ils se pensent encore dans le registre de la négociation, du dialogue difficile et de la persuasion alors qu’ils ont affaire à une raison d’État qui poursuit une guerre de conquête.

C’est pour avoir refoulé le travail critique et de mémoire sur cet épisode sombre que les Québécois resteront incapables de se penser dans les autres défaites qui en ont découlé. Incapables de se penser dans le conflit, les Québécois se sont enfermés dans le déni et notre culture reste singulièrement muette sur l’interrogation des grandes défaites des dernières décennies.

Il faut lire ce livre en l’inscrivant dans le registre culturel d’abord. Cette façon de revenir sur les conceptions et les analyses produites par des Canadians nous conduit à une véritable mise en abîme non seulement de la pensée politique québécoise contemporaine mais encore et surtout de la représentation de soi. Sans la pensée de la guerre psychologique déclenchée contre notre peuple, il est impossible de réfléchir correctement au devenir de la culture puisque c’est elle qui est la cible principale. Il devient impossible de saisir l’action culturelle d’Ottawa quand on refuse de penser que l’enjeu est celui de la « conquête des esprits ». Il reste impossible de saisir la dynamique du canadian nation building et de ses effets les plus pernicieux.

Dès lors qu’il est question de ramener les choses à l’essentiel, la réalité s’impose pourtant de manière aussi crue que limpide. Le Canada a toujours réagi aux gestes d’affirmation du Québec en les situant dans le registre de l’agression. Loi 101, référendums, tout cela a pourtant été bien décrit par les fiers-à-bras du programme des commandites : le Canada était en guerre et cela justifiait les moyens. Même Jean Pelletier, le sinistre personnage, s’en est ouvert lâchement dans ses mémoires posthumes. Le Canada se conduit comme une force d’occupation et les Québécois, à commencer par leurs élites politiques, font tout pour ne pas le reconnaître. Ce déni agit comme un lubrifiant et c’est lui qui pervertit notre rapport au monde.

Penser Octobre 70, c’est penser le travail de la domination sur la pensée de la libération. C’est un ouvrage important que ce livre, un ouvrage sans doute inaugural. Il devrait marquer la fin des illusions. Le Québec ne gagnera son droit de vivre que de haute lutte. Et cette lutte, elle se mènera d’abord sur le front culturel, sur celui de la pensée capable de ruser avec la raison d’État qui vise la conquête des esprits. Il faudra cesser de considérer comme obscène la pensée que notre existence est trop inoffensive pour nous valoir le déploiement de l’hostilité. Nous ne sommes pas condamnés à vivre en mode mineur. 

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Mémoires 2019