Automne 2013 - Pour une stratégie nationale

2013automne250Les Cahiers grandissent ! Nos abonnés et lecteurs familiers s’en rendront compte immédiatement, quelque chose a changé. La sensation générale d’abord : le papier est légèrement plus fin, ce qui donne une souplesse plus grande et facilite la manipulation ; le nombre de pages, ensuite, qui passe à quarante. C’est avec une grande fierté que nous procédons à ces améliorations. Le pari de durer est relevé. Les Cahiers sont non seulement bien établis, mais la réaction qu’ils suscitent, les collaborations dont ils bénéficient et le soutien grandissant que leur accordent les commanditaires laissent entrevoir des jours encore meilleurs pour tous les projets que nourrit l’équipe éditoriale.

Les débats qui ont entouré la commission parlementaire sur le prix unique auront au moins permis de faire un constat : l’industrie du livre est fort dynamique et même si des inquiétudes majeures sont justifiées quant à l’avenir de la librairie indépendante, il faut reconnaître que l’horizon n’est pas bouché. L’offre est abondante et diversifiée, d’une fort bonne tenue également. Les ventes ont faibli – un recul de 4 % est un signal sérieux –, mais un redressement est encore possible. Certes, il y a encore trop de lacunes du côté des habitudes de lecture, trop peu de place accordée à la lecture dans le développement des aptitudes de base et des habitudes de travail des étudiants, trop peu d’attention aux livres québécois dans l’univers médiatique et dans le débat public, mais il faut reconnaître et miser sur le dynamisme de l’édition, sur la très grande diversité de la production et sur une qualité globalement fort appréciable de la programmation. Il faut espérer une loi courageuse et imaginative. Mais il faut aussi savoir mesurer ce qu’on peut attendre d’une loi. Elle peut certes être utile pour encadrer la dimension marchande et discipliner les industriels. Pour ce qui est du changement des mentalités, là où se trouve l’essentiel du travail à accomplir pour donner à la lecture et au livre la place qu’ils devraient occuper dans le développement culturel, il faut savoir insuffler un volontarisme plus affirmé.

Un plan lecture audacieux est requis. Il faut des mesures qui sauront dans tous les milieux favoriser et encourager la lecture, en faire un élément essentiel de la participation à la vie civique aussi bien qu’au développement personnel et à la formation professionnelle. Pour y arriver, il faut, entre autres, un effort majeur du côté de la visibilité et de la connaissance de l’actualité du livre et de la lecture. Et cela passe – à peu près personne n’y a fait allusion lors des consultations – par la valorisation des revues, ces laboratoires de la pensée qui se fait, ces bancs d’essai de la réflexion critique et de l’imagination créatrice.

Les revues, pourtant d’un dynamisme impressionnant, sont les parents pauvres de l’édition québécoise. En dépit des efforts louables de la Société de développement des périodiques culturels, elles évoluent dans un univers littéralement confidentiel. Tous leurs artisans le diront : avec les moyens qui sont les leurs, dans le contexte où elles évoluent, elles sont toutes condamnées à recruter un à un leurs lecteurs. C’est toujours un peu le cas en matière de développement des publics. Mais sans une masse critique offerte par un soutien institutionnel approprié la tâche devient littéralement herculéenne. Leurs budgets de promotion sont indigents, la place que leur accordent les librairies est généralement insignifiante, elles sont systématiquement ignorées des grands médias et des commentateurs. Il faut néanmoins saluer l’initiative du Devoir qui chaque mardi leur accorde une demi-page, mais le geste n’en fait que davantage ressortir la marginalité dans laquelle ailleurs elles sont tenues.

Les Cahiers de lecture, comme les autres, élargissent leur lectorat en multipliant les efforts dans les réseaux de leurs collaborateurs, comptant sur le bouche-à-oreille et la complicité bienveillante des auteurs et, de plus en plus, des éditeurs. C’est un chemin tortueux, mais nous avançons. Grâce au dynamisme de l’édition, grâce à la passion de nos collaborateurs. Nous pourrions aller beaucoup plus vite et nous développer autrement mieux si nous pouvions compter sur des interventions institutionnelles structurantes. Il est désormais temps de modifier le type de soutien aux périodiques.

Les mesures d’aide publique jusqu’ici déployées ont surtout porté sur ce que dans le jargon des économistes on appelle le soutien de l’offre. L’aide à l’édition, la subvention pour les frais de fonctionnement, la subvention au tarif postal ont certes leur utilité, mais leur efficacité est limitée. Il faut désormais faire porter les efforts du côté de la structuration de la demande. Le ministre de la Culture doit ouvrir ce modeste chantier qui, pourtant, pourrait faire une grande différence. Un plan lecture audacieux devrait comprendre les mesures requises pour que toutes les bibliothèques publiques du Québec soient abonnées à l’ensemble des revues membres de la Société de développement des périodiques culturels.

Un tel abonnement offrirait une masse critique qui modifierait substantiellement les conditions économiques des revues en plus de leur offrir une formidable vitrine. Sauf erreur, actuellement, aucune revue québécoise ne bénéficie du soutien de toutes les bibliothèques publiques. L’abonnement reste assez aléatoire – sinon même marginal – alors que les bibliothèques devraient avoir pour mission de rendre visible et accessible la production nationale. Ce n’est pas une affaire de chauvinisme, mais bien de transmission culturelle, de construction de la culture nationale. Pour élargir les publics, il faut mettre les institutions à contribution. C’est aussi une question de cohérence dans l’utilisation des fonds publics : subventionner des revues sans prendre les moyens de les rendre accessibles n’est pas la meilleure manière de gérer les fonds. Sur le plan strictement culturel, cela tient de l’automutilation, condamner les revues à des tirages confidentiels, c’est renoncer à tirer tout le profit du dynamisme créatif, c’est se condamner à vivre en état de sous-oxygénation permanente. Personne n’a les moyens d’un tel gaspillage.

Le ministère des Relations internationales, de la Francophonie et du Commerce extérieur pourrait également participer en abonnant l’ensemble des délégations du Québec au catalogue complet des périodiques de la SODEP. Le rayonnement culturel en serait enrichi. Il est inexplicable que le travail des revues reste cantonné dans les limites de la province ou à la merci des hasards et des complicités informelles des réseaux dans lesquels elles s’insèrent. Le ministre Pierre Duchesne pourrait aussi contribuer à ce plan en offrant à tous les centres d’études québécoises membres de l’Association internationale des études québécoises le même ensemble d’abonnements. Les revues fournissent un panorama extraordinaire de la vitalité intellectuelle du Québec, elles offrent une perspective remarquable sur tous les domaines de la culture québécoise dont elles permettent de suivre en temps réel, pour ainsi dire, le bouillonnement.

Présence institutionnelle forte et rayonnement externe sont intimement liés. Le Québec doit cesser de considérer le travail d’exploration culturelle de ses revues comme une affaire domestique livrée aux seules forces de leurs artisans.

Robert Laplante

Directeur

 

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Un numéro du centenaire aux nouveaux abonnés

Accès libéré - Juin-Septembre 2017

Éditorial - Sans l’audace il n’arrivera jamais rien

2017juinseptembre250La politique va mal. Elle va mal partout et c’est parce que la démocratie va mal. Des mutations sociales et économiques profondes la travaillent. Des repères culturels basculent et rien de ce qui, hier, pouvait être tenu, sinon pour certain du moins pour une base commune, ne résiste plus au nihilisme marchand ou à la fureur sectaire. Partout les classes politiques vacillent, leur crédibilité fléchit au même rythme que leurs renoncements. Le décrochage civique mine la vie publique et pave la voie aux dérives sectaires. Le monde traverse une passe extrêmement dangereuse. Et notre statut de nation oblitérée fait l’effet d’un amplificateur de ces tendances de fond, accroissant cynisme et désabusement à l’endroit de la chose publique et de sa construction.

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Charte des valeurs : ne touchez pas à l’islam !

Au Québec, la charte des valeurs marque un point tournant dans l’histoire de la laïcité dont on n’a jamais véritablement pris la mesure, empêtrés que nous sommes dans la honte et la culpabilité. Encore aujourd’hui, bien que l’on ignore toujours tout des motivations réelles d’Alexandre Bissonnette concernant l’attentat à la mosquée de Québec, cet évènement tragique a ramené la charte dans l’actualité, alors qu’on continue bêtement de répéter que ce projet de loi stigmatisait les musulmans, particulièrement les femmes voilées, qu’il était raciste, xénophobe et islamophobe. 

Mais au-delà de ce bouquet d’insultes habituelles que l’on rencontre partout en Occident à chaque fois qu’un pays veut légiférer en matière de laïcité face à un islam militant, pro-voile et farouchement anti-laïque, le temps est venu de délaisser les invectives pour la réflexion et de préférer l’analyse à l’auto-flagellation.

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Québec solidaire et l’indépendance du Québec

De nombreux indépendantistes s’interrogent sur la position constitutionnelle de Québec solidaire. Ce questionnement est d’autant plus pertinent que ce parti après avoir entretenu une certaine ambiguïté a pris récemment une position favorable à l’indépendance, qu’il attire de plus en plus d’électeurs et qu’il envisage de former une alliance avec le Parti québécois et Option nationale. Il est donc nécessaire de faire un examen attentif de son programme pour évaluer les particularités de son positionnement. Pour faire cette évaluation, il faut principalement se référer aux documents adoptés par les membres de ce parti et ne pas se fier aux déclarations de ses porte-parole qui peuvent être dictées par la conjoncture. Dans cette analyse, j’examinerai trois aspects de la question : le rapport de QS au Canada, le processus d’accession à l’indépendance et enfin les raisons de faire l’indépendance.

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Forum Gaspésie 2017. Sortir des approches défensives

Conférence d’ouverture du Forum Gaspésie 2017 prononcée à Bonaventure le 18 mai 2017.

Je vous remercie de l’occasion que vous me donnez de partager avec vous quelques-unes des perspectives qui s’imposent à tous ceux et celles qui ont à cœur le sort de la Gaspésie. Et, croyez-moi, ce ne sont pas seulement des Gaspésiens et des Gaspésiennes, loin de là : je ne conçois pas l’avenir du Québec sans une Gaspésie prospère.

À cet égard, disons-le d’entrée de jeu : s’il reste beaucoup à faire, la région peut compter sur un très fort potentiel. Et je pèse mes mots. Les travaux que nous avons menés dans la région avec mes collaborateurs de l’Institut de recherche en économie contemporaine, les échanges que nous avons eus avec des passionnés, des entrepreneurs en tous genres, justifient cette conviction. Les difficultés ne doivent pas faire écran aux nombreux possibles qui restent ouverts. Des possibles qui peuvent se réaliser si l’on est en mesure de réunir les conditions de succès qui en feront non seulement des réalisations, mais aussi des sources d’inspiration. Il faut le redire, rien n’est plus utile à la construction du pays qu’une culture du succès.

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Hochelaga fantasmé ou historique ?

Le 150e anniversaire de la Confédération canadienne et le 375e anniversaire de la fondation de Ville-Marie sont une occasion de se remémorer des faits, lieux et personnes qui ont façonné notre histoire. Les plaques et monuments sont une façon de le marquer de façon officielle dans l’espace public : ils suscitent l’intérêt des passants et des touristes. Mais ces plaques commémoratives disent-elles toujours la vérité ? On peut en douter quand on connaît l’existence de deux plaques commémoratives du voyage de Jacques Cartier à Hochelaga en 1535 : l’une se trouve au centre-ville sur le terrain de l’université McGill et l’autre sur la façade de l’église de la Visitation dans l’arrondissement Ahuntsic-Cartierville. 

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Le démantèlement de la nation (chronique 15)

La période couverte s’étend du 21 février au 22 mai 2017.

Cela a fait 35 ans le 17 avril que le Québec vit sous l’empire d’une Constitution canadienne qui lui a été imposée. Aucun gouvernement québécois, y compris celui de Jean Charest, n’a accepté le coup de force perpétré en 1982. Or, le gouvernement de Philippe Couillard a refusé d’accepter un projet de motion réaffirmant que la loi constitutionnelle de 1982 « a eu pour effet de diminuer les pouvoirs et les droits du Québec sans son consentement » (14 avril). Il a même refusé que l’Assemblée nationale en débatte. Mais les faits parlent.

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Un tribunal qui légifère et qui se mêle de politique

L’origine et la nature des compétences judiciaires de la Cour suprême – notre tribunal de dernière instance depuis 1949 – ont toujours été au Québec un sujet de questionnement, une source d’inquiétude, une cause d’irritation et de mécontentement.

Les révélations, faites par l’historien Frédéric Bastien, d’ingérence politique en haut lieu par deux de ses membres, lors du coup de force de 1982, nous ont forcés à nous pencher une fois encore sur la « légalité », la « légitimité », la « loyauté », et la « bonne foi » de cette institution dont la fonction officielle est pourtant de « sauvegarder » l’ordre constitutionnel, et non de le « renverser » par des manœuvres clandestines et illégales.

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Collections numériques (1917-2013)

action couv 1933Bibliothèque et Archives nationales du Québec a numérisé tous les numéros de L'Action française et de L'Action nationale depuis 1917.

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