Été 2015 - Une grande fierté

2015eteGRANDEFIERTE250La Grande Bibliothèque célèbre son dixième anniversaire. Il y a de quoi célébrer. Voilà une réussite formidable qui inspire fierté et confiance. Il faut le clamer haut et fort.

Comme dit l’adage, l’échec est orphelin et le succès a plusieurs auteurs. L’institution qui fait aujourd’hui l’unanimité, on l’oublie aisément, est d’abord née dans la controverse. Ils étaient nombreux les défaitistes, les pseudo-pragmatiques et les anti-intellectualistes bien maquillés à ne voir dans le projet qu’une dépense somptuaire ou un équipement superflu. Il ne s’agit pas de bouder notre plaisir en ressassant de vieilles rengaines, mais il est nécessaire de revenir un tant soit peu sur les circonstances entourant cette naissance improbable.

À l’occasion de ce dixième anniversaire, il importe en effet de rappeler qu’avant d’être un succès de fréquentation la GBQ a d’abord été une victoire sur la part sombre de la psychologie collective. Soutenir une vaste ambition culturelle au lendemain du désastre référendaire et en pleine lutte au déficit zéro, cela ne manquait pas de hauteur de vue. Les esprits chagrins pourront toujours dire que le gouvernement avait besoin d’un grand projet pour soutenir l’emploi, cela n’épuisera jamais les raisons profondes. Lucien Bouchard, qui a tant à se faire pardonner, aura fait là la plus grande contribution de sa carrière. Il faut le reconnaître. Mais on doit aussi à la vérité de regretter qu’il n’ait pas eu l’audace de tenir tête aux comptables mesquins qui ont infligé au projet d’architecture une austérité qui a terni pour longtemps l’immeuble. Le revêtement extérieur, non conforme à la maquette et au choix premier des architectes lauréats du concours, a terni la réalisation, privant l’institution des atouts qui en auraient fait une signature dans la ville.

On ne peut passer sous silence le rôle exceptionnel qu’a joué Lise Bissonnette qui a porté ce projet avec fougue et détermination. Elle a navigué dans la tempête en rappelant sans cesse que le Québec se méritait lui-même, qu’il méritait de s’assumer dans un geste culturel fort. C’était aussi la position de L’Action nationale qui, à l’époque, s’est faite ardente à promouvoir ce projet en lui consacrant ce qui, à ce moment-là, s’est avéré le document de référence le plus complet sur le projet.

Dénonciation d’un luxe somptuaire, crainte d’un futur éléphant blanc, bagarre pour imposer un concours d’architecture, âpres luttes pour intégrer les archives nationales au projet, interminables querelles de spécialistes sur l’accessibilité aux collections nationales, les combats n’ont pas manqué. La Grande Bibliothèque a finalement émergé. Il vaut la peine de relire les lignes que Lise Bissonnette écrivait dans le dossier que la revue avait fait paraître en 1999 :

Ces inepties passeront. La Grande Bibliothèque du Québec, minutieusement planifiée, forte de ses études préalables et instruite des expériences autres en Europe et en Amérique ne sera pas plus un éléphant blanc que les équipements culturels et éducatifs du quartier où elle vivra, ses moyens et son échelle en témoignent déjà. La Grande Bibliothèque, comme tous les établissements de même nature dans des pays semblables au nôtre, sera un immeuble extraordinairement fréquenté par des citoyens de tous âges et de toutes origines, tout simplement parce qu’elle leur offrira la même diversité de services.

Prophétiques, ces paroles méritaient qu’on les rappelle. La confiance dans la capacité collective est devenue si rare…

Rétrospectivement, il faut sans doute concéder que l’adversité a eu quelque chose de positif : elle a trempé les volontés, soudé les équipes autour d’un projet de mieux en mieux conscient de sa portée et rendu tous les artisans beaucoup plus conscients du modèle qu’ils étaient en train d’élaborer. Il faut leur rendre hommage : la qualité du service, la convivialité de l’atmosphère, le bouillonnement de la programmation sont des réalisations pour lesquelles la mobilisation de tous est requise. Du gardien de sécurité affable et souriant à la spécialiste chevronnée en passant par les préposés à l’accueil ou les responsables de l’animation, toute la brigade excelle.

Il n’y a rien d’étonnant dans la réponse du public. Du moins, rien d’étonnant pour qui sait faire confiance à sa capacité de reconnaître la qualité, le dévouement et la passion. Pas étonnant non plus que les statistiques de fréquentation, d’emprunts et de participation aux activités et de toute une batterie d’autres variables propulsent la Grande Bibliothèque au point d’en faire une institution phare de la Francophonie. En cette période où tant de courtiers en morosité font des affaires d’or à persiffler en distillant les poisons de l’autodénigrement, il faut pavoiser. Les Québécois méritent de se voir enfin comme ils sont : capables de très grandes choses.

Ceux-là qui craignaient que l’institution ne soit « que montréalaise » n’ont plus aucune raison de douter que la Grande Bibliothèque soit une véritable institution nationale. Son programme d’activités de rayonnement et ses nombreuses collaborations avec les bibliothèques qu’on retrouve un peu partout sur le territoire en font foi. Comme en témoignent également son accessibilité électronique et ses efforts constants pour mettre sa mission de conservation au cœur du patrimoine vivant en conjuguant diffusion et accessibilité aux mille potentialités de la révolution numérique.

C’est, somme toute, un bilan exceptionnel qu’il faut célébrer. Des activités nombreuses et variées sont programmées. Elles fourniront lieux et moyens de témoigner de l’appréciation et de l’attachement que nous lui portons. Il faut aussi saisir l’occasion pour donner un élan nouveau à la politique du livre et au développement des bibliothèques. La grande institution du boulevard de Maisonneuve a mis au point un modèle et développé une expertise qui méritent un plus grand rayonnement. Voilà le navire amiral qui devrait permettre de placer le Québec en phase avec les défis du livre et de la lecture au vingt-et-unième siècle.

Son succès mériterait que l’État se reconnecte sur le dynamisme de notre culture.

Semer des bibliothèques, cela n’est pas élever des entrepôts de livres, c’est poser des gestes susceptibles de fournir à chacun des usagers des matériaux et des occasions pour aller au bout de sa curiosité, qu’elle porte sur les aspects pratiques de sa vie, de celle de sa communauté ou sur les plus hautes réalisations de l’esprit humain.

Dans la grisaille austéritaire, nous avons besoin de la Grande Bibliothèque. Nous avons besoin tout autant de ce qu’elle nous apporte que de ce qu’elle inspire.

Robert Laplante
Directeur des Cahiers de lecture

 

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Un numéro du centenaire aux nouveaux abonnés

Accès libéré - Juin-Septembre 2017

Éditorial - Sans l’audace il n’arrivera jamais rien

2017juinseptembre250La politique va mal. Elle va mal partout et c’est parce que la démocratie va mal. Des mutations sociales et économiques profondes la travaillent. Des repères culturels basculent et rien de ce qui, hier, pouvait être tenu, sinon pour certain du moins pour une base commune, ne résiste plus au nihilisme marchand ou à la fureur sectaire. Partout les classes politiques vacillent, leur crédibilité fléchit au même rythme que leurs renoncements. Le décrochage civique mine la vie publique et pave la voie aux dérives sectaires. Le monde traverse une passe extrêmement dangereuse. Et notre statut de nation oblitérée fait l’effet d’un amplificateur de ces tendances de fond, accroissant cynisme et désabusement à l’endroit de la chose publique et de sa construction.

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Charte des valeurs : ne touchez pas à l’islam !

Au Québec, la charte des valeurs marque un point tournant dans l’histoire de la laïcité dont on n’a jamais véritablement pris la mesure, empêtrés que nous sommes dans la honte et la culpabilité. Encore aujourd’hui, bien que l’on ignore toujours tout des motivations réelles d’Alexandre Bissonnette concernant l’attentat à la mosquée de Québec, cet évènement tragique a ramené la charte dans l’actualité, alors qu’on continue bêtement de répéter que ce projet de loi stigmatisait les musulmans, particulièrement les femmes voilées, qu’il était raciste, xénophobe et islamophobe. 

Mais au-delà de ce bouquet d’insultes habituelles que l’on rencontre partout en Occident à chaque fois qu’un pays veut légiférer en matière de laïcité face à un islam militant, pro-voile et farouchement anti-laïque, le temps est venu de délaisser les invectives pour la réflexion et de préférer l’analyse à l’auto-flagellation.

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Québec solidaire et l’indépendance du Québec

De nombreux indépendantistes s’interrogent sur la position constitutionnelle de Québec solidaire. Ce questionnement est d’autant plus pertinent que ce parti après avoir entretenu une certaine ambiguïté a pris récemment une position favorable à l’indépendance, qu’il attire de plus en plus d’électeurs et qu’il envisage de former une alliance avec le Parti québécois et Option nationale. Il est donc nécessaire de faire un examen attentif de son programme pour évaluer les particularités de son positionnement. Pour faire cette évaluation, il faut principalement se référer aux documents adoptés par les membres de ce parti et ne pas se fier aux déclarations de ses porte-parole qui peuvent être dictées par la conjoncture. Dans cette analyse, j’examinerai trois aspects de la question : le rapport de QS au Canada, le processus d’accession à l’indépendance et enfin les raisons de faire l’indépendance.

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Forum Gaspésie 2017. Sortir des approches défensives

Conférence d’ouverture du Forum Gaspésie 2017 prononcée à Bonaventure le 18 mai 2017.

Je vous remercie de l’occasion que vous me donnez de partager avec vous quelques-unes des perspectives qui s’imposent à tous ceux et celles qui ont à cœur le sort de la Gaspésie. Et, croyez-moi, ce ne sont pas seulement des Gaspésiens et des Gaspésiennes, loin de là : je ne conçois pas l’avenir du Québec sans une Gaspésie prospère.

À cet égard, disons-le d’entrée de jeu : s’il reste beaucoup à faire, la région peut compter sur un très fort potentiel. Et je pèse mes mots. Les travaux que nous avons menés dans la région avec mes collaborateurs de l’Institut de recherche en économie contemporaine, les échanges que nous avons eus avec des passionnés, des entrepreneurs en tous genres, justifient cette conviction. Les difficultés ne doivent pas faire écran aux nombreux possibles qui restent ouverts. Des possibles qui peuvent se réaliser si l’on est en mesure de réunir les conditions de succès qui en feront non seulement des réalisations, mais aussi des sources d’inspiration. Il faut le redire, rien n’est plus utile à la construction du pays qu’une culture du succès.

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Hochelaga fantasmé ou historique ?

Le 150e anniversaire de la Confédération canadienne et le 375e anniversaire de la fondation de Ville-Marie sont une occasion de se remémorer des faits, lieux et personnes qui ont façonné notre histoire. Les plaques et monuments sont une façon de le marquer de façon officielle dans l’espace public : ils suscitent l’intérêt des passants et des touristes. Mais ces plaques commémoratives disent-elles toujours la vérité ? On peut en douter quand on connaît l’existence de deux plaques commémoratives du voyage de Jacques Cartier à Hochelaga en 1535 : l’une se trouve au centre-ville sur le terrain de l’université McGill et l’autre sur la façade de l’église de la Visitation dans l’arrondissement Ahuntsic-Cartierville. 

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Le démantèlement de la nation (chronique 15)

La période couverte s’étend du 21 février au 22 mai 2017.

Cela a fait 35 ans le 17 avril que le Québec vit sous l’empire d’une Constitution canadienne qui lui a été imposée. Aucun gouvernement québécois, y compris celui de Jean Charest, n’a accepté le coup de force perpétré en 1982. Or, le gouvernement de Philippe Couillard a refusé d’accepter un projet de motion réaffirmant que la loi constitutionnelle de 1982 « a eu pour effet de diminuer les pouvoirs et les droits du Québec sans son consentement » (14 avril). Il a même refusé que l’Assemblée nationale en débatte. Mais les faits parlent.

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Un tribunal qui légifère et qui se mêle de politique

L’origine et la nature des compétences judiciaires de la Cour suprême – notre tribunal de dernière instance depuis 1949 – ont toujours été au Québec un sujet de questionnement, une source d’inquiétude, une cause d’irritation et de mécontentement.

Les révélations, faites par l’historien Frédéric Bastien, d’ingérence politique en haut lieu par deux de ses membres, lors du coup de force de 1982, nous ont forcés à nous pencher une fois encore sur la « légalité », la « légitimité », la « loyauté », et la « bonne foi » de cette institution dont la fonction officielle est pourtant de « sauvegarder » l’ordre constitutionnel, et non de le « renverser » par des manœuvres clandestines et illégales.

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Collections numériques (1917-2013)

action couv 1933Bibliothèque et Archives nationales du Québec a numérisé tous les numéros de L'Action française et de L'Action nationale depuis 1917.

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