À chaud

Avec qui faudra-t-il recommencer ?

Il faudra donc attendre jusqu’au début de juin pour voir clair dans ce qui se joue en creux dans le récit médiatique de la crise qui secoue le Bloc québécois. D’ici là, les commentaires vont se distribuer dans un espace politicien radicalement dépolitisé par une mise en récit de la résignation. Comment diable peut-on tenir des mois à palabrer sur une fausse opposition, sur une pseudo-polémique qui oppose la promotion de l’indépendance à la défense des intérêts du Québec ? Comment ? Sinon qu’en refusant d’affirmer et de reconnaitre un argument de base du combat national : il faut sortir du Canada parce que chaque jour qui passe nous aspire dans des choix et orientations contraires à nos intérêts nationaux.

Lire la suite...

2017 18cahiers600

Un numéro du centenaire aux nouveaux abonnés

Automne 2015 - En pilant sur l'honneur

2015automne250Éroder, v.t. Détruire par une action lente.
Le Petit Robert

Voilà que ça dure depuis que le Canada est le Canada, depuis que le sort des armes en a décidé une fois en 1759, une autre fois en 1837 et ça dure et ça dure comme une lancinante condamnation. C’est toujours à recommencer parce que c’est dans la nature des rapports instaurés par ce régime aux changeants visages que d’en avoir des milliers pour poursuivre la même hypocrite besogne. Et voilà que Patrimoine Canada fait une autre manœuvre de sape. Il faudra désormais que les éditeurs contreviennent à la loi 101 pour remercier le Canada de leur retourner une partie de nos impôts en affichant bilingue. Un autre petit pas. Il n’y a pas de petits gains. Ottawa jamais ne désarme. Il ne restera rien de notre prétention à vivre en français ailleurs que dans l’arrière-cuisine.

Aux interdits qui ont jalonné l’histoire de chacune des provinces, aux épuisantes batailles pour les timbres bilingues, aux millions de dollars consacrés pour émasculer la loi 101, il faut désormais ajouter la petite humiliation. À l’imposition des icônes du canadian flag et aux multiples simagrées de Patrimoine Canada il faut désormais ajouter l’exigence de remercier bilingue le magnanime gouvernement canadian. À chaque livre son symbole de la petite mort, de la soumission furtive.

C’est encore et toujours une affaire de dignité. Une affaire de renoncement autrement dit. Voilà des siècles que ça dure. Rien n’est jamais trop humiliant, rien n’est jamais assez grave. C’est la puissance du dominant que d’avoir instillé ce terrible réflexe de la constante minimisation des pertes et des reculs. C’est la sournoise intoxication des années de survivance. Durer malgré tout. Durer malgré la petite voix en soi, malgré tout ce que Miron a subi pour nous d’aliénation délirante. Cela revient. C’est inédit pour les amnésiques et pour les plus jeunes. Et c’est pourquoi c’est si cuisant.

Parce que les plus vieux n’auront de cesse d’y revoir l’affligeant retour du refoulé. Parce que les autres vont renouveler le répertoire en pliant l’échine sans même sentir la flexion de l’âme. Parce que l’honneur n’a plus d’objet, parce que la fierté n’a plus sa place. Patrimoine Canada règne et c’est ainsi parce que le Canada est ce qu’il est, parce que notre place est celle qu’il nous assigne. Parce qu’après tout l’engourdissement facilite les choses à défaut d’abolir le réel. Le temps revient du retour à ce qu’on nous dit que nous devrions être, là où nous devrions être, comme nous devrions être. Dociles et convaincus d’être au-dessus de notre propre rang. Culture de subalterne, culture de rejet de la portée des symboles. Il ne s’agit que d’une toute petite mention, un barbouillis sans conséquence. Et le Canada de continuer de nous user jusqu’à l’ultime renoncement, jusqu’à nous moudre l’âme.

Cela n’arrêtera jamais. Même empaillés, surtout empaillés, nous lui servirons encore à ce Canada de notre plus banal malheur. Réduits à l’insignifiance, confits de déshonneur, il ne nous appréciera que davantage, retrouvant dans les dernières lueurs du fondu au noir recouvrant ce que nous aurions pu être les preuves qu’il avait bien raison de s’y prendre avec patience. Le Canada nous use. Parfois à grands coups de Cour suprême, tantôt à petites manœuvres bureaucratiques. Il nous use parce qu’il sait être reconnaissant pour qui s’accommode de ce qui épuise. Parce qu’au fond tout est affaire de détournement de l’énergie vitale.

Personne ne mourra de porter la cocarde de la soumission. Parce que le déshonneur ne tue pas, il porte simplement à haïr sa vie. Lentement. D’une cohorte à l’autre, d’une génération à l’autre. Jusqu’à faire un folklore de soi-même. Mais personne ne meurt de folklore. Parce que c’est du regard des maîtres qu’il tire sa force, ce folklore qui s’efface au fur et à mesure que l’indifférence leur brouille la vue.

Le Canada nous oblitère lentement.

Victor-Lévy Beaulieu a raison de protester avec véhémence. Mais il a surtout raison de rager de se voir si seul à le faire. Les Éditions Trois-Pistoles, a-t-il fait savoir par communiqué le 9 septembre dernier,  ne se soumettront pas même si ses appels à partager le combat sont restés lettre morte. C’est affligeant cette apathie des institutions, des associations, des partis politiques et des auteurs. C’est un signe de plus qu’Ottawa avance en se sachant sûr de son fait et de la faiblesse d’un milieu qui baisse la garde. C’est toujours ainsi que cela s’est passé avec nos droits linguistiques : la raison d’État peut compter sur le temps et les tribunaux pour épuiser tous les acteurs et venir à bout des volontés et des lois provinciales.

Nous voilà donc encore une fois piégés dans nos travers velléitaires. Il faut espérer que le milieu se resaisisse. On ne bâtit rien en pilant sur l’honneur.

Robert Laplante
Directeur des Cahiers de lecture

 

Tagged under: Cahiers,

Accès libéré - Mai 2017

Éditorial - La nécrose et les pilleurs d’héritage

2017mai250Il n’y a pas de limites. Aplaventrisme et démission devant Ottawa en matière de financement de la santé, soumission et renoncement à faire valoir ses prérogatives dans le dossier de la légalisation de la marijuana, consentement à se laisser tourner en ridicule dans le dossier de l’aide à Bombardier, résignation devant les décisions fédérales pour la nomination des juges. La liste ne cesse de s’allonger.

Et voilà que Philippe Couillard s’est transformé en marcheur protestataire à Dolbeau Mistassini pour supposément partager l’anxiété des populations que la crise forestière va frapper de plein fouet. Il a marché, certes, mais pour la protestation, il repassera. Il a déploré, le pauvre intendant. Il a déploré qu’aucun député libéral fédéral n’ait participé à la marche. Il a déploré et… il attend ! Il attend qu’Ottawa fasse un geste, qu’il annonce des mesures pour atténuer les effets de la déstabilisation planifiée de cette industrie mal en point.

Il attend !

Lire la suite...

France : une élection de réalignement ?

Le premier tour des élections présidentielles françaises a révélé des changements majeurs dans les comportements électoraux. Plusieurs phénomènes inédits se sont produits : renoncement du président sortant à la candidature, surprises des primaires au Parti socialiste et au parti Les Républicains où les candidats attendus furent défaits, quatre candidats qui arrivent dans le peloton de tête avec des écarts inférieurs à la marge d’erreur dans les sondages, montée spectaculaire d’un candidat radical, Jean-Luc Mélenchon, de même que celle d’un candidat voué aux gémonies par les médias, Fillon, taux d’abstention plus élevé qu’en 2012 malgré l’intensité de la campagne. Ces phénomènes indiquent qu’on assiste à un déplacement des lignes de clivages politiques et à un réalignement des forces politiques. Il faut aussi remarquer que 45% de l’électorat a voté pour deux candidats sans parti : Mélenchon 19,5% et Macron 24% ce qui dénote une désaffection profonde envers les partis traditionnels.

Lire la suite...

Libre-échange : retour sur une grande confusion langagière

Le verdict est impitoyable : une « révolte populiste » gronde en occident. Et ceux qui détiennent des positions hégémoniques dans l’espace public hésitent constamment entre s’en moquer, l’ignorer ou l’accuser d’accointances sataniques. Il est totalement impensable, pour les thuriféraires du système, de percevoir dans les « attentats électoraux » qui se succèdent des manifestations d’une colère qui soit, au fond, légitime. Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes, écrivait Bossuet. Il leur est impossible de seulement même envisager que le malaise populaire puisse être fondé. Il leur est impensable d’effleurer l’idée qu’il puisse y avoir des racines profondes dans cette expression, dans la non-violence, du désespoir. La classe politique et médiatique était entièrement fermée à réfléchir aux questions soulevées, comme si c’était justement incompatible avec le fait de démolir les mauvaises réponses des mouvements dits « populistes ». Et ils s’étonnent quand Donald Trump remporte la présidence…

Lire la suite...

L’héritage musical du Québec dans L’Action nationale depuis 1966

En 2017, la revue indépendantiste L’Action nationale fête son centième anniversaire. On identifie rarement cette revue à la musique, et pourtant il est possible de retracer comment, selon elle, la musique contribue à l’identité québécoise. C’est ce que nous allons tenter pour les cinquante dernières années. Notre hypothèse est que les références à la musique dans L’Action nationale sont toujours mises en lien directement avec le patrimoine national du Québec. Nous vérifierons cette hypothèse pour trois périodes décisives de l’histoire récente : de 1966 au référendum de mai 1980, de juin 1980 à octobre 1995, moment de l’entre-deux référendums, et enfin depuis le second référendum. 

Lire la suite...

Un grand compositeur québécois vient de nous quitter

 car maintenant/le vent n’est plus seul/à chanter sur le rivage du temps
– Alain Gagnon (poème non publié)

Le 26 mars dernier, à l’âge de 78 ans, le compositeur Alain Gagnon nous a quittés. Son décès n’a pas fait beaucoup de bruit. Cela n’est guère surprenant, car cet homme discret pratiquait un art qui ne suscite pas l’enthousiasme des foules. Il écrivait des œuvres musicales exigeantes et résolument contemporaines. Des œuvres s’inscrivant dans la grande tradition occidentale allant de Jean-Sébastien Bach à Arnold Schoenberg.

En plus de sa famille et de ses amis, sa mort laisse dans le deuil des gens qui, comme moi, le connaissaient d’abord par le contact avec ses œuvres. Contact, il faut ici le déplorer, qui aurait bien pu n’avoir jamais lieu tant ses conditions d’existence sont précaires et défavorisées par les environnements éducatif, socioculturel et médiatique dans lesquels nous baignons. Cette constatation mérite réflexion.

Lire la suite...

Jean-Marc Léger (1927‑2011) Fin diplomate et indépendantiste radical

Très tôt, Jean-Marc Léger choisit son combat. Contre un État fédéral toujours plus centralisateur, il veut l’épanouissement de la nation canadienne-française puis québécoise. Il veut aussi limiter l’hégémonie mondiale de la culture anglo-américaine, qui tend, selon lui, à réduire au folklore les autres manières de concevoir et d’exprimer le monde. Le trésor à protéger et à promouvoir : la langue française. Et l’arme ? L’État. Léger veut un Québec indépendant ; il veut une organisation internationale d’États francophones forte.

Lire la suite...

Collections numériques (1917-2013)

action couv 1933Bibliothèque et Archives nationales du Québec a numérisé tous les numéros de L'Action française et de L'Action nationale depuis 1917.

Vous pouvez utilisez cet outil de recherche qui vous permettra — si vous cliquez sur « préciser la rechercher » — de ne chercher que dans L'Action nationale ou dans L'Action française.