Été 2016 - Lire pour vivre

2016ete250Rendue publique fin avril, l’Enquête sur les pratiques culturelles au Québec a connu un certain écho médiatique. Cela faisait plaisir de voir un tantinet reconnaître que les faits ne nourrissent pas le défaitisme et les tendances à l’autodénigrement qui, en certains milieux, marquent trop souvent les discours sur l’état de la culture.  Les tendances observées ne laissent poindre aucune pathologie sociale. Les statistiques, déclinées sous différentes rubriques, donnent effectivement la mesure d’un dynamisme réel, ce qui ne veut pas dire que tout est parfait et que tous les secteurs se tirent bien d’affaire. Celles qui concernent la lecture des livres ont permis de contrer un tant soit peu les discours catastrophistes. S’il est vrai qu’au cours des dix dernières années, l’enquête révèle une baisse de trois livres par année, passant de 19 à 16 ouvrages, ce résultat, pour inquiétant qu’il soit, ne justifie aucune morosité. Il est possible de l’améliorer par divers moyens.

Par-delà les statistiques cependant, ce qu’il faut d’abord viser c’est le renouveau culturel qui doit présider à redéfinir la place du livre et de la lecture. Les débats sur les habitudes numériques, sur les habitudes de consommation et de fréquentation des librairies et des bibliothèques ne sont pas inutiles, loin de là. Mais, quelles que soient les propositions mises au débat, elles se dessinent toutes sur un fond de scène culturel essentiel : pourquoi lire ?
À l’heure numérique, de l’information jetable et du tourbillon médiatique, à l’époque du mélange et de la cohabitation parfois difficile des cultures, au cœur des enjeux de convivialité et de cohésion sociale, la lecture comme pratique essentielle à la formation de la personnalité aussi bien qu’à celle de la compétence civique doit faire l’objet de la plus grande attention. C’est une pratique qui doit être au cœur de la prime socialisation, intégrée aux divers matériaux et moments de construction de la personnalité et du rapport au monde. À cet égard, les choses ont beaucoup évolué au Québec et il faut s’en réjouir. Mais en ces matières comme en beaucoup d’autres, le principal défi est celui de la constance.

Et en ces matières, si elle ne remplacera jamais le rôle de la famille, l’école joue néanmoins un rôle fondamental. C’est un lieu commun. Mais il faut le répéter : à l’heure où le gouvernement libéral vient de redécouvrir la réussite scolaire comme priorité nationale, il ne faut rater aucune occasion de lui rappeler que c’est par la lecture que se réunissent les conditions premières de cette réussite. Il faut certes des moyens financiers et des spécialistes de tous ordres, mais il faut également assurer une présence constante de la lecture dans le parcours scolaire, de la prématernelle à l’université. Cela peut avoir l’air d’un truisme, mais l’acquisition des habitudes de lectures ne se consolide qu’avec des exigences formelles intégrées à toutes les étapes de la formation. Des exigences plus élevées, faut-il le dire ?
Mais aucune réforme de l’éducation ne trouvera son efficacité maximale, si elle n’est pas soutenue par un ensemble de relais culturels. Les bibliothèques, les chroniques de livres dans les journaux, les recensions dans les périodiques professionnels, les références au livre dans les interventions publiques, tout cela est essentiel non seulement à la vie des livres, mais aussi à la vitalité de la lecture comme pratique culturelle.

Il faut mener un combat de tous les instants contre l’analphabétisme, c’est entendu. Mais il ne faut pas s’arrêter là. Ce combat n’est fécond que s’il sert à faire reculer l’inculture et l’ignorance satisfaite. Au vingt-et-unième siècle, l’obscurantisme s’avance sous le jour festif de la culture de masse produite par un entertainment business assez disposé à se laisser instrumenter dans les logiques matérialisant l’antique adage : Panem et circensis.
C’est à peine une métaphore, la lecture est le liant essentiel du développement, la sève gardant vivant l’écosystème civilisationnel. Les liens entre la culture première et la culture seconde, selon la distinction faite par Fernand Dumont, ne peuvent être maintenus vivants que par une pratique de la transmission reposant en grande partie sur la lecture. Les livres sont essentiels à la construction d’un monde commun. La lecture est un des processus déterminants à cet égard, puisque c’est par elle, en grande partie, que se constitue la référence culturelle au fondement du débat public, référence indispensable à la cohésion sociale et nationale. Les atermoiements concernant l’établissement d’un corpus littéraire national riche dont la fréquentation serait marquante pour chacune des étapes du parcours académique en disent long sur ce qui reste à accomplir.

Lire pour vivre, tel devrait être le mot d’ordre dans une société amoureuse des livres et soucieuse de placer la connaissance au cœur de son développement comme au service de l’épanouissement des personnes. L’Enquête sur les pratiques culturelles donne une mesure. Les échanges et les réflexions sur la lecture peuvent donner le sens de ces pratiques. Un sens qui se construit lui-même dans la lecture de ce que les livres donnent à penser. Puisse la présente livraison y contribuer. Et ajouter aux plaisirs de ressourcement qui donneront saveur aux douceurs de l’été.

Robert Laplante
Directeur

Sommaire du numéro

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Un numéro du centenaire aux nouveaux abonnés

Accès libéré - Juin-Septembre 2017

Éditorial - Sans l’audace il n’arrivera jamais rien

2017juinseptembre250La politique va mal. Elle va mal partout et c’est parce que la démocratie va mal. Des mutations sociales et économiques profondes la travaillent. Des repères culturels basculent et rien de ce qui, hier, pouvait être tenu, sinon pour certain du moins pour une base commune, ne résiste plus au nihilisme marchand ou à la fureur sectaire. Partout les classes politiques vacillent, leur crédibilité fléchit au même rythme que leurs renoncements. Le décrochage civique mine la vie publique et pave la voie aux dérives sectaires. Le monde traverse une passe extrêmement dangereuse. Et notre statut de nation oblitérée fait l’effet d’un amplificateur de ces tendances de fond, accroissant cynisme et désabusement à l’endroit de la chose publique et de sa construction.

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Charte des valeurs : ne touchez pas à l’islam !

Au Québec, la charte des valeurs marque un point tournant dans l’histoire de la laïcité dont on n’a jamais véritablement pris la mesure, empêtrés que nous sommes dans la honte et la culpabilité. Encore aujourd’hui, bien que l’on ignore toujours tout des motivations réelles d’Alexandre Bissonnette concernant l’attentat à la mosquée de Québec, cet évènement tragique a ramené la charte dans l’actualité, alors qu’on continue bêtement de répéter que ce projet de loi stigmatisait les musulmans, particulièrement les femmes voilées, qu’il était raciste, xénophobe et islamophobe. 

Mais au-delà de ce bouquet d’insultes habituelles que l’on rencontre partout en Occident à chaque fois qu’un pays veut légiférer en matière de laïcité face à un islam militant, pro-voile et farouchement anti-laïque, le temps est venu de délaisser les invectives pour la réflexion et de préférer l’analyse à l’auto-flagellation.

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Québec solidaire et l’indépendance du Québec

De nombreux indépendantistes s’interrogent sur la position constitutionnelle de Québec solidaire. Ce questionnement est d’autant plus pertinent que ce parti après avoir entretenu une certaine ambiguïté a pris récemment une position favorable à l’indépendance, qu’il attire de plus en plus d’électeurs et qu’il envisage de former une alliance avec le Parti québécois et Option nationale. Il est donc nécessaire de faire un examen attentif de son programme pour évaluer les particularités de son positionnement. Pour faire cette évaluation, il faut principalement se référer aux documents adoptés par les membres de ce parti et ne pas se fier aux déclarations de ses porte-parole qui peuvent être dictées par la conjoncture. Dans cette analyse, j’examinerai trois aspects de la question : le rapport de QS au Canada, le processus d’accession à l’indépendance et enfin les raisons de faire l’indépendance.

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Forum Gaspésie 2017. Sortir des approches défensives

Conférence d’ouverture du Forum Gaspésie 2017 prononcée à Bonaventure le 18 mai 2017.

Je vous remercie de l’occasion que vous me donnez de partager avec vous quelques-unes des perspectives qui s’imposent à tous ceux et celles qui ont à cœur le sort de la Gaspésie. Et, croyez-moi, ce ne sont pas seulement des Gaspésiens et des Gaspésiennes, loin de là : je ne conçois pas l’avenir du Québec sans une Gaspésie prospère.

À cet égard, disons-le d’entrée de jeu : s’il reste beaucoup à faire, la région peut compter sur un très fort potentiel. Et je pèse mes mots. Les travaux que nous avons menés dans la région avec mes collaborateurs de l’Institut de recherche en économie contemporaine, les échanges que nous avons eus avec des passionnés, des entrepreneurs en tous genres, justifient cette conviction. Les difficultés ne doivent pas faire écran aux nombreux possibles qui restent ouverts. Des possibles qui peuvent se réaliser si l’on est en mesure de réunir les conditions de succès qui en feront non seulement des réalisations, mais aussi des sources d’inspiration. Il faut le redire, rien n’est plus utile à la construction du pays qu’une culture du succès.

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Hochelaga fantasmé ou historique ?

Le 150e anniversaire de la Confédération canadienne et le 375e anniversaire de la fondation de Ville-Marie sont une occasion de se remémorer des faits, lieux et personnes qui ont façonné notre histoire. Les plaques et monuments sont une façon de le marquer de façon officielle dans l’espace public : ils suscitent l’intérêt des passants et des touristes. Mais ces plaques commémoratives disent-elles toujours la vérité ? On peut en douter quand on connaît l’existence de deux plaques commémoratives du voyage de Jacques Cartier à Hochelaga en 1535 : l’une se trouve au centre-ville sur le terrain de l’université McGill et l’autre sur la façade de l’église de la Visitation dans l’arrondissement Ahuntsic-Cartierville. 

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Le démantèlement de la nation (chronique 15)

La période couverte s’étend du 21 février au 22 mai 2017.

Cela a fait 35 ans le 17 avril que le Québec vit sous l’empire d’une Constitution canadienne qui lui a été imposée. Aucun gouvernement québécois, y compris celui de Jean Charest, n’a accepté le coup de force perpétré en 1982. Or, le gouvernement de Philippe Couillard a refusé d’accepter un projet de motion réaffirmant que la loi constitutionnelle de 1982 « a eu pour effet de diminuer les pouvoirs et les droits du Québec sans son consentement » (14 avril). Il a même refusé que l’Assemblée nationale en débatte. Mais les faits parlent.

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Un tribunal qui légifère et qui se mêle de politique

L’origine et la nature des compétences judiciaires de la Cour suprême – notre tribunal de dernière instance depuis 1949 – ont toujours été au Québec un sujet de questionnement, une source d’inquiétude, une cause d’irritation et de mécontentement.

Les révélations, faites par l’historien Frédéric Bastien, d’ingérence politique en haut lieu par deux de ses membres, lors du coup de force de 1982, nous ont forcés à nous pencher une fois encore sur la « légalité », la « légitimité », la « loyauté », et la « bonne foi » de cette institution dont la fonction officielle est pourtant de « sauvegarder » l’ordre constitutionnel, et non de le « renverser » par des manœuvres clandestines et illégales.

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Collections numériques (1917-2013)

action couv 1933Bibliothèque et Archives nationales du Québec a numérisé tous les numéros de L'Action française et de L'Action nationale depuis 1917.

Vous pouvez utilisez cet outil de recherche qui vous permettra — si vous cliquez sur « préciser la rechercher » — de ne chercher que dans L'Action nationale ou dans L'Action française.