À chaud

Avec qui faudra-t-il recommencer ?

Il faudra donc attendre jusqu’au début de juin pour voir clair dans ce qui se joue en creux dans le récit médiatique de la crise qui secoue le Bloc québécois. D’ici là, les commentaires vont se distribuer dans un espace politicien radicalement dépolitisé par une mise en récit de la résignation. Comment diable peut-on tenir des mois à palabrer sur une fausse opposition, sur une pseudo-polémique qui oppose la promotion de l’indépendance à la défense des intérêts du Québec ? Comment ? Sinon qu’en refusant d’affirmer et de reconnaitre un argument de base du combat national : il faut sortir du Canada parce que chaque jour qui passe nous aspire dans des choix et orientations contraires à nos intérêts nationaux.

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Un numéro du centenaire aux nouveaux abonnés

Printemps 2017 - L’Action nationale a cent ans

2017printemps250Nous en parlions avec un certain détachement. Nous savions bien que la chose ne pouvait pas être traitée comme un événement ordinaire. Nous le savions, mais comme on sait que le printemps suit l’hiver. Comme un numéro suit l’autre. Après tout, c’est un peu la routine d’un périodique : sitôt conçu, sitôt monté le numéro s’éclipse vite du quotidien, il faut penser au suivant. L’enchaînement des opérations, la pression des échéances avec laquelle il faut composer et à laquelle on ne s’habitue jamais tout à fait donnaient leur lot habituel de tracas et de satisfaction.

Et puis, lentement, subrepticement un trac inédit s’est imposé : nous étions en train de préparer le numéro du centenaire d’une revue ! Et tout à coup, à un moment donné qu’on peut situer quelque part entre le montage infographique et la composition du sommaire, une joie certaine s’est emparée de nous. Nous étions partie prenante d’un grand exploit. La conscience heureuse d’être des héritiers s’est imposée dans l’atmosphère de travail. En relisant les épreuves, voilà que souvenirs et réminiscence émergeaient des textes d’Omer Héroux, d’Arthur Laurendeau, de Lionel Groulx et de centaines d’autres, des bonnes feuilles des romans d’Andrée Ferretti aux réflexions sur l’œuvre de Louky Bersianik ou des hommages à Pierre Perrault. Et que dire de la prose si singulièrement fleurie de Rosaire Morin ?

Quel privilège que le nôtre ! Et quelle gratification pouvions-nous tirer non pas seulement du travail accompli pour réaliser un numéro commémoratif, mais encore et surtout de l’avoir fait grâce à la confiance que les auteurs nous ont accordée, grâce aux attentes que les lecteurs nous ont signifiées.

Le numéro du centenaire de L’Action nationale aura été et demeure un temps fort de l’aventure intellectuelle particulière que constitue le travail de cette revue dans la culture québécoise. Un travail de symbiose exceptionnel. Car c’est cela qui s’est imposé avec une évidence lourde de sens à la petite équipe de rédaction et de production : une telle aventure n’aurait jamais été possible sans l’extraordinaire fidélité d’un lectorat qui, à toutes les époques et de diverses manières, a non seulement soutenu la revue, mais également porté à son ultime dénouement le travail des auteurs. La lecture, en effet, constitue une étape essentielle pour définir et accomplir de la portée culturelle du geste d’écrire et de publier.

À cet égard, le périple de L’Action nationale n’a pas d’équivalent dans la vie intellectuelle québécoise : c’est un formidable travail de fécondation de la pensée qu’auront accompli les lecteurs au fil de ce siècle. Une revue, c’est toujours un pacte sans cesse à refaire entre le lectorat, un projet éditorial et le travail des auteurs qui le portent, le réalisent et le déportent également au fur et à mesure que la relation des uns avec les autres fait bouger les repères, déplace la ligne d’horizon.

L’étrange et solide relation qui unit depuis cent ans L’Action nationale à ses lecteurs au moins autant qu’à ses auteurs, c’est également celle qui a rendu possible l’existence des Cahiers de lecture. C’est encore et toujours celle qui inspire la production de chaque numéro, celle qui donne sa résonnance au signalement complice, à la note critique accueillante ou encore à l’évaluation sans complaisance d’ouvrages qui ont toujours, quels que soient leurs mérites, leurs faiblesses ou leur charge de dissidence, le potentiel de dire ou de faire dire ce qui fait que la culture se trouve enrichie de ce que la lecture en fait.

Dans leur dixième année d’existence, Les Cahiers de lecture n’ont certes pas la densité et la place dans la mémoire que peut avoir L’Action nationale. Mais le centenaire et l’effervescence intellectuelle qui l’accompagne dans la communauté invisible des auteurs et lecteurs qui s’y retrouvent à chaque édition ne peuvent faire autrement que rejaillir sur eux. C’est la même intention qui les traverse. La même pulsion, en quelque sorte la même confiance dans la puissance des idées. Les Cahiers sont nés d’une mouvance historique qui prolonge bien au-delà de leur propre longévité une certaine victoire sur l’improbable. Notre périodique tient bon dans ces temps troubles. Il grandit même. Et c’est d’abord grâce à ses lecteurs dont le cercle ne cesse de s’élargir.

Loin du tapage médiatique où la production intellectuelle, celle des essais en particulier, reste marginale et traitée dans une affligeante médiocrité, les Cahiers trouvent dans l’ombre de ce centenaire une inspiration forte. Une si abondante production d’essais, au demeurant livrés avec des standards de très haute qualité, mérite d’être lue avec le plus grand soin. Les Cahiers s’efforcent de placer la lecture de ces œuvres dans une logique de construction de la référence qui ne se peut déployer que dans la longue durée. Et nos lecteurs partagent cette ambition puisqu’ils circulent, à ce qu’on nous en rapporte, au plus près des relations d’échange et de complicité qui font la force du bouche-à-oreille. Les Cahiers de lecture gagnent en force discrète de rayonnement et de reconnaissance.

Et nous y œuvrons avec une assurance tranquille que les textes qui y paraissent trouvent les chemins que nos lecteurs savent non seulement arpenter, mais ouvrir. Toute l’équipe des Cahiers est heureuse de s’associer à l’anniversaire de la revue qui les a fait naître. La vie des livres rapproche du réel pour mieux y faire voir les possibles, en particulier ceux-là qui ne sont pas encore réalisés. Un texte relu, parfois, peut ouvrir des brèches dans le plus opaque avenir. Ce qui s’y révèle entre les lignes peut suffire à donner le goût d’agir pour voir jusqu’où une phrase bien tournée, une idée clairement exprimée peuvent transformer le monde.

Un texte à lire, et voilà qu’une mystérieuse alchimie engage un étrange dialogue entre un auteur et ce qu’il fait naître, pour lui-même, et pour des lecteurs dont il ne saura peut-être jamais rien. Un texte lu et l’horizon bouge. Celui du prochain numéro, du prochain rendez-vous avec ce que la pensée peut donner à vivre.

Robert Laplante
Directeur

 

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Accès libéré - Mai 2017

Éditorial - La nécrose et les pilleurs d’héritage

2017mai250Il n’y a pas de limites. Aplaventrisme et démission devant Ottawa en matière de financement de la santé, soumission et renoncement à faire valoir ses prérogatives dans le dossier de la légalisation de la marijuana, consentement à se laisser tourner en ridicule dans le dossier de l’aide à Bombardier, résignation devant les décisions fédérales pour la nomination des juges. La liste ne cesse de s’allonger.

Et voilà que Philippe Couillard s’est transformé en marcheur protestataire à Dolbeau Mistassini pour supposément partager l’anxiété des populations que la crise forestière va frapper de plein fouet. Il a marché, certes, mais pour la protestation, il repassera. Il a déploré, le pauvre intendant. Il a déploré qu’aucun député libéral fédéral n’ait participé à la marche. Il a déploré et… il attend ! Il attend qu’Ottawa fasse un geste, qu’il annonce des mesures pour atténuer les effets de la déstabilisation planifiée de cette industrie mal en point.

Il attend !

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France : une élection de réalignement ?

Le premier tour des élections présidentielles françaises a révélé des changements majeurs dans les comportements électoraux. Plusieurs phénomènes inédits se sont produits : renoncement du président sortant à la candidature, surprises des primaires au Parti socialiste et au parti Les Républicains où les candidats attendus furent défaits, quatre candidats qui arrivent dans le peloton de tête avec des écarts inférieurs à la marge d’erreur dans les sondages, montée spectaculaire d’un candidat radical, Jean-Luc Mélenchon, de même que celle d’un candidat voué aux gémonies par les médias, Fillon, taux d’abstention plus élevé qu’en 2012 malgré l’intensité de la campagne. Ces phénomènes indiquent qu’on assiste à un déplacement des lignes de clivages politiques et à un réalignement des forces politiques. Il faut aussi remarquer que 45% de l’électorat a voté pour deux candidats sans parti : Mélenchon 19,5% et Macron 24% ce qui dénote une désaffection profonde envers les partis traditionnels.

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Libre-échange : retour sur une grande confusion langagière

Le verdict est impitoyable : une « révolte populiste » gronde en occident. Et ceux qui détiennent des positions hégémoniques dans l’espace public hésitent constamment entre s’en moquer, l’ignorer ou l’accuser d’accointances sataniques. Il est totalement impensable, pour les thuriféraires du système, de percevoir dans les « attentats électoraux » qui se succèdent des manifestations d’une colère qui soit, au fond, légitime. Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes, écrivait Bossuet. Il leur est impossible de seulement même envisager que le malaise populaire puisse être fondé. Il leur est impensable d’effleurer l’idée qu’il puisse y avoir des racines profondes dans cette expression, dans la non-violence, du désespoir. La classe politique et médiatique était entièrement fermée à réfléchir aux questions soulevées, comme si c’était justement incompatible avec le fait de démolir les mauvaises réponses des mouvements dits « populistes ». Et ils s’étonnent quand Donald Trump remporte la présidence…

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L’héritage musical du Québec dans L’Action nationale depuis 1966

En 2017, la revue indépendantiste L’Action nationale fête son centième anniversaire. On identifie rarement cette revue à la musique, et pourtant il est possible de retracer comment, selon elle, la musique contribue à l’identité québécoise. C’est ce que nous allons tenter pour les cinquante dernières années. Notre hypothèse est que les références à la musique dans L’Action nationale sont toujours mises en lien directement avec le patrimoine national du Québec. Nous vérifierons cette hypothèse pour trois périodes décisives de l’histoire récente : de 1966 au référendum de mai 1980, de juin 1980 à octobre 1995, moment de l’entre-deux référendums, et enfin depuis le second référendum. 

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Un grand compositeur québécois vient de nous quitter

 car maintenant/le vent n’est plus seul/à chanter sur le rivage du temps
– Alain Gagnon (poème non publié)

Le 26 mars dernier, à l’âge de 78 ans, le compositeur Alain Gagnon nous a quittés. Son décès n’a pas fait beaucoup de bruit. Cela n’est guère surprenant, car cet homme discret pratiquait un art qui ne suscite pas l’enthousiasme des foules. Il écrivait des œuvres musicales exigeantes et résolument contemporaines. Des œuvres s’inscrivant dans la grande tradition occidentale allant de Jean-Sébastien Bach à Arnold Schoenberg.

En plus de sa famille et de ses amis, sa mort laisse dans le deuil des gens qui, comme moi, le connaissaient d’abord par le contact avec ses œuvres. Contact, il faut ici le déplorer, qui aurait bien pu n’avoir jamais lieu tant ses conditions d’existence sont précaires et défavorisées par les environnements éducatif, socioculturel et médiatique dans lesquels nous baignons. Cette constatation mérite réflexion.

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Jean-Marc Léger (1927‑2011) Fin diplomate et indépendantiste radical

Très tôt, Jean-Marc Léger choisit son combat. Contre un État fédéral toujours plus centralisateur, il veut l’épanouissement de la nation canadienne-française puis québécoise. Il veut aussi limiter l’hégémonie mondiale de la culture anglo-américaine, qui tend, selon lui, à réduire au folklore les autres manières de concevoir et d’exprimer le monde. Le trésor à protéger et à promouvoir : la langue française. Et l’arme ? L’État. Léger veut un Québec indépendant ; il veut une organisation internationale d’États francophones forte.

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Collections numériques (1917-2013)

action couv 1933Bibliothèque et Archives nationales du Québec a numérisé tous les numéros de L'Action française et de L'Action nationale depuis 1917.

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