2017 18cahiers600

Un numéro du centenaire aux nouveaux abonnés

Été 2017 - Des navets et des chefs d’œuvre

2017ete250Il a beau être maussade, le printemps fait quand même son œuvre. Partout le vert tendre déplace la grisaille, jouant de tous les contrastes pour mieux faire avancer l’été qui se pointe déjà et qu’on aperçoit dans les quelques trouées de soleil qui déclenchent l’invasion des terrasses. La vie culturelle n’y échappe pas. Et voilà qu’une brève, reprise un peu partout, soulignait les initiatives des bibliothèques de Victoriaville, de Matane et de quelques autres villes pour offrir à leurs usagers un service nouveau : le prêt de semences. 

L’image traditionnelle de la bibliothèque craque de partout. Ni entrepôt de livres ni sanctuaire, la voilà qui se redéfinit comme lieu de la culture vivante. Une culture ouverte non pas seulement sur les objets livres, mais bien plutôt sur ce qu’ils contiennent, sur ce à quoi ils donnent accès. Ceux-là qui craignaient que la dématérialisation des supports et internet ne rendent inutiles ces institutions millénaires sont bel et bien détrompés. Les exemples foisonnent ici et ailleurs, qui font la démonstration que les bibliothèques, en se réinventant, servent encore mieux leur mission première. 

Le succès de la Grande Bibliothèque de Montréal est souvent évoqué, mais il ne doit pas faire écran. Tout le monde gagnerait à mieux connaître ce que des passionnés, bien en phase avec leur milieu et très au fait des aspirations des usagers, imaginent pour élargir les horizons, stimuler et enrichir les habitudes de lecture. Ce n’est surtout pas une affaire de taille ni même de moyens : des bibliothèques de village font de vrais miracles. Des miracles d’autant plus essentiels qu’ils viennent trop souvent compenser pour l’indigence des moyens de l’école. C’est encore une honte de constater l’état des écoles primaires qui dépendent encore de la bonne volonté des enseignants et de leurs budgets personnels pour offrir aux enfants des contacts stimulants avec l’univers des livres. En plusieurs endroits la nécessité est mère de l’invention et plusieurs bibliothécaires – et de nombreux bénévoles – parviennent à jeter des passerelles entre les institutions, surmontant les obstacles bureaucratiques et les clivages de tous ordres qui font la matière des luttes de territoires.

L’offre de semences s’ajoute aux efforts pour faire de la bibliothèque un instrument de soutien et de développement pour faire des communautés locales de véritables collectivités apprenantes. Le jardinage est une activité populaire et une telle initiative peut attirer au comptoir de prêt des gens qui n’y viendraient peut-être pas en d’autres circonstances. Si l’offre est bonifiée par des conférences, des expositions, des activités d’animation, les livres et la connaissance vont gagner des espaces dans la vie des usagers. Et la bibliothèque remplira d’autant mieux sa vocation culturelle.

Les distinctions entre la « grande culture » et le loisir culturel reposent sur des clivages qui n’ont aucunement lieu d’être. Le prêt de semence peut être l’occasion d’initier l’usager à la génétique des plantes, de lui faire découvrir la Flore laurentienne ou encore de lui faire partager la splendeur de L’amélanchier. Le jardin peut aussi être intérieur. Tout est affaire de curiosité bien servie. Il n’est donc aucun sujet, aucun service qui ne devrait être écarté a priori de la vie et du champ d’action de la bibliothèque.

Ici, ce sont les centres d’aide à la recherche d’emploi, là ce sont les activités de soutien à la préparation à la retraire ou encore les services d’aide à l’apprentissage des langues, ailleurs ce sont des programmes d’initiation à la littérature qui viennent élargir la palette des moyens d’intégration des immigrants. Plus que jamais, les bibliothèques deviennent des carrefours qui favorisent et facilitent la circulation des gens et les rencontres dans le véritable lieu de la communauté, celui de la culture partagée.

Rien ne serait plus éloigné de la compréhension du sens de ces initiatives d’élargissement des services des bibliothèques que de les réduire à des gadgets de marketing pour générer de l’affluence et gonfler les statistiques de fréquentation. Parmi les grandes transformations sociales en cours, celles qui touchent le statut de la culture et la place de la connaissance dans la vie des personnes comme dans le devenir des communautés comptent parmi les plus fondamentales. L’évolution des connaissances, de même que l’explosion des moyens de les pratiquer et de les transmettre ont fait tomber bien des frontières et fait voir des liens là où il y a peu on ne voyait que des oppositions.

Cette petite nouvelle au sujet d’une offre de prêt de semences laisse bien voir qu’elle fera pousser bien plus que des légumes. L’été qui vient fournira à cette édition des Cahiers une occasion exceptionnelle de faire la preuve qu’il peut y avoir des liens intimes entre les navets et les chefs d’œuvre. On en tiendra pour preuve ce que donne à penser l’excellente recension que fait ici Paul-Louis Martin de ce véritable chef d’œuvre que constituent ces Curieuses histoires de plantes du Canada 1760-1867.

Bon été. Que chacun puisse trouver son bonheur à cultiver son jardin. Où qu’il se trouve.

Robert Laplante
Directeur des Cahiers de lecture

 

Tagged under: Cahiers,

Accès libéré - Mai 2017

Éditorial - La nécrose et les pilleurs d’héritage

2017mai250Il n’y a pas de limites. Aplaventrisme et démission devant Ottawa en matière de financement de la santé, soumission et renoncement à faire valoir ses prérogatives dans le dossier de la légalisation de la marijuana, consentement à se laisser tourner en ridicule dans le dossier de l’aide à Bombardier, résignation devant les décisions fédérales pour la nomination des juges. La liste ne cesse de s’allonger.

Et voilà que Philippe Couillard s’est transformé en marcheur protestataire à Dolbeau Mistassini pour supposément partager l’anxiété des populations que la crise forestière va frapper de plein fouet. Il a marché, certes, mais pour la protestation, il repassera. Il a déploré, le pauvre intendant. Il a déploré qu’aucun député libéral fédéral n’ait participé à la marche. Il a déploré et… il attend ! Il attend qu’Ottawa fasse un geste, qu’il annonce des mesures pour atténuer les effets de la déstabilisation planifiée de cette industrie mal en point.

Il attend !

Lire la suite...

France : une élection de réalignement ?

Le premier tour des élections présidentielles françaises a révélé des changements majeurs dans les comportements électoraux. Plusieurs phénomènes inédits se sont produits : renoncement du président sortant à la candidature, surprises des primaires au Parti socialiste et au parti Les Républicains où les candidats attendus furent défaits, quatre candidats qui arrivent dans le peloton de tête avec des écarts inférieurs à la marge d’erreur dans les sondages, montée spectaculaire d’un candidat radical, Jean-Luc Mélenchon, de même que celle d’un candidat voué aux gémonies par les médias, Fillon, taux d’abstention plus élevé qu’en 2012 malgré l’intensité de la campagne. Ces phénomènes indiquent qu’on assiste à un déplacement des lignes de clivages politiques et à un réalignement des forces politiques. Il faut aussi remarquer que 45% de l’électorat a voté pour deux candidats sans parti : Mélenchon 19,5% et Macron 24% ce qui dénote une désaffection profonde envers les partis traditionnels.

Lire la suite...

Libre-échange : retour sur une grande confusion langagière

Le verdict est impitoyable : une « révolte populiste » gronde en occident. Et ceux qui détiennent des positions hégémoniques dans l’espace public hésitent constamment entre s’en moquer, l’ignorer ou l’accuser d’accointances sataniques. Il est totalement impensable, pour les thuriféraires du système, de percevoir dans les « attentats électoraux » qui se succèdent des manifestations d’une colère qui soit, au fond, légitime. Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes, écrivait Bossuet. Il leur est impossible de seulement même envisager que le malaise populaire puisse être fondé. Il leur est impensable d’effleurer l’idée qu’il puisse y avoir des racines profondes dans cette expression, dans la non-violence, du désespoir. La classe politique et médiatique était entièrement fermée à réfléchir aux questions soulevées, comme si c’était justement incompatible avec le fait de démolir les mauvaises réponses des mouvements dits « populistes ». Et ils s’étonnent quand Donald Trump remporte la présidence…

Lire la suite...

L’héritage musical du Québec dans L’Action nationale depuis 1966

En 2017, la revue indépendantiste L’Action nationale fête son centième anniversaire. On identifie rarement cette revue à la musique, et pourtant il est possible de retracer comment, selon elle, la musique contribue à l’identité québécoise. C’est ce que nous allons tenter pour les cinquante dernières années. Notre hypothèse est que les références à la musique dans L’Action nationale sont toujours mises en lien directement avec le patrimoine national du Québec. Nous vérifierons cette hypothèse pour trois périodes décisives de l’histoire récente : de 1966 au référendum de mai 1980, de juin 1980 à octobre 1995, moment de l’entre-deux référendums, et enfin depuis le second référendum. 

Lire la suite...

Un grand compositeur québécois vient de nous quitter

 car maintenant/le vent n’est plus seul/à chanter sur le rivage du temps
– Alain Gagnon (poème non publié)

Le 26 mars dernier, à l’âge de 78 ans, le compositeur Alain Gagnon nous a quittés. Son décès n’a pas fait beaucoup de bruit. Cela n’est guère surprenant, car cet homme discret pratiquait un art qui ne suscite pas l’enthousiasme des foules. Il écrivait des œuvres musicales exigeantes et résolument contemporaines. Des œuvres s’inscrivant dans la grande tradition occidentale allant de Jean-Sébastien Bach à Arnold Schoenberg.

En plus de sa famille et de ses amis, sa mort laisse dans le deuil des gens qui, comme moi, le connaissaient d’abord par le contact avec ses œuvres. Contact, il faut ici le déplorer, qui aurait bien pu n’avoir jamais lieu tant ses conditions d’existence sont précaires et défavorisées par les environnements éducatif, socioculturel et médiatique dans lesquels nous baignons. Cette constatation mérite réflexion.

Lire la suite...

Jean-Marc Léger (1927‑2011) Fin diplomate et indépendantiste radical

Très tôt, Jean-Marc Léger choisit son combat. Contre un État fédéral toujours plus centralisateur, il veut l’épanouissement de la nation canadienne-française puis québécoise. Il veut aussi limiter l’hégémonie mondiale de la culture anglo-américaine, qui tend, selon lui, à réduire au folklore les autres manières de concevoir et d’exprimer le monde. Le trésor à protéger et à promouvoir : la langue française. Et l’arme ? L’État. Léger veut un Québec indépendant ; il veut une organisation internationale d’États francophones forte.

Lire la suite...

Collections numériques (1917-2013)

action couv 1933Bibliothèque et Archives nationales du Québec a numérisé tous les numéros de L'Action française et de L'Action nationale depuis 1917.

Vous pouvez utilisez cet outil de recherche qui vous permettra — si vous cliquez sur « préciser la rechercher » — de ne chercher que dans L'Action nationale ou dans L'Action française.