Mai 2018 - L'Action nationale

  • Mai 2018
    • Éditorial - L'exil intérieur Robert Laplante

      Quel affligeant spectacle ! Plus rien ne tient de l’intelligence ni de la décence devant ce qu’on nous donne à voir et à entendre dès lors qu’il est question de la passoire Roxham. Violence sourde de l’État canadian qui ne peut résister à la tentation du mépris à l’égard du Québec qui regimbe à peine, pourtant. Violence doctrinaire de tous les inquisiteurs qui refusent jusqu’à la moindre...

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    • L’économie sociale au Québec : une perspective politique (extrait primeur) Gabriel Arsenault

      Chapitre 1. Introduction Au milieu des années 1990, la gauche québécoise pouvait être optimiste : le Québec allait bientôt être un pays et le pays en serait un progressiste. On publiait La Charte d’un Québec populaire : le Québec qu’on veut bâtir !(1994) et Une société de projets (1995), pendant que la Marche du pain et des roses semait, de Montréal à Rivière-du-Loup, l’espoir d’un pays sans...

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    • La démission des cégeps francophones Nicolas Bourdon

      Professeur de français, collège Bois-de-Boulogne Nous savons tous que, comparativement aux niveaux primaire et secondaire, le réseau collégial jouit d’une grande indépendance: les programmes, les cours et les exigences varient d’un cégep à l’autre. Si cette autonomie peut parfois être bénéfique, notamment pour qu’un cégep s’adapte à des réalités régionales, elle génère malheureusement une...

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    • La péréquation ? Un marché de dupes René Ricard

      Quelle est dans toute l’histoire de la « Confédération » canadienne la seule province à avoir fait défaut sur le paiement de sa dette, c’est-à-dire à s’être retrouvée dans l’impossibilité de faire face à ses obligations financières ? Je vous le donne en mille : l’Alberta. C’était en 1935 et la Grande Dépression frappait tout particulièrement les provinces des Prairies ; affectées de surcroît par de...

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    • Pour décoloniser notre coin du cyberespace Mathieu Gauthier-Pilote

      * Président de FACIL, pour l’appropriation collective de l’informatique libre Un petit groupe de multinationales, dont les principales sont américaines, s’approprie les moyens d’exploiter les ressources numériques des peuples de la Terre, qui tardent à affirmer leur souveraineté dans le cyberespace. Individuellement et collectivement, nous les Québécois sommes riches d’un très grand nombre...

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  • Loi 99. L'être et le droit
    • La cour supérieure rejette la vision de Stéphane Dion André Binette

      * Constitutionnaliste En 1997-98, la Cour suprême a chargé un amicus curiae (« ami de la Cour ») d’exprimer le point de vue indépendantiste dans le Renvoi sur la sécession du Québec en l’absence du Procureur général du Québec. Je faisais partie de l’équipe d’avocats réunie par l’amicus curiae, Me Joli-Cœur, pour cette affaire. En 1997, le gouvernement fédéral, sous la direction de Jean Chrétien,...

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    • Loi 99. L’être et le droit Maxime Laporte

      Avocat et président de la SSJB de Montréal C’est en l’an 2000 que le parlement du Québec, sous l’impulsion des ministres Joseph Facal et Lucien Bouchard, décréta la Loi sur l’exercice des droits fondamentaux et des prérogatives du peuple québécois et de l’État du Québec (RLRQ, c. E-20.1). Véritable « charte » des droits politiques de la nation québécoise, cette nouvelle pièce maîtresse de notre...

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  • Comptes rendus de Mai 2018
    • Éric Bédard. Survivance Guillaume Rousseau

      Éric Bédard.Survivance. Histoire et mémoire du XIXe siècle canadien-français, Boréal, 2017, 238 pages Huit ans après Les Réformistes, l’historien Éric Bédard nous sert un excellent livre intitulé Survivance, qui en constitue en quelque sorte la suite, sous forme de réflexions sur l’après 1837-1838, l’historiographie concernant cette période en général et certains de ses personnages en...

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    • Jean Lamarre. Le mouvement étudiant québécois des années 1960 et ses relations avec le mouvement international Camille Thériault-Marois

      Jean LamarreLe mouvement étudiant québécois des années 1960 et ses relations avec le mouvement international, Québec, Septentrion, 2017, 175 pages Jean Lamarre1, professeur titulaire au département d’histoire du Collège militaire royal du Canada, renouvelle sa collaboration avec la maison d’édition spécialisée en histoire, Septentrion, pour la parution d’un ouvrage s’intéressant aux relations bilatérales...

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    • Notre maître, Lionel Groulx ! Martin Lemay

      Enfin, une biographie de Lionel Groulx ! L’historien Charles-Philippe Courtois lui a consacré cinq ans de sa vie. Il a donc eu tout le temps voulu pour méditer, pour confirmer ou infirmer telle ou telle hypothèse, pour choisir tel angle plutôt que tel autre, enfin, plus important encore, ces cinq années lui ont permis de polir son style. Ainsi, c’est beaucoup plus qu’une biographie. C’est une...

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    • Simon Jolin-Barette Jenny Langevin

      Simon Jolin-BaretteJ’ai confiance. Réflexions sans cynisme d’un jeune politicien, Montréal, Québec Amérique, 2018, 122 pages Nommé parlementaire de l’année par l’Assemblée nationale du Québec en 2016, le député caquiste et avocat Simon Jolin-Barrette se positionne, dans l’esprit de plusieurs, comme un politicien exemplaire. Il semble avoir tout pour lui. Jeune dans un univers obsédé par la...

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    • Un cas de psittacisme anglophile Guy Bouthillier

      Ce fut un très grand jour au Québec, l’un des plus grands de notre histoire, écrira François-Albert Angers dans les colonnes de L’Action nationale ! Inversement, il en fut tout autrement au Canada anglais. Dans ce pays, qui naquit au XVIIIe siècle de l’idée d’exclure la France des rois du continent nord-américain, puis qui grandit dans celle de tenir le plus loin possible de nos rives la France...

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    • Vouloir déboulonner les faits David Leroux

      On a tous eu, dans notre enfance, un ami éreintant qui prétendait en savoir plus que nous sur tous les sujets. Il avait tout vu, tout entendu malgré ses 6 ans. On ne pouvait rien lui apprendre. Pire encore : on avait, face à lui, toujours tort. On l’acceptait dans notre cercle, on le tolérait, grand de cœur que nous étions. On s’était habitué à ses remarques. On s’était même construit une...

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Mathieu Bock-Côté. Le nouveau régime

Mathieu Bock-Côté
Le nouveau régime. Essais sur les enjeux démocratiques actuels, Boréal, 2017, 320 pages

Le sociologue Mathieu Bock-Côté est un auteur prolifique. Quelques mois après la publication d’un ouvrage salué par la critique, Le multiculturalisme comme religion politique, il récidive en publiant Le nouveau régime. Essais sur les enjeux démocratiques actuels. Rassemblant différents essais parus ces derniers temps, il poursuit le combat de sa vie : la critique du multiculturalisme. Si, comme Bock-Côté l’avance, le multiculturalisme est la religion du XXIe siècle, il n’est pas exagéré de dire que le sociologue est à notre époque ce qu’Arthur Buies a été à la sienne. Les deux sont d’une ténacité et d’une énergie à toute épreuve. Mais le sociologue a réussi là où le « chroniqueur éternel » a échoué, soit à attirer l’attention du milieu intellectuel de la mère patrie.

L’ouvrage est divisé en quatre parties, elles-mêmes divisées en dix-neuf chapitres ; il se termine par un savoureux épilogue au sujet de l’amitié. On le sait, Bock-Côté embrasse large et ses thèmes de prédilection sont complexes. Ses critiques ne se résument cependant pas seulement au multiculturalisme. Il en profite aussi pour évaluer d’autres idées qu’il juge aberrantes, voire dangereuses. Le choix de diviser ce livre en plusieurs parties est donc judicieux, l’ouvrage étant de ce fait plus accessible au lecteur peu familier avec des thèmes du type : « La nouvelle question anthropologique : l’humanité indifférenciée ». Mais la qualité d’un livre tient moins à sa structure qu’à la qualité de la langue de celui qui l’écrit. De ce point de vue, les nombreux lecteurs de Bock‑Côté reconnaîtront sa plume élégante et vigoureuse.

La thèse principale de Mathieu Bock-Côté est qu’un nouveau régime s’est imposé dans la plupart des pays occidentaux. Il est intéressant de constater que ce nouveau régime n’est pas apparu à la faveur d’une évolution des institutions politiques traditionnelles, mais plutôt grâce à une révolution idéologique. C’est pourquoi il s’est imposé lentement, discrètement, comme sur la pointe des pieds. C’est la définition même d’une révolution venue « d’en haut ». Selon Bock-Côté, les fondements de ce nouveau régime sont limpides : « Il s’agirait, pour le dire succinctement, du fondamentalisme des droits de l’homme conjugué au culte de la diversité et à l’économie de marché » (p. 12). On le reconnaît aussi par sa passion destructrice. En effet, il n’a de cesse de « déconstruire tout ce qui rappelle le monde ancien ou témoigne de sa persistance dans le nouveau » (p. 13). Si les fondements du nouveau régime sont clairs, son objectif l’est tout autant : « l’humanité, écrit Bock-Côté, est engagée dans une phase d’émancipation sans précédent. L’homme se délivre de vieilles entraves, il s’affranchit du poids du passé, il peut enfin naître à une liberté pleine et entière grâce à la liquidation de tous les préjugés » (p. 14).

N’est-ce pas formidable ? Ne sommes-nous pas privilégiés de vivre à une époque qui s’apparente à un conte de fées ? L’avènement de ce nouveau régime ne signifie-t-il pas que le paradis sur terre serait enfin à notre portée ? Mathieu Bock-Côté répond que non. Il démontre que derrière de belles et généreuses valeurs, le nouveau régime cache une réalité qui n’est pas aussi merveilleuse que ses adeptes veulent bien le laisser croire. L’auteur n’y va d’ailleurs pas par quatre chemins. Dès l’introduction, il annonce ses couleurs : « Nous sommes devant un nouveau principe de légitimité qui fonde un nouveau régime. Il prétend accomplir la démocratie, mais, en fait, il la trahit. Il faut le décrypter » (p. 15). Sa démonstration se résume à ce présage : la démocratie est en péril.

Cette menace tient à plusieurs éléments. Le premier est la conception singulière de l’homme propagée par le nouveau régime. Pendant des siècles, il était généralement reconnu que l’homme était, de par sa nature, complexe, insaisissable, inconstant, bref, capable du meilleur comme du pire. Le nouveau régime ne croit pas que l’homme soit aussi complexe. En fait, il conteste l’idée même de « nature humaine », car l’attachement au groupe et aux coutumes civilisatrices qui l’invitent à contrôler ses passions ne serait qu’une construction sociale cherchant à le réduire à l’esclavage. Le nouveau régime estime que l’homme est malléable et qu’il lui suffirait d’un peu de bonne volonté pour qu’il accède à la perfection. Et le sociologue de s’interroger :

De ce point de vue, la modernité ne porte-t-elle pas fondamentalement en elle la tentation de l’homme nouveau, dont on connaît le potentiel totalitaire ? L’homme qui ne se pense plus comme limité et comme héritier (ou autrement dit, qui ne reconnaît plus une nature à respecter) ne risque-t-il pas d’être soumis à toutes les manipulations idéologiques, à tous les fantasmes relevant de l’ingénierie sociale, comme si on pouvait fabriquer en laboratoire un homme idéal (p. 83) ?

L’un des objectifs de la démocratie est de permettre les débats civilisés entre différents points de vue. Les adeptes du multiculturalisme, l’une des idées fondatrices du nouveau régime, n’acceptent pas cette définition, car ils ne souffrent aucune remise en question. C’est ce que souligne Bock‑Côté quand il écrit qu’« il n’est pas permis de remettre en question la révélation multiculturaliste et le dogme qui le consigne politiquement. Ceux qui le feront seront considérés comme de dangereux personnages, animés par des sentiments condamnables » (p. 28). Le moins qu’on puisse dire, c’est que ce type de comportement n’est pas très respectueux de la liberté d’expression, l’un des fondements de la démocratie.

Qui dit démocratie, dit aussi politique. Selon le sociologue, le nouveau régime a usé de son ascendance pour vider la politique de son sens. Traditionnellement, la responsabilité de décider des grandes orientations politiques et sociales incombait aux élus du peuple. Or, depuis quelques années, ces derniers ont abandonné ce rôle. Par exemple, Bock-Côté s’étonne du fait que, lors du débat sur l’euthanasie, nombre de commentateurs et d’élus n’ont pas tant insisté sur la nature très complexe de ce débat que sur le fait qu’il fallait se féliciter qu’il n’y en ait pas eu. En lieu et place d’un débat vigoureux, nous avons eu droit à « un exercice de pédagogie collective, mené par la frange la plus éclairée de notre société à l’intention de sa frange la plus conservatrice, qui n’entendait toutefois pas renverser la tendance, mais seulement, au mieux, freiner ses ardeurs » (p. 137). Avec la complicité active ou tacite des élus, le nouveau régime a étouffé la charge émotive, conflictuelle, voire existentielle de la politique. Or, lorsque les élus admettent leur impuissance face à des forces qu’ils ne peuvent contrôler, c’est la démocratie qui s’affaiblit. C’est du moins ce qu’écrit Bock-Côté dans ce qui est peut-être l’une de ses thèses les plus fulgurantes :

Le politique comme « adaptation » à la mondialisation, à la transformation du marché du travail, à la recomposition de la famille et à la diversification de la société ne prétend plus orienter la société à partir d’un projet : il a seulement pour fonction d’ajuster les règles politiques et administratives aux réalités toujours changeantes de la société civile et du marché (p. 187).

J’ajoute que, aux dires du sociologue, l’avènement du nouveau régime tient moins à son propre génie qu’à l’apathie des peuples occidentaux. Et, de ce point de vue, Bock-Côté se fait le disciple de George Orwell quand il écrit : « C’est peut-être ce qui arrive dans une civilisation qui ne croit plus à la réalité des choses, mais seulement aux discours qu’on tient sur celles-ci, comme si on pouvait se contenter de les imaginer autrement pour les transformer en profondeur » (p. 38). Lisant cela, comment ne pas faire un rapprochement avec le président des États-Unis, Barack Obama, qui, lorsqu’il dénonçait le terrorisme, évitait soigneusement de faire référence au « terrorisme islamique » comme si, en négligeant de la nommer, la réalité allait disparaître. Or, le refus de nommer les choses révèle une régression démocratique qui ne dit pas son nom.

En le lisant, certains seront tentés de penser que Mathieu Bock-Côté exagère et que les idées qu’il dénonce sont à ce point radicales qu’elles ne peuvent qu’être marginales. Je le dis respectueusement : les gens qui pensent ainsi ont tort. Bock-Côté n’invente pas le radicalisme sur lequel se fonde le nouveau régime. Il suffit de prendre l’exemple de la théorie du genre qui s’impose d’ores et déjà dans les médias, et qui va bientôt s’imposer, si ce n’est déjà fait, dans les écoles. Peut-on lui donner tort quand il écrit ceci au sujet des partisans de cette théorie :

Leur perspective ne peut être nuancée : c’est la lutte du bien contre le mal, le bien de l’utopie postsexuelle, le mal de l’histoire sexuée. Pourquoi feraient-ils des compromis avec les défenseurs du vieil ordre sexué, « hétérosexiste » et « patriarcal » qu’ils se sont donné pour mission d’abattre à tout prix afin que naisse enfin ce nouveau monde qui rendra possible un homme nouveau, sans sexe ni préjugés et, ajoutons-le, sans patrie ni histoire, seulement occupé à porter son identité du jour avant d’en changer le lendemain (p. 127-128) ?

La lecture de cet ouvrage est indispensable ne serait-ce que pour saisir ceci : le nouveau régime risque de s’écrouler sous le poids de ses « contradictions internes ». Ne s’est-il pas édifié grâce à l’alliance contre nature entre les partisans du libéralisme mondialisé et ceux du libéralisme social ? Ne promeut-il pas la diversité tout en imposant l’uniformité ? Ne travaille-t-il pas à l’émancipation individuelle, mais n’exige-t-il pas en contrepartie la soumission ? Le nouveau régime célèbre, à la fois, le pluralisme et le conformisme ; il use constamment du mot de « liberté », mais décrète la censure ; il profite de la dépolitisation des grandes questions de notre temps pour mieux politiser les rapports sociaux les plus intimes ; il vomit la chrétienté pour mieux entourer l’islam de sa sollicitude ; il combat les anciens préjugés pour mieux en imposer de nouveaux. Mathieu Bock-Côté a donc raison quand il écrit : « Si le nouveau régime se montre particulièrement autoritaire envers ceux qui le remettent en question, c’est peut-être qu’il se sait fragile – à tout le moins, il voit le peuple comme une bête inquiétante qu’il faut domestiquer, car ses mauvaises pulsions ne seraient jamais complètement endormies » (p. 290). Ce sont probablement ces « mauvaises pulsions » qui sont à l’œuvre en Europe et aux États-Unis…

Je partage l’analyse de Mathieu Bock-Côté, soit que le nouveau régime aime la démocratie à la condition qu’elle lui soit assujettie. Je ne peux toutefois m’empêcher de penser qu’il a su profiter de l’inaptitude des peuples occidentaux à se défendre. Il y a bien eu ici ou là quelques soubresauts, mais de façon générale, le nouveau régime a pu s’installer confortablement sans être réellement contesté. Cette indolence généralisée constitue d’ailleurs l’angle mort de la thèse de Bock-Côté. J’aurais en effet apprécié qu’il affirme sans détour que la contestation du nouveau régime et la défense de la démocratie, des valeurs et de l’histoire occidentales ne relèvent pas uniquement du travail de quelques intellectuels, si valeureux et talentueux soient-ils, mais aussi des citoyens. Je veux bien croire que le nouveau régime s’est imposé en détruisant tout sur son passage, qu’il s’est appuyé sur des idées plus ou moins extravagantes et d’un radicalisme à faire frémir les plus flegmatiques, que ses adeptes ne sont pas aussi attachés à la démocratie et à la liberté qu’ils ne le disent, il demeure que le nouveau régime a réussi à imposer ses idées et à s’implanter aux quatre coins de l’Occident. Le rôle des intellectuels est de remarquer les erreurs et les faiblesses, mais aussi de placer les citoyens face à leurs responsabilités.

Cette apathie des peuples est d’autant plus incompréhensible qu’ils peuvent compter sur la présence d’intellectuels de grands talents. Dans la quatrième partie intitulée « Admirables dissidents », l’auteur dresse justement le portrait de quelques-uns de ces intellectuels qui n’ont pas hésité, malgré les risques personnels et professionnels, à remettre en question les dogmes du nouveau régime. Ce sont pour nous tous de belles leçons de courage, car le nouveau régime est aussi brutal envers ses opposants qu’il est généreux envers ses adeptes. Si la servilité n’est pas héroïque, elle est au moins confortable. Dans son œuvre, Raymond Aron ne faisait pas de différence entre le totalitarisme de droite et de gauche. Ce faisant, il s’est fait beaucoup d’ennemis à une époque où « Les intellectuels de gauche dépensèrent des énergies immenses pour déculpabiliser le marxisme, pour l’innocenter, plutôt que de chercher à comprendre pourquoi les mêmes idées donnaient partout les mêmes résultats » (p. 222). Julien Freund, le « penseur du conflit », a pour sa part dénoncé « un certain progressisme [qui] préfère voir l’Occident se détruire plutôt que d’accepter qu’une civilisation ou une cité n’aient pas une vocation angélique » (p. 235). Un autre « admirable dissident » se nomme Alain Finkielkraut. Ce dernier déplore « le refus qu’exprime notre civilisation de se reconnaître un patrimoine culturel à transmettre » (p. 247). Le romancier Michel Houellebecq, pour sa part, a pris note que : « L’Europe trouve enfin dans sa soumission volontaire à l’islam la délivrance d’elle-même qu’elle avait tant cherchée » (p. 251). Enfin, le dernier de ces « admirables dissidents » est nul autre qu’Éric Zemmour que l’auteur qualifie « d’ennemi public » : « Zemmour parle. C’est déjà grave. On l’écoute, ce l’est encore plus. Le lectorat le plébiscite : les bons esprits sentent venir une révolte contre eux, d’autant qu’elle gronde effectivement, en Europe » (p. 258).

En conclusion, si tous les dissidents du nouveau régime ont en commun une même volonté implacable de liberté, de vigilance et de lucidité, on peut d’ores et déjà ajouter à cette liste le nom de Mathieu Bock-Côté.

Martin Lemay
Ex-député et essayiste

 

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2017 18cahiers600

Un numéro du centenaire aux nouveaux abonnés

Accès libéré - Juin-Septembre 2017

Éditorial - Sans l’audace il n’arrivera jamais rien

2017juinseptembre250La politique va mal. Elle va mal partout et c’est parce que la démocratie va mal. Des mutations sociales et économiques profondes la travaillent. Des repères culturels basculent et rien de ce qui, hier, pouvait être tenu, sinon pour certain du moins pour une base commune, ne résiste plus au nihilisme marchand ou à la fureur sectaire. Partout les classes politiques vacillent, leur crédibilité fléchit au même rythme que leurs renoncements. Le décrochage civique mine la vie publique et pave la voie aux dérives sectaires. Le monde traverse une passe extrêmement dangereuse. Et notre statut de nation oblitérée fait l’effet d’un amplificateur de ces tendances de fond, accroissant cynisme et désabusement à l’endroit de la chose publique et de sa construction.

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Charte des valeurs : ne touchez pas à l’islam !

Au Québec, la charte des valeurs marque un point tournant dans l’histoire de la laïcité dont on n’a jamais véritablement pris la mesure, empêtrés que nous sommes dans la honte et la culpabilité. Encore aujourd’hui, bien que l’on ignore toujours tout des motivations réelles d’Alexandre Bissonnette concernant l’attentat à la mosquée de Québec, cet évènement tragique a ramené la charte dans l’actualité, alors qu’on continue bêtement de répéter que ce projet de loi stigmatisait les musulmans, particulièrement les femmes voilées, qu’il était raciste, xénophobe et islamophobe. 

Mais au-delà de ce bouquet d’insultes habituelles que l’on rencontre partout en Occident à chaque fois qu’un pays veut légiférer en matière de laïcité face à un islam militant, pro-voile et farouchement anti-laïque, le temps est venu de délaisser les invectives pour la réflexion et de préférer l’analyse à l’auto-flagellation.

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Québec solidaire et l’indépendance du Québec

De nombreux indépendantistes s’interrogent sur la position constitutionnelle de Québec solidaire. Ce questionnement est d’autant plus pertinent que ce parti après avoir entretenu une certaine ambiguïté a pris récemment une position favorable à l’indépendance, qu’il attire de plus en plus d’électeurs et qu’il envisage de former une alliance avec le Parti québécois et Option nationale. Il est donc nécessaire de faire un examen attentif de son programme pour évaluer les particularités de son positionnement. Pour faire cette évaluation, il faut principalement se référer aux documents adoptés par les membres de ce parti et ne pas se fier aux déclarations de ses porte-parole qui peuvent être dictées par la conjoncture. Dans cette analyse, j’examinerai trois aspects de la question : le rapport de QS au Canada, le processus d’accession à l’indépendance et enfin les raisons de faire l’indépendance.

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Forum Gaspésie 2017. Sortir des approches défensives

Conférence d’ouverture du Forum Gaspésie 2017 prononcée à Bonaventure le 18 mai 2017.

Je vous remercie de l’occasion que vous me donnez de partager avec vous quelques-unes des perspectives qui s’imposent à tous ceux et celles qui ont à cœur le sort de la Gaspésie. Et, croyez-moi, ce ne sont pas seulement des Gaspésiens et des Gaspésiennes, loin de là : je ne conçois pas l’avenir du Québec sans une Gaspésie prospère.

À cet égard, disons-le d’entrée de jeu : s’il reste beaucoup à faire, la région peut compter sur un très fort potentiel. Et je pèse mes mots. Les travaux que nous avons menés dans la région avec mes collaborateurs de l’Institut de recherche en économie contemporaine, les échanges que nous avons eus avec des passionnés, des entrepreneurs en tous genres, justifient cette conviction. Les difficultés ne doivent pas faire écran aux nombreux possibles qui restent ouverts. Des possibles qui peuvent se réaliser si l’on est en mesure de réunir les conditions de succès qui en feront non seulement des réalisations, mais aussi des sources d’inspiration. Il faut le redire, rien n’est plus utile à la construction du pays qu’une culture du succès.

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Hochelaga fantasmé ou historique ?

Le 150e anniversaire de la Confédération canadienne et le 375e anniversaire de la fondation de Ville-Marie sont une occasion de se remémorer des faits, lieux et personnes qui ont façonné notre histoire. Les plaques et monuments sont une façon de le marquer de façon officielle dans l’espace public : ils suscitent l’intérêt des passants et des touristes. Mais ces plaques commémoratives disent-elles toujours la vérité ? On peut en douter quand on connaît l’existence de deux plaques commémoratives du voyage de Jacques Cartier à Hochelaga en 1535 : l’une se trouve au centre-ville sur le terrain de l’université McGill et l’autre sur la façade de l’église de la Visitation dans l’arrondissement Ahuntsic-Cartierville. 

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Le démantèlement de la nation (chronique 15)

La période couverte s’étend du 21 février au 22 mai 2017.

Cela a fait 35 ans le 17 avril que le Québec vit sous l’empire d’une Constitution canadienne qui lui a été imposée. Aucun gouvernement québécois, y compris celui de Jean Charest, n’a accepté le coup de force perpétré en 1982. Or, le gouvernement de Philippe Couillard a refusé d’accepter un projet de motion réaffirmant que la loi constitutionnelle de 1982 « a eu pour effet de diminuer les pouvoirs et les droits du Québec sans son consentement » (14 avril). Il a même refusé que l’Assemblée nationale en débatte. Mais les faits parlent.

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Un tribunal qui légifère et qui se mêle de politique

L’origine et la nature des compétences judiciaires de la Cour suprême – notre tribunal de dernière instance depuis 1949 – ont toujours été au Québec un sujet de questionnement, une source d’inquiétude, une cause d’irritation et de mécontentement.

Les révélations, faites par l’historien Frédéric Bastien, d’ingérence politique en haut lieu par deux de ses membres, lors du coup de force de 1982, nous ont forcés à nous pencher une fois encore sur la « légalité », la « légitimité », la « loyauté », et la « bonne foi » de cette institution dont la fonction officielle est pourtant de « sauvegarder » l’ordre constitutionnel, et non de le « renverser » par des manœuvres clandestines et illégales.

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Collections numériques (1917-2013)

action couv 1933Bibliothèque et Archives nationales du Québec a numérisé tous les numéros de L'Action française et de L'Action nationale depuis 1917.

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