Comptes rendus de décembre 2017

Dalie Giroux. Le Québec brûle en enfer

Dalie Giroux
Le Québec brûle en enfer, M éditeur, coll. Mobilisations, 2017, 130 pages

À la vue de ce titre dans ma pile de commandes, mon libraire s’est exclamé ironiquement et sans retenue : « Misère, ce livre semble plein de subtilité ! » Cette simple remarque venant d’un de ceux qui voit passer entre ses mains le plus de titres au Québec résume bien l’impression qui reste au lecteur lorsque la 130e et dernière page du livre Le Québec brûle en enfer se referme.

C’est Dalie Giroux, professeur de « pensée politique » à l’Université d’Ottawa, qui signe ce brûlot composé de 12 courts papiers publiés par elle, çà et là disséminés depuis quelques années dans des médias de gauche dits « alternatifs ». L’ouvrage de Giroux, rédigé en détestable écriture inclusive, mérite à peine que l’on s’y attarde, sinon pour en souligner la bêtise et s’étonner qu’un professeur d’université s’adonne à de telles excrétions.

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Catherine Dorion. Les luttes fécondes

Catherine Dorion
Les luttes fécondes. Libérer le désir en amour et en politique, Montréal, Atelier 10, Collection Document, 2017, 116 pages

Les luttes fécondes est le plus récent essai de Catherine Dorion, une artiste-militante qui s’est fait connaître à travers Option nationale et la crise étudiante de 2012. L’ouvrage s’ouvre avec des descriptions brèves et crues de conflits conjugaux, vite suivies d’une montée de lait à l’endroit de Benoît Dutrizac, dénoncé parce qu’il critiquait les étudiants grévistes de 2012. Ce coq-à-l’âne est à l’image du reste de l’œuvre. Bien qu’elle livre une mince plaquette d’à peine 100 pages, l’auteure sautille entre la sociopolitique, l’intimité et l’anecdote autobiographique. Le propos prend plusieurs avenues, mais elles indiquent toutes que le lecteur est surtout le témoin d’une plume qui se célèbre.

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Christian Saint-Germain. Naître colonisé en Amérique (1)

Christian Saint-Germain
Naître colonisé en Amérique, Montréal, Liber, 2017, 204 pages

Colonialisme, colonisés, colonisateurs, ces vocables ont disparu du discours politique québécois alors qu’à l’origine du mouvement indépendantiste ces mots étaient utilisés pour caractériser la situation du peuple québécois dans le régime politique canadien et l’attitude de beaucoup de Canadiens français qui collaboraient à notre asservissement collectif.

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Christian Saint-Germain. Naître colonisé en Amérique (2)

Christian Saint-Germain
Naître colonisé en Amérique, Montréal, Liber, 2017, 204 pages

Comment décrire le dernier livre de Christian Saint-Germain en quelques mots ? Destructeur et redondant. Effectivement, depuis le temps que nous l’apprivoisons, la doctrine Saint-Germaniste est devenue fort prévisible, mais jamais édulcorée. Naître colonisé en Amérique reprend en ce sens tous les ingrédients de la recette mitigée des précédents ouvrages de l’auteur. C’est d’ailleurs peut-être pourquoi ce nouvel opus de la même idée peine à trouver son identité. Il apparaitra, à tout lecteur averti, comme quelques chapitres à rajouter au Mal du Québec dont l’ancre des pages n’a même pas encore eu le temps de sécher. On le sait maintenant, le nihilisme méthodologique anti-péquiste de Saint-Germain consiste essentiellement à faire couler le sang et rouler les têtes, par ailleurs toujours les mêmes, celles de l’univers du Parti québécois. La chimère souverainiste, mi-felquiste, mi-vampire, des confins nébuleux de l’UQAM récidive donc de nouveau. Seulement cette fois l’effet de surprise n’est plus au rendez-vous. On retrouvera encore la créature tirer son même plaisir sadique, alors qu’elle s’adonne à ses frappes chirurgicales habituelles à la carotide péquiste. Dans la suite logique de la trilogie, le Parti québécois qui représenterait d’abord un bluff de farceur, puis un mal existentiel, est maintenant une forme de démon à exorciser tel que l’annonce la page couverture.

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Jean-Louis Bourque. Du presque-pays au pays

Jean-Louis Bourque
Du presque-pays au pays, Aix-en-Provence, Les Éditions Persée, 2017, 178 pages

Jean-Louis Bourque retrace le cheminement de sa pensée politique en l’associant à celui de l’évolution du Québec. Comme dans son précédent ouvrage (Demain la République), il plaide pour l’indépendance, mais il le fait plus sur le plan des valeurs que sur celui des institutions et des structures de pouvoir. Ayant lui-même affronté à deux reprises le risque de disparaître, suite à des maladies graves, il transpose sa résilience personnelle à celle de son pays. Il voit l’histoire du Québec comme une longue résistance à la disparition. Il pense que la perspective de ne plus être affecte autant l’individu que la collectivité. Cette métaphore existentielle n’est pas toutefois sans poser problème, car le collectif ne se pense pas par lui-même, il se représente à travers une série de médiations que jouent les intellectuels, les médias et la classe politique. Les ressources de l’illusion sont presque infinies dans cet univers de la représentation collective ce qui est beaucoup moins vrai pour l’individu qui sait qu’il ne peut échapper à la finitude et qui peut compenser par l’idée de la résurrection dans l’au-delà. Il n’y a pas d’au-delà pour les peuples.

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Luc-Normand Tellier. L’émergence de Montréal dans le système nord-américain : 1642-1976

Luc-Normand Tellier
L’émergence de Montréal dans le système nord-américain : 1642-1976, Septentrion, Québec, 2017, 528 pages

Le titre de ce monumental nouvel ouvrage de mon collègue retraité de l’UQAM n’est pas fortuit. D’abord, en privilégiant le nom de Montréal, aux dépens de celui de la Nouvelle-France, on peut se demander si l’éditeur ne s’est pas montré quelque peu opportuniste en voulant profiter des fêtes coderrennes du 375e anniversaire de la métropole québécoise. Ces fêtes ayant été placées sous la gouverne d’un gestionnaire de l’humour, Septentrion a-t-il voulu, comme d’autres éditeurs l’ont fait, y faire entrer la place revenant à l’histoire ? Chose certaine, ce fort intéressant ouvrage, s’il traite, bien sûr, de la ville située à l’un des bouts de l’autoroute Jean-Lesage, les faits racontés se rapportent à la Nouvelle-France dans son ensemble, en se situant pour une bonne part sous les ors de Versailles. En effet, Luc-Normand Tellier (LNT ci-devant) ne cache pas que l’angle adopté pourra surprendre certains en situant la naissance de Montréal (j’ajoute celle de la Nouvelle-France, comme de sa perte) à partir de Versailles et des cours européennes, tout en se positionnant dans le contexte du système urbain nord-américain (p. 376).

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Brebis cherchent bergers

L’Assemblée des évêques catholiques du Québec a récemment publié un document intitulé Rapport présenté à Sa Sainteté le Pape François par l’Assemblée des évêques du Québec en prévision de la visite ad limina apostolorum de mai 2017. Que pouvait bien signifier pour un profane une visite ad limina apostolorum ? Si j’ai bien compris, aux dix ou quinze ans, les évêques ont l’obligation de présenter au Pape un rapport exposant la situation de leurs diocèses. Le pape, aussi infaillible soit-il, ne peut rencontrer un à un tous les évêques de tous les pays. Les évêques québécois ont donc mandaté leur Assemblée pour les représenter. Au-delà des structures vaticanes, ce Rapport est intéressant car il offre un portrait du Québec tel que vu par nos évêques. Et, à mes yeux, leurs observations sont aussi dignes d’intérêt que celles des sociologues patentés. 

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Accès libéré - Odeur de pétrole sur la capitale Avril 2017

Québec et ses rives coloniales

Durant la plus grande partie de son histoire, Québec a été une ville coloniale. Sur son littoral, elle le demeure aujourd’hui.

Lors de la fondation de Québec par Samuel de Champlain, les nouveaux arrivants prirent le contrôle du fleuve et déplacèrent les autochtones vers l’intérieur des terres. La Conquête britannique en fit autant avec les Français et les Canadiens, mettant fin à leur présence dominante sur le Saint-Laurent et ses affluents. Ce n’est pas sans raison que le journal Boston Globe qualifia la prise de Québec de « chute de la Carthage d’Amérique ». Tout comme celui de la grande cité punique, l’empire de la Nouvelle-France avait été un empire de l’eau. Le géographe Luc Bureau a résumé de façon lapidaire ce virage radical survenu lors de la Conquête : « La hache et la faucille chassent la rame et le fusil, la charrue se substitue au canot d’écorce ». Tout est dit. On touche ici à la cause fondamentale de l’éloignement général des Québécois par rapport au fleuve Saint-Laurent. 

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Un projet injustifié et à risques

Extrait du mémoire « Beauport 2020, un projet injustifié et à risques… pour le fleuve, les habitants et les résidents de Québec » présenté à la Commission de l’Agence canadienne d’évaluation environnementale, dans le cadre de l’évaluation du projet d’aménagement d’un quai multifonctionnel en eau profonde présenté par l’Administration portuaire de Québec.

Rédaction : Christian Simard, Gabriel Marquis et Marilyn Labrecque avec l’appui, notamment, des experts en écosystèmes aquatiques : Guy Trencia Pierre Dumont et Charles-Antoine Drolet et de l’historien spécialisé Pierre Ross.

Dans la mire de l’administration du Port de Québec (APQ) depuis plusieurs années, le projet Beauport 2020 prévoit un agrandissement de la zone portuaire de la Capitale-Nationale par une extension de la ligne de quai actuelle et l’aménagement d’un terrain d’arrière-quai d’une superficie de 17,9 hectares, gagné à même le Saint-Laurent, qui hébergera des terminaux de vrac solide et liquide. L’APQ avance également que son projet aura d’importantes retombées économiques et que le Port a besoin de nouveaux revenus pour moderniser ses activités. Or, le Port n’a pas déposé d’étude de marché pour appuyer ses dires ni aucune étude coûts/bénéfices. L’étude des retombées économiques préparée par KPMG est basée sur un scénario optimal d’investissements publics-privés de 590 millions $, alors qu’il n’y a aucun client confirmé pour le nouveau quai et que les impacts étudiés ne couvrent généralement que la partie de construction du quai […]

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Des activités à forts impacts sur les résidents

Extrait du mémoire « Beauport 2020, un projet injustifié et à risques… pour le fleuve, les habitants et les résidents de Québec » présenté à la Commission de l’Agence canadienne d’évaluation environnementale, dans le cadre de l’évaluation du projet d’aménagement d’un quai multifonctionnel en eau profonde présenté par l’Administration portuaire de Québec.

Rédaction : Christian Simard, Gabriel Marquis et Marilyn Labrecque avec l’appui, notamment, des experts en écosystèmes aquatiques : Guy Trencia Pierre Dumont et Charles-Antoine Drolet et de l’historien spécialisé Pierre Ross.

Si le manque d’information concernant le contenu du projet Beauport 2020 – dont une partie seulement est l’objet d’évaluation par l’Agence canadienne d’évaluation environnementale (ACEE) – rend difficile l’analyse de ses impacts économiques et environnementaux, c’est d’autant plus vrai en ce qui concerne ses impacts sur l’environnement humain. En effet, au-delà des dérangements que pourrait occasionner la phase d’aménagement du quai multifonctionnel sur le paysage, sur certaines activités balnéaires et sur la qualité de l’air, c’est surtout les activités qui s’y dérouleront lors de la phase d’exploitation qui doivent retenir l’attention.

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La fragilité des panoramas

Nous jetâmes l’ancre devant Québec. Quelle scène ! Le monde peut-il en produire une autre pareille ? Déjà pour moi, Édimbourg avait incarné le beau idéal, la synthèse de toutes les grandeurs de la Nature – une vision des Highlands du nord avait hanté mes rêves en traversant l’Atlantique. Mais tous mes rêves s’évanouirent devant ce panorama de Québec. La Nature a prodigué ses éléments les plus grandioses pour former ce don du ciel étonnant. De sombres montagnes aux sommets ennuagés se dressent au loin, la cataracte écume et rugit ; les bois, le roc et le fleuve s’allient pour rendre ce tableau parfait, digne de son Divin créateur.

L’escarpement auquel la ville s’agrippe se reflète dans les eaux calmes et profondes qui l’entourent à ses pieds et rehausse grandement la beauté romantique du site.

(Trad. Sept. 1832. Susanna Strickland Moodie)

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Odeur de pétrole sur la capitale

Le Port de Québec est l’un des plus anciens d’Amérique. Il bénéficie d’une position privilégiée, car il est le dernier, en provenance de l’Atlantique, à bénéficier d’une eau assez profonde pour accueillir les gros navires. Depuis le début du XIXe siècle, il a pu développer sans trop d’entraves sa vocation de port de transbordement : le bois en partance pour l’Angleterre au début du XIXe siècle, le blé de l’ouest au XXe siècle, les hydrocarbures par la suite. Une telle vocation ne nécessite pas de très vastes espaces terrestres, ce dont d’ailleurs il ne dispose pas. C’est effectivement son principal handicap. 

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Un processus d’évaluation fédéral inadéquat, un processus d’examen québécois inexistant

Extrait du mémoire « Beauport 2020, un projet injustifié et à risques… pour le fleuve, les habitants et les résidents de Québec » Rédaction : Christian Simard, Gabriel Marquis et Marilyn Labrecque avec l’appui, notamment, des experts en écosystèmes aquatiques : Guy Trencia Pierre Dumont et Charles-Antoine Drolet et de l’historien spécialisé Pierre Ross.

L’ampleur du projet d’agrandissement Beauport 2020 du Port de Québec est indiscutable. Il s’agit d’un chantier de grande envergure qui, pendant sa réalisation et à terme, aura des impacts non négligeables sur les milieux naturels du Saint-Laurent, sur les espèces qui les fréquentent, ainsi que la qualité de vie des résidents à proximité du projet. En fait, rarement dans les dernières années, la ville de Québec ne s’est vue proposer de projets d’une telle envergure et il est d’autant plus important que celui-ci fasse l’objet d’une étude et de consultations approfondies.

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Les 20 raisons de la colère

Jean Lacoursière est physicien spécialiste en conception de systèmes optiques et citoyen de Québec.

Quand remblayer le fleuve en ruinant le panorama de Québec et de la plage publique de la baie de Beauport devient prétendument la seule manière de survivre pour un port qui n’est l’hôte que d’une activité industrielle à faible valeur ajoutée, qui persiste à contaminer par ses poussières toxiques l’air et les surfaces des quartiers voisins et qui entrepose et transporte (train et bateau) des matières liquides hautement dangereuses à proximité des gens, n’est-il pas temps de stopper la procrastination des 35 dernières années et d’enfin réfléchir à la croissance du transbordement maritime des matières solides et liquides en vrac loin des zones densément peuplées ? Vingt raisons pour lesquelles Beauport 2020 est un projet choquant.

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Le Port de Québec, un modèle d’entreprise citoyenne ?

Le nouveau processus environnemental de participation citoyenne témoigne de notre volonté d’écouter et de tenir compte des points de vue des citoyens et des organismes de la communauté. Ce mécanisme positionne le Port de Québec comme un leader en participation citoyenne et nous en sommes très fiers.

– Port de Québec. Communiqué, mai 2015

Avec le temps, les entreprises ont été amenées à porter une attention toute particulière à l’image citoyenne qu’elles doivent aujourd’hui projeter face aux attentes de plus en plus élevées des communautés au sein desquelles elles évoluent. Un PDG qui ambitionne de gouverner et rester en selle sans trop de secousses sait qu’il a tout à gagner à recouvrir sa gestion des affaires d’un certain vernis vert-éthique. Il en va même souvent de sa propre survie. On attend de lui qu’il soigne l’image de l’entreprise, qu’il lui donne une crédibilité sociale et lui définisse un visage sur mesure de bon citoyen. À cette fin, il fera abondamment appel aux meilleurs consultants en marketing d’image corporative, en fabrication de label impressionniste d’entreprise citoyenne. On commandera des discours souvent racoleurs sur l’environnement et des énoncés de principe qu’on affichera de façon ostensible sur le site corporatif. S’il le faut, pour circonscrire le tout, on se dotera d’un mécanisme de « participation citoyenne ». Ça ne coûte pas cher et ça projette admirablement bien l’image d’une « entreprise XIXe siècle ».

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Collections numériques (1917-2013)

action couv 1933Bibliothèque et Archives nationales du Québec a numérisé tous les numéros de L'Action française et de L'Action nationale depuis 1917.

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