Québec solidaire. Penser en pays

L’Action nationale a demandé aux quatre partis représentés à l’Assemblée nationale de soumettre leur position sur la question nationale en regard des élections du 1er octobre 2018. Ici la position défendue par Sol Zanetti (candidat QS) et Simon Lambert.

La proposition phare de Québec solidaire est à trouver du côté de l’indépendance ; il s’agit de faire du Québec un pays pour rendre possible la souveraineté populaire et un projet social qui serait impossible à réaliser dans le carcan postcolonial du pétro-État canadien. Le projet solidaire dépasse la simple indépendance étatique ; il a pour ambition de refonder complètement le système politique dans lequel nous sommes afin de le remplacer par une véritable démocratie au service des Québécoises et Québécois de toutes origines.

L’indépendance est fondamentale en ce qu’elle traverse les autres enjeux du projet de société proposé par Québec solidaire, elle est une condition nécessaire à la réalisation de celui-ci : un projet non restreint aux limites de la gouvernance provinciale et pensé plutôt dans une perspective globale. Interrogée sur le premier geste d’un gouvernement solidaire à l’Assemblée nationale, la porte-parole Manon Massé offre ainsi cette réponse systématique : l’adoption d’une loi créant l’Assemblée constituante appelée à façonner les contours d’un Québec pays. Ce qui est proposé ici, c’est de faire de l’accession à l’indépendance un projet d’émancipation nationale éminemment démocratique, offrant la possibilité pour les citoyennes et citoyens du Québec d’exercer leur souveraineté populaire.

Ambitieuses, les mesures mises de l’avant par Québec solidaire trouvent leur pleine réalisation dans un cadre politique réinventé qui saura articuler l’ensemble de nos pouvoirs et responsabilités. Il convient de montrer ici en quoi l’accession du Québec au rang de pays est, pour le projet solidaire, indispensable économiquement, culturellement et politiquement.

L’économique

Un premier facteur essentiel à toute société vivante est le contrôle de la sphère économique. Or, sur ce point, de nombreux leviers nous échappent, gênant la réalisation d’un réel projet social.

La transition énergétique défendue par Québec solidaire, notamment, se bute à un État canadien tourné vers les énergies fossiles, le récent achat de l’oléoduc Trans Mountain n’étant qu’un exemple saillant de la dynamique à l’œuvre. La soif indépendantiste et le désir progressiste vont ainsi de pair en ceci qu’il est primordial de récupérer les leviers économiques dont nous dépossède l’impôt canadien afin de pouvoir l’investir dans la transition énergétique plutôt que dans le développement d’industries délétères.

D’autres cas concrets concourent à la même démonstration : comment assurer la prospérité de l’industrie fromagère, par exemple, alors que le Canada décide de laisser les produits européens largement subventionnés inonder le marché et faire compétition à nos producteurs locaux ? Ou encore, comment renégocier les accords commerciaux comme l’ALENA et l’AECG, qui permettent aux multinationales de poursuivre des États, limitant ainsi le pouvoir démocratique des peuples à protéger leurs intérêts et exercer leur souveraineté ? Rapatrier la pleine capacité de négocier nos accords commerciaux en même temps que la pleine responsabilité de nos politiques budgétaire, fiscale, commerciale, monétaire et douanière apparait comme la condition essentielle d’une réelle liberté d’action, sans laquelle toute politique québécoise demeure inachevée. Un projet de société égalitaire, féministe et écologiste dépend largement de cette liberté d’action.

Le culturel

Le deuxième facteur indispensable à l’émancipation d’une société est le culturel. Or la mondialisation en cours et la numérisation de la culture entrainent une crise évidente dans le financement de cette sphère. La position canadienne à cet égard en est une d’abdication devant les forces économiques, comme en témoigne le refus de taxer les nouvelles entreprises du Web ou les fournisseurs d’accès à Internet. Principalement anglophone, le Canada s’accommode plus facilement d’une substitution à sa culture locale d’œuvres de la culture américaine dominante ; bénéficiant d’un plus vaste marché potentiel, les productions culturelles canadiennes ont par ailleurs moins besoin du soutien étatique.

Le statut provincial du Québec le force ainsi à évoluer dans un cadre occultant sa réalité. Or, plusieurs mesures solidaires ont l’ambition de penser l’avenir non pas en termes de possibilités provinciales, mais de réelles ambitions nationales. C’est en imaginant l’avenir à l’aune d’une indépendance possible que s’ouvrent du même coup la possibilité de propositions comme celle de créer un Fonds culturel du Québec financé par de nouvelles mesures fiscales appliquées aux fournisseurs d’accès à Internet et de contenu culturel numérique ainsi qu’aux producteurs d’appareils électroniques.

Le politique

Le projet solidaire en est un d’inclusion qui, dans son désir de rompre radicalement avec le cadre colonial, préconise un développement du Québec ne pouvant être harmonieux que dans le respect des droits des onze nations avec lesquelles nous partageons le territoire, dans une co-inclusion continue et réciproque fondée sur des rapports égalitaires, en pleine reconnaissance du droit à l’autodétermination des peuples et de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones. L’instauration de nouveaux rapports entre les nations du Québec, en reconnaissance par ailleurs de la contribution à notre société d’une importante minorité anglophone, demeure toutefois impossible à l’intérieur du cadre canadien. De l’Acte de l’Amérique du Nord britannique à la Constitution imposée de 1982, le portrait n’a pas changé d’un système élaboré dans une tentative de nous minorer, visée plus évidente encore dans le cas des Premiers Peuples.

Plusieurs mesures progressistes se butent par ailleurs à des limitations liées à notre assujettissement à un autre État, notamment certaines modifications souhaitées au Code criminel, de juridiction canadienne. Et dans le cas de la lutte contre les paradis fiscaux, celle-ci requiert une inévitable collaboration internationale, penser l’avenir en termes provinciaux condamne ainsi toute pensée politique à des ambitions forcément étouffées. Le projet solidaire propose l’établissement d’une politique internationale altermondialiste, visant entre autres à démocratiser l’ONU ou à renégocier des accords commerciaux pour qu’ils soient plus respectueux de la démocratie et de l’environnement. Sur le chemin d’un projet de société réellement ambitieux, la récupération d’un plein contrôle sur nos politiques, nos lois et nos réglementations a les couleurs d’un passage obligé, quelque nuance qu’articulent les partis provincialistes.

Retrouver les possibles

Sur le fond, le projet solidaire s’ouvre des possibles en ce qu’il a fait le deuil d’un fédéralisme canadien irréformable sur le fond. Trop grandes pour un cadre dans lequel la nation québécoise a un statut de minorité, ses ambitions pour la population québécoise sont incompatibles avec tout programme qui, à l’instar de l’approche défendue par les autres partis, se refuserait aux gestes de rupture et confinerait son champ d’action aux responsabilités et pouvoirs d’une province, ramenant la politique à une version édulcorée de ce qu’elle peut être.

Dans la perspective d’un projet progressiste, c’est-à-dire capable d’imaginer l’avenir, capable de nous donner de quoi l’imaginer, Québec solidaire propose somme toute une reprise du contrôle des trois structures fondamentales à toute société vivante, cette base tripartite que Maurice Séguin appelait « la maîtrise de sa vie politique, économique et culturelle ». Le projet solidaire vise à nous redonner notre contrôle sur ces trois piliers essentiels de notre vie collective.

 

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