Été 2009 - L’information sous influence

2009ete250Au Québec, l’information présente tous les signes de son contraire : la désinformation. Tournant autour d’un Québec politiquement privé de toute centralité politique forte, la planète médiatique se mue en machine à désincarner. Le récit dont nous abreuvent les médias confine au babillage insignifiant et à la fabrication du sentiment minoritaire. Le débat public, la délibération collective ne s’y effectuent, au mieux, que sur un mode qui convient à une annexe ou une fraction de quelque chose d’autre. Nos médias sont sous influence. Ils servent de revendeurs aux trafiquants de la dope canadienne. 

L’opération est sournoise : elle nous cache derrière l’abondance de ce qu’elle montre de nous. On nous sert les mesures sophistiquées de visibilité médiatique, les statistiques les plus fines pour démontrer qu’il est abondamment question de nous dans le grand bazar. Au point qu’on veut nous convaincre que le Québec est en montée, rempli de vitalité, enivré de l’expression de lui-même tant il a du plaisir à se voir et à se fréquenter dans ses espaces de divertissement. C’est un lieu commun dans les coteries médiatiques, nous avons une for-mi-da-ble vitalité culturelle. On en fait même un matériau d’engagement non partisan contre Stephen Harper pour exiger à grands coups de pages Web que le Canada soutienne la culture. Le piège se referme alors sur une revendication incapable de qualifier cette culture, sinon au moyen des périphrases imposées : « culture francophone », « culture d’ici », « notre culture » ou toute autre mouture censurant la référence au Québec.

De cette « culture d’ici », on parlera d’abondance pour mieux en désamorcer la charge, la couler dans le divertissement inoffensif, cette forme postmoderne de la réduction folklorique. C’est en dansant sur sa musique que le Québec se meurt : il boit de la culture sur sa dépouille étatique. Il gigote dans un grand rave et se sert un bouillon d’entertainment pour mieux pulvériser les œuvres dans le vide de la désincarnation institutionnelle.

La compensation culturelle, voilà à quoi carbure la nébuleuse médiatique, qui utilise ad nauseam acteurs, auteurs, compositeurs, interprètes, comiques, humoristes, animateurs, critiques, vadrouilleurs et autres « gens de la culture » pour mieux couvrir le trou béant du Québec national, habiller l’inculture politique dans le jovialisme culturel bien branché.

Ce bavardage culturel a une finalité politique cachée, de même que l’information politique s’enroule elle aussi sur le non-dit. Le métier de journaliste s’en trouve asphyxié. Une rhétorique de la désincarnation y tient lieu de norme d’objectivité. Le problème de la concentration-convergence des médias n’est pas propre au Québec, mais il a ici une conséquence singulière : l’éclipse du point de vue national. 

La propriété concentrée des médias engendre la convergence de la nouvelle. Cette concentration-convergence s’inscrit bien sûr dans les tendances de fond du libéralisme économique, mais son impact sur la démocratie est majeur. Le côté aberrant et antidémocratique de l’affaire est rendu plus patent ici du fait que précisément ces conglomérats de l’information évacuent ou discréditent systématiquement le point de vue du Québec comme peuple, demos, capable d’État (et non comme simple ethnie, ethnos). 

Soit les médias travaillent activement contre l’émancipation politique du Québec, soit ils trouvent leur compte à s’inscrire dans les cadres conceptuels dressés par la propagande militante des propriétaires de mèche avec l’État canadian. Le milliardaire Paul Desmarais a mis la main sur La Presse en 1967 et sur les autres journaux du groupe Gesca par la suite dans le but exprès de contrer le séparatisme et d’emboutir le Québécois dans le Franco-Canadien. L’alliance de ce groupe avec Radio-Canada consacre une aberration : c’est un point de vue ultraminoritaire et étranger qui domine le récit médiatique. Les résultats et l’analyse du sondage mené par Marc-François Bernier auprès des journalistes travaillant pour Gesca, Quebecor ou Radio-Canada montrent que ce phénomène n’est pas sans conséquences néfastes sur les journalistes et la pratique normale de leur métier (Les journalistes au pays de la convergence, PUL, 2008). 

Les dégâts de cette oblitération du point de vue national ressortent avec force du traitement que subit ici la question inuite, efficace révélateur de l’impuissance à se penser dans le monde. L’ignorance publique crasse du Québec en cette matière est entretenue par les médias qui se taisent sur la question, la traitent dans les petites marges ou la dépolitisent complètement en la coulant dans les catégories de l’anthropologie. Pourtant, la question inuite est éminemment politique. On en a une idée par le livre d’Éric Canobbio, Géopolitique d’une ambition inuite : le Québec face à son destin nordique (Septentrion, 2009) ici recensé par André Binette qui coprésida la Commission du Nunavik de 1999 à 2001.

La liberté d’expression est en train de reculer, comme on le voit encore avec ce qui vient de se passer autour de l’essai de Mario Pelletier sur la Caisse de dépôt et placement (La Caisse dans tous ses états, Carte blanche, 2009). Utilisant le droit comme une arme d’intimidation, la Caisse a judiciairement mis en demeure l’éditeur de cesser la distribution de l’ouvrage, sans doute pour permettre à son ex-PDG, Henri-Paul Rousseau, de témoigner sans trop s’inquiéter devant la commission parlementaire chargée d’étudier sa gestion et la perte de 40 milliards de dollars subie sous sa gouverne. L’essai de Mario Pelletier, qui suit l’« histoire mouvementée » de la Caisse depuis des années, était en mesure d’alimenter parlementaires et commentateurs dont les questions auraient contribué à éclairer les citoyens québécois et les contributeurs de la Caisse. Mais on a voulu museler le débat. Et c’est une manœuvre qui a été orchestrée avec des fonds publics par une institution publique. Décidément, il y a des parvenus qui flambent le bien d’héritage.

Richard Gervais
secrétaire de rédaction
Robert Laplante
directeur
 
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Un numéro du centenaire aux nouveaux abonnés

Accès libéré - Juin-Septembre 2017

Éditorial - Sans l’audace il n’arrivera jamais rien

2017juinseptembre250La politique va mal. Elle va mal partout et c’est parce que la démocratie va mal. Des mutations sociales et économiques profondes la travaillent. Des repères culturels basculent et rien de ce qui, hier, pouvait être tenu, sinon pour certain du moins pour une base commune, ne résiste plus au nihilisme marchand ou à la fureur sectaire. Partout les classes politiques vacillent, leur crédibilité fléchit au même rythme que leurs renoncements. Le décrochage civique mine la vie publique et pave la voie aux dérives sectaires. Le monde traverse une passe extrêmement dangereuse. Et notre statut de nation oblitérée fait l’effet d’un amplificateur de ces tendances de fond, accroissant cynisme et désabusement à l’endroit de la chose publique et de sa construction.

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Charte des valeurs : ne touchez pas à l’islam !

Au Québec, la charte des valeurs marque un point tournant dans l’histoire de la laïcité dont on n’a jamais véritablement pris la mesure, empêtrés que nous sommes dans la honte et la culpabilité. Encore aujourd’hui, bien que l’on ignore toujours tout des motivations réelles d’Alexandre Bissonnette concernant l’attentat à la mosquée de Québec, cet évènement tragique a ramené la charte dans l’actualité, alors qu’on continue bêtement de répéter que ce projet de loi stigmatisait les musulmans, particulièrement les femmes voilées, qu’il était raciste, xénophobe et islamophobe. 

Mais au-delà de ce bouquet d’insultes habituelles que l’on rencontre partout en Occident à chaque fois qu’un pays veut légiférer en matière de laïcité face à un islam militant, pro-voile et farouchement anti-laïque, le temps est venu de délaisser les invectives pour la réflexion et de préférer l’analyse à l’auto-flagellation.

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Québec solidaire et l’indépendance du Québec

De nombreux indépendantistes s’interrogent sur la position constitutionnelle de Québec solidaire. Ce questionnement est d’autant plus pertinent que ce parti après avoir entretenu une certaine ambiguïté a pris récemment une position favorable à l’indépendance, qu’il attire de plus en plus d’électeurs et qu’il envisage de former une alliance avec le Parti québécois et Option nationale. Il est donc nécessaire de faire un examen attentif de son programme pour évaluer les particularités de son positionnement. Pour faire cette évaluation, il faut principalement se référer aux documents adoptés par les membres de ce parti et ne pas se fier aux déclarations de ses porte-parole qui peuvent être dictées par la conjoncture. Dans cette analyse, j’examinerai trois aspects de la question : le rapport de QS au Canada, le processus d’accession à l’indépendance et enfin les raisons de faire l’indépendance.

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Forum Gaspésie 2017. Sortir des approches défensives

Conférence d’ouverture du Forum Gaspésie 2017 prononcée à Bonaventure le 18 mai 2017.

Je vous remercie de l’occasion que vous me donnez de partager avec vous quelques-unes des perspectives qui s’imposent à tous ceux et celles qui ont à cœur le sort de la Gaspésie. Et, croyez-moi, ce ne sont pas seulement des Gaspésiens et des Gaspésiennes, loin de là : je ne conçois pas l’avenir du Québec sans une Gaspésie prospère.

À cet égard, disons-le d’entrée de jeu : s’il reste beaucoup à faire, la région peut compter sur un très fort potentiel. Et je pèse mes mots. Les travaux que nous avons menés dans la région avec mes collaborateurs de l’Institut de recherche en économie contemporaine, les échanges que nous avons eus avec des passionnés, des entrepreneurs en tous genres, justifient cette conviction. Les difficultés ne doivent pas faire écran aux nombreux possibles qui restent ouverts. Des possibles qui peuvent se réaliser si l’on est en mesure de réunir les conditions de succès qui en feront non seulement des réalisations, mais aussi des sources d’inspiration. Il faut le redire, rien n’est plus utile à la construction du pays qu’une culture du succès.

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Hochelaga fantasmé ou historique ?

Le 150e anniversaire de la Confédération canadienne et le 375e anniversaire de la fondation de Ville-Marie sont une occasion de se remémorer des faits, lieux et personnes qui ont façonné notre histoire. Les plaques et monuments sont une façon de le marquer de façon officielle dans l’espace public : ils suscitent l’intérêt des passants et des touristes. Mais ces plaques commémoratives disent-elles toujours la vérité ? On peut en douter quand on connaît l’existence de deux plaques commémoratives du voyage de Jacques Cartier à Hochelaga en 1535 : l’une se trouve au centre-ville sur le terrain de l’université McGill et l’autre sur la façade de l’église de la Visitation dans l’arrondissement Ahuntsic-Cartierville. 

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Le démantèlement de la nation (chronique 15)

La période couverte s’étend du 21 février au 22 mai 2017.

Cela a fait 35 ans le 17 avril que le Québec vit sous l’empire d’une Constitution canadienne qui lui a été imposée. Aucun gouvernement québécois, y compris celui de Jean Charest, n’a accepté le coup de force perpétré en 1982. Or, le gouvernement de Philippe Couillard a refusé d’accepter un projet de motion réaffirmant que la loi constitutionnelle de 1982 « a eu pour effet de diminuer les pouvoirs et les droits du Québec sans son consentement » (14 avril). Il a même refusé que l’Assemblée nationale en débatte. Mais les faits parlent.

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Un tribunal qui légifère et qui se mêle de politique

L’origine et la nature des compétences judiciaires de la Cour suprême – notre tribunal de dernière instance depuis 1949 – ont toujours été au Québec un sujet de questionnement, une source d’inquiétude, une cause d’irritation et de mécontentement.

Les révélations, faites par l’historien Frédéric Bastien, d’ingérence politique en haut lieu par deux de ses membres, lors du coup de force de 1982, nous ont forcés à nous pencher une fois encore sur la « légalité », la « légitimité », la « loyauté », et la « bonne foi » de cette institution dont la fonction officielle est pourtant de « sauvegarder » l’ordre constitutionnel, et non de le « renverser » par des manœuvres clandestines et illégales.

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Collections numériques (1917-2013)

action couv 1933Bibliothèque et Archives nationales du Québec a numérisé tous les numéros de L'Action française et de L'Action nationale depuis 1917.

Vous pouvez utilisez cet outil de recherche qui vous permettra — si vous cliquez sur « préciser la rechercher » — de ne chercher que dans L'Action nationale ou dans L'Action française.