Le partitionnisme intérieur

logoACHAUDComme c’était beau de les voir à la manœuvre ! McGill qui se pavane dans La Presse (4 septembre) pour nous faire savoir que le Nouveau Vic avance bien. Dawson, le même jour, qui quémande l’empathie des lecteurs du Devoir en nous présentant sa directrice en pleine lamentation. Pour préparer les esprits et formater les débats, ce fut une fin de semaine faste pour les gestionnaires de privilèges ! Des francophones, bien entendu, qui nous servent la rhétorique de diversion. L’anglosphère les apprécie.

À McGill, le Nouveau Vic va doter Montréal d’un superbe équipement, tout le contraire d’un ghetto, nous dit Pierre Major, pour mieux nous laisser entendre que le projet ne peut que nous ouvrir au monde. Mais quand on consulte le plan d’aménagement que McGill peaufine, il est question d’une « cité dans la ville », avec ses quartiers et leur identité spécifique. Attendez de voir le Upper Campus West, de voir ce qu’un don d’un milliard de fonds publics pourra faire du Campus North. Ce ne sera certainement pas un ghetto, seulement un périmètre institutionnel que viendra fermer le don du Royal Victoria, une enclave où des dizaines de milliers d’étudiants étrangers viendront soutenir le dynamisme de la plus grande métropole française de langue anglaise. Un joyau ! Un véritable joyau qui sera offert en partage pour faire rayonner le Québec au moment où son gouvernement fait des phrases pour affirmer sa volonté de promouvoir le français.

Mais on aurait mauvaise grâce de s’en inquiéter. On nous promet que le site sera d’une verdure à se pâmer d’aise devant les privilèges. On nous affirme que l’accès du public au site sera assuré. Les badauds seront admis, leur babillage ne contribuera-t-il bas à laisser flotter un parfum de french atmosphere ?

You bet! Un Golden Square Mile 2.0 qui va étreindre le Mont-Royal, dominer le centre-ville et il ne sera pas hégémonique, nous jure le Pierre Major conscrit pour prendre les devants en détournant le sens des mots. Le truc est connu, il suffit de neutraliser les arguments en usant soi-même des qualificatifs qui pourraient faire voir les choses comme elles sont. George Orwell aura-t-il son pavillon ?

On pourrait donner son nom à la Cité internationale qu’on évoque alors que commencent les audiences du Bureau de consultation de Montréal. Une cité en plein cœur d’un domaine privé anglophone, qui diable pourrait douter de la langue qui y règnera ? Il y a des limites à prendre des vessies pour des lanternes. Le cadrage du débat sur des enjeux de verdissement et d’aménagement est un leurre, une manœuvre de diversion. Il y a un enjeu linguistique majeur qu’il faut nommer et faire voir. Un enjeu qui repose sur une compréhension claire de ce que signifie le mot infrastructure et ce que veut dire la notion de masse démographique. L’ineffable ministre McCann fait mine de ne pas le savoir, elle qui ne rate jamais une occasion de dire du bien du projet, tout en se dédouanant en prétendant qu’elle n’a pas le choix puisque personne d’autre que McGill n’a levé la main pour cueillir le cadeau…

Le Nouveau Vic ne sera que la désignation pour consommation locale d’une enclave dorée dans la ville. C’est du partitionnisme intérieur que le gouvernement du Québec va financer pour consacrer la marginalisation définitive du français à Montréal. Il aura beau multiplier les lois et les gestes symboliques, ce qui prédominera avec le Nouveau Vic comme avec Dawson et Concordia, ce sera la présence massive d’un complexe institutionnel qui sera le cœur d’une place forte dont les usagers et les règles de fonctionnement constitueront le déni de ses prétentions.

 Il faut voir les choses dans leur ensemble. Et c’est ce qu’évite de faire la directrice de Dawson, une autre francophone ouverte au monde, qui voudrait de la compassion pour le plus gros cégep du Québec qui doit se résigner à… à rester le plus gros avec, en prime, un octroi de cent millions pour assure le confort des étudiants qui s’y bousculent pour s’affranchir enfin des contraintes de la loi 101. Le gouvernement Legault portera un geste fatal au réseau des cégeps s’il laisse perdurer une telle hégémonie non seulement de Dawson, mais de tous les cégeps anglophones. Ce ne sont plus – et depuis longtemps – des institutions pour desservir la minorité. Ils sont fréquentés en très grande part par des allophones et des francophones qui font financer par les fonds publics leurs choix personnels de rallier l’anglosphère.

Il faut étendre au réseau collégial l’application de la loi 101 ou de celle qui la remplacera. Le cégep en anglais ne doit être réservé qu’aux ayants droit tels que la loi les définit. Les autres, il faut leur faire l’obligation d’assumer à leurs frais les choix de poursuivre des études collégiales en anglais. Et ce choix ne saurait être soutenu en aucune manière par un accroissement des places disponibles, le cégep ce n’est pas le commerce de l’anglicisation. Et surtout pas au prix du déclassement de la formation en français. Dans l’état actuel des choses, le réseau collégial est déjà dualisé, il fonctionne d’ores et déjà à deux vitesses. Cent millions pour Dawson alors que les cégeps régionaux crient famine ? Et François Legault leur consacrera le privilège de crier en français ? Peut-être aura-t-il la magnanimité de lancer quelques millions à Matane, Baie-Comeau ou Alma, histoire de mettre un peu de baume sur la résignation.

Alors que l’Assemblée nationale s’apprête à étudier le projet de loi 96, il est important de faire valoir que la promotion du français passe d’abord et avant tout par des infrastructures fortes. Les manifestations médiatiques de la fin de semaine doivent au moins servir à faire voir les choses comme elles sont. Sans une modification de l’architecture institutionnelle, il n’y n’aura pas d’avenir pour un français fort. Les gestes symboliques ne serviront qu’à faire du français une langue de provinciaux bavant d’envie devant les splendeurs anglaises financées par leurs impôts.

Le Nouveau Vic, le Dawson confortable et les privilèges bien enrobés dans la vertu ne serviront qu’à reléguer notre langue au statut d’agrément exotique pour les repus de l’anglosphère.

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