Avril-Mai 2020

Vol. CX, nos 4-5

Repenser le commerce et la transition industrielle post-COVID-19

Titre complet: Démondialiser le Québec? Repenser le commerce et la transition industrielle post-COVID-19

La crise causée par la COVID-19, faut-il le rappeler, est pratiquement sans précédent. Jamais le monde n’avait connu une crise aussi importante dans un contexte d’interdépendance économique et financière aussi grande. Dès les premiers jours de la crise, de nombreux gouvernements, dont celui du Québec, ont constaté la très grande fragilité des approvisionnements internationaux, notamment sur les plans médical, sanitaire, manufacturier et agroalimentaire. Les populations en ont payé le prix. Cette crise a le potentiel d’entreprendre un virage historique de nos politiques commerciales, industrielles et énergétiques.

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Les leçons de la COVID-19 et la coordination du marché agroalimentaire domestique

La crise actuelle a mis au jour la dépendance des États à l’égard des chaînes d’approvisionnement sur lesquelles ils n’avaient que peu d’emprise, entamant leur sécurité nationale en matière de santé. Avec la défense, une autre composante de base de la survie des peuples est celle de la maîtrise de leur alimentation et le contexte actuel est un moment opportun pour réfléchir de manière sérieuse à notre (in)sécurité alimentaire collective. C’est l’objectif du présent article que de nourrir le débat public pour orienter les décisions à venir en matière bioalimentaire, et ce, à la lumière des enjeux que la crise a soulevé en matière d’approvisionnement.

Crise et décision vont de pair (krisis, en grec ancien, signifie décider). Et ce que la crise a mis en lumière chez certains États au moment de prendre des décisions, c’est le peu d’options qui se présentaient à eux tandis qu’ils étaient en situation de dépendance en matière d’approvisionnement pour de l’équipement essentiel ; ils étaient dépourvus de leviers dans une période de sauve-qui-peut et de chacun pour soi. En raison de l’intégration économique actuelle sur la scène internationale, toute analyse de l’après-crise doit se situer au niveau de l’évolution récente de la mondialisation. À cet égard, les décennies ayant suivi l’effondrement du mur de Berlin et la déconfiture du bloc de l’Est avaient dessiné les contours d’un développement du capitalisme débridé restreignant la marge de manœuvre des États en matière de politique économique. La crise actuelle pourrait précipiter une tendance plus récente qui semblait se dessiner depuis quelques années et qui laissait entrevoir un élargissement de l’autonomie des États en matière de gouvernance, ce qui ouvre un nouvel univers de possibilités pour l’ordonnancement du marché domestique en matière agroalimentaire. Ce sera l’objectif de cet article que de présenter des avenues possibles pour le développement de l’industrie agroalimentaire québécois à la lumière de cette nouvelle donne, mais aussi en prenant en compte autant les ressorts qui sont à la disposition du Québec que ceux qui ont été égarés en chemin.

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La santé des provinces sous pression

Si la volonté d’émancipation nationale du Québec a su ébranler le fédéralisme canadien au XXe siècle, il est probable qu’un enjeu aussi terre-à-terre que le vieillissement de la population et l’augmentation des coûts de la santé qu’il entrainera devienne le principal moteur des tensions fédérales-provinciales au XXIe siècle.

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Une Torah québécoise qui se dérobe

[…] le pays était ainsi entré en contact avec quelques vérités précieuses
Simone Weil, parlant de la France éprouvée pendant la Seconde Guerre mondiale (dans Écrits de Londres)

La trame ordinaire de l’histoire

Je me souviens d’un séjour de travail à San José, aux États-Unis, en 2002 et d’y avoir rencontré un ami, professeur d’histoire. Nous évoquions l’attentat des tours jumelles qui avait entaillé la cuirasse de son pays. À mon grand étonnement, il avait fait cette remarque : « J’ai pleuré, car j’avais compris que nous étions dorénavant comme tout le monde. Nous n’étions plus un pays en dehors de la trame ordinaire de l’histoire, nous n’étions plus une exception, nous étions normaux ».

Maintenant, peut-on transposer cette réaction à la situation sanitaire actuelle que connaissent le monde entier et, plus particulièrement, le Québec ? Une économie comateuse, un chômage en brutale ascension, une mortalité – notamment en CHLSD – inhabituellement élevée, des mesures d’isolement et de distanciation sociale draconiennes justifient-ils qu’on pousse un soupir de soulagement à l’idée que notre époque est, en définitive, comme toutes les autres ?

Même si la crise est encore trop fraîche pour que nous puissions faire des bilans définitifs à tête reposée, j’inclinerais à penser qu’elle est porteuse de sens. Qu’on se rassure : il ne s’agit là aucunement d’une Schadenfreude, d’une jouissance morbide et misanthrope face au désolant spectacle d’une société qui, il y a peu, se gargarisait de son progressisme social et économique, d’une assez solide paix sociale, d’une richesse assez enviable et qui, juste salaire d’un pétage de bretelles, recevrait enfin la facture de ses décennies d’insouciance.

Car un chômeur qui ne sait s’il retrouvera son emploi, c’est toute une famille qui tremble. Un petit ou moyen entrepreneur qui doit mettre la clé sous la porte temporairement, au risque de ne pouvoir rouvrir, c’est tout un écosystème qui s’effondre. De même qu’un mort, c’est toujours un mort de trop, et un mourant abandonné, c’est un scandale pour son prochain, a fortiori quand il meurt seul, déshydraté et souillé.

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Transmission : une utopie québécoise

Ça s’annonçait comme une journée « normale » : cours en avant-midi, dîner au resto avec une amie et, ensuite, rendez-vous à mon bureau avec une étudiante pour discuter de sa thèse. C’est le sujet de mon cours de ce matin qui n’avait rien d’ordinaire : la grande pandémie de 2020 et ses effets sur la littérature et la culture québécoises.

J’ai toujours cru que ça prenait un certain recul temporel (et émotif) pour analyser une époque et ses œuvres. Il m’était souvent arrivé de l’évoquer dans des cours – on ne pouvait pas faire autrement – mais c’est la première fois que je préparais une séance à ce sujet. C’était donc un défi de tenter d’expliquer, seulement une dizaine d’années plus tard, l’ampleur des transformations que cette crise a engendrées sur l’objet de notre cours. Je ne partais quand même pas de zéro. De cette pandémie, nous en avions tous fait l’épreuve, mes étudiants et moi, chacun à notre manière. Personne n’était sorti indemne de ce traumatisme collectif et c’était un exercice périlleux d’y jeter un regard objectif.

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Retrouver le Québec réel

Une des découvertes les plus étranges que la pandémie nous a permis de faire, c’est celle de tous ces acronymes, produits du génie technocratique, de tous ces organismes, de toutes ces agences aux titres alambiqués qui ont pour mission de veiller sur la santé de la population. Réunis, ils donnent l’impression de former un vaste labyrinthe, et même, pour reprendre à Borges sa formule du « Jardin aux sentiers qui bifurquent », un « labyrinthe de labyrinthes » conçu précisément pour perdre ceux qui osent s’y aventurer, pour rendre fous les esprits les plus aiguisés. Les CHSLD, les RPA, les RPANC, les CISSS – ex-CSSS – qui incluent les CLSC, les CR et les CPEJ, les CIUSSS qui regroupent les RUIS, les RI, les RTF, les SAPA, la DRHCAJ, la DRMG, et j’en passe, toutes ces instances administratives semblent moins avoir pour fonction de nous donner accès au réel que de le maintenir à distance, dans un espace à part, auquel seuls les initiés et autres grands prêtres de la fonction publique peuvent accéder. À les écouter parler de ces choses, on a l’impression d’entendre une glossolalie, la langue des anges : nous nous trouvons devant des entités abstraites présentées sous une forme mystérieuse, fantômes parmi les fantômes, comme dans un poème de Mallarmé, où les mots ont été libérés de leurs attaches, sont devenus des signifiants sans signifié, des « abolis bibelots d’inanité sonore ».

Cette tendance à user des mots comme de subterfuges, comme pour ruser avec le réel, on la connaît trop bien. Dès qu’il est question de parler de la différence québécoise, de son histoire et de son devenir, on multiplie les euphémismes et les formules atténuées, comme s’il fallait sans cesse manifester dans le langage la nécessité du compromis (au Québec, c’est bien connu, il y a toujours moyen de moyenner), qu’il fallait aménager linguistiquement l’incapacité à réaliser le projet de pays, aussi bien d’ailleurs que l’incapacité à y renoncer, rationaliser l’impuissance à coups d’oxymores et de paradoxes savants. En matière politique, on s’est servi des mots aussi bien pour freiner les élans d’affirmation (mine de rien, nous sommes passés de l’indépendance à la souveraineté, de la souveraineté-association au mandat de négocier) que pour cacher certaines vérités désagréables (tout ce qui était jadis « provincial » est devenu « national » : les parcs, la capitale, les politiques), comme pour se maintenir à cheval sur la clôture, pour garder toutes les portes ouvertes et ne franchir le pas d’aucune, pour compter sur un Québec fort dans un Canada uni. La rhétorique fédérale nous a d’ailleurs enrobés dans la même guimauve, s’employant sans relâche à nier la différence québécoise tout en faisant mine de la célébrer, au prix d’un écart toujours plus grand entre les mots et les choses.

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Déclassement social et solidarités familiales

Deux tragédies sont entremêlées durant cette pandémie, une grande, visible, et une petite, invisible. La grande a été beaucoup commentée, discutée, diagnostiquée. Elle s’est déroulée dans les foyers de personnes âgées. La petite, peu visible à l’œil nu, a largement été passée sous silence. Ses séquelles vont prendre un peu plus de temps à se concrétiser. Cette petite tragédie, c’est le mouvement de déclassement social qui va frapper la jeunesse québécoise dans les dix, voire les vingt prochaines années. Je ne veux pas ici minimiser l’ampleur de la première tragédie. Mais il me semble qu’on doit immédiatement réfléchir aux répercussions sociales et économiques pour les jeunes personnes (déjà ou bientôt) engagées sur le marché du travail. Comprendre l’expérience de déclassement, qui frappe déjà la société québécoise, permet à mon sens d’anticiper les prochaines lignes de fractures qui seront au cœur des enjeux politiques de demain.

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La réforme Barrette et la pandémie sur l’île de Montréal

2020avrilmai250Ne cherchons pas de coupables !
Démontons les processus qui mènent à la tragédie…
Mais que fait-on de l’apprenti sorcier ?

Au moment où j’écris cet article, la pandémie de la COVID-19 touche principalement la région de Montréal autant par les morts que l’on compte par centaines que par les milliers de personnes contaminées. Plusieurs CHSLD publics, privés conventionnés et privés non conventionnés sont devenus des mouroirs sous les yeux d’une population traumatisée, du personnel paramédical à bout de souffle et du gouvernement Legault de plus en plus dépassé et incapable de juguler cette crise. L’enfer n’est plus une fable religieuse, mais bien la réalité quotidienne illustrée par ces CHSLD silencieux.

Dans un article intitulé « La réforme Barrette et ses conséquences », paru en février 2018 dans L’Action nationale, j’affirmais que la réforme Barrette était avant tout politique. En prenant l’exemple de l’application de cette réforme sur l’île de Montréal, je démontrais que la création des cinq Centres intégrés universitaires de santé et services sociaux (CIUSSS) de l’île de Montréal – et surtout le partage des territoires correspondants – était avant tout partisan. Deux des cinq CIUSSS seraient gérés par la communauté anglophone (CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal et CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal). La réforme consolidait la mainmise de la minorité anglophone sur les institutions de santé et services sociaux dans le centre-ouest et l’ouest de l’île de Montréal et le Parti libéral du Québec (PLQ) satisfaisait les demandes de sa clientèle électorale. Par contre, la nouvelle répartition rendait plus inéquitable l’offre de services en santé et services sociaux puisque les deux CIUSSS de l’ouest, comparativement aux trois autres CIUSSS (centre-sud, nord et est), étaient avantagés par une population moins nombreuse, plus homogène et, en moyenne, beaucoup plus fortunée et moins problématique sur le plan de la santé et des problèmes sociaux.

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Non à la logique marchande dans les CHSLD

Dans le cadre de la pandémie qui sévit au Québec depuis mars 2020, on a assisté à une hécatombe dans les CHSLD. Le 2 mai, la COVID-19 était dramatiquement présente dans 176 CHSLD (publics et privés) et dans certaines ressources intermédiaires (RI) et de type familial (RTF). Le 7 mai, sur les 2725 décès rapportés dans l’ensemble du Québec, il y en avait 1726, soit plus de la moitié, dans les CHSLD. Le même jour, on consignait 970 cas et 55 décès dans les RI et les RTF (Cousineau, 2020 ; Pineda, 2020 ; Boutros, 2020). C’est ce qui amène Claude Castonguay à parler d’un « gâchis honteux » (Castonguay, 2020).

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Après la COVID-19, l’université québécoise à l’épreuve d’elle-mêmee

Parce qu’elle tient lieu de « fait social total », cette pandémie n’épargnera aucun secteur de notre vie collective, y compris l’enseignement supérieur. À peine étions-nous entrés dans cette crise de longue haleine que déjà le milieu universitaire faisait face à d’immenses défis, à commencer par celui de permettre, par le recours à des moyens alternatifs, à quelques milliers d’étudiants de sauver leur session d’étude. Alors que la poussière retombe lentement sur ce trimestre d’hiver à demi-avorté, que les collations de grades virtuelles sont derrière nous et que la rentrée d’automne s’annonce elle aussi de plus en plus virtuelle, il sied de prendre un peu de recul pour entrevoir les enjeux et les effets de structures que cette crise sanitaire risque d’encourir sur les universités au Québec.

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