Numéros publiés en 2010

Un emportement pour la liberté nourri de conscience historique

À Ernest Duhaime, autre figure de liberté

Depuis La ligne du risque que j’ai lu il y a quelque quarante ans et lors de la lecture de la Dernière et la première heure et de Génocide en douce, j’ai constamment eu l’impression que Pierre Vadeboncoeur savait par intuition ce que le travail historique m’apprenait « laborieusement ». Au fil des ans, j’ai compris qu’il avait mis des mots, qu’il avait donné des significations à des moments, à des phénomènes. Je connaissais certes « l’idéalisme », la propension à l’abstraction de la pensée canadienne-française, mais ce qu’il appelait « l’irréalisme » de notre culture suggérait une passerelle vers un goût nouveau pour le « réel », pour une modernité qui serait une mise à jour par rapport au temps de l’après-guerre. C’était une autre « intuition » de génie que d’opposer Groulx et Borduas en exergue à La ligne du risque. Tout – ou presque – était dit du changement qui s’opérait, de l’amont et de l’aval en pointillé. Ses intuitions furent, pour l’historien, de constants rappels au défi de ne jamais oublier la recherche impérative des significations.

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Une seconde présence

L'auteur est professeur et écrivain

Quand je m’étonnais qu’il puisse écrire tous les matins, beau temps mauvais temps, ce qu’il aura fait jusqu’à la fin, il me répondait, à son tour étonné par ma question : « Un écrivain, ça écrit ». Quand je lui demandais ce qu’il était en train d’écrire, sa réponse était toujours une variante de « je ne sais pas vraiment où je vais, mais j’y vais ». Toute la vie, toute l’œuvre de Vadeboncoeur tient dans ces deux réponses qui nous rappellent que tout être humain, écrivain ou non, doit créer le monde dans lequel il va vivre, dans lequel il veut vivre, et créer, cela veut dire aller de l’avant, vers l’inconnu, car notre monde et nous-mêmes ne pouvons exister qu’en mouvement, que tendu vers ce qui vient, pour le meilleur ou pour le pire. Vadeboncoeur mise sur le meilleur, il postule « l’inimaginable étendue du réel », il établit « l’hypothèse du tout plutôt que celle du rien ». En d’autres termes, l’être humain, s’il veut passer à travers le jour, les années, les épreuves et la mort, doit imaginer, vouloir et désirer ce qu’il ne connaît pas, « toujours chercher l’autre monde à travers l’apparence du nôtre ». L’être humain, s’il ne veut pas subir son destin, s’il veut vivre librement, n’a pas d’autres choix que de travailler à l’élaboration constante des formes de la vie, et même de croire « à la variété sans limite des formes du vivant ». Autrement dit, ce monde n’existe que si nous le créons sans cesse, et nous ne pouvons le créer que si nous le rattachons à un autre monde. Vadeboncoeur a passé sa vie à se promener entre « le réel d’ici et le réel de là-bas ». Pour chasser notre peine aujourd’hui, nous pouvons ouvrir n’importe lequel de ses livres et nous dire, comme il le disait de Beethoven, « qu’il ne faisait que progresser au cœur de l’être », que maintenant « le voilà faisant corps avec la cathédrale du monde ».

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Éditorial - La médiocrité et le travail de sape

2010octobre250Ils sont médiocres, mais ils savent ce qu’ils font. Ils n’improvisent guère sinon en ce qui touche les alibis. Ils se défendent mal et ne parviennent généralement pas à changer de parade dès que se manifeste la moindre résistance. C’est dès lors à peu près toujours le même scénario d’enlisement en tentant une relance par diversion. C’est ainsi que de proche en proche à peu près toutes les institutions sont touchées, tous les repères souillés, les plus beaux héritages profanés.

Notre premier sous-ministre vise bas et il fait mouche plus souvent que les événements et le hasard ne devraient lui accorder: il a un talent rare pour le pourrissement. La morosité et la morgue qu’il sème au moins aussi souvent qu’il ne les utilise confèrent à sa politique et son gouvernement une efficacité redoutable. La déprime gagne en effet à un rythme effarant, mais c’est un effet recherché. Le seul projet politique possible dans les circonstances doit avoir un effet dépresseur, c’est une condition essentielle pour qu’il puisse se déployer. On ne peut travailler à réduire une aspiration nationale, à soumettre un peuple et le contraindre à régresser dans une résignation minoritaire consentie sans casser un à un les ressorts aussi bien symboliques qu’institutionnels de tout ce qui peut faire sa cohésion.

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Éditorial - Se tenir droit dans la rupture

2010maijuin250C’était pour ainsi dire inscrit dans les résultats référendaires de 1995. Un régime qui ne se maintient que par l’usurpation de notre droit à l’autodétermination, qui ne recule devant aucune manœuvre illégitime, qui multiplie les tactiques illégales et mobilise ce qu’il y a de plus veule chez ses intendants locaux ne peut déboucher sur autre chose. Le durcissement, ce n’était que la phase initiale : loi sur la clarté, asphyxie financière et haussement de ton politique, il n’y avait rien là que du prévisible, de la réponse normale d’un État qui s’est senti menacé. La phase deux, pour rappel, n’aura servi qu’à compléter le dispositif en déployant un immense arsenal de propagande et en s’assurant qu’il imprègne et mobilise tout l’appareil de l’État. Cela aura requis le recours au banditisme et à toutes les manœuvres dont nous aurons eu un aperçu avec le scandale des commandites. Le processus aura été facilité par un Lucien Bouchard inapte et timoré qui aura gaspillé une conjoncture favorable et pratiqué la servilité tétanisée. La phase trois se déroule sous nos yeux et personne ne l’incarne mieux que notre premier sous-ministre, un parangon de la politique mercenaire et de la capitulation intéressée.

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Un autre exemple d'opposition systématique au progrès?

Normand Mousseau est professeur de physique à l’Université de Montréal et auteur des livres Au bout du pétrole, tout ce que vous devez savoir sur la crise énergétique, L’avenir du Québec passe par l’indépendance énergétique et La révolution des gaz de schistes, tous parus aux Éditions MultiMondes.

L’hebdomadaire britannique The Economist soulignait récemment que :

[…] la plupart des gens seraient très heureux de découvrir qu’ils sont assis sur des réserves de gaz naturel qui pourraient répondre à leurs besoins durant les prochaines décennies. […] Pourtant, dans la province canadienne du Québec, l’annonce d’abondantes réserves de gaz de shale dans le sous-sol du bassin du Saint-Laurent n’a pas été accueillie avec enthousiasme.

Contrairement aux Lucides et aux autres promoteurs de cette ressource, toutefois, l’article ne dénonçait pas l’immobilisme supposé des Québécois, mais cherchait plutôt à comprendre l’origine du peu de soutien démontré par la population.

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Un manifeste raciste et antiféministe

Texte écrit en réaction au Manifeste pour un Québec pluraliste.

Commençons par une question. Les professeurs ont l’habitude des questions. Comment expliquer que les signataires de ce manifeste soient si ouverts aux religions des minorités alors que la très grande majorité d’entre eux n’aurait jamais signé ce manifeste s’il avait eu pour but de défendre la soutane, le Pape et les cornettes de nos bonnes sœurs ? J’estime qu’ils ont la diversité pas mal sélective et que cela manque d’un brin d’ouverture. Vous ne trouvez pas ?

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Une chasse-galerie à Montréal (extrait-primeur)

L’auteur est historien, ethnologue et écrivain. Ce texte est constitué d’extraits d’Une chasse-galerie à Montréal, un conte légendaire à paraître sous peu aux Éditions du Québécois en partenariat avec les Éditions Charlevoix.

Où déposer tes bagages ? Où déposer tes voyages ? Toi qui as les yeux pleins de villages, toi qui as l’accent de ta mère, le nez de ta sœur et la tête bourrée de litanies. Toi qui n’as pas de pays. Sinon là ! Sur la Main, propriété des égarés !

- Pierre Perrault

Ils veulent effacer toutes les littératures de chasse-galerie pour en faire des immeubles vitreux. Quartier des spectacles, quartier de quoi ? De rien, de tout, de n’importe quoi. Comme s’il n’y avait jamais rien eu là. Comme si Montréal n’avait pas été cette conquête étrange d’un certain héritage autrement mort, autrement déraciné. D’une histoire pleine d’ancêtres, mais désertée désormais, comme une chevelure perdue de pays chauve. Un homme avance, mais ses pas ne s’imprègnent plus. Ce n’est plus comme avant. Comme si sa mémoire s’était effacée. Et ce n’est pas que sa mémoire à lui, c’est aussi celle de tout un peuple qui s’efface et s’effare, non loin d’ici, coin Sainte-Catherine et Saint-Laurent.

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L'idole multiculturaliste

L’auteur est détenteur d’un diplôme d’études supérieures en sciences des religions.

Récemment, un texte intitulé Pour un Québec pluraliste a été présenté comme un manifeste dont la vertu opératoire consisterait à rectifier la tournure que prend le débat sur l’identité et le vivre-ensemble au Québec. De nombreux universitaires notables se sont pitoyablement laissés piégés par l’idéologie de MM. Taylor et Bouchard. Ce « manifeste »  n’en est qu’une « mauvaise copie » . Le travail de réflexion est à reprendre.

Examinons les principaux arguments contenus dans ledit manifeste.

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Une autre stratégie d'accession à la souveraineté

Depuis trente ans, le peuple québécois s’est prononcé trois fois dans des référendums de nature constitutionnelle. Deux fois, sa décision fut négative. En 1980, il a rejeté le projet de souveraineté-association du gouvernement de René Lévesque. En 1992, il a rejeté également le projet de réforme de la Constitution canadienne présenté par les gouvernements Mulroney et Bourassa.

En 1995, le résultat fut beaucoup plus serré. L’histoire officielle retient jusqu’ici que le projet de souveraineté assorti d’une offre de partenariat, formulé par le gouvernement de Jacques Parizeau, a échoué de justesse. Il aurait obtenu 49,4% des plus de cinq millions de voix comptabilisées, une marge d’environ 50 000 voix. Pour plusieurs, le résultat réel aurait été en fait différent.

De cette séquence historique de trois référendums, il faut d’abord retenir trois choses fondamentales :

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Méfions-nous du gaz-pillage

Les auteurs sont respectivement président et adjointe aux communications de l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA)

L’exploration et l’exploitation du gaz de schiste, la nouvelle filière énergétique en vue au Québec, suscitent bien des débats. À l’heure de mettre sous presse, le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) tient des consultations publiques sur le sujet dans les trois premières régions concernées : la Montérégie, Chaudière-Appalaches et le Centre-du-Québec.

Le gaz de schiste étant produit de manière non conventionnelle, il représente un certain nombre de risques environnementaux. Puisqu’au Québec celui-ci serait exploité en zone agricole et habitée, sans législation adaptée, il soulève des enjeux sociaux et politiques. Et dans un contexte nord-américain où l’industrie du gaz de schiste se développe à vitesse grand V, la valeur du gaz tend à diminuer, ce qui soulève des enjeux économiques.

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Sous-catégories

Collections numériques (1917-2013)

action couv 1933Bibliothèque et Archives nationales du Québec a numérisé tous les numéros de L'Action française et de L'Action nationale depuis 1917.

Vous pouvez utilisez cet outil de recherche qui vous permettra — si vous cliquez sur « préciser la rechercher » — de ne chercher que dans L'Action nationale ou dans L'Action française.

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