Numéros publiés en 2011

Le concept de liberté au Canada à l’époque des révolutions atlantiques (1776-1838)

Michel Ducharme
Le concept de liberté au Canada à l’époque des révolutions atlantiques (1776-1838), Montréal, McGill-Queen’s University Press, 2010, 350 pages

Dans cet ouvrage, version remaniée de sa thèse de doctorat, Michel Ducharme analyse les différentes conceptions de la liberté dans les colonies britanniques d’Amérique du Nord de l’indépendance américaine jusqu’aux rébellions de 1837-1838.

Pour l’auteur, il importe de distinguer les deux principales conceptions de la liberté issues des Lumières qui sont deux façons différentes de concevoir l’État, l’ordre social et l’individu : la liberté moderne et la liberté républicaine. La première, émergée au début du Siècle des Lumières, repose sur le respect de certains droits individuels (habeas corpus, liberté de conscience, liberté de presse, etc.), sur le droit à la propriété, le droit à l’accumulation de richesse, de même que le droit à la sécurité des personnes et des biens. À cette liberté moderne s’oppose la liberté républicaine, émergée dans la deuxième partie du Siècle des Lumières, qui a justifié les nombreuses révolutions du monde atlantique et qui repose sur la liberté politique des citoyens de participer à la vie politique, sur l’égalité entre les citoyens et sur l’esprit de communauté.

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Histoire politique et histoire nationale au Québec

Professeur, département d'histoire, UQAM

Ce qu’on appelle l'« histoire nationale » n’implique de soi aucune opposition à ce à quoi on a donné le nom d'« histoire sociale ». Sur le même plan, c’est plutôt par rapport au local et au mondial qu’elle peut être située dans sa spécificité  [1].

La Fondation Lionel-Groulx a récemment commandé et entériné une analyse de l’état de l’enseignement et de la recherche en « histoire nationale » dans les départements d’histoire des universités québécoises [2]. Comme l’affirme son directeur général, « pour la Fondation Lionel-Groulx, son conseil d’administration et son comité d’historiens, le débat sur la place réservée à notre histoire nationale dans nos institutions d’enseignement est un débat important et sérieux, qui mérite d’être mené avec rigueur et respect [3] ». Ce texte a suscité un débat virulent dans la presse écrite, débat auquel mes collègues professeurs dans les départements visés par ce document, ont pris une part relativement discrète et limitée [4]. Le format de la presse écrite se prête de toute façon très mal à une critique approfondie. Pourtant, ce document me semble révélateur d’une certaine attitude et d’un certain rapport à l’histoire qui se fait dans nos départements, attitude et rapport qui concernent au plus haut point la place de l’histoire nationale et de l’histoire politique dans le destin de la collectivité québécoise, et qui à mon sens méritent d’être dénoncés.

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La planification linguistique au Québec et en Catalogne

Cet article a mérité une mention pour le prix André-Laurendeau 2011

Ce texte constitue un résumé de mon mémoire de maîtrise de janvier 2010 qui consiste en une comparaison entre les politiques linguistiques développées au Québec et en Catalogne et les structures les entourant. Au fil de cette comparaison, les dynamiques sociolinguistiques des populations et les mécanismes de politiques linguistiques des deux régions sont mis en lumière. En raison du format de l’article présent, nous survolerons sans entrer dans le détail les aspects clés des politiques linguistiques québécoise et catalane qui permettent d’établir une comparaison entre les deux régions. Nous débuterons par définir ce que nous entendons par politique linguistique et nous verrons une brève définition de ce qui pourrait en être pour les nations québécoise et catalane. Ensuite, nous repasserons à grands traits les événements historiques qui menèrent à l’adoption de politiques linguistiques dans les deux régions, puis nous verrons les principes fondamentaux qui sous-tendent les lois ainsi que leur portée. Finalement, nous terminerons avec une comparaison directe des situations linguistiques actuelles du Québec et de la Catalogne.

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Affrontement idéologique méconnu: Claude Ryan/Jean-Marc Léger

Cet article a valu le prix André-Laurendeau du meilleur article de l'année à son auteur

On ne peut distinguer le vrai du faux, ni distinguer une réponse adéquate à un problème d’une réponse non pertinente, ni distinguer de bonnes idées d’idées banales, on ne peut pas évaluer des idées de manière critique, si ce n’est lorsqu’elles sont présentées avec suffisamment de clarté.
Karl Popper

D’un point de vue macroscopique, la position du Devoir sur la question du Québec (la question nationale ou la question constitutionnelle canadienne) est essentiellement marquée par le passage tranché du fédéralisme de Claude Ryan au souverainisme de Lise Bissonnette[1]. Un regard plus attentif sur une période clé de la direction de Ryan révèle toutefois un affrontement qui, s’il avait connu un dénouement autre, aurait modifié non seulement l’évolution de la position du journal, mais vraisemblablement aussi l’histoire politique contemporaine du Québec. Au moment même où, en 1967, Ryan consolidait sa position fédéraliste, une position souverainiste divergente était défendue par un autre éditorialiste du Devoir, Jean-Marc Léger. Cet affrontement s’est conclu par l’exclusion de Léger de l’équipe éditoriale (et quelques mois plus tard par son départ du quotidien) où le fédéralisme de Ryan est devenu la ligne de pensée incontestée.

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Un monde qui se défait, un monde à reconstruire

Professeur émérite, UQAM.

Les raisons d’être déprimé aujourd’hui sont nombreuses et sérieuses. Sans être exhaustif, mentionnons le fossé qui s’élargit entre les plus riches et les plus pauvres, y compris dans les pays de l’OCDE[1], le réchauffement climatique et la dégradation de l’environnement combinée à l’épuisement des ressources naturelles, les politiques aveugles qui conduisent au désastre, sans oublier des pratiques politiques relevant d’une intégrité trop souvent douteuse, les réductions dans les services publics alors que la redistribution a été amendée en faveur des plus riches depuis trois décennies : réductions d’impôt, progressivité réduite, exemptions avantages fiscaux et autres cadeaux fiscaux qui expliquent en partie la croissance de l’endettement public. À ces facteurs plus structurels, il faut ajouter la cupidité et l’arrogance d’une grande partie de l’élite financière, l’impuissance et souvent le silence des dirigeants politiques à l’égard des dérives financières, l’absence de vision des partis politiques dont les programmes ne suscitent guère d’enthousiasme, une société civile de plus en plus active et même imaginative, mais de plus en plus fragmentée et faiblement organisée.

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Penser la politique spectrale I

Résumé – Cet article pose l’urgence d’une politique attentive aux fantômes qui affolent le peuple québécois dans l’écriture de son histoire. Il situe le retour de certains revenants pour montrer que les fantômes, sous différentes formes, sont parmi nous. Loin de la paranoïa, attentif aux faits, il montre que le Canada est une Haunted House coresponsable de politiques d’horreur et de peur qui nous oblige à envisager une spectropolitique à la hauteur de notre destin historique. Il est écrit en deux parties. S’il présente tout d’abord notre histoire à travers le prisme des revenants, cet article s’achève sur un point positif : le Québec doit former une jeune élite capable de rencontrer les fantômes, interpréter leur message afin de les affoler dans le but ultime de persuader le peuple de l’importance de sa liberté.

Dis-moi qui tu hantes, je te dirai qui tu es.
—Don Quichotte, Cervantès

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Trudeau et ses mesures de guerre (extraits)

(extraits en primeur de l'ouvrage paru chez Septentrion)

Introduction

Dans le souvenir de ceux qui l’ont vécue, dans la narration qu’en ont faite les médias, la « crise d’octobre » apparaît comme une affaire de Canadiens français : d’un côté, les Jacques Lanctôt et autres frères Rose. De l’autre : Lucien Saulnier, Jean Drapeau, Jérôme Choquette, Robert Bourassa. Même à Ottawa, ce sont des Canadiens français, le « French Power » comme on dit là-bas : Trudeau, bien entendu, mais aussi Marchand, Pépin, Pelletier, Lalonde. Quelques avocats, Michel Côté, Robert Lemieux, Robert Demers. Quelques vedettes aussi, Pierre Vallières, Michel Chartrand, Claude Ryan. Bref, une affaire de Canadiens français. Suprême ironie : pour un peu, on croirait que le Québec s’est séparé du Canada.

Vision tronquée, s’il en est. Car il y avait, juste à côté, un Canada anglais avec ses réactions, son opinion, son gouvernement, son État, son armée. Si on le laisse de côté, on s’interdit de comprendre Octobre 1970.

C’est pour éviter cette erreur que ce livre est centré sur les Canadiens anglais. Ceux-ci ne sont pas moins que nous impliqués dans cette affaire. C’est le moindre service que l’on peut rendre à la vérité que de prendre connaissance de ce que plusieurs parmi eux ont à dire.

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Déchets radioactifs ontariens sur le Saint-Laurent

Auteure de Avez-vous peur du nucléaire ? Vous devriez peut-être… (MultiMondes, 2009)

Le 4 février dernier, la Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN) a accordé un permis à la compagnie ontarienne Bruce Power pour transporter par bateau 16 générateurs de vapeur radioactifs vers la Suède. La CCSN permet ainsi que des composantes usées de centrales nucléaires, des déchets radioactifs, voyagent sur les Grands Lacs et le fleuve Saint-Laurent, la principale source d’eau potable de millions de personnes. Estomaquée par cette décision, j’ai lu la transcription des audiences publiques tenues à Ottawa les 28 et 29 septembre 2010. J’y ai déniché plusieurs faits préoccupants.

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Bilan du souverainisme officiel

Le 4 août 2010, au moment d’annoncer la tenue de l’Université d’été des jeunes souverainistes, organisée par le Forum jeunesse du Bloc québécois, le président du Parti québécois Jonathan Valois disait craindre la « folklorisation de la souveraineté ». Reprenant son diagnostic de 2004, alors qu’il avait piloté la tournée des « mousquetaires » destinée à renouveler le projet souverainiste à « l’heure de la mondialisation », il en arrivait à la même conclusion : le souverainisme doit désormais prendre la forme d’un projet de société « progressiste », associé à la recherche d’une société verte formulant un modèle original de développement durable, ce qui lui permettrait de se raccrocher aux exigences de la jeunesse militante, celle qui s’investit aujourd’hui dans les nombreuses causes de l’humanitarisme mondialisé.

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Bourgault ou le romantisme en politique

Remarques introductives

Le Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN) est né par la volonté d’un groupe d’indépendantistes désireux d’organiser politiquement la lutte nationale. Parmi eux, on retrouve des pionniers, ceux qui ont successivement présidé aux destinées de ce mouvement : Marcel Chaput, l’homme du jeûne historique, André d’Allemagne, l’intellectuel organique du Rassemblement, Me Guy Pouliot, le discret et combien efficace avocat de Québec, Rodrigue Guité, architecte, émanant d’une famille gaspésienne légendaire et concepteur du bélier inversé, logo symbolisant le Québécois débarrassé de sa réputation moutonnière pour devenir un bélier fonçant vers l’avenir, Pierre Bourgault, le journaliste qui va naître politiquement grâce au RIN et redonner vie à ce jeune parti au milieu des années 1960. À ne pas oublier, en ce jour anniversaire, le rôle marquant d’une femme hors du commun, madame Andrée Ferretti, la Rosa Luxembourg du mouvement indépendantiste québécois.

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Sous-catégories

Collections numériques (1917-2013)

action couv 1933Bibliothèque et Archives nationales du Québec a numérisé tous les numéros de L'Action française et de L'Action nationale depuis 1917.

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Mémoires présentés récemment