Comptes rendus

  • Éric Bédard. Années de ferveur

    Éric Bédard
    Années de ferveur, 1987-1995
    Montréal, Les éditions du Boréal, 2015, 232 pages

    Éric Bédard signe un témoignage majeur sur le positionnement des jeunes à l’approche du référendum de 1995. Il apporte l’éclairage inédit d’un jeune militant de 18 ans, séduit dès la venue de Jacques Parizeau à la tête du Parti québécois, un jeune qui s’engage au sein de l’aile jeunesse de ce mouvement et qui y défend des idées indépendantistes fermes, ce qui ne l’empêche pas de procéder à un réajustement idéologique dans les mois qui précèdent immédiatement le référendum de 1995 ; le jeune militant opère aussi une critique raisonnée de la manière de procéder de son mentor, qui lui transmet néanmoins le flambeau à la fin.

     

  • Carles Puigdemont. La crise catalane

    Carles Puigdemont
    La crise catalane
    Paris, Racine, 2018, 191 pages

    De son exil à Bruxelles, le président de la Catalogne continue la lutte pour l’indépendance et la libération des prisonniers politiques. Dans ce livre, il raconte comment il a vécu personnellement les péripéties de son combat et il explique en particulier les raisons qui ont motivé les décisions qui ont conduit le Parlement catalan à faire une déclaration unilatérale d’indépendance, le 27 octobre 2017. Il est forcé de reconnaître que sa démarche d’émancipation a été entravée par les élites politiques européennes qui ont préféré ignorer les bruits de bottes au lieu d’intervenir pour faire respecter les droits de l’homme et la démocratie. Par ce livre, il s’adresse surtout aux citoyens européens qu’il veut convaincre du bien-fondé de la lutte du peuple catalan, celui-ci ayant toujours adhéré aux valeurs démocratiques qui devraient caractériser le projet européen.

  • Michael Poplyansky. Le Parti acadien et la quête d’un paradis perdu

    Michael Poplyansky
    Le Parti acadien et la quête d’un paradis perdu
    Québec, Septentrion, 2018, 175 pages

    Il n’y a, en Acadie, qu’une seule maison d’édition professionnelle se spécialisant en livres pour adultes et elle publie surtout de la poésie : les Éditions Perce-Neige. Dans ce contexte, il est essentiel, pour la vie intellectuelle acadienne, que les maisons québécoises fassent une place aux livres sur l’Acadie. Avec sa collection « Acadie », Septentrion s’acquitte admirablement bien de cette responsabilité et contribue positivement aux relations Québec-Acadie.

  • André Poupart. Averroès. De la philosophie au droit

    André Poupart.
    Averroès. De la philosophie au droit
    L’Harmattan, Paris, 2017, 240 pages

    « Quand Averroès mourut en 1198, la philosophie arabe perdit en lui son dernier représentant,
    et le triomphe du Coran sur la libre pensée
    fut assuré pour au moins six cents ans. » (Ernest Renan)

    Averroès. De la philosophie au droit, est le produit final d’une thèse de doctorat en science juridique entreprise en 2012 à l’École de droit de la Sorbonne par André Poupart, professeur honoraire à la Faculté de droit de l’Université de Montréal. Il avait déjà publié en 2009 chez L’Harmattan un essai sur le même thème : Adaptation et immuabilité en droit musulman. L’expérience marocaine. C’est un essai « universitaire », c’est-à-dire pas facile d’approche plutôt aride et abscons par endroit. En langage populaire on dirait que « c’est du lourd ». À la fois philosophique et juridique, avec le jargon idoine. Rien pour attirer le profane. Mais c’est un ouvrage extrêmement enrichissant pour qui veut se donner la peine de surmonter ses premières réticences. C’est aussi un ouvrage d’une actualité brulante et dont on peut dire qu’on se sent plus intelligent après l’avoir lu.

  • Jean-Michel Demetz. Les Québécois

    Jean-Michel Demetz.
    Les Québécois
    Paris, Tallandier, 2018, 352 pages

    On a parfois l’impression qu’à chaque année qui passe, les Québécois traversent une crise d’indignation aussi exagérée qu’éphémère, et ayant à sa source un seul et même phénomène : quelqu’un, en France, s’est laissé aller à dire une sottise sur leur compte. Les exemples sont si nombreux qu’ils nous viennent aisément à l’esprit, comme l’article de 2016 consacré à Ricardo dans le Elle France, dégoulinant de sirop d’érable et autres clichés. On peut aussi penser à ce chroniqueur d’émission de radio française qui, à l’été 2018, s’est fait varloper pour avoir colporté les pires erreurs factuelles sur Montréal. Et que dire de l’énorme bourde de Valérie Treilweiler, ex-compagne de François Hollande ? Confondant la ville avec la province, la pauvre en était venue à célébrer les 400 ans « du » Québec dans un article de Paris-Match publié en 2008.

  • Francis Boucher. La grande déception: dialogue avec les exclus de l’indépendance

    Francis Boucher
    La grande déception: dialogue avec les exclus de l’indépendance
    Montréal, Éditions Somme Toute, 2018, 141 pages

    Il est, a priori, difficile de résumer l’essai de Francis Boucher tellement il apparait au lecteur comme un crachat d’une grossièreté sans nom sur le nationalisme québécois. Sont ainsi conviés au tribunal de la vertu diversitaire, le projet souverainiste, le Parti québécois, des politiciens, des intellectuels, mais surtout la Charte des valeurs. Le livre gravite autour de l’idée suivante : si les minorités n’ont pas adhéré au projet souverainiste, c’est évidemment que le projet est non seulement trop exclusif, mais fondamentalement hostile à tout particularisme non-canadien-français. Pour en faire la démonstration, Boucher cite différents protagonistes préalablement interviewés – ces exclus de l’indépendance comme l’illustre le titre – afin de donner une idée « des blessures profondes que cet épisode [celui de la Charte] a infligées aux personnes issues de la diversité ». L’échantillon réuni par l’auteur ferait rougir d’envie un chercheur en sociologie de l’UQAM : des immigrants de première génération, des immigrants de deuxième génération, des minorités visibles, un autochtone, une Anglo-Québécoise homosexuelle, un rappeur et, bien sûr, des politiciens repentants. On comprendra, dès lors, que l’ouvrage se veut un collage des diverses opinions recueillies, le tout chapeauté par une réflexion de Francis Boucher.

  • Guy Laperrière. Benoît Lacroix. Un dominicain dans le siècle

    Guy Laperrière
    Benoît Lacroix. Un dominicain dans le siècle
    Médiaspaul, 2017, 310 pages

    L’année dernière, l’historien Guy Laperrière nous a proposé une biographie du père Benoît Lacroix. En réalité, cette biographie a des allures d’autobiographie. C’est Laperrière qui l’a rédigée, mais c’est Lacroix qui semble lui avoir soufflé chaque mot. C’est que ce dernier a beaucoup parlé et a beaucoup écrit. Son biographe n’avait qu’à puiser à cette source quasi intarissable. Ce qu’il a fait avec dextérité et, à mon avis, avec un peu trop d’insistance.

  • Kristoff Tallin. Les valeurs de la société distincte

    Kristoff Tallin
    Les valeurs de la société distincte: une comparaison Québec-Canada
    Québec, Les Presses de l’Université Laval, 2017, 242 pages

    Les Québécois sont-ils fondamentalement différents des autres Canadiens ? Cette simple question a été si souvent posée par le passé qu’on peut se demander si elle ne résume pas à elle seule 50 années de débats. En effet, pour un peu qu’on se décide à chercher plus loin que les dichotomies classiques « français-anglais » et « catholiques-protestants », il faut reconnaître que les Québécois et les Canadiens partagent bel et bien quelques caractéristiques et opinions. Naturellement, certains s’empresseront de magnifier ces similitudes, car elles servent leur projet politique : si les Québécois et les Canadiens se ressemblent autant, pourquoi le Québec devrait-il se séparer du Canada ? Ainsi, lors de la sortie en 2016 de l’ouvrage Le code Québec, coécrit par le sondeur Jean-Marc Léger, Radio-Canada reprenait une nouvelle de la Presse canadienne en titrant « Les Québécois ne sont pas si différents des Canadiens, selon un nouvel ouvrage ». Dans les premières lignes de l’article, on affirmait même que la perception des Québécois comme étant différents du reste du Canada relève du « mythe ». Le bémol apporté par Léger, selon lequel les Québécois présentent tout de même de profondes différences avec les Canadiens, n’aura pas suffi, la manchette ne fera pas état de ces nuances.

  • Geneviève Dorval-Douville et Jean-François Gingras. Rêver le territoire

    Geneviève Dorval-Rouville et Jean-François Gingras
    Rêver le territoire. Vers une vision partagée de son potentiel, Les éditions Somme toute, 2018, 156 pages

    Ce livre s’inscrit dans une série d’essais réalisés par des auteurs associés aux Orphelins politiques, un mouvement citoyen visant à proposer des solutions pragmatiques et innovantes pour faire avancer le Québec. Cette série cherche quant à elle à redonner aux Québécois la fierté et le goût de bâtir collectivement le Québec.

  • Anne-Marie Beaudoin-Bégin. La langue affranchie

    Anne-Marie Beaudoin-Bégin
    La langue affranchie. Se raccommoder avec l’évolution linguistique, Éditions Somme toute, 2017, 116 pages

    Les différents malaises que vous causera cet ouvrage proviendront, d’abord et avant tout, du très pernicieux statut scientifique dont il se vernit pour enfoncer dans la gorge du lecteur une vérité épiphanique construite de toute pièce. La langue affranchie d’Anne-Marie Beaudouin-Bégin est une œuvre insidieuse qui révèle les obsessions traumatiques d’une auteure torturée par les chroniques du Journal de Montréal. Particulièrement celles de Mathieu Bock-Côté et de Denise Bombardier qui seraient à leurs façons des suprémacistes de la langue. À tout le moins, des aristocrates infréquentablesméprisant le petit monde qu’ils regarderaient de haut. Comme dans tout manifeste doctrinaire gauchiste qui se respecte, la petitesse progressiste est au rendez-vous avec les mesquineries de mauvaise foi habituelle où on fait comprendre à son interlocuteur qu’il n’appartient pas à la légitimité de ce monde, mais plutôt à une cellule de l’aile psychiatrique. Maladivement attaché àses privilèges, le défenseur de la langue française sera en quelque sorte accusé de demeurer dans les ténèbres de l’histoire ou condamné à la fossilisation préhistorique ridicule.

  • Paul Cliche. Un militant qui n’a jamais lâché

    Paul Cliche
    Un militant qui n’a jamais lâché. Chronique de la gauche politique des années 1950 à aujourd’hui, Varia, Montréal, 2018, 428 pages

    C’est par son blogue dont certains textes paraissent régulièrement dans la chronique « Libre opinion » du Devoir que j’ai pu entrer en contact une première fois avec l’auteur. Paul Cliche – qui au sein QS milite avec une admirable détermination en faveur d’une réforme du système électoral – m’a alors assuré de ses convictions indépendantistes. J’avais perdu sa trace depuis la grande aventure du FRAP, victime de l’infecte démagogie de l’occupant de l’Hôtel de Ville de Montréal lors de la Crise d’octobre. Et, comme la mémoire est une faculté qui oublie, je ne me souvenais plus qu’il avait été en grande partie responsable de la victoire du parti libéral dans Mercier en se portant candidat indépendantiste de gauche lors de l’élection partielle du 9 avril 2001.

  • Jérôme Blanchet-Gravel. La face cachée du multiculturalisme

    Jérôme Blanchet-Gravel
    La face cachée du multiculturalisme,Les éditions du Cerf, collection Idées, 2018, 224 pages

    La face cachée du multiculturalisme est le plus récent ouvrage de l’essayiste Jérôme Blanchet-Gravel. La lecture révèle chez lui un grand talent. Ce talent n’a rien à voir avec la sociologie, l’étude des religions, l’histoire des idées, la science politique ou l’écriture d’essais. Le talent de Blanchet-Gravel est de convaincre des éditeurs crédules ou opportunistes de publier ses manuscrits. On en voit des signes sans ouvrir le livre. Le quatrième de couverture déclare que l’essayiste serait « considéré comme l’une des nouvelles figures de la libre-pensée au Québec », une déclaration qui devrait surprendre les connaisseurs des débats d’idées du Québec. Autre signe inquiétant, la couverture annonce une préface signée par le sociologue Michel Maffesoli. Un auteur produisant surtout des textes anecdotiques qui masquent souvent leur peu de méthode et d’analyse par une érudition qui s’en tient au verbiage et aux références inutiles à des sources d’envergure.

  • Qu’est-ce que l’économie sociale au Québec ?

    Note critique de l'ouvrage de Gabriel Arseneault,L’économie sociale au Québec. Une perspective politique, Montréal, Presses de l’Université du Québec, 2018, 256 pages

    Il y a quelques décennies à peine, l’économie sociale n’était connue que de quelques rares spécialistes. Plusieurs de ses manifestations étaient familières à bien des collectivités, mais rarement la chose était-elle ainsi nommée. C’est à partir du milieu des années 1980 que l’expression a fini par se diffuser progressivement dans l’espace public et c’est le Sommet sur l’économie et l’emploi de 1996 qui lui a donné ses lettres de noblesse. Depuis, ses artisans, ses organisations et ses revendications trouvent leur place dans la délibération publique et dans les programmes des partis politiques.

  • Éric Bédard. Survivance

    Éric Bédard.
    Survivance. Histoire et mémoire du XIXe siècle canadien-français, Boréal, 2017, 238 pages

    Huit ans après Les Réformistes, l’historien Éric Bédard nous sert un excellent livre intitulé Survivance, qui en constitue en quelque sorte la suite, sous forme de réflexions sur l’après 1837-1838, l’historiographie concernant cette période en général et certains de ses personnages en particulier. Sur la forme, le tout tient à la fois de l’essai et du recueil de textes. Sur le fond, il renoue avec l’objectif de réhabiliter les réformistes. Et surtout, il met mettre en lumière le récit alternatif de la survivance et critique donc celui du colonisé.

  • Simon Jolin-Barette

    Simon Jolin-Barette
    J’ai confiance. Réflexions sans cynisme d’un jeune politicien, Montréal, Québec Amérique, 2018, 122 pages

    Nommé parlementaire de l’année par l’Assemblée nationale du Québec en 2016, le député caquiste et avocat Simon Jolin-Barrette se positionne, dans l’esprit de plusieurs, comme un politicien exemplaire. Il semble avoir tout pour lui. Jeune dans un univers obsédé par la jeunesse. Caquiste sur une scène politique où le PQ semble condamné à perdre son titre de représentant officiel des bleus à Québec au profit du parti de François Legault. Fédéraliste à une époque où la mode est à rire de ceux qui croient encore que la question nationale doit être réglée dans le sens de l’indépendance. C’est fort de sa propre luminosité dans le firmament politique que Jolin-Barrette s’est attelé, récemment, à la rédaction d’un court essai intitulé J’ai confiance. Réflexions sans cynisme d’un jeune politicien. 

  • Jean Lamarre. Le mouvement étudiant québécois des années 1960 et ses relations avec le mouvement international

    Jean Lamarre
    Le mouvement étudiant québécois des années 1960 et ses relations avec le mouvement international, Québec, Septentrion, 2017, 175 pages

    Jean Lamarre1, professeur titulaire au département d’histoire du Collège militaire royal du Canada, renouvelle sa collaboration avec la maison d’édition spécialisée en histoire, Septentrion, pour la parution d’un ouvrage s’intéressant aux relations bilatérales que l’Union générale des étudiants du Québec (UGEQ) a pu établir avec d’autres formations étudiantes nationales pendant sa courte existence de 1964 à 1969. Plus précisément, l’auteur se questionne sur les liens que l’Union a pu établir avec les mouvements étudiants canadien, américain et français et quelle influence ces liens ont pu avoir sur les discours et les pratiques du mouvement étudiant québécois. Si de nombreuses autres études ont déjà tenté de découvrir les traits communs des différents mouvements étudiants nationaux des années 1960, l’originalité de M. Lamarre est d’analyser, au moyen d’archives, les appuis, soutiens et collaborations et les condamnations, rejets et tensions entre les diverses organisations. Il cherche à démontrer que l’UGEQ a agi à la fois comme émetteur et comme récepteur d’idées.

  • Notre maître, Lionel Groulx !

    Enfin, une biographie de Lionel Groulx ! L’historien Charles-Philippe Courtois lui a consacré cinq ans de sa vie. Il a donc eu tout le temps voulu pour méditer, pour confirmer ou infirmer telle ou telle hypothèse, pour choisir tel angle plutôt que tel autre, enfin, plus important encore, ces cinq années lui ont permis de polir son style. Ainsi, c’est beaucoup plus qu’une biographie. C’est une chevauchée passionnante dans le XXe siècle canadien-français, chevauchée dont Lionel Groulx est le héros. Doté d’une formidable vitalité, ce dernier nous a laissé une œuvre incomparable. Quel homme peut en effet se vanter d’avoir à son actif la publication d’une centaine d’ouvrages diffusés à des milliers d’exemplaires, la fondation d’un département universitaire, de revues scientifiques, d’organisations patriotiques et religieuses, sans oublier l’ébauche de nouvelles perspectives historiques ?

  • Un cas de psittacisme anglophile

    Ce fut un très grand jour au Québec, l’un des plus grands de notre histoire, écrira François-Albert Angers dans les colonnes de L’Action nationale !

    Inversement, il en fut tout autrement au Canada anglais. Dans ce pays, qui naquit au XVIIIe siècle de l’idée d’exclure la France des rois du continent nord-américain, puis qui grandit dans celle de tenir le plus loin possible de nos rives la France républicaine, voir apparaître la Ve République, « réveillée après d’immenses épreuves » et déterminée à retrouver son rang parmi les Grands, et surtout entendre son Président, de surcroît « l’une des plus grandes figures du vingtième siècle » (Claude Ryan), manifester sa sollicitude à l’endroit de nos Lapalme, Lesage, Drapeau et autres figures politiques du Québec, suscita d’emblée la plus vive inquiétude parmi les dirigeants d’Ottawa. Au point où cette présence active de la France auprès du Québec devint vite le plus sérieux point de désaccord – « the greatest single source of contention » – entre Ottawa et le Québec, nous révèle le premier ministre Pearson dans ses Mémoires, un élément si nouveau dans le paysage politique nord-américain, qu’il provoqua, selon l’historien James Eayrs et le journaliste Peter Newman, une véritable hystérie francophobe au sein de l’État fédéral. Trudeau ne sera pas en reste sur Pearson. À peine fut-il installé dans son siège de premier ministre qu’il lança une première salve en exigeant le départ immédiat du territoire canadien de Philippe Roussillon, cet « agent secret de la France », qu’il accusa d’être venu ici pour « détruire l’unité du Canada » ; salve qu’il fera suivre l’année suivante, le 19 octobre 1969, dans son tonitruant discours du Queen Elizabeth, d’une menace à peine voilée à la France : « On ne laissera pas diviser ce pays, ni de l’intérieur, ni de l’extérieur, s’écria-t-il après avoir dénoncé « toutes ces guerres de tapis rouge et ces intrigues de consulat ».

  • Vouloir déboulonner les faits

    On a tous eu, dans notre enfance, un ami éreintant qui prétendait en savoir plus que nous sur tous les sujets. Il avait tout vu, tout entendu malgré ses 6 ans. On ne pouvait rien lui apprendre. Pire encore : on avait, face à lui, toujours tort. On l’acceptait dans notre cercle, on le tolérait, grand de cœur que nous étions. On s’était habitué à ses remarques. On s’était même construit une carapace face à lui, être vidé de son enfance, incapable qu’il était de tout émerveillement, de tout étonnement face au monde qui pourtant s’ouvrait chaque jour davantage à lui. Il s’appelait Dany, il s’appelait Jean-Nicolas, Éric ou Olivier. Incapable d’apprendre parce que certain de déjà être au fait de tout, cet ami a grandi dans ses certitudes. Imbu de son supposé savoir – mais surtout de sa personne – il a grandi. Il a même réussi assez bien, voire très bien dans le domaine dans lequel il s’est jeté. Son assurance et son narcissisme l’ont fait bien paraître partout. Le monde semblait taillé sur mesure pour lui. Il pontifiait toujours, d’ailleurs, malgré son âge qui avançait. On le payait pour cela. Pontifier : tel était son métier, telle était sa raison de vivre. Il avait parfois tort, parfois raison, mais son opinion faisait toujours office de fait. En cela, il était toujours aussi éreintant qu’au temps de la petite école.

  • Martin Lavallée. Denis-Benjamin Viger : un patriote face au Canada-Uni

    Martin Lavallée
    Denis-Benjamin Viger : un patriote face au Canada-Uni
    VLB éditeur, 2017, 195 pages

    L’historien Martin Lavallée a eu la bonne idée d’extraire Denis-Benjamin Viger des oubliettes. Grâce à lui, nul ne pourra dorénavant plaider l’ignorance. Le portrait qu’il en fait est à ce point captivant que je ne peux résister à l’envie d’en proposer un résumé.

    Viger est né le 19 août 1774. Il a pour cousins Jacques Viger, premier maire de Montréal, Louis-Michel Viger, fondateur de la Banque du peuple, Bonaventure Viger, Louis-Joseph Papineau, Côme-Séraphin Cherrier, patriotes de leur état, de même que Mgr Jean-Jacques Lartigue, premier évêque de Montréal. Mais notre homme ne s’est pas contenté d’être bien né. Après des études chez les Sulpiciens, il entreprend des études de droit. Il fera sa cléricature chez Joseph Bédard, frère de Pierre-Stanislas, député et juge, de même que chez Joseph-Antoine Panet, premier orateur de l’Assemblée. L’écriture l’intéressait. Il a rédigé de nombreux textes d’analyses politiques. Ce serait d’ailleurs bien qu’un historien en publie une édition critique. Viger pensait que la presse avait un rôle important à jouer dans la société. Il a donc soutenu financièrement nombre de journaux. Ce n’est pas tout. « En 1803, écrit Lavallée, il est nommé lieutenant des milices de Montréal et il est capitaine au troisième bataillon pendant la guerre de 1812 contre les Américains » (p. 14).

Collections numériques (1917-2013)

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