Comptes rendus

  • Yvan Lamonde et al. Les intellectuel.les au Québec

    Yvan Lamonde, Marie-Andrée Bergeron, Michel Lacroix, Jonathan Livernois
    Les intellectuel.les au Québec, Del Busso Éditeur, 2015, 158 pages

    Voilà un ouvrage au sujet passionnant : l’histoire des intellectuels québécois. J’étais d’autant plus en confiance qu’il avait été écrit par quatre professeurs d’université. Contrairement à d’habitude, ils ne l’ont pas écrit en se divisant les chapitres selon leur spécialité. Ils l’ont écrit comme un seul homme ; à quatre mains. J’appréciais aussi leur volonté de laisser une place de choix aux intellectuelles. Bref, j’étais enchanté. Mon indécrottable naïveté finira par me terrasser. Ce compte-rendu aurait pu être fort simple : cet ouvrage est à ce point décousu et mal écrit qu’il est pratiquement illisible. Comme le fond de cet ouvrage m’était inaccessible, si tant est qu’il existe, j’ai dû me contenter d’en critiquer la forme. 

  • Victor Teboul. Libérons-nous de la mentalité d’assiégé

    Victor Teboul
    Libérons-nous de la mentalité d’assiégé, Accent grave, 2014, 155 pages

    Comme il l’affirme dès l’introduction, Victor Teboul en a contre la mentalité d’assiégé de « certains groupes ethnoculturels gagnés au multiculturalisme canadien, dont les médias de langue anglaise ne cessent de faire la promotion ».

    « Comment dans ces conditions s’identifier aux luttes démocratiques des Québécois en faveur d’une société laïque et égalitaire, et ne pas se sentir assiégés ? » s’interroge-t-il. Selon lui, leur méconnaissance du Québec empêche ces groupes de s’y identifier. Tout cela, Victor Teboul le pense depuis longtemps, au moins depuis l’affaire Michaud, mais c’est le débat sur la Charte des valeurs qui l’a décidé à rassembler ses écrits dans un essai percutant.

  • Christian Saint-Germain. Le mal du Québec

    Christian Saint-Germain
    Le mal du Québec. Désir de disparaître et passion de l’ignorance, Montréal, Éditions Liber, 2016, 144 pages

    Le mal du Québec. À la lecture de ce titre, un verdict semble être tombé sur l’avenir de La Belle Province. L’auteur indépendantiste, philosophe et essayiste-provocateur Christian Saint-Germain ne nous a pas habitué à des essais politiques très convenus et « bon enfant ». Son essai précédent, un brillantissime pamphlet intitulé L’avenir du bluff québécois : la chute d’un peuple hors de l’histoire, tirait littéralement sur tout ce qui bougeait alors au sein de l’incarnation politique du mouvement indépendantiste. C’est donc avec une certaine hâte, dans le contexte d’une course au leadership pour le moins décevante, que j’ai empoigné Le mal du Québec : désir de disparaître et passion de l’ignorance.

  • Bureau d’aménagement de l’est du Québec: questionner les possibles

    Note critique de
    Bruno Jean (sous la direction de)
    Le BAEQ revisité, Québec, Presses de l’Université Laval, 2016, 215 pages

    À quelque chose malheur est bon ! C’est ainsi qu’on pourrait résumer la thèse de fond et l’esprit général de l’ouvrage Le BAEQ revisité. Le malheur étant moins que l’exercice de planification ait eu lieu que ce qu’il a soulevé soit resté inabouti. L’héritage du premier et plus vaste exercice de planification régionale que le Québec ait jamais entrepris reste trouble. Une littérature abondante a déjà tenté d’en prendre la mesure, mais, comme le remarque fort justement Bruno Jean qui dirige l’ouvrage, les travaux scientifiques ont surtout porté sur la période post-BAEQ et sur les réactions qu’il a soulevées et beaucoup moins sur le rapport lui-même et sur les travaux qui l’ont rendu possible. À cet égard l’ouvrage, qui prend prétexte du cinquantième anniversaire du dépôt du rapport, trouve une pertinence qui va bien au-delà de la simple commémoration.

  • Amin Maalouf. Un fauteuil sur la Seine

    Amin Maalouf
    Un fauteuil sur la Seine, Grasset, 2016, 331 pages

    Après avoir failli perdre la raison en lisant Les intellectuel.les au Québec pour en faire un compte rendu, je m’enfonçai dans la déprime. J’avais mal à mon français, à mon intelligence et à la haute opinion que j’avais des professeurs d’université. Je ne désirais rien d’autre que de m’isoler, panser mes plaies et faire le vide. C’était une mauvaise idée. Il ne me fallait pas faire le vide, mais plutôt refaire le plein ; le plein d’harmonie, d’esprit et d’élégance. Le hasard fit bien les choses. Je commençai à lire Un fauteuil sur la Seine d’Amin Maalouf. C’était comme si, après m’être baigné dans l’eau poisseuse, je redécouvrais la félicité de l’eau pure. Maalouf me redonna espoir. Pour peu que nous l’aimions, pour peu qu’un écrivain ait du talent, la langue française est la plus belle langue du monde.

  • Pierre Céré. Coup de barre

    Pierre Céré
    Coup de barre, Éditions Somme Toute, Montréal, 2016, 154 pages

    Avez-vous déjà tenté de peler une anguille pour la cuisiner après l’avoir tuée ? La tâche est difficile, car l’animal glisse et, même mort, fuit vos mains comme si sa vie en dépendait. C’est cette exacte impression qui restera de la complétion de la lecture du plus récent opus de Pierre Céré intitulé Coup de barre.

    Ce court essai publié aux éditions Somme Toute se veut un appel à la refondation du Parti québécois. C’est, du moins, la prétention de son auteur qui, rappelons-le, est sorti d’un relatif anonymat grâce à l’édition 2015 de la course à la chefferie de ce même parti, course à laquelle il a pris part en s’arrogeant le rôle d’objecteur de conscience. Le titre est pesant, et les attentes sont d’autant plus grandes que le Parti québécois se retrouve de nouveau sans tête dirigeante, à peine un an après que son nouveau chef Pierre Karl Péladeau fut triomphalement élu, au grand dam de l’auteur. Serons-nous convaincus par la plume de Pierre Céré, qu’on supposera bien acérée ? Hélas non, à moins d’aimer peler des anguilles fuyantes ou d’apprécier les auteurs qui écrivent non pas avec la pointe de leur plume, mais avec l’extrémité opposée.

  • J. Maurice Arbour. Cessons d’être des colonisés

    J. Maurice Arbour
    Cessons d’être des colonisés, Québec, Presses de l’Université Laval, 2015, 242 pages

    Le mot est devenu tabou au Québec. Ne le prononçons surtout pas. Il « cache un terrible sentiment de honte qui ne peut se dévoiler au grand jour » (p. 63). Pourtant, J. Maurice Arbour, professeur à la retraite de l’Université Laval où il a enseigné le droit constitutionnel canadien et le droit international public, ne se gêne pas, dans son ouvrage intitulé Cessons d’être des colonisés !, pour étaler au grand jour notre tare nationale. Oui, nous sommes au Québec des « colonisés » et il serait grand temps de cesser de l’être.

  • J.-F. Laniel et J.-Y. Thériault (dir.) Retour sur les États généraux du Canada français

    Jean-François Laniel et Joseph-Yvon Thériault (dir.)
    Retour sur les États généraux du Canada français. Continuités et ruptures d’un projet national, Québec, Presses de l’Université du Québec, 2015, 411 pages

    La douzaine de contributions rassemblées ici sont unies par une question qu’exprime bien le sous-titre de cet ouvrage collectif : les États généraux ont-ils marqué une rupture aussi profonde qu’on l’a dit entre le Québec, d’une part, et le/les Canada/s français de l’autre ?

    Cette question fondamentale en entraîne d’autres. La rupture, au fond, n’était-elle pas en préparation dès avant cette grande rencontre en trois temps des années 1966-1969 ? Par ailleurs, des continuités ont-elles malgré tout transcendé cette rupture ? Bref, doit-on repenser l’interprétation généralement proposée des États généraux comme moment clé de l’inflexion, voire de l’éclatement du « projet national » que fut le Canada français ? Livre riche, qualité des contributeurs : on a là un ouvrage incontournable.

  • David Preston. Braddock’s Defeat

    David Preston
    Braddock’s Defeat. The Battle of the Monongahela and the Road to Revolution, Oxford University Press, 2015, 460 pages

    Braddock’s Defeat nous transporte dans un lieu et une période où les intérêts de la Nouvelle-France s’imbriquent avec ceux des Amérindiens du nord-est du continent. Et il ne s’agit pas de n’importe quelle période : il s’agit des débuts de la guerre de Conquête, nommée guerre franco-indienne (French and Indian War) par les Américains et guerre de Sept Ans par les Européens.

  • Éric Pineault. Le piège Énergie Est

    Éric Pineault
    Le piège Énergie Est. Sortir de l’impasse des sables bitumineux, Montréal, Les Éditions Écosociété, 2016, 237 pages

    Détenteur de la troisième plus grande réserve de pétrole au monde, le Canada a connu avec l’exploitation des sables bitumineux, une véritable mutation économique. Il est devenu un pétro-État, un état extractiviste, c’est-à-dire un état dont l’économie a pour centre de gravité l’extraction et l’exploitation des ressources naturelles. En quelques décennies à peine les investissements pétroliers sont passés de 5 % à 20 % du total de l’investissement privé au Canada. Des sommes colossales ont été consacrées à la mise en place d’un immense dispositif industriel entièrement tourné vers l’exportation d’un pétrole qualifié d’extrême, parce que son exploitation est trois à quatre fois plus polluante que celle du pétrole conventionnel et qu’elle génère 17 % de plus de GES. 

  • Jean-François Lisée. Octobre 1995

    Jean-François Lisée
    Octobre 1995 – Tous les espoirs, tous les chagrins, Montréal, Québec Amérique, 2015, 206 pages

    Au fil des décennies, Jean-François Lisée nous a offert des ouvrages de différente envergure, voire d’inégale valeur. Cet opus ne figure certainement pas parmi les plus importants du prolifique auteur. Il mérite toutefois qu’on s’y arrête.

    On peut diviser grossièrement le livre en deux volets : un premier portant sur l’action politique des grandes figures des deux camps, celui du OUI et celui du NON, à la veille du référendum du 30 octobre 1995. Un second portant sur ce qu’aurait été la vie nationale québécoise et canadienne après une hypothétique victoire du OUI.

  • Jonathan Livernois. La route du Pays-Brûlé

    Jonathan Livernois
    La route du Pays-Brûlé. Archéologie et reconstruction du patriotisme québécois, Montréal, Atelier 10, 2016, 76 pages

    Jonathan Livernois est un jeune trentenaire rongé par le doute. Mêlé, le jeune homme. Peinant à naviguer dans sa (grande) culture littéraire, tâtonnant dans la brume de son récit familial à rechercher les points de jonction entre la petite et la grande histoire. Traversé de remarques intelligentes, d’observations souvent justes, le propos reste néanmoins éthéré. C’est un paradoxe : ce jeune intellectuel recherche avidement les voies de l’incarnation, mais il n’arrive pas à toucher terre. Certes il nomme les lieux, les donne à voir parfois, mais ne parvient guère à faire lever de la pensée dans ses phrases.

  • Marc Cassivi. Mauvaise langue

    Marc Cassivi
    Mauvaise langue, Éditions Somme Toute, 2016, 101 pages

    À défaut de maîtriser d’emblée le sujet qu’il veut traiter, on attend d’un journaliste qu’il fasse un certain travail de recherche, questionne des spécialistes ou lise les principaux travaux sur celui-ci. Le livre de Marc Cassivi, Mauvaise langue, publié aux éditions Somme Toute, ne suit définitivement pas cette approche. L’objectif de cet essai serait de contrer le discours prétendument alarmiste de ceux qui s’inquiètent du déclin du français au Québec. Voilà un sujet d’actualité sur lequel de nombreux démographes, linguistes et sociologues ont écrit. Mais pour Cassivi, nul besoin d’aller voir leurs travaux. Son expérience personnelle est suffisante.

  • Alain Deneault. La médiocratie

    Alain Deneault
    La médiocratie, Montréal, Lux, 2015, 218 pages

    Alain Deneault a sorti l’artillerie lourde pour en finir avec les médiocres qui domineraient notre monde. Dans un petit essai consacré à ce qu’il nomme la « médiocratie », il s’intéresse à une structure de pensée qui pousserait notre monde à prescrire une certaine manière d’être proscrivant tout à la fois l’intelligence et l’originalité. La société contemporaine serait fondamentalement médiocre : elle ferait de la médiocrité son logiciel. D’ailleurs, les médiocres, qui se reconnaissent entre eux et qui savent s’appuyer les uns les autres, s’emparent de tout : ils imposent leur règne. En fait, ils imposent même un nouveau régime idéologique et politique qui ne dit pas son nom, mais qu’il faut dévoiler : n’est-ce pas au sens propre la signification de la médiocratie ?

  • Martin Lemay. À la défense de Maurice Duplessis

    Martin Lemay
    À la défense de Maurice Duplessis, préface de Mathieu Bock-Côté, Montréal, Québec-Amérique, 2016, 165 pages

    Voici un petit essai qui n’est à proprement parler ni une étude d’histoire ni un pamphlet, mais tient un peu des deux. Comme le titre l’indique, l’auteur s’y porte à la défense de Maurice Duplessis, premier ministre aimé et haï s’il en fut un.

  • Carl Bergeron. Voir le monde avec un chapeau

    Carl Bergeron
    Voir le monde avec un chapeau,Montréal, Boréal 2016, 357 pages

    >Voir le monde avec un chapeau est un ouvrage émouvant. Il est un de ces livres qu’on peine à déposer. L’auteur Carl Bergeron (Un cynique chez les lyriques, 2012), dans ce livre qui se présente sous la forme d’un journal chronologique, dresse le portrait d’un lieu et d’une époque. À travers ses lunettes se dessine le Québec des années 2010, pour le meilleur et souvent pour le pire. Car il faut le souligner, on ne sort pas spontanément enchanté de la lecture du livre de Bergeron. Certes, son style, tout comme sa prose, captivent. Il en est de même du propos, varié et intelligemment abordé. C’est sans doute le diagnostic qu’il pose, ou du moins le portrait de notre société qu’il dresse, qui sans nous surprendre, n’en est pas moins bouleversant.

  • Andrée Ferretti. Mon désir de révolution

    Andrée Ferretti
    Mon désir de révolution, Montréal, XYZ éditeur, 2015, 146 pages

    Comment en vient-on à désirer la révolution ? C’est ce parcours intellectuel et militant que relate une Andrée Ferretti dont le verbe garde son mordant. Si elle ne laissait pas indifférents René Lévesque et même Pierre Bourgault par son caractère obstiné, on retrouve, des décennies plus tard dans son œuvre écrite, « la pasionaria » décrite par Jacques Lanctôt.

  • Claude Corbo. Honoré Mercier – Discours 1873-1893

    Claude Corbo
    Honoré Mercier – Discours 1873-1893, Del Busso, 2016, 434 pages

    Je rêvais que l’anthologie des discours d’Honoré Mercier, publiée par J. O. Pelland en 1890, fasse l’objet d’une réédition ; je rêvais que les discours prononcés après 1890 y soient ajoutés ; je rêvais que Claude Corbo, passé maître dans l’art de l’anthologie, soit l’artisan de cet exercice monacal. Ces trois rêves se sont réalisés, d’un coup. En prenant l’ouvrage sur les tablettes, j’avais impression de gagner le gros lot.

  • Marc Cassivi. Mauvaise langue

    Marc Cassivi
    Mauvaise langue, Montréal, Éditions Somme toute, 2016, 101 pages

    Marc Cassivi s’invite dans le débat sur la langue. Il en a gros sur le cœur. Dans Mauvaise langue, le livre où tout se bouscule, Cassivi dénonce. Il dénonce quoi ? Il dénonce qui ? Le sait-il lui-même ? Puis il invite les Québécois à revoir leur rapport à la langue anglaise, qui est selon lui « malsain ».

  • Cécile Alduy et Stéphane Wahnich. Marine Le Pen prise aux mots

    Cécile Alduy et Stéphane Wahnich.
    Marine Le Pen prise aux mots : décryptage du nouveau discours frontiste, Paris, Seuil, 2015, 310 pages

    La visite de Marine Le Pen au Québec a suscité la controverse et de nombreuses déclarations intempestives cherchant à diaboliser ce parti. Ces attaques étaient bien souvent ad hominem et s’appuyaient sur des connaissances bien approximatives des positions du Front national. Les contempteurs québécois répétaient les dénonciations propagées par les médias français. En France, le Front national et ses dirigeants sont constamment la cible de la classe politique et médiatique. Ces dénonciations sont aussi véhiculées par des universitaires qui au nom d’un progressisme de bon aloi se servent d’approches scientifiques pour valider leurs partis pris idéologiques.

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