Éditoriaux

chroniquecequicherche
Les éditoriaux de Robert Laplante ont été regroupés dans deux ouvrages en vente à la boutique

  • 2019mai250Version PDF

    Voilà des années que ça dure. Le déluge de commentaires malveillants, les manifestations d’intégristes, le langage ordurier sur les pancartes, le mépris sous vernis académique, les mêmes sophismes ressassés, les finfinauds qui finfinaudent à Radio-Canada, tout cela n’aura fait que révéler ce qui traîne dans le fond du temps depuis trop longtemps déjà. Et cela n’a, à vrai dire, que peu de choses à voir avec le projet de loi 21. Ce qui se joue là et qui ne se terminera pas avec son adoption, c’est toujours le même déni, le même refus obstiné de consentir à quoi que ce soit qui pourrait avoir l’air d’une affirmation existentielle. Le Québec n’a pas droit à une différence non accréditée.

  • 2019marsavril250Version PDF

    Voilà vingt-cinq ans que les inconditionnels du Canada mènent le bal. Cela n’aura pas été sans conséquence. C’est de ce constat qu’il faut partir pour comprendre quelque chose à ce qui est en train de se passer.

  • 2019fevrier250La lune de miel est terminée. Les premières salves sont lancées : Trudeau qui rejette la proposition de la déclaration d’impôt unique, Leblanc qui finasse sur la question des seuils d’immigration. Trudeau, encore, qui persiffle sur la laïcité, Rodriguez qui laisse tomber son masque et les civilités pour nous servir le mépris du Québec français. Cela ira en s’accélérant et le signal en a été donné à la sortie du caucus de la CAQ : le tir groupé sur les déclarations de François Legault au sujet de cette chose aussi mal définie que l’islamophobie aura donné un avant-goût de ce qui l’attend lorsque son gouvernement déposera le projet de loi sur la laïcité. À Radio-Canada et dans de nombreuses officines du cartel médiatique, les chantres du multiculturalisme ont de plus en plus de mal à cacher leur jupon ; la nébuleuse diversitaire s’agite, publie, appelle à la censure, l’intolérance vertueuse s’affiche et se répand. La politique québécoise restera aussi fermement tenue coincée entre le consentement à la « normalisation » minoritaire et l’humiliation. C’est entre ces deux pôles – et entre eux seulement – que l’ordre canadian est déterminé à contenir le Québec.

  • 2019janvier250Dans un article prémonitoire paru il y a dix ans (novembre-décembre 2008) Pierre-Paul Sénéchal identifiait en nos pages un des objectifs stratégiques les plus délétères de la campagne permanente de propagande menée par l’État canadian. Il fallait, disait-il, provoquer le « désamour » du Québec par les Québécois eux-mêmes pour que fonctionne efficacement la doctrine d’État multiculturaliste. La chose lui est apparue en analysant les manœuvres de sabotage pour dévoyer les commémorations du quatre centième anniversaire de Québec, une célébration usurpée sans vergogne par le gouvernement Harper qui a tenté d’en faire l’acte de naissance canadian transformé par des notables locaux en vulgaire affairisme pour aubergistes et faiseux de festivals. Sénéchal a bien montré comment le cartel médiatique, mené et instrumentalisé par Radio-Canada et les plans de communications fédéraux, allait tout mettre en œuvre pour enfermer le Québec dans un récit souffreteux et une vision de perdants. Le multiculturalisme aura triomphé effrontément, par la suite, à l’Hôtel de Ville de Montréal et dans les inepties du territoire mohawk non cédé.

  • 2018novembredecembre600Après la morgue pédante de Philippe Couillard, la bonhommie de François Legault fait quasiment l’effet d’un baume sur l’épiderme éraflé d’un Québec qui en avait assez de se faire reprocher de ne pas être à la hauteur de la morale canadian. Avant toute autre considération électorale, c’est peut-être de cela qu’il s’est agi dans le résultat du 1er octobre dernier : un ras-le-bol existentiel. Épuisé par la violence symbolique et sociale que n’ont cessé de lui infliger les gouvernements libéraux, l’électorat semble avoir choisi de faire une pause, de reprendre son souffle en tentant de retrouver ses marques. Par-delà le bricolage des promesses et les engagements à gogo, la CAQ a tenté la grande séduction par une offre politique non conflictuelle. Il y aurait moyen de gouverner sans animosité, de gérer dans la seule recherche de solutions simples, appliquées simplement, comme le dicterait le gros bon sens…

  • 2018octobre250Les libéraux sont chassés et durement sanctionnés. C’est une excellente nouvelle. La déloyauté du PLQ a déjà fait trop de dégâts. Il faudra en garder mémoire puisqu’il a incarné tout ce que le Canada autorise que nous soyons. Il n’y aura plus d’autre voie pour ce parti incrusté dans ses enclaves ethniques. Il ne poursuivra qu’en cherchant de nouvelles figures de l’imposture. Il s’en remettra, c’est certain puisqu’il est essentiel au régime qui nous asservit. Pour l’instant, il faut seulement souhaiter lui rendre la tâche la plus difficile possible.

  •  Nul n’est plus esclave que celui qui se croit libre sans l’être
    – Goethe

    2018juinseptembre250Il faut chasser les libéraux du pouvoir. Pour la corruption, certes. Pour avoir semé partout la médiocrité, encore plus. Mais surtout parce que c’est un parti antinational. Dirigés par une engeance doctrinaire et déterminée, les gouvernements Charest et Couillard auront conduit le Québec dans les marécages canadian comme jamais ne l’ont réalisé auparavant les démissionnaires qui, pourtant, n’ont jamais manqué dans notre élite mollassonne. Maniant habilement tous les ressorts de l’affairisme et déterminés à normaliser la province en engraissant une cohorte de goinfres qui vont jouer pour des générations les rôles de gérants de notre marginalisation politique en pillant le patrimoine, ce rassemblement hybride d’opportunistes, de malfaisants et de naïfs utiles a suffisamment sévi.

  • 2018mai250

    Quel affligeant spectacle ! Plus rien ne tient de l’intelligence ni de la décence devant ce qu’on nous donne à voir et à entendre dès lors qu’il est question de la passoire Roxham. Violence sourde de l’État canadian qui ne peut résister à la tentation du mépris à l’égard du Québec qui regimbe à peine, pourtant. Violence doctrinaire de tous les inquisiteurs qui refusent jusqu’à la moindre réticence critique et ne supportent rien d’autre que la résignation enthousiaste au nom d’une vertu qu’eux seuls peuvent brandir.

  • 2018avril250Les malheurs du Bloc québécois font le bonheur et les moqueries des adversaires de l’indépendance. Ils font aussi la misère d’une large fraction des indépendantistes qui peinent à reconnaître dans le spectacle de l’implosion du caucus les motifs qui pourraient justifier de fournir matière à la mise en scène du meurtre sacrificiel de l’idée d’indépendance. Pulsion d’autodestruction, manque de discipline, conflits de personnalités et déficit de culture politique, toutes ces explications s’appliquent à l’une ou l’autre des facettes de ce conflit qui s’éternise. Mais aucune n’en éclaire le sens profond.

  • 2018mars250Ainsi donc, s’il faut en croire une vérité de la paresse, les Québécois auraient tourné le dos à l’indépendance, en auraient fini avec une idée anachronique de la liberté. Ils seraient passés à autre chose. La formule aide les bonimenteurs à se donner bonne bouche. C’est bien connu, les esprits éclairés sont toujours ailleurs, à moins de n’être en avant… que pour se faire voir.

    Il y a quelque chose de suspect dans le succès de la formule. De quelle autre chose parle-t-on ? Où se trouve donc le nouveau boulevard de la modernité où devraient déambuler les badauds de l’au-delà du politique, les promeneurs du postnational, les costumés de la diversité ? Où mène donc l’avenue de bien-pensance ? Dans les limbes !

  • 2018fevrier250Il n’y a rien pour les en faire changer d’idée, la prochaine élection provinciale sera provinciale. Tous les partis politiques s’entendent là-dessus, les Québécois et Québécoises seront appelés à réfléchir dans l’espace de la résignation. Les programmes, quelles qu’en soient les rhétoriques, sont unanimes : nous n’aurons d’autres choix en octobre prochain que de réfléchir dans un cadre inadéquat. Le gouvernement du Québec n’a plus les moyens – même en supposant qu’il en ait la volonté – de se comporter comme notre gouvernement national. Et l’électorat sera appelé à ne pas trop y penser.

  • 2017janvier250La campagne électorale est lancée depuis un moment déjà. C’est sans vergogne que le gouvernement Couillard a commencé à faire pleuvoir les dollars pour faire croire à la manne. Avec leur complaisance habituelle, les bonimenteurs et faiseurs de bruit médiatique sont restés bien sagement campés dans leur rôle de relais béats. Ils ont gobé le vocabulaire : le mot surplus a été relayé même s’il n’est rien d’autre en l’occurrence qu’une imposture comptable. Les sommes retranchées par une brutale politique de réduction des services publics ne sont pas des surplus. Elles ne sont pas non plus des réinvestissements. Elles sont tout simplement devenues un trésor de guerre que le gouvernement entend utiliser pour sa campagne électorale. Les baisses d’impôts ne serviront qu’à rendre encore plus faible la capacité d’intervention de l’État. Les réinjections de fonds ne se font pas là où elles seraient nécessaires, mais bien là où elles paraîtront payantes sur le plan électoral.

  • 2017decembre250Conférence prononcée à l’occasion du
    Gala du centenaire de L’Action nationale
    au cabaret Lion d’Or
    27 octobre 2017
    Version vidéo -

    Je suis heureux de partager avec vous cette soirée, ce moment de célébration. C’est un privilège rare qui m’est donné et je vous en suis très reconnaissant. Je voudrais profiter de l’occasion pour revenir un tant soit peu, sur le chemin parcouru. Et pour tenter d’ouvrir quelques pistes pour le proche avenir, en sachant qu’il faudra revenir plus d’une fois sur le sujet.

    Je vous invite à aborder les prochaines années avec confiance et détermination. Il faut penser notre combat dans le temps long. Et le faire en sachant que nous sommes redevables à tous ceux et celles qui, avant nous, ont mené les batailles qui ont permis à notre peuple de se rendre là où nous sommes. Encore et toujours au seuil de notre naissance, certes. Mais encore et toujours tenaces et opiniâtres, avec le même idéal chevillé au corps, le même goût de liberté, le dur désir de durer.

  • 2017novembre250Le Québec n’est pas la Catalogne, c’est une évidence qu’il faut rappeler. Par respect pour nos deux peuples et nos deux pays, certes. Mais par sagesse politique également. En effet, les adversaires et les détracteurs de notre quête ne manqueront pas de faire des amalgames – quel mot galvaudé ! – qui viseront à utiliser les travers et revers de l’un pour discréditer les forces de l’autre. Il y a donc lieu de pratiquer une vigilance critique essentielle. C’est ce qui motive ce premier dossier.

  • 2017octobre250

    Les voix ne cessent de se multiplier, au moment d’écrire ces lignes, pour demander au gouvernement d’annuler la Commission sur le racisme et la discrimination systémiques. Rien, apparemment, ne paraît ébranler la volonté de Philippe Couillard d’en découdre avec les spectres qu’il dit vouloir débusquer dans les manifestations d’une identité qu’il ne se représente que repliée sur elle-même. Dérapages à la Commission des droits de la personne, cafouillage sur les modalités de déroulement des audiences, inquiétudes sur la sous-traitance à l’industrie de la repentance, soupçons d’électoralisme aussi malsain que cynique, rien n’y fait. La supériorité morale qu’il s’octroie et qu’il ne se gêne jamais d’infliger au bon peuple reste sa posture et dicte sa position.

  • 2017juinseptembre250La politique va mal. Elle va mal partout et c’est parce que la démocratie va mal. Des mutations sociales et économiques profondes la travaillent. Des repères culturels basculent et rien de ce qui, hier, pouvait être tenu, sinon pour certain du moins pour une base commune, ne résiste plus au nihilisme marchand ou à la fureur sectaire. Partout les classes politiques vacillent, leur crédibilité fléchit au même rythme que leurs renoncements. Le décrochage civique mine la vie publique et pave la voie aux dérives sectaires. Le monde traverse une passe extrêmement dangereuse. Et notre statut de nation oblitérée fait l’effet d’un amplificateur de ces tendances de fond, accroissant cynisme et désabusement à l’endroit de la chose publique et de sa construction.

  • 2017mai250Il n’y a pas de limites. Aplaventrisme et démission devant Ottawa en matière de financement de la santé, soumission et renoncement à faire valoir ses prérogatives dans le dossier de la légalisation de la marijuana, consentement à se laisser tourner en ridicule dans le dossier de l’aide à Bombardier, résignation devant les décisions fédérales pour la nomination des juges. La liste ne cesse de s’allonger.

    Et voilà que Philippe Couillard s’est transformé en marcheur protestataire à Dolbeau Mistassini pour supposément partager l’anxiété des populations que la crise forestière va frapper de plein fouet. Il a marché, certes, mais pour la protestation, il repassera. Il a déploré, le pauvre intendant. Il a déploré qu’aucun député libéral fédéral n’ait participé à la marche. Il a déploré et… il attend ! Il attend qu’Ottawa fasse un geste, qu’il annonce des mesures pour atténuer les effets de la déstabilisation planifiée de cette industrie mal en point.

    Il attend !

  • 2017avril250Il est beau à voir notre ministre de la Santé. Un penaud magnifique !

    Tout sourire pour se soumettre au spin commandé pour faire semblant que le budget propulse le Québec dans une ère de prospérité, il a joué du simulacre. Floué par Ottawa, mais néanmoins incapable d’en tirer la conclusion, il passera le reste de son mandat à prétendre protéger la qualité et l’offre de services après avoir fait lui-même la démonstration que les transferts fédéraux sont largement insuffisants pour permettre au Québec de maintenir son système dans un état à peu près convenable pour faire face aux défis qui sont les siens.

  • 2017mars250Le gouvernement libéral ne va nulle part. Et c’est là où il veut aller. Dix démissions, des scandales nauséabonds, des reculs, des reports et… toujours la même arrogance. Jouant de tous les trucs et astuces que la politique politicienne lui octroie d’office grâce au soutien blindé d’une minorité de blocage et de l’impuissance caricaturale des partis d’opposition, il survit à sa propre maladresse. Il est à l’aise dans la médiocrité prétentieuse. Et cela le laisse bien en phase avec celle que distille chaque jour un complexe médiatique qui n’en finit plus de décrocher du réel pour traiter le Québec comme une grossière farce.

  • Ça ne pourra pas toujours ne pas arriver
    – Gaston Miron

    2017janvierfevrier250C’est une longue, une très longue cordée qui aura conduit L’Action nationaleau seuil de ce numéro du centenaire. Pour quiconque a eu le bonheur de se trouver devant la collection complète de la revue, de s’y laisser guider par l’attrait des maquettes ou la couleur des vieux papiers où s’amoncellent des millions de signes, la figure de ce long défilé des auteurs tous tendus vers une même ascension, un même idéal de dépassement s’impose d’elle-même. Édouard Montpetit qui signe le premier éditorial du numéro de janvier 1917 n’avait pas manqué de placer l’aventure naissante du côté de l’effort et de l’accomplissement. Vers la supériorité, écrit-il alors pour en appeler – et peut-être aussi pour se convaincre lui-même – à se faire confiance et à miser sur un potentiel que le petit peuple humilié a du mal à s’accorder.