Éditoriaux

chroniquecequicherche
Les éditoriaux de Robert Laplante ont été regroupés dans deux ouvrages en vente à la boutique

  • Éditorial - Coupables d'exister

    2017octobre250

    Les voix ne cessent de se multiplier, au moment d’écrire ces lignes, pour demander au gouvernement d’annuler la Commission sur le racisme et la discrimination systémiques. Rien, apparemment, ne paraît ébranler la volonté de Philippe Couillard d’en découdre avec les spectres qu’il dit vouloir débusquer dans les manifestations d’une identité qu’il ne se représente que repliée sur elle-même. Dérapages à la Commission des droits de la personne, cafouillage sur les modalités de déroulement des audiences, inquiétudes sur la sous-traitance à l’industrie de la repentance, soupçons d’électoralisme aussi malsain que cynique, rien n’y fait. La supériorité morale qu’il s’octroie et qu’il ne se gêne jamais d’infliger au bon peuple reste sa posture et dicte sa position.

  • Éditorial - Sans l’audace il n’arrivera jamais rien

    2017juinseptembre250La politique va mal. Elle va mal partout et c’est parce que la démocratie va mal. Des mutations sociales et économiques profondes la travaillent. Des repères culturels basculent et rien de ce qui, hier, pouvait être tenu, sinon pour certain du moins pour une base commune, ne résiste plus au nihilisme marchand ou à la fureur sectaire. Partout les classes politiques vacillent, leur crédibilité fléchit au même rythme que leurs renoncements. Le décrochage civique mine la vie publique et pave la voie aux dérives sectaires. Le monde traverse une passe extrêmement dangereuse. Et notre statut de nation oblitérée fait l’effet d’un amplificateur de ces tendances de fond, accroissant cynisme et désabusement à l’endroit de la chose publique et de sa construction.

  • Éditorial - La nécrose et les pilleurs d’héritage

    2017mai250Il n’y a pas de limites. Aplaventrisme et démission devant Ottawa en matière de financement de la santé, soumission et renoncement à faire valoir ses prérogatives dans le dossier de la légalisation de la marijuana, consentement à se laisser tourner en ridicule dans le dossier de l’aide à Bombardier, résignation devant les décisions fédérales pour la nomination des juges. La liste ne cesse de s’allonger.

    Et voilà que Philippe Couillard s’est transformé en marcheur protestataire à Dolbeau Mistassini pour supposément partager l’anxiété des populations que la crise forestière va frapper de plein fouet. Il a marché, certes, mais pour la protestation, il repassera. Il a déploré, le pauvre intendant. Il a déploré qu’aucun député libéral fédéral n’ait participé à la marche. Il a déploré et… il attend ! Il attend qu’Ottawa fasse un geste, qu’il annonce des mesures pour atténuer les effets de la déstabilisation planifiée de cette industrie mal en point.

    Il attend !

  • Éditorial - Un penaud magnifique

    2017avril250Il est beau à voir notre ministre de la Santé. Un penaud magnifique !

    Tout sourire pour se soumettre au spin commandé pour faire semblant que le budget propulse le Québec dans une ère de prospérité, il a joué du simulacre. Floué par Ottawa, mais néanmoins incapable d’en tirer la conclusion, il passera le reste de son mandat à prétendre protéger la qualité et l’offre de services après avoir fait lui-même la démonstration que les transferts fédéraux sont largement insuffisants pour permettre au Québec de maintenir son système dans un état à peu près convenable pour faire face aux défis qui sont les siens.

  • Éditorial - La politique du non-être

    2017mars250Le gouvernement libéral ne va nulle part. Et c’est là où il veut aller. Dix démissions, des scandales nauséabonds, des reculs, des reports et… toujours la même arrogance. Jouant de tous les trucs et astuces que la politique politicienne lui octroie d’office grâce au soutien blindé d’une minorité de blocage et de l’impuissance caricaturale des partis d’opposition, il survit à sa propre maladresse. Il est à l’aise dans la médiocrité prétentieuse. Et cela le laisse bien en phase avec celle que distille chaque jour un complexe médiatique qui n’en finit plus de décrocher du réel pour traiter le Québec comme une grossière farce.

  • Éditorial - Pour mémoire

    Ça ne pourra pas toujours ne pas arriver
    – Gaston Miron

    2017janvierfevrier250C’est une longue, une très longue cordée qui aura conduit L’Action nationaleau seuil de ce numéro du centenaire. Pour quiconque a eu le bonheur de se trouver devant la collection complète de la revue, de s’y laisser guider par l’attrait des maquettes ou la couleur des vieux papiers où s’amoncellent des millions de signes, la figure de ce long défilé des auteurs tous tendus vers une même ascension, un même idéal de dépassement s’impose d’elle-même. Édouard Montpetit qui signe le premier éditorial du numéro de janvier 1917 n’avait pas manqué de placer l’aventure naissante du côté de l’effort et de l’accomplissement. Vers la supériorité, écrit-il alors pour en appeler – et peut-être aussi pour se convaincre lui-même – à se faire confiance et à miser sur un potentiel que le petit peuple humilié a du mal à s’accorder.

  • Éditorial - Loi d'apartheid, condition d'apartheid


    2016decembre250
    Nul besoin d’être anthropologue ou travailleur social, quiconque a déjà arpenté la troisième avenue à Val-d’Or a déjà vu le visage de la mort sociale et de la déréliction. Les femmes algonquines ne pleurent pas qu’à la télévision. La condition amérindienne ne s’étale pas qu’en comités de repentance et cérémonies de réconciliation.

  • Éditorial - La voie du grand détour

    2016novembre250Changement de garde oblige, la politique provinciale retrouve du piquant. Le confort ne sera plus le même pour Philippe Couillard et sa cohorte de commis d’inventaire. Il faut le reconnaître, le nouveau chef du PQ a l’éloquence suffisante pour pimenter les échanges, pour faire mal paraître les balourds. La rhétorique est d’ores et déjà plus fleurie, les réparties donnent de meilleurs clips. Encore quelque temps et les souverainistes non-pratiquants pourront même espérer mettre les rieurs de leur côté. Quand la dérision s’installe…

  • Éditorial - One nation, one pipeline

    2016septembre250Pendant que la province de Québec tourne chaque jour davantage à la bourgade asphyxiante, le plus meilleur pays du monde avance ses pions. Occupés à débattre des vertus des patates en poudre pour la gastronomie dans les centres d’accueil et à méditer les propos du savant docteur sur la conformité du lavage à la débarbouillette aux plus hauts standards de la médecine version libérale, les Québécois continuent de se faire enfirouaper dans l’indigence intellectuelle de la régression provinciale. Le projet de pipeline devient de moins en moins une hypothèse. Le Canada s’organise.

  • Éditorial - Le deni a assez duré

    2016maijuin250C’est à peine commencé et, déjà, la course prend des tournures surréalistes. Enfermés dans le délire référendiste et piégés dans les multiples traquenards de la conduite d’échec, les premiers échanges sont restés dans les paramètres qu’en a dressé le cartel médiatique : la date du référendum, si référendum il y aura, et le rejet de la Charte des valeurs pour continuer de se prosterner devant le multiculturalisme. L’insistance des bonimenteurs et scribes à gages a fait son œuvre et voilà des têtes d’affiche qui réfléchissent dans les catégories de l’ordre établi. Tous les candidats sont englués dans les logiques défensives devant les mises en demeure que leur servent gardiens de la rectitude, promoteurs du statu quo et apatrides en tous genres. L’heure ne serait plus à l’indépendance, parait-il, et il s’en trouve parmi les aspirants leaders pour prétendre que leur rôle est de suivre l’opinion des adversaires et des sans opinion. Une idée avance quand ses porteurs la portent comme un possible, pas quand ils l’évoquent comme un souhaitable discrétionnaire. On fera l’indépendance en forçant le jeu, pas en farfinant sur les mille et une nuances du placement de produit et avec la bénédiction des spin doctors et autres gourous du marketing politique.

  • Éditorial - Délivré de soi-même

    2016avril250Préposé à la bien-pensance dans les émissions d’infodivertissement, auteur célébré d’essais sentencieux et grand semeur de lieux communs, Paul St-Pierre Plamondon a l’intention de foncer dans l’avenir qu’il voit dans un rétroviseur. C’est du moins ce dont nous menace un article paru dans Le Devoir du 25 mars dernier (Marco Fortier, « Bouillonnement politique à Québec »). Le jeune avocat n’en peut plus d’affronter notre dilemme national. Entre l’impuissance consentie et la liberté à conquérir, le phare de la jeunesse éclairée propose de retourner dans les limbes du ni-ni.

  • Éditorial - L'enlisement

    2016mars250Ça ne fait plus rire du tout ce spectacle, l’étalement de tant d’insignifiance. Les tournures ridicules de Sam Hamad qui n’en finit plus d’inventer « des roues à trois boutons » ne sont plus de simples accidents d’expression, elles sont en passe de devenir les symboles les plus éloquents de la médiocrité de ce gouvernement. Et pis encore, du délitement de la culture politique. On ne s’était jamais habitué au niveau de langue relâché d’une Lise Thériault que notre farceur de premier ministre a élevée au rang de vice-première ministre pour mieux placer sur un piédestal le laxisme intellectuel et l’inculture satisfaite, mais voilà que les choses se sont mises à débouler. Ce gouvernement distille la honte, souille la fierté au point de banaliser la dérision et l’autodénigrement.

  • Éditorial - Un projet de société

    2016fevrier250

    Le spectacle est affligeant, l’esprit de lynchage qui prévaut dans le traitement des déboires du chef du Parti québécois a certes de quoi dégoûter n’importe qui de la politique. Cette façon de s’acharner, la hargne avec laquelle les anecdotes deviennent matériaux pour construire les potences, la violence médiatique qui se déploie sans vergogne ne doivent pas faire perdre de vue l’essentiel, le sens profond de la manœuvre  la lutte sans merci pour mettre à mort le principal véhicule du projet national est entrée dans une phase cruciale.

  • Éditorial - Regarder la réalité en face

    2016janvier250De cinq à sept en réveillons, entre les petits fours et les tourtières, la colère ne disparaissait pas. Les Québécois ont vraiment l’impression d’avoir été les dindons de la farce. La rigueur de Renaud Lachance aura donné des crampes à bien du monde.

    À coups de dizaines de millions pour nourrir le cynisme et provoquer le décrochage civique, le Québec de la complaisance n’aura pas connu l’austérité. Après Gomery, après Bastarache, après les juges « post-it », un autre rapport qui tourne les coins ronds et se contente de pêcher les menés, c’est tout même fort de café !

  • Éditorial - Le malheur de notre condition ajoute au malheur du monde

    2015decembre250Le monde est en proie à d’horribles convulsions. Luttes féroces pour la reconfiguration de l’ordre pétrolier mondial, destruction des régimes qui lui font obstacle, réalignements stratégiques conséquents, déchaînement de l’intégrisme islamique, tout cela s’entremêle et s’entrechoque dans un effrayant maelstrom. Il aura fallu les attentats de Paris pour saisir les consciences déjà fortement ébranlées par le spectacle des millions de victimes jetées sur les routes ou prises dans les tirs croisés des multiples factions militaires pour ébranler enfin les colonnes de la bien-pensance. Est-ce la guerre ? Est-ce une forme inédite d’implosion des rapports du monde développé aux nations émergentes ? Il est encore difficile de bien saisir ce qui se joue dans le fracas de l’ordre qui s’effondre.

  • Éditorial - Le retour du Quécan

    On est capables d’avoir un projet pour un pays québécois canadien […] Tu peux être très québécois et voir une capacité et un désir de développer aussi une appartenance canadienne. On n’est pas obligés d’avoir une vision passéiste où l’identité est unique.
    – Jean- Marc Fournier
    Ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes et de la Francophonie canadienne

    2015novembre250Il n’avait jamais vraiment disparu. Il se contentait d’une existence furtive, d’une présence médiocre au monde et tout entière placée sous le signe de la procuration. L’élection d’une majorité de balayeurs libéraux va propulser à l’avant-scène le Quécan. Le Québécois oblitéré, refoulé dans l’existence autorisée du multiculturalisme et de la vie en sursis du minoritaire toléré dans son propre pays va redevenir une référence forte. Il sera chouchouté encore davantage par Radio-Canada, par les inconditionnels du fédéralisme et les liquidateurs du parti de Philipe Couillard. Il redeviendra la figure de proue du discours de la double légitimité, le parangon du consentement à l’effacement de soi sous les fanfaronnades des impuissants qui se sentent vivre lorsqu’ils se conforment. Ce Québécois dédoublé, c’est le Quécan satisfait de lui-même, imbu de la satisfaction de se savoir utile à la politique des autres. Un Elvis Gratton des identités plurielles, un aspirant à l’Ordre du Canada, de la pâte à savants théoriciens du renoncement inavouable.

  • Éditorial - Le seul résultat qui comptera

    2015septobre250Tout est toujours à recommencer. Quand fléchit la volonté, quand s’érode le courage, quand la lassitude prend le dessus, le bruit des choses mortes vient couvrir la parole, la retourner contre l’intelligence. Plus que toutes celles qui l’ont précédée, la campagne électorale est encombrée par les discours fossilisés. Pour un peu et l’on penserait que ce sont des revenants qui nous les servent tant les lieux communs qu’ils nous assènent nous semblent tout droit sortis des épisodes les plus médiocres d’une histoire qui bégaie.

  • Éditorial - Voter dans le Canada réel

    2015juin250C’est fait. Les choses sont claires. Le Parti québécois a son chef. L’homme n’aura guère de répit. Il savait à quoi s’attendre. Il faut espérer que son parti prendra rapidement acte de ce qui s’est enclenché depuis l’annonce de sa candidature et qui s’accélère depuis. La volonté d’éradication, les efforts concertés pour briser notre capacité de cohésion nationale, la dynamique de normalisation de la province vont nous valoir de très durs moments et de sombres manœuvres. Mais ce ne sera pas chose facile de les faire voir, de les faire comprendre pour ensuite les combattre.

  • Éditorial - Nous revoici à pied d’œuvre

    2015mai250Au moment d’écrire ces lignes, le résultat de la course à la direction du Parti québécois n’est pas encore officiellement connu. Il est néanmoins possible de dresser un bilan provisoire de l’exercice. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le parti a une immense besogne à accomplir. Si l’on peut, certes, se réjouir que la course ait provoqué un certain regain intellectuel, force est de reconnaître qu’il n’est pas du tout certain que l’impulsion aura été suffisante pour entreprendre la relecture du combat national et le repositionnement du parti.

  • Éditorial - L'arasement

    2015avril250Les Québécois ne vivent plus dans le pays qu’ils pensent habiter. Des mercenaires cravatés, des faux frères aux doctrines funestes et toute une engeance de petits besogneux travaillent à les déporter d’eux-mêmes. Des manœuvres sournoises sapent les bases de ce qui a été construit au fil des générations. Le sentiment d’appartenance ne signifie plus rien à leurs yeux. Une élite démissionnaire s’emploie à éroder les bases de tous les arrangements institutionnels déployés pour soutenir notre existence singulière et notre volonté de durer dans ce que nous voulons être. Le néolibéralisme lui va comme un gant. La négation de l’existence nationale se dissout tellement bien dans le marché ! Toute une cohorte de parvenus s’active à détourner les héritages en se donnant des formules ronflantes pour mieux maquiller son refus de s’assumer, pour jouer à fond la comédie du pragmatisme, pour mieux consentir à se soumettre à la minorisation définitive qui chaque jour nous oblitère davantage.