Éditoriaux

chroniquecequicherche
Les éditoriaux de Robert Laplante ont été regroupés dans deux ouvrages en vente à la boutique

  • 2016avril250Préposé à la bien-pensance dans les émissions d’infodivertissement, auteur célébré d’essais sentencieux et grand semeur de lieux communs, Paul St-Pierre Plamondon a l’intention de foncer dans l’avenir qu’il voit dans un rétroviseur. C’est du moins ce dont nous menace un article paru dans Le Devoir du 25 mars dernier (Marco Fortier, « Bouillonnement politique à Québec »). Le jeune avocat n’en peut plus d’affronter notre dilemme national. Entre l’impuissance consentie et la liberté à conquérir, le phare de la jeunesse éclairée propose de retourner dans les limbes du ni-ni.

  • 2016mars250Ça ne fait plus rire du tout ce spectacle, l’étalement de tant d’insignifiance. Les tournures ridicules de Sam Hamad qui n’en finit plus d’inventer « des roues à trois boutons » ne sont plus de simples accidents d’expression, elles sont en passe de devenir les symboles les plus éloquents de la médiocrité de ce gouvernement. Et pis encore, du délitement de la culture politique. On ne s’était jamais habitué au niveau de langue relâché d’une Lise Thériault que notre farceur de premier ministre a élevée au rang de vice-première ministre pour mieux placer sur un piédestal le laxisme intellectuel et l’inculture satisfaite, mais voilà que les choses se sont mises à débouler. Ce gouvernement distille la honte, souille la fierté au point de banaliser la dérision et l’autodénigrement.

  • 2016fevrier250

    Le spectacle est affligeant, l’esprit de lynchage qui prévaut dans le traitement des déboires du chef du Parti québécois a certes de quoi dégoûter n’importe qui de la politique. Cette façon de s’acharner, la hargne avec laquelle les anecdotes deviennent matériaux pour construire les potences, la violence médiatique qui se déploie sans vergogne ne doivent pas faire perdre de vue l’essentiel, le sens profond de la manœuvre  la lutte sans merci pour mettre à mort le principal véhicule du projet national est entrée dans une phase cruciale.

  • 2016janvier250De cinq à sept en réveillons, entre les petits fours et les tourtières, la colère ne disparaissait pas. Les Québécois ont vraiment l’impression d’avoir été les dindons de la farce. La rigueur de Renaud Lachance aura donné des crampes à bien du monde.

    À coups de dizaines de millions pour nourrir le cynisme et provoquer le décrochage civique, le Québec de la complaisance n’aura pas connu l’austérité. Après Gomery, après Bastarache, après les juges « post-it », un autre rapport qui tourne les coins ronds et se contente de pêcher les menés, c’est tout même fort de café !

  • 2015decembre250Le monde est en proie à d’horribles convulsions. Luttes féroces pour la reconfiguration de l’ordre pétrolier mondial, destruction des régimes qui lui font obstacle, réalignements stratégiques conséquents, déchaînement de l’intégrisme islamique, tout cela s’entremêle et s’entrechoque dans un effrayant maelstrom. Il aura fallu les attentats de Paris pour saisir les consciences déjà fortement ébranlées par le spectacle des millions de victimes jetées sur les routes ou prises dans les tirs croisés des multiples factions militaires pour ébranler enfin les colonnes de la bien-pensance. Est-ce la guerre ? Est-ce une forme inédite d’implosion des rapports du monde développé aux nations émergentes ? Il est encore difficile de bien saisir ce qui se joue dans le fracas de l’ordre qui s’effondre.

  • On est capables d’avoir un projet pour un pays québécois canadien […] Tu peux être très québécois et voir une capacité et un désir de développer aussi une appartenance canadienne. On n’est pas obligés d’avoir une vision passéiste où l’identité est unique.
    – Jean- Marc Fournier
    Ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes et de la Francophonie canadienne

    2015novembre250Il n’avait jamais vraiment disparu. Il se contentait d’une existence furtive, d’une présence médiocre au monde et tout entière placée sous le signe de la procuration. L’élection d’une majorité de balayeurs libéraux va propulser à l’avant-scène le Quécan. Le Québécois oblitéré, refoulé dans l’existence autorisée du multiculturalisme et de la vie en sursis du minoritaire toléré dans son propre pays va redevenir une référence forte. Il sera chouchouté encore davantage par Radio-Canada, par les inconditionnels du fédéralisme et les liquidateurs du parti de Philipe Couillard. Il redeviendra la figure de proue du discours de la double légitimité, le parangon du consentement à l’effacement de soi sous les fanfaronnades des impuissants qui se sentent vivre lorsqu’ils se conforment. Ce Québécois dédoublé, c’est le Quécan satisfait de lui-même, imbu de la satisfaction de se savoir utile à la politique des autres. Un Elvis Gratton des identités plurielles, un aspirant à l’Ordre du Canada, de la pâte à savants théoriciens du renoncement inavouable.

  • 2015septobre250Tout est toujours à recommencer. Quand fléchit la volonté, quand s’érode le courage, quand la lassitude prend le dessus, le bruit des choses mortes vient couvrir la parole, la retourner contre l’intelligence. Plus que toutes celles qui l’ont précédée, la campagne électorale est encombrée par les discours fossilisés. Pour un peu et l’on penserait que ce sont des revenants qui nous les servent tant les lieux communs qu’ils nous assènent nous semblent tout droit sortis des épisodes les plus médiocres d’une histoire qui bégaie.

  • 2015juin250C’est fait. Les choses sont claires. Le Parti québécois a son chef. L’homme n’aura guère de répit. Il savait à quoi s’attendre. Il faut espérer que son parti prendra rapidement acte de ce qui s’est enclenché depuis l’annonce de sa candidature et qui s’accélère depuis. La volonté d’éradication, les efforts concertés pour briser notre capacité de cohésion nationale, la dynamique de normalisation de la province vont nous valoir de très durs moments et de sombres manœuvres. Mais ce ne sera pas chose facile de les faire voir, de les faire comprendre pour ensuite les combattre.

  • 2015mai250Au moment d’écrire ces lignes, le résultat de la course à la direction du Parti québécois n’est pas encore officiellement connu. Il est néanmoins possible de dresser un bilan provisoire de l’exercice. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le parti a une immense besogne à accomplir. Si l’on peut, certes, se réjouir que la course ait provoqué un certain regain intellectuel, force est de reconnaître qu’il n’est pas du tout certain que l’impulsion aura été suffisante pour entreprendre la relecture du combat national et le repositionnement du parti.

  • 2015avril250Les Québécois ne vivent plus dans le pays qu’ils pensent habiter. Des mercenaires cravatés, des faux frères aux doctrines funestes et toute une engeance de petits besogneux travaillent à les déporter d’eux-mêmes. Des manœuvres sournoises sapent les bases de ce qui a été construit au fil des générations. Le sentiment d’appartenance ne signifie plus rien à leurs yeux. Une élite démissionnaire s’emploie à éroder les bases de tous les arrangements institutionnels déployés pour soutenir notre existence singulière et notre volonté de durer dans ce que nous voulons être. Le néolibéralisme lui va comme un gant. La négation de l’existence nationale se dissout tellement bien dans le marché ! Toute une cohorte de parvenus s’active à détourner les héritages en se donnant des formules ronflantes pour mieux maquiller son refus de s’assumer, pour jouer à fond la comédie du pragmatisme, pour mieux consentir à se soumettre à la minorisation définitive qui chaque jour nous oblitère davantage.

  • 2015fevriermars250C’est le défi le plus grand qu’aura eu à relever le Québec depuis l’Acte d’Union. Le dossier du pétrole des sables bitumineux place notre pays au cœur d’enjeux géostratégiques d’une envergure sans précédent. La province et la mentalité rabougrie qu’elle instille ne nous auront guère préparés à faire face au gigantesque déferlement des forces qui vont tenter de nous empêcher de faire valoir nos intérêts nationaux, nos intérêts vitaux, mais nous devons faire face. Avec force ruse, courage et détermination. Avec la puissance de l’enracinement.

  • 2015janvier250La grogne commence à monter. Le ras-le-bol s’affirme de plus en plus crument. On commence à en avoir assez de la morgue des idéologues qui sacrifient aux idoles du marché et nous assènent des évidences comptables comme les zélotes pérorent sur le pas des portes pour satisfaire aux normes sectaires du prosélytisme. On la sent bien la hargne rentrée à l’endroit de ce qui pourrait encore évoquer les aspirations que nous avons déjà eues de ne point nous satisfaire de la médiocrité.

    Le discours de ce gouvernement, ses non-dits, ses sous-entendus, ses allusions malveillantes, tout cela donne à son arsenal idéologique une redoutable efficacité. Il distille la déprime pour mieux remettre le peuple à sa place.

  • 2014dcembre250Le geste mérite d’être salué : le pied de nez aux puissants que vient de faire Gabriel Nadeau-Dubois en remettant son Prix du gouverneur général au regroupement « Coule pas chez nous » est susceptible de mettre le Québec en mouvement. La réponse au premier appel de soutien au financement est encourageante. Il faut faire monter la mise.

    Il faut non seulement accroître les moyens de financer l’opposition, il faut élargir les motifs de protestation. Ce qui se joue dans ces projets, ce n’est pas seulement la protection de l’environnement et des bélugas. Ce qui se joue là, c’est l’autodétermination du Québec. C’est notre capacité d’orienter notre développement et de faire servir nos avantages stratégiques à la construction d’une économie durable, propre. L’alliance du grand capital et de l’État canadian vise à nous imposer un fédéralisme pétrolifère, c’est-à-dire une servitude imposée. Notre territoire, notre façon de l’habiter, nos choix énergétiques et environnementaux sont de travers dans le chemin du nation building du pétroÉtat et Ottawa ne négligera rien pour réduire à néant toute volonté de s’y opposer au nom de notre intérêt national.

  • 2014novembre250

    /au nord du monde nous pensions être à l’abri
     /loin des carnages de peuples
     /de ces malheurs de partout qui font la chronique
     /de ces choses d’ailleurs qui n’arrivent qu’aux autres
     /incrédules là même de notre perte
     /et tenant pour une grâce notre condition

     – Gaston Miron, « La route que nous suivons »

    Ce n’était pas la première fois que la violence politique faisait irruption dans notre traintrain provincial. Loin de là. Avant l’horreur d’un chauffard utilisant sa ferraille pour faire assaut sur des militaires, il y avait eu l’attentat contre Pauline Marois, pour rester dans ce siècle, et de nombreux autres sur lesquels un travail idéologique malsain s’exerce toujours pour en désamorcer la charge symbolique. La province n’ayant droit qu’à un petit destin, elle n’a droit dans la mémoire qu’à des événements à la signification ratatinée. Les efforts qu’avaient déployés les bonimenteurs de tout acabit pour dépolitiser l’attentat contre la première ministre élue, ont rapidement rebondi comme un écho distordu dans les premiers commentaires entourant l’attentat de Saint-Jean.

  • 2014octobre250

    Entre les manifestations de solidarité et les attitudes compensatoires d’une bataille livrée par procuration, la frontière était mince. Plusieurs l’auront franchie allègrement, ce qui aura donné beaucoup de babillage médiatique tout en provoquant néanmoins, des redites et rappels pathologiques dont les significations politiques n’ont pas toutes été tirées, tant s’en faut. Nous serons vite passés des Highlands aux bas-fonds de la politique canadian. Ainsi aurons-nous eu droit au retour du spectral Stéphane Dion, tout heureux de bomber le torse devant les caméras pour vanter sa camelote de Clarity Bill et pour poser au grand théoricien de la démocratie. Il était pathétique à voir, tout autant que ceux-là qui ont accepté de lui donner la réplique, s’enlisant encore et toujours dans une pensée étrangère et hostile à notre peuple et à son existence.

  • 2014septembre250C’est le propre des périodes de transition de provoquer au moins autant de désespérance que d’attentes imbibées de pensée magique, de confiance en l’avenir et, souvent, de colère rentrée. On ne voit plus très bien ce qui naît dans ce qui meurt. Le cours des événements aussi bien que les manœuvres des puissants font alors pencher la balance du côté de l’engourdissement morose, du consentement à l’impuissance et d’une féroce envie de prendre congé de soi-même. Le Québec a souvent connu de tels épisodes, prisonnier qu’il est d’un carcan qui ne lui laisse guère de moyens de se déprendre des humeurs que son assujettissement lui impose. L’été qui s’achève aura certainement poussé d’un cran l’engrenage infernal du mépris de soi, de l’autodénigrement et de la culture de l’échec.

  • 2014juin250Le Québec vient de prendre la voie de la prospérité. Il faut croire la troïka des docteurs, se fier à l’idéologue du Conseil du trésor et faire confiance au banquier qui nous annonce en bilingue qu’il faudra faire un effort de plus. Personne ne le savait, mais la voie de l’austérité n’est pas encore celle sur laquelle le gouvernement Couillard nous engage. Pour l’instant, la province ne prendra qu’un sentier de portage, le temps que les conditions soient réunies pour lancer l’an prochain le gouvernement sur le grand boulevard de l’austérité, baptisé «chemin de la liberté» dans la novlangue des vraies affaires.

  • 2014avrilmai250Nommer les choses, c’est construire le monde. Les mots portent, au moins autant qu’ils nous portent. Dire pays n’est pas innocent. Dire combat non plus. Le pays du Québec n’est ni un rêve ni une chimère, c’est un combat. À l’heure où trop d’esprits s’embrouillent devant la tournure des événements, il n’est pas inutile de rappeler, comme le faisait si admirablement Pierre Perrault, que la trame même de notre existence nationale se lit d’abord dans l’affrontement impitoyable pour « la conquête du territoire de l’âme ».

    Penser la conjoncture nous fait d’abord l’obligation de bien choisir nos mots. Depuis toujours, notre existence nationale et notre aspiration à la liberté sont présentées comme des ambitions contraires à la Raison, à l’Histoire, à la Modernité, aux Valeurs universelles, à l’ordre des choses où le Canada nous place. Il est donc essentiel de revenir à la vérité élémentaire du langage : accepter de nommer l’indépendance comme un rêve, de laisser désigner les mobilisations inconstantes comme des fièvres passagères, c’est se voir et se définir dans l’œil et la rhétorique des adversaires. L’aspiration à l’indépendance, la volonté de vivre dans la plénitude de son être n’ont rien à voir avec les mouvements d’humeur épisodiques. Elles pointent et expriment une réalité existentielle, une nécessité vitale. L’indépendantisme ne renvoie pas à autre chose qu’à ce que nous sommes et voulons être.

  • 2014mars250Il faut voter. Cela tient tout autant de l’injonction que nous en fait notre devoir de citoyen que de la fatalité que nous impose la conjoncture. L’élection de 2012 n’aura été, somme toute, qu’un non-lieu. Dix-huit mois plus tard, force est de constater que les choses sont à reprendre, à peu près là où le choix ambigu des urnes les a laissées.

  • 2014printemps250Au moment d’écrire ces lignes, le Québec est encore invité à spéculer sur la date de la prochaine campagne électorale. Entre austérité et prospérité, les discours vont tenter de faire balancer nos cœurs et peut-être un peu aussi, notre raison. Le but : tenter de conquérir le pouvoir provincial, c’est-à-dire accéder aux leviers qui permettent de gérer la province avec les moyens que le Canada lui laisse. Dans ce contexte, il est fort peu probable que les débats se charpentent sur un portrait global de notre situation nationale. Rien là de bien nouveau, cela fait déjà deux décennies que la rhétorique sert à faire tourner les machines à boucane.