Éditoriaux

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Les éditoriaux de Robert Laplante ont été regroupés dans deux ouvrages en vente à la boutique

  • 2013octobre250Dans une société normale, le débat sur la laïcité repose d’abord et avant tout sur des enjeux démocratiques, sur la façon dont les citoyens conçoivent la neutralité des institutions et la place du religieux dans la vie publique. Les réponses varient d’un État à l’autre, chacun tenant ses singularités, arbitrant le partage des domaines en fonction de sa tradition historique, de ses clivages sociaux et des choix fondamentaux touchant la place et l’aire d’extension de l’intervention de l’État.

  • 2013septembre250Un malheur ne vient jamais seul, nous rappelle le dicton, comme pour en rajouter sur les pertes de vie, les destins brisés et la communauté traumatisée de Lac-Mégantic. Un malheur ? Hélas toujours le même, nous révèle le cours des événements : le malheur de ne pas être maître chez soi. Les manchettes se succèdent, les déclarations se multiplient et c’est le tourbillon des avocasseries qui s’emballe.

  • 2013juin250

    Le patrimoine bâti religieux est un immense trésor menacé. Les transformations de la pratique religieuse, l’état des finances de l’Église québécoise, l’ambivalence des attitudes à l’égard de la religion et des finances publiques sous pression forment un complexe faisceau de déterminants qui accroissent les risques d’une embardée culturelle majeure. Le rapport trouble et malaisé que notre peuple entretient avec son histoire, n’est pas pour arranger les choses.

    Il est pourtant inconcevable de laisser aller à vau-l’eau un tel héritage. Il est tout aussi invraisemblable de se laisser dicter par un pragmatisme amnésique des pratiques ruineuses qui finiraient par faire basculer dans la sphère des promoteurs privés ce qui, à tous égards, est un ensemble de biens publics.

  • Les ingénieurs ont été les véritables icônes de la Révolution tranquille. Compétence, audace, confiance en soi et goût de bâtir, les cohortes qui ont forcé le jeu, qui ont fait mentir l’establishment anglais, qui ont renversé les cartels des ressources naturelles et donné à la nationalisation de l’hydro-électicité le supplément d’âme qui a propulsé dans l’épopée les grands projets de la Manicouagan, ces cohortes n’auront-elles eu de descendants que des parvenus ingrats ?

  • 2013fevrier250Au moment d’écrire ces lignes, mi-février, un seul mot s’impose pour décrire l’état de l’opinion publique à la veille du Sommet sur l’enseignement supérieur : fatigue. « Qu’on en finisse ! » c’est à peu près ce qu’on peut entendre partout où la politique austéritaire fait ses ravages. Ce n’est pas l’élévation qui s’impose, mais bien le renoncement.

    Qu’on en finisse certes, mais ce ne sera que pour mieux passer à un autre motif d’épuisement ! Le Québec tourne en rond dans sa servitude et le fardeau de son inachèvement continue, telle une meule abrasive, de moudre chacune de ses espérances. L’horizon baisse désormais si vite que l’expression même de Sommet – un héritage des temps anciens – est devenue dérisoire. Elle n’appelle plus personne à s’élever au-dessus de la grisaille des jours. On l’a entendu de mille manières, l’événement ne conviera qu’à trouver le meilleur moyen de passer sous la barre comptable, qu’à forer avec rage dans l’amas de démissions le tunnel du prochain renoncement. L’université québécoise restera en sursis.

  • La création du Centre universitaire de santé McGill a été une désastreuse erreur. Non pas une erreur de gestion, une erreur politique. Rien ne justifiait de créer deux mégahôpitaux universitaires à Montréal. Rien ne justifiait de partager moitié-moitié les fonds publics pour soutenir les institutions d’une minorité d’à peine 7 % de la population. Rien sinon la logique du développement séparé, la logique de l’apartheid feutré qui tient McGill et nombre d’institutions anglophones à l’écart de la réalité nationale. En acceptant de laisser se développer un centre que la démographie ne justifie pas, que la logique institutionnelle désaffilie des grands choix nationaux et que sa dynamique culturelle tient dans la logique du ghetto, le Québec s’est enferré dans un ruineux carcan.

  • 2012decembre250 On ne pouvait s’attendre à plus fort symbole. La semaine même où le gouvernement Marois dépose un budget résigné, libéraux et caquistes insistent pour maintenir le drapeau canadian dans une enceinte où il n’a pas sa place. Les politiciens de la province ont fait la démonstration de leur petitesse : aucun sens de l’État, aucune connaissance même des règles élémentaires du pavoisement, aucun respect des symboles nationaux, une mesquinerie de partisans serviles. Ce sont des inconditionnels du Canada et ils vont se prosterner devant le symbole du viol de la démocratie québécoise. En pleine semaine de dépôt du budget, ils viennent plastronner leur indifférence à payer l’hypothèque sans même que notre signature ne soit au bas du contrat. Ils n’exigent rien d’Ottawa et n’ont que l’automutilation à proposer pour notre gouvernement national. Cela dépasse l’entendement, ils font comme si de rien n’était. Ils font, en fait, les hypocrites. Ils acquiescent à l’ordre imposé. Ils ont mis notre destin au clou, bazardé l’héritage. Ils sont des concierges clandestins dans la demeure de la nation. Ils ont signé la Constitution, mais ne veulent ni le dire ni l’assumer devant le peuple.

  • 2012novembre250La publication des données du recensement provoque toujours de nombreuses réactions. C’est un moment crucial, en effet, où normalement l’idéologie vient se heurter aux faits et cela devrait suffire pour faire de cette publication un temps fort de la délibération publique sur nombre de sujets d’importance. Et parmi ceux-là, la discussion entourant les données relatives à la situation linguistique devrait occuper une place névralgique. Loin de clarifier les choses, cette année, la parution des résultats, le 24 octobre dernier, a largement contribué à semer la confusion. Et du coup à fournir un instrument de désinformation supplémentaire aux adversaires du français et aux tenants du consentement hypocrite à notre minorisation.

  • 2012septobre250L’élection du Parti québécois annonce une période qui sera fort périlleuse pour notre avenir national. Les forces de normalisation du Québec, l’action combinée d’un establishment québécois inconditionnel du Canada, une politique de nation building et de déstabilisation de l’État québécois – toujours trop fort, même ligoté – vont nous valoir une offensive de minorisation sans précédent. La lutte sera féroce. Autant le dire haut et fort : il faut s’attendre au pire. Et le pire dans notre situation se présente toujours sournoisement. Pour affronter telle offensive, il faudra rompre avec le bonnententisme d’un peuple prisonnier de ses démons intérieurs et captif de sa funeste propension à toujours minimiser ses pertes. Cela passera par le raffinement de nos outils d’analyse, par le renouvellement de l’action militante et par une plus grande inventivité à contourner les puissants moyens de conditionnement de l’opinion que dressent devant notre mouvement des forces capables d’instrumentaliser aussi bien l’univers médiatique que les ressources institutionnelles.

  • Cet éditorial paru dans le numéro d'avril 2012 a donné son titre au recueil publié par L'Action nationale Éditeur.

    2012avril250La jeunesse étudiante a pris son Québec à bras-le-corps. Par dizaines de milliers, dans des manifestations, dans les interminables palabres à faire chauffer l’atmosphère des cafés, dans les gestes d’éclats et les heures de doute, ils ont commencé quelque chose qui les portera longtemps. À leur manière, dans leurs mots et avec les problèmes tels qu’ils les voient, ils ont entrepris dans un effort intensif de se rêver leur Québec. Il ne faut pas se leurrer, le débat sur les droits de scolarité les entraîne bien plus loin que ne le voudraient les idéologues du tout-au-marché et de l’éducation placement à haut rendement. Il faut s’en réjouir et continuer de les accompagner.

  • « Ces étudiants-là n'échappent pas complètement au français. Ils vont à la cafétéria manger du pâté chinois et non du Chinese pâté. Ils sont confrontés au français, puisqu'ils baignent dans un environnement en français », a souligné Mme Grant [directrice des communications HEC Montréal]

    Le Devoir, 22 février 2012

    Rien ne va plus dans les universités.

    On avait subi le spectacle lamentable de l’UQAM où les parvenus ont fait dérailler les projets immobiliers avant de filer à l’anglaise, peinards. Enquête, commentaires embarrassés, morgue ministérielle et glose de recteurs. Pas de responsables. La tempête parfaite, comme le dira plus tard le portier Rousseau devant la Chambre de commerce à propos d’une autre gabegie. Le marché vous savez…

    Le marché, on sait. C’est celui dans lequel se jette une élite de gestionnaires universitaires qui se donnent des airs de grands businessmen à brasser du PPP de Rimouski à Saint‑Jérôme, à semer les pavillons un peu partout sur le territoire pour se livrer une guerre de clientèle digne des concessionnaires de McDo. Et ça valse à coup de centaines et de centaines de millions jusqu’au CHUM et au MUHC où le corps médical s’est couché devant l’iniquité anglaise, bordé par une classe politique timorée, morte de trouille à l’idée de s’attaquer aux privilèges rhodésiens.

  • 2012fevrier250Il y a près de cent cinquante ans, le curé Labelle avait lancé ce mot d’ordre : « Emparons-nous du Nord ! » Le bon curé avait mobilisé les siens pour se lancer à l’assaut des Laurentides avec une vision claire de ce qu’il fallait faire : occuper ce territoire et le développer en prenant les moyens pour que ses immenses ressources servent la prospérité de notre peuple. Dans ce dernier quart du dix-neuvième siècle, Labelle proposait un modèle de développement centré sur la propriété et le contrôle. Son ambition était utopique, il ne disposait que de moyens dérisoires et ne pouvait mobiliser que des cohortes de colons encore plus pauvres que courageux. Pis encore, au moment où ces pionniers défrichent avec acharnement, les dés sont déjà jetés : le grand capital étranger a déjà fait main basse sur les ressources naturelles. Il aura eu beau multiplier discours, gestes d’éclats et projets, les moyens qu’il aura pu mettre en œuvre auront été nettement insuffisants. La bourgeoisie d’affaires canadienne-française peine à réunir des capitaux pour soutenir une mise en valeur sérieuse du territoire, l’État du Québec est dérisoire, sans moyen.

  • 2012janvier250

    Tous les assauts portés contre la loi 101, toute la guerre de propagande conduite contre la vocation intégratrice de la culture québécoise donnent aujourd’hui leurs fruits. Le combat linguistique est à reprendre. Il est à refaire non pas pour les raisons intrinsèques à notre situation démographique – nous sommes une poussière sur le continent et cela nous obligera toujours à la plus grande vitalité. Non, il est à refaire parce que notre régression politique est en passe de nous faire perdre des repères que nous pensions avoir pourtant bien plantés dans notre paysage idéologique et notre bagage culturel.

  • 2011novdec250L’ordre du monde vacille. Les puissances de l’argent se crispent avec la détermination du désespoir. Voilà longtemps que les choses n’étaient pas apparues aussi crûment : les nations se rebiffent, les peuples refusent de se soumettre à un ordre de paupérisation. Cela se préparait depuis longtemps, mais les convulsions désormais se font plus intenses, les secousses plus fortes. Les trois décennies de néolibéralisme débridé sont derrière nous. La bête n’est pas morte, mais elle est mortellement atteinte. Il ne faut pas se laisser abuser par la véhémence de ses réactions, un ordre s’épuise.

  • 2011octobre250 La métropole livrée au chaos, exposée aussi dangereusement à la médiocrité qu’à la mafia.

    La métropole glissant dans le baragouin, rongée par l’anglicisation et la marginalisation de notre culture.

    La métropole attendant l’asphyxie et l’effondrement des ponts.

    La métropole et ses élites muettes, incapables de formuler ne serait-ce qu’une protestation.

    La métropole soumise, tout entière suspendue au chantage odieux du gouvernement canadian qui joue du pont Champlain comme d’une trique pour mieux faire savoir qui décide quand ça compte.

  • Le dossier Catalogne, la résilience d'une nation a fait l'objet d'une mention d'honneur spéciale dans le cadre du prix André-Laurendeau.

    2011juinseptembre250Il fallait le faire. Il fallait un instrument de plus pour raffermir les liens. Le Québec et la Catalogne ont déjà tant à partager, il fallait une passerelle de plus. Depuis quelques décennies déjà, les relations entre nos deux peuples s’intensifient. Les contributions ne sont plus seulement celles d’individus venus ici partager notre destin, elles trouvent forme désormais dans des institutions qui canalisent les dynamismes et accroissent la portée des échanges. Il est maintenant possible d’envisager de passer à un autre stade de coopération. Nos deux peuples peuvent s’enrichir mutuellement non seulement des leçons de leur persévérance, mais encore et surtout des innovations qu’ils auront à déployer pour bien s’inscrire dans le vingt-et-unième siècle.

  • 2011mai250Cela revient avec la régularité des marées, cette tentation de se fondre dans les courants d’une majorité douillette, de se laisser porter par le cours des choses, délesté enfin de soi-même. Le fantasme du minoritaire heureux du traitement qu’il reçoit est inhérent à notre histoire politique, chevillé à notre insécurité culturelle sur laquelle il agit comme un sédatif aux effets passagers. Il n’y a qu’un seul antidote à l’anxiété ontologique, c’est la liberté, l’épreuve de soi dans la responsabilité assumée. Cela ne nous sera pas donné et ce ne sera jamais acquis. Nous sommes condamnés à vivre sur la brèche, à tenir la ligne du risque, comme disait Pierre Vadeboncoeur. Cela nous inflige, de temps à autre, des tourments qui donnent à notre conduite politique des allures erratiques comme celle qu’elle vient de prendre.
  •  Le Canada vient de se lancer en campagne électorale. Par la force des choses et par une propension certaine à la restriction mentale les Québécois vont faire semblant que cela compte pour quelque chose. Évidemment, le Bloc québécois va faire campagne. À peu près seul, comme d’habitude en notre neigeux désert d’un printemps que nous ne cessons de reporter depuis bientôt vingt ans. Le plus absurde de la situation, c’est que le Bloc va soliloquer pour le plus grand ennui des Québécois en même temps qu’il s’acharnera à se présenter comme partie prenante dans une joute électorale où il est essentiellement instrumentalisé, matière à fabriquer des épouvantails. Nous n’y sommes pour rien dans cette histoire, à quoi bon s’acharner à continuer d’y projeter une ambivalence qui ne concerne que nous ?

  • Jean-Marc Léger nous a quittés. Le Québec vient de perdre un très grand homme, L’Action nationale son plus ancien et plus fidèle artisan. Les nombreux témoignages rendus à l’occasion de son décès ont souligné son exceptionnelle contribution au développement du Québec, à son rayonnement ainsi qu’à celui de la langue française et de la culture québécoise. Jean-Marc Léger a porté très haut le flambeau de notre aventure collective.

  • Il s’en passe des choses dans le petit monde de l’élite provinciale ! Les récentes semaines ont dû donner bien des frissons aux habitués des cocktails chics et des clubs privés. Deux figures bien connues ont fait les manchettes avec des promotions qui ont surpris ceux-là qui pensaient jusque-là que les filières de carrière étaient bien étanches et rigoureusement partagées entre deux réseaux séparés par la conviction nationale. Deux figures, deux exemples de ce qui arrive dans une petite société qui ne parvient plus à se donner le minimum de consensus sur ce que doit être l’intérêt national.

    On voudra bien nous plaider leur droit de gagner leur vie, nous faire des leçons de morale sur les cheminements professionnels légitimes, ces nominations n’en éclairent pas moins de façon exemplaire les tiraillements d’une élite qui ne parvient plus à s’assumer, à trouver son chemin dans le brouillard dans lequel baigne la province. Les places sont rares et limitées dans la bourgade, il faut donc s’attendre à ce que le jeu de la chaise musicale finisse par donner des surprises.