Éditoriaux

chroniquecequicherche
Les éditoriaux de Robert Laplante ont été regroupés dans deux ouvrages en vente à la boutique

  • Éditorial - Lettre ouverte au docteur Gaétan Barrette

    Monsieur,

    Je ne vous le cacherai pas, je vous écris en désespoir de cause. De tous les responsables de corps constitués qui ont eu à se prononcer sur le dossier du CHUM, vous êtes un des rares chez qui je vois encore luire une parcelle de courage et d’intégrité intellectuelle. Je m’adresse à vous parce que je pense que vos interventions ont jusqu’ici témoigné des qualités indispensables aux devoirs afférents à la fonction que vous occupez. Je pense cependant que vous n’allez pas au bout de vos raisonnements et je vous invite ici à vous tenir droit dans la logique et la responsabilité qui s’en dégagent avec clarté.

  • Éditorial - Quatre ans de galère

    2008novdecCouv250Ces lignes sont écrites au lendemain du débat des chefs. Les bonimenteurs du cartel médiatique vont continuer leurs sparages pour alimenter le spectacle et se donner l’impression de faire comprendre quelque chose de ce qui se passe ici. Il s’en est évidemment trouvé pour faire plus finaud que les autres et déplorer le médiocre niveau des échanges en comparaison avec ceux de la campagne américaine qui les avait fait tant vibrer. Illustration parfaite de leur esprit provincial et des réactions compensatoires qui leur tiennent lieu de posture intellectuelle, ces internationalistes de pacotille n’ont même pas eu l’intelligence de comprendre que les échanges étant restés dans l’univers de la province de Québec, ils ne pouvaient en rien être comparés avec ceux d’un État indépendant, a fortiori, avec le plus puissant d’entre eux aux prises avec une crise de transition de son rôle impérial.

  • Éditorial - La guerre et la servitude

    2008marsCouv3d250 Les Québécois ne veulent pas de l’intervention militaire en Afghanistan ? Too bad! Le Canada se vassalise, nos jeunes meurent et se font estropier sous une fausse identité mais qu’à cela ne tienne ! L’armée fera sa propagande, le Canada nous refera le coup du devoir de loyauté et Radio-Canada nous servira du reportage à grand renfort d’analystes neutres du Collège militaire royal de Kingston. C’est normal de mourir sans avoir eu droit de se prononcer.

    La guerre est l’objet le plus grave sur lequel les citoyens ont à faire valoir leur droit de vote. Le peuple du Québec est entraîné dans un conflit armé malgré sa volonté, en l’absence de tout exercice démocratique de sanction des choix de l’État canadian. Nous sommes à la merci d’une autre nation. Nous en faisons les frais, nous en payons le prix et… nous ravalons notre impuissance. En plus de subir la propagande qui voudrait nous culpabiliser de ne pas penser comme de bons Canadians responsables.

  • Éditorial - Seul le national mobilise

    2007octobre250Ainsi donc les choses se défont. La modernisation canadian s’accélérant, les partis politiques de la bourgade s’en trouvent atteints de vieillissement accéléré, frappés de vétusté et relégués au rayon des accessoires surannés. L’ordre ancien ne tient plus que pour eux, rongé par l’insignifiance, miné par l’inefficience corrosive des vieux alibis. Les mots manquent actuellement. Les vieux discours tournent à vide et personne n’ose se risquer à nommer le réel. Les partis provinciaux restent convaincus qu’ils peuvent encore prendre le pouvoir en vendant du simulacre. L’électorat décroche, les préférences électorales sont volatiles au point de donner des vertiges aux sondeurs, mais rien n’y fait.

    Toute la classe politique se cramponne au clientélisme à courte vue et s’empêtre dans le langage de la diversion, des faux-fuyants. C’est la restriction mentale qui charpente tous les discours. La politique provinciale tourne à vide, elle n’est plus qu’une joute sans enjeu, une arène de figurants. Tout le monde fait semblant de croire que le Québec est encore en mesure de se façonner un avenir alors que c’est la logique de la pénurie – de la pénurie fabriquée par Ottawa - qui fixe l’ordre des choses. Forêt, santé, environnement, agriculture, éducation, financement universitaire, la liste s’allonge des dossiers qui s’embrasent pendant que le gouvernement tente de se faire prendre au sérieux en posant au capitaine des pompiers qui chasse la fumée en attendant que la pluie fédérale ne vienne remplir son arrosoir.

  • Éditorial - La tristesse du ministre Couillard

    La remise en cause du gigantesque gaspillage que constitue le projet de dédoublement des mégacentres hospitaliers universitaires déclenche des réactions qui ne font pas honneur à notre lucidité collective et à notre capacité de regarder froidement les choix à faire pour un usage optimal de nos ressources. Une telle décision aberrante mérite pourtant des explications claires. Personne n’a encore fait la démonstration que le bien commun serait mieux servi par la dispersion des ressources plutôt que par la création d’une seule institution à vocation nationale. On a plutôt l’impression, au contraire, que les autorités gouvernementales, les responsables universitaires et les porte-parole du corps médical font tout pour éviter les éclaircissements, pour ne pas expliciter les critères et les motifs qui les inspirent.

  • Revoir le cadre stratégique

    2004janvierCouv

    Texte majeur publié en 2004, «Revoir le cadre stratégique» continue de stimuler la réflexion sur la démarche indépendantiste québécoise.

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    Le cycle politique ouvert avec la Révolution tranquille n’est pas mort avec la défaite du Parti québécois en avril dernier. C’est le Clarity Bill qui marque à la fois la conclusion du débat politique amorcé avec la commission Laurendeau-Dunton et l’éclatement du cadre et de la logique politiques qui structuraient les rapports Québec-Canada. La réponse de l’État canadian au référendum de 1995 vient clore la relation dialogique qui s’était imposée au fil des décennies et qui avait fini par donner sa forme et son cadre au « débat » constitutionnel. Il n’y a plus désormais une telle chose que ce débat. Le Canada a fait ses choix, la question du Québec est réglée. Non seulement n’est-il plus disposé à envisager quelque révision que ce soit, mais encore et surtout s’est-il octroyé le droit de définir lui-même la légitimité des demandes recevables de la part des souverainistes. L’État canadian a dit clairement que les souverainistes-partenairistes n’ont plus d’interlocuteur. La démission de Lucien Bouchard a consacré la mort du cycle : il n’y aura pas de conditions gagnantes à prétendre dialoguer avec le Canada.

    En dépit de ses protestations, le Parti québécois n’a pas saisi la portée politique de C-20. Lucien Bouchard a eu beau dire son étonnement devant la réaction populaire à ce coup de force, il n’a rien trouvé d’autres à dire qu’à l’en blâmer. Bernard Landry et son gouvernement n’ont pas été en mesure de rajuster le tir par une riposte politique systématique. Ils sont restés enlisés dans la gestion provinciale où les avait conduits un Lucien Bouchard velléitaire et bonne-ententiste. Pis encore, le gouvernement du PQ a été tenté de renoncer à assumer sa responsabilité de leader du mouvement historique en se lançant dans une apologie de la société civile qui semblait porter toutes les vertus, y compris celle d’avoir les idées plus claires et la volonté mieux trempée que les élus responsables du seul instrument utile à la réalisation de l’objectif : l’État du Québec. La création du Conseil de la souveraineté est certes une initiative louable qui saura sans doute prouver son utilité, mais elle n’épargnera pas au Parti québécois la tâche douloureuse, ardue et périlleuse de revoir son cadre stratégique. Certes la souveraineté appartient au peuple, c’est un combat qui doit mobiliser toute la société, mais c’est un combat qui ne se peut gagner que par l’action rigoureuse d’un parti politique qui accèdera à la gouverne pour traduire l’idéal en réalité.