Éditoriaux

chroniquecequicherche
Les éditoriaux de Robert Laplante ont été regroupés dans deux ouvrages en vente à la boutique

  • Que peut-on souhaiter de bon pour le Québec en ce début de l’An nouveau ? La question a été ressassée mille et mille fois dans les fêtes de famille. Un grand ménage, une commission d’enquête sur l’industrie de la construction, sur le financement des partis politiques, sur le délabrement de la démocratie municipale ? Un regard plus exigeant sur le simulacre de démocratie scolaire ? Une bonne volée de bois vert à la Conférence des recteurs des universités? La mise à mort des PPP du CHUM, le renoncement à celui du MUHC ? Le redressement des rapports minorité/majorité et la reconfiguration des institutions pour donner un financement équitable aux universités françaises, pour mettre fin aux passe-droits dans les garderies confessionnelles et au financement des écoles du même statut ? Pour abolir les écoles-passerelles ? Le retour à une loi 101 aussi incertaine que la détermination qui nous relègue dans l’éternelle résignation minoritaire ? L’affirmation d’une conscience nationale forte chez une élite velléitaire ?

  • 2010octobre250Ils sont médiocres, mais ils savent ce qu’ils font. Ils n’improvisent guère sinon en ce qui touche les alibis. Ils se défendent mal et ne parviennent généralement pas à changer de parade dès que se manifeste la moindre résistance. C’est dès lors à peu près toujours le même scénario d’enlisement en tentant une relance par diversion. C’est ainsi que de proche en proche à peu près toutes les institutions sont touchées, tous les repères souillés, les plus beaux héritages profanés.

    Notre premier sous-ministre vise bas et il fait mouche plus souvent que les événements et le hasard ne devraient lui accorder: il a un talent rare pour le pourrissement. La morosité et la morgue qu’il sème au moins aussi souvent qu’il ne les utilise confèrent à sa politique et son gouvernement une efficacité redoutable. La déprime gagne en effet à un rythme effarant, mais c’est un effet recherché. Le seul projet politique possible dans les circonstances doit avoir un effet dépresseur, c’est une condition essentielle pour qu’il puisse se déployer. On ne peut travailler à réduire une aspiration nationale, à soumettre un peuple et le contraindre à régresser dans une résignation minoritaire consentie sans casser un à un les ressorts aussi bien symboliques qu’institutionnels de tout ce qui peut faire sa cohésion.

  • 2010maijuin250C’était pour ainsi dire inscrit dans les résultats référendaires de 1995. Un régime qui ne se maintient que par l’usurpation de notre droit à l’autodétermination, qui ne recule devant aucune manœuvre illégitime, qui multiplie les tactiques illégales et mobilise ce qu’il y a de plus veule chez ses intendants locaux ne peut déboucher sur autre chose. Le durcissement, ce n’était que la phase initiale : loi sur la clarté, asphyxie financière et haussement de ton politique, il n’y avait rien là que du prévisible, de la réponse normale d’un État qui s’est senti menacé. La phase deux, pour rappel, n’aura servi qu’à compléter le dispositif en déployant un immense arsenal de propagande et en s’assurant qu’il imprègne et mobilise tout l’appareil de l’État. Cela aura requis le recours au banditisme et à toutes les manœuvres dont nous aurons eu un aperçu avec le scandale des commandites. Le processus aura été facilité par un Lucien Bouchard inapte et timoré qui aura gaspillé une conjoncture favorable et pratiqué la servilité tétanisée. La phase trois se déroule sous nos yeux et personne ne l’incarne mieux que notre premier sous-ministre, un parangon de la politique mercenaire et de la capitulation intéressée.

  • 2010janvier2509En fin de session, juste avant son départ pour Copenhague, Jean Charest s’est surpassé. On l’a vu en conférence de presse-bilan nous étaler tout son talent. Du grand art. L’employé du Parti libéral joue bien sa partition. Il connaît la musique. Et il est bien décidé à faire danser la province entière sur les rigodons de la démanche. Il est payé en cachette depuis des années ? Il avoue et se cabre devant l’évidence. C’est une affaire privée entre lui et son employeur, il a besoin de cet argent, c’est ce qu’il lui faut pour vivre, a-t-il sèchement répondu aux journalistes trop insistants. Une affaire privée ? Quelle outrecuidance ! Notre premier sous-ministre n’a pas le moindre respect pour nos institutions.

  • Le jugement de la Cour suprême du Canada invalidant la loi 104 – une loi votée à l’unanimité par notre Assemblée nationale pour mettre fin aux stratagèmes de contournement de la loi 101 – n’aura pas fait beaucoup de bruit. Quelques déclarations ici et là, une décevante prestation du Bloc québécois, pourtant aux premières loges pour lancer la charge, mais rien de substantiel, comme si la résignation avait déjà pavé la voie à ce tribunal étranger. Il aura fallu l’action de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal pour que les choses commencent à prendre forme.

  • Le dossier du CHUM n’en finit pas de s’alourdir sans que rien ne parvienne à troubler le silence assourdissant qui le recouvre de toutes les censures. Plombé par le dogmatisme des PPP, lesté par les jeux de coulisses et l’opacité de gouvernance, le projet du CHUM a d’ores et déjà basculé dans l’ordre du scandale. Nous avons appris en plein mois de juillet que les coûts de construction du centre de recherche étaient passés de 280 millions à 320 millions de dollars, que le nouveau ministre s’offrait la tête du directeur général, que la Fondation canadienne pour l’innovation avait rejeté la demande de financement malgré que le Fonds de recherche en santé du Québec ait qualifié d’exceptionnel le dossier du programme de recherche. À cela se rajoutaient les récriminations des architectes et ingénieurs qui veulent récupérer des honoraires pendant que les hypothèses de report d’échéancier nourrissent les paris les plus cyniques. Mais personne ne siffle la fin de la récréation, personne ne demande que lumière soit faite en notre Assemblée nationale. Rien n’ébranlera donc jamais les colonnes du temple de la démission collective.

  • Monsieur,

    Je ne vous le cacherai pas, je vous écris en désespoir de cause. De tous les responsables de corps constitués qui ont eu à se prononcer sur le dossier du CHUM, vous êtes un des rares chez qui je vois encore luire une parcelle de courage et d’intégrité intellectuelle. Je m’adresse à vous parce que je pense que vos interventions ont jusqu’ici témoigné des qualités indispensables aux devoirs afférents à la fonction que vous occupez. Je pense cependant que vous n’allez pas au bout de vos raisonnements et je vous invite ici à vous tenir droit dans la logique et la responsabilité qui s’en dégagent avec clarté.

  • 2008novdecCouv250Ces lignes sont écrites au lendemain du débat des chefs. Les bonimenteurs du cartel médiatique vont continuer leurs sparages pour alimenter le spectacle et se donner l’impression de faire comprendre quelque chose de ce qui se passe ici. Il s’en est évidemment trouvé pour faire plus finaud que les autres et déplorer le médiocre niveau des échanges en comparaison avec ceux de la campagne américaine qui les avait fait tant vibrer. Illustration parfaite de leur esprit provincial et des réactions compensatoires qui leur tiennent lieu de posture intellectuelle, ces internationalistes de pacotille n’ont même pas eu l’intelligence de comprendre que les échanges étant restés dans l’univers de la province de Québec, ils ne pouvaient en rien être comparés avec ceux d’un État indépendant, a fortiori, avec le plus puissant d’entre eux aux prises avec une crise de transition de son rôle impérial.

  • 2008marsCouv3d250 Les Québécois ne veulent pas de l’intervention militaire en Afghanistan ? Too bad! Le Canada se vassalise, nos jeunes meurent et se font estropier sous une fausse identité mais qu’à cela ne tienne ! L’armée fera sa propagande, le Canada nous refera le coup du devoir de loyauté et Radio-Canada nous servira du reportage à grand renfort d’analystes neutres du Collège militaire royal de Kingston. C’est normal de mourir sans avoir eu droit de se prononcer.

    La guerre est l’objet le plus grave sur lequel les citoyens ont à faire valoir leur droit de vote. Le peuple du Québec est entraîné dans un conflit armé malgré sa volonté, en l’absence de tout exercice démocratique de sanction des choix de l’État canadian. Nous sommes à la merci d’une autre nation. Nous en faisons les frais, nous en payons le prix et… nous ravalons notre impuissance. En plus de subir la propagande qui voudrait nous culpabiliser de ne pas penser comme de bons Canadians responsables.

  • 2007octobre250Ainsi donc les choses se défont. La modernisation canadian s’accélérant, les partis politiques de la bourgade s’en trouvent atteints de vieillissement accéléré, frappés de vétusté et relégués au rayon des accessoires surannés. L’ordre ancien ne tient plus que pour eux, rongé par l’insignifiance, miné par l’inefficience corrosive des vieux alibis. Les mots manquent actuellement. Les vieux discours tournent à vide et personne n’ose se risquer à nommer le réel. Les partis provinciaux restent convaincus qu’ils peuvent encore prendre le pouvoir en vendant du simulacre. L’électorat décroche, les préférences électorales sont volatiles au point de donner des vertiges aux sondeurs, mais rien n’y fait.

    Toute la classe politique se cramponne au clientélisme à courte vue et s’empêtre dans le langage de la diversion, des faux-fuyants. C’est la restriction mentale qui charpente tous les discours. La politique provinciale tourne à vide, elle n’est plus qu’une joute sans enjeu, une arène de figurants. Tout le monde fait semblant de croire que le Québec est encore en mesure de se façonner un avenir alors que c’est la logique de la pénurie – de la pénurie fabriquée par Ottawa - qui fixe l’ordre des choses. Forêt, santé, environnement, agriculture, éducation, financement universitaire, la liste s’allonge des dossiers qui s’embrasent pendant que le gouvernement tente de se faire prendre au sérieux en posant au capitaine des pompiers qui chasse la fumée en attendant que la pluie fédérale ne vienne remplir son arrosoir.

  • 2006decembre250Il s’est écrit et dit beaucoup de choses ces derniers temps sur la morosité et l’immobilisme dont souffrirait le Québec. Nous avons eu droit à beaucoup de lieux communs, à de pseudo-débats et surtout, à des exercices d’autoflagellation qui ont permis à quelques notables de blâmer encore toute une société parce qu’on ne les a pas laissés piger dans les fonds publics pour se donner l’impression qu’ils entreprennent de grandes choses. Le peuple a le dos large, c’est bien connu. Et il s’en trouve pour lui reprocher de s’occuper de ses affaires de la mauvaise manière, c’est-à-dire en s’organisant en groupes de pression, en utilisant les tribunes publiques, en osant tenir tête aux colporteurs qui s’autoproclament éclairés et grands prêtres tout-puissants du développement économique. Ils n’ont pas manqué les interprètes du « vrai sentiment populaire » pour dénoncer les mécanismes de consultation publique, pour discréditer les leaders d’opinion qui n’entonnent pas les hymnes à la croissance à tout prix.

  • 2006novembre250La remise en cause du gigantesque gaspillage que constitue le projet de dédoublement des mégacentres hospitaliers universitaires déclenche des réactions qui ne font pas honneur à notre lucidité collective et à notre capacité de regarder froidement les choix à faire pour un usage optimal de nos ressources. Une telle décision aberrante mérite pourtant des explications claires. Personne n’a encore fait la démonstration que le bien commun serait mieux servi par la dispersion des ressources plutôt que par la création d’une seule institution à vocation nationale. On a plutôt l’impression, au contraire, que les autorités gouvernementales, les responsables universitaires et les porte-parole du corps médical font tout pour éviter les éclaircissements, pour ne pas expliciter les critères et les motifs qui les inspirent.

  • 2006mars250C’est reparti. La guerre des chiffres, les interprétations contradictoires, les passes d’armes par médias interposés, l’inquiétude que même le gouvernement ne peut dissimuler devant les risques d’explosion des coûts et d’embardée financière majeure, le dossier des méga-hôpitaux universitaires devient de plus en plus nauséabond. Un autre comité, secret paraît-il, réunit des ministres, un mandat a été confié à un autre pour tenter de calmer le jeu dans la querelle du partage des spécialités entre Sainte-Justine et le Montreal Children, des éditoriaux, des lignes ouvertes et puis… toujours rien de clair, rien de précis. 

  • 2004janvierCouv

    Texte majeur publié en 2004, «Revoir le cadre stratégique» continue de stimuler la réflexion sur la démarche indépendantiste québécoise.

    Format PDF

    Le cycle politique ouvert avec la Révolution tranquille n’est pas mort avec la défaite du Parti québécois en avril dernier. C’est le Clarity Bill qui marque à la fois la conclusion du débat politique amorcé avec la commission Laurendeau-Dunton et l’éclatement du cadre et de la logique politiques qui structuraient les rapports Québec-Canada. La réponse de l’État canadian au référendum de 1995 vient clore la relation dialogique qui s’était imposée au fil des décennies et qui avait fini par donner sa forme et son cadre au « débat » constitutionnel. Il n’y a plus désormais une telle chose que ce débat. Le Canada a fait ses choix, la question du Québec est réglée. Non seulement n’est-il plus disposé à envisager quelque révision que ce soit, mais encore et surtout s’est-il octroyé le droit de définir lui-même la légitimité des demandes recevables de la part des souverainistes. L’État canadian a dit clairement que les souverainistes-partenairistes n’ont plus d’interlocuteur. La démission de Lucien Bouchard a consacré la mort du cycle : il n’y aura pas de conditions gagnantes à prétendre dialoguer avec le Canada.

    En dépit de ses protestations, le Parti québécois n’a pas saisi la portée politique de C-20. Lucien Bouchard a eu beau dire son étonnement devant la réaction populaire à ce coup de force, il n’a rien trouvé d’autres à dire qu’à l’en blâmer. Bernard Landry et son gouvernement n’ont pas été en mesure de rajuster le tir par une riposte politique systématique. Ils sont restés enlisés dans la gestion provinciale où les avait conduits un Lucien Bouchard velléitaire et bonne-ententiste. Pis encore, le gouvernement du PQ a été tenté de renoncer à assumer sa responsabilité de leader du mouvement historique en se lançant dans une apologie de la société civile qui semblait porter toutes les vertus, y compris celle d’avoir les idées plus claires et la volonté mieux trempée que les élus responsables du seul instrument utile à la réalisation de l’objectif : l’État du Québec. La création du Conseil de la souveraineté est certes une initiative louable qui saura sans doute prouver son utilité, mais elle n’épargnera pas au Parti québécois la tâche douloureuse, ardue et périlleuse de revoir son cadre stratégique. Certes la souveraineté appartient au peuple, c’est un combat qui doit mobiliser toute la société, mais c’est un combat qui ne se peut gagner que par l’action rigoureuse d’un parti politique qui accèdera à la gouverne pour traduire l’idéal en réalité.