Mars-Avril 2019

Penser le fédéralisme comme système d’oppression nationale

Allocution d’ouverture au Colloque Maurice-Séguin le 7 décembre 2018 à la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal.

Ce colloque est destiné à commémorer l’œuvre de l’historien Maurice Séguin qui n’a pas connu la postérité rayonnante qu’il aurait méritée. Certains pourtant considèrent qu’il a joué sur le plan des représentations nationales un rôle aussi important que Borduas et son Refus global dans la mise en cause des mythes qui ont habité l’imaginaire collectif québécois. Il a fondé théoriquement ce qu’on a appelé le néonationalisme québécois en pensant le Québec comme une totalité, en montrant comment les interactions entre les dimensions économiques, politiques et culturelles structuraient le destin national.

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Qu’est-ce qu’une nation normale ?

J’ai le plaisir d’être avec vous aujourd’hui pour célébrer le centième anniversaire de naissance de Maurice Séguin. Pour le faire dignement, j’ai intitulé cette conférence d’un titre qui, de prime abord, apparaît ambitieux : « Qu’est-ce qu’une nation normale ? ». En fait, cette interrogation provient d’un conseil que m’a prodigué Fernand Dumont à l’époque où il était mon directeur de thèse de doctorat. Je venais de terminer l’analyse de l’œuvre de Guy Frégault et de Michel Brunet pour aborder Maurice Séguin. Il m’a tout simplement dit : « Portez attention à ce qu’il veut dire par nation normale ».

L’abbé Lionel Groulx : quel nationalisme, quelle indépendance ?

La vie et la pensée de l’abbé Lionel Groulx (13 janvier 1878-23 mai 1967) traversent la fin du XIXe et la première moitié du XXe siècle ; cet état de fait exige qu’on analyse sa pensée sur la longue durée pour en voir les variables, la persistance, la cohérence, l’évolution1.

Trois constantes de vie : religion, patrie, jeunesse

L’identification de trois convictions de Groulx permet de formuler les prérequis à la compréhension de sa pensée sur quelque sujet que ce soit. La religion d’abord. Il écrit en 1907 que « l’âme de la nationalité canadienne-française est faite avant tout de catholicisme2 ». Sans que l’on parle d’ultramontanisme à un moment où le courant s’est estompé, Groulx adhère à l’idée hiérarchique et structurante du catholique d’abord. Pourquoi ne pas affirmer d’entrée de jeu que pour cette seule raison, il n’allait pas pouvoir adhérer au credo du « Politique d’abord » de L’Action française de Paris ?

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Maurice Séguin, un critique radical de l’interprétation historique de Lionel Groulx

D’emblée, soulignons que nous n’avons pas eu souvent l’occasion de discuter de l’apport de l’historien Maurice Séguin à l’historiographie québécoise et de débattre de son rapport à l’historien Lionel Groulx qui a dominé toute la première partie du vingtième siècle1.

L’historien Charles-Philippe Courtois, dans sa récente biographie de Groulx, aborde secondairement l’interprétation de l’histoire du Canada/Québec de Maurice Séguin, son successeur à l’Université de Montréal, dans un chapitre intitulé « Rupture », rupture qu’il évoque sans l’expliquer pour autant. Ce qui a fait dire à Jean Lamarre : « Le montage auquel [Courtois] se livre pour nous présenter la pensée de Maurice Séguin, en quelques lignes, relève de la mauvaise foi manifeste2 ».

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Qu’est-ce que la Grande Histoire selon Maurice Séguin ?

Ce problème de rupture entre Maurice Séguin et Lionel Groulx me laisse dans l’embarras. Je n’ai pas le sentiment que monsieur Séguin désirait se mettre en « rupture » ni avec l’Abbé Groulx ni avec quelqu’un d’autres. Toutefois, je vois ici deux individus qui cherchent à s’expliquer leur passé pour mieux choisir leur avenir collectif. Sur ce plan, ces deux Canadiens français auraient suivi le même cheminement hérité du passé.

Du passé, que faut-il en faire ?

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De Lionel Groulx à Maurice Séguin et à l’école de Montréal : une nécessaire filiation

Le titre même de l’excellente biographie de Charles-Philippe Courtois sur Lionel Groulx1 : Lionel Groulx, le penseur le plus influent de l’histoire du Québec2 évoque avec justesse combien ce dernier a une place importante dans l’historiographie québécoise. Toujours en 2018, une autre biographie probante est parue, cette fois-ci de Damien-Claude Bélanger sur Thomas Chapais (Presses de l’Université d’Ottawa)3. Entre autres, le loyalisme et le bonne-ententisme avec le Canada anglais dont faisait preuve Chapais mettent en évidence le rôle majeur d’éveilleur et de bâtisseur de fierté nationale qui est celui de Groulx au moment de son émergence au début du vingtième siècle et par la suite, pendant deux bonnes générations, en particulier jusqu’aux années 1940.

L’indépendantisme est-il une affaire de perdants ?

De prime abord et en se laissant porter par l’air du temps, il serait facile et tentant d’expédier la thématique du colloque et de régler le sort de l’œuvre de Maurice Séguin. À l’heure où l’indépendantisme semble battre de l’aile et que son destin peut paraître lié à celui du Parti québécois qui, après en avoir absorbé les premières moutures modernes (RIN), s’est montré incapable de l’assumer, la thèse de Maurice Séguin ayant l’air non seulement fondée, mais indépassable. L’impuissance serait notre lot. La vie politique tiendrait depuis la Conquête du parcours d’un Sisyphe tantôt inquiet, tantôt naïf quand il n’est pas résigné.

Les historiens de la génération X face à Maurice Séguin

Dans le cadre de cette communication, je traiterai des historiens nationalistes de ma génération, c’est-à-dire la génération X, par rapport à l’œuvre de Maurice Séguin. Dans un premier temps, je dois dire que j’aurais bien aimé que les historiens de ma génération s’intéressent davantage à Maurice Séguin et à son œuvre. À mon grand désarroi, je suis encore, à ce jour, la seule à avoir fait un mémoire de maîtrise en histoire sur Maurice Séguin toutes générations confondues. Il y a, bien entendu, le sociologue Jean Lamarre qui a fait une excellente thèse de doctorat sur l’école de Montréal dont le tiers était consacré à Maurice Séguin. Toutefois, en histoire, il n’y a eu aucune thèse de doctorat consacré à son œuvre.

De « l’idée séparatiste au Canada français » à l’idée d’indépendance au Québec

Membre associé, Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture québécoises (CRILCQ), UdeM

Les archives des conférences « Genèse et historique de l’idée séparatiste au Canada français », diffusées à Radio-Canada en 1962 et conservées au Centre d’archives Gaston-Miron1 (CAGM) de l’Université de Montréal, permettent de jeter une lumière nouvelle sur un des seuls livres publiés du vivant de Maurice Séguin. Nous verrons dans ce texte que l’analyse de leur dimension médiatique permet notamment de revenir sur le contexte de la production de ces conférences, mais également sur leur réception et l’histoire de leur publication.

La Grande Illusion, principal obstacle à l’Indépendance

Transcription de l'allocution de clôture du Colloque Maurice-Séguin.

Merci aux organisateurs, Josiane Lavallée, Denis Monière et Robert Comeau, pour l’organisation de ce colloque. Je dois vous avouer d’emblée que je ne suis pas historienne de formation. Il y a deux ans, je ne connaissais pas Maurice Séguin. J’ai entendu Josiane en glisser un mot lors d’une conférence et c’est avec bonheur que je me suis immergée dans ses écrits. Je voudrais rappeler, pour ceux qui ne le savent pas, que j’ai une formation scientifique. Je suis ingénieur mécanique de formation et toute mon expérience professionnelle a été dans le développement énergétique et industriel. Donc, quand je me suis mise à lire Maurice Séguin, qui a développé une analyse basée sur des faits et non sur des opinions et des croyances, son approche a tout de suite rejoint ma formation scientifique et mon expérience de développement économique.

Rodrigue Tremblay. La régression tranquille du Québec

Rodrigue Tremblay
La régression tranquille du Québec : 1980-2018
Montréal, Fides, 2018, 343 pages

C’est dans mon auto, un certain 22 octobre 1976, que j’ai appris que le directeur du département d’économie de l’Université de Montréal – dont j’utilisais dans mes cours le livre L’économique –, avait décidé de faire le grand saut en politique sous la bannière du PQ. Je m’en réjouissais d’autant plus qu’un autre de nos économistes parmi les plus en vue, Pierre Fortin, venait tout juste de se prononcer en faveur de la souveraineté en offrant son appui au PQ. Deux signes avant-coureurs du triomphe d’un peuple, « peut-être pas si petit », trois semaines plus tard.

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Jean-François Lisée. Qui veut la peau du Parti québécois?

Jean-François Lisée
Qui veut la peau du Parti québécois
Montréal, Éditions Carte blanche, 2019

Dans son livre sur la débandade électorale du Parti québécois, Jean-François Lisée se montre satisfait de sa performance. Convaincu d’avoir toujours raison, il ne fait nullement acte de contrition. Son objectif est de nous montrer qu’il a fait pour le mieux dans les circonstances et qu’il n’a presque rien à se reprocher sauf peut-être de ne pas avoir suffisamment communiqué sur le rajeunissement des cadres du Parti québécois. Pour le reste, il a été à la hauteur de la tâche et ses stratégies étaient logées à l’enseigne du bon sens. Il a fait pour le mieux, il n’a pas de regret. « J’ai pour moi le sentiment du devoir accompli » (p. 149). Alors, comment expliquer le désastre ? Comment expliquer que la meilleure campagne électorale, aux dires de Lisée, ait engendré des résultats calamiteux ?

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Jean-Yves Duthel. Québec solidaire… À vendre… Vendu

Jean-Yves Duthel
Québec solidaire… À vendre… Vendu
Québec, Michel Brûlé, 2018, 159 pages

Depuis des années, Québec solidaire défraie la chronique politique. Étrangement, plus on en parle, moins on le connaît. Exception faite de son idéologie qui le situe à l’extrême de la gauche, son programme politique demeure mystérieux, comme une région inexplorée. Lors de la dernière campagne électorale, les propositions de QS tenaient sur deux pages. De deux choses l’une, ou bien ses dirigeants sont d’habiles cachottiers – ce qui implique qu’ils aient quelque chose à cacher, telle leur position sur la laïcité ! –, ou bien les journalistes qui couvrent la scène politique québécoise ne sont pas curieux. Peu importe les raisons, cette discrétion entourant le programme de QS lui confère un indéniable avantage politique. Ce parti n’est ni scruté ni évalué selon les mêmes critères que les autres.

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