La tête dans les nuages. L'infonuagique publique

Mémoire de L'Action nationale sur le projet de loi 21

Penser le fédéralisme comme système d’oppression nationale

Allocution d’ouverture au Colloque Maurice-Séguin le 7 décembre 2018 à la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal.

Ce colloque est destiné à commémorer l’œuvre de l’historien Maurice Séguin qui n’a pas connu la postérité rayonnante qu’il aurait méritée. Certains pourtant considèrent qu’il a joué sur le plan des représentations nationales un rôle aussi important que Borduas et son Refus global dans la mise en cause des mythes qui ont habité l’imaginaire collectif québécois. Il a fondé théoriquement ce qu’on a appelé le néonationalisme québécois en pensant le Québec comme une totalité, en montrant comment les interactions entre les dimensions économiques, politiques et culturelles structuraient le destin national.

Je suis un séguiniste qui s’igorait jusqu’en 2007 date où j’ai commencé à fréquenter ses œuvres. J’y ai découvert une forte parenté intellectuelle parce que son cadre d’analyse intégrait les préceptes de l’analyse systémique et de l’analyse marxiste. Il analysait l’histoire du Québec à travers les concepts d’impérialisme, de domination, de subordination, de rapports de forces et d’intérêts. Il a proposé une vision matérialiste de l’histoire qui s’opposait à la vision idéaliste fondée sur la divine providence et le rôle des grands hommes.

À mes yeux, la principale contribution de Maurice Séguin est d’avoir opéré une rupture épistémologique dans le nationlisme en pensant le fédéralisme comme système d’oppression nationale. Contrairement aux intellectuels nationalistes de son époque, il n’idéalise pas le fédéralisme comme solution politique aux problèmes du Québec. Il a plutôt montré comment le fédéralisme produit une forme d’oppression nationale en raison même de sa logique de la division des pouvoirs. Il soutenait qu’il était illusoire de penser qu’un peuple minoritaire puisse obtenir un statut d’égalité politique dans un système fédéral : « Il n’y a pas d’égalité possible entre la nationalité majoritaire et la nationalité minoritaire dans toute vraie union fédérale1. » Il pense que dans un système fédéral, l’autonomie provinciale demeure toujours une forme de subordination parce que la nationalité majoritaire peut agir sur tous les plans alors que la nationalité minoritaire ne peut agir que sur le plan provincial ou local. Il montre que la réforme de la constitution ou encore l’autonomie culturelle ne sont que des illusions parce que la souveraineté est un tout qui ne se divise pas : « Même si la nation minoritaire maîtrise absolument ses institutions culturelles, il n’y a jamais autonomie clturelle car la culture est liée au politique et à l’économique2 » En raison de la loi de l’interdépendance entre les divers champs de l’activité humaine, l’autonomie ou l’indépendance pour être réelle doit s’appliquer simultanément aux sphères économiques, politiques et culturelles. On ne peut diviser les pouvoirs. Le contrôle de tous les pouvoirs est essentiel à une nation qui veut exister. L’indépendance politique est nécessaire à l’indépendance économique et les deux sont indissociables de l’indépendance culturelle.

Le postulat qui fonde son édifice théorique est le principe de l’agir par soi-même qui peut seul mener à la liberté et à l’épanouissement. C’est la normalité pour toute nation réellement existante. Le contraire de cette liberté est l’oppression qui implique une superposition de volonté, c’est-à-dire qu’un autre décide pour moi. Cette subordination constitue une perte de la capacité d’agir et un appauvrissement de l’être. L’autre prend possession de moi, m’annexe à ses intérêts, me sépare des miens et m’empêche d’être moi-même. C’est ce qu’il appelle l’oppression essentielle qui engendre une privation du rapport direct avec les réalités de l’existence et une incapacité foncière d’agir par nous-mêmes pour répondre aux changements. Cette subordination représente un appauvrissement parce qu’elle atrophie l’expérience du monde et limite les capacités d’initiative. Si, agir c’est vivre, ne pas être capable d’agir par soi-même, c’est végéter et se confiner à la médiocrité. Le fédéralisme est un obstacle à l’émancipation nationale, il nous dépossède de la capacité de faire notre histoire, il occulte nos intérêts fondamentaux et nous mystifie en laissant croire à des avantages imaginaires. Il permet ainsi à la nation annexée et subordonnée d’organiser elle-même le « supplice de la survivance » et de retarder l’échéance inéluctable de l’assimilation.

Devant ce dignostic implacable, quel est le remède ? Que doit faire la nation annexée ? Elle est face à l’alternative suivante : la liberté ou la disparition. Et pour éviter de dépérir Séguin suggère que le chemin de la liberté politique passe par l’interparlementarisme. Il faut sortir de la division institutionnelle et réunir tous les indépendantistes dans une organisation politique qui transcende la division des pouvoirs et qui dans ses positions agit en intégrant la totalité des pouvoirs comme si le Québec était un État indépendant. Agir par soi-même veut dire agir politiquement.

 

 


1 Robert Comeau (editeur), Maurice Séguin historien du pays québécois, Montréal VLB, 1987, p 158.

2 Ibid p. 161

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