Cahier de lecture - Été 2019

Mémoires 2019

L’école québécoise asphyxiée par la Loi sur les langues officielles

Nous avons changé d’époque. L’été 2018 marquera une rupture. Les activistes de Concordia et McGill University venus cracher leur haine – in english! – sur des spectateurs attroupés à l’extérieur du Théâtre du Nouveau Monde en constituent un puissant symbole. Le mépris du Québec français est maintenant ouvert. Il parade dans les rues de Montréal, sûr de son bon droit et ne doutant jamais de sa supériorité morale. Le bon vieux racisme anglo-canadien a revêtu de nouveaux habits et se regroupe pour l’hallali.

Comme va la culture, ainsi va la langue. Les signes montrant un effondrement du statut et du prestige du français au Québec s’accumulent. La liste est longue : introduction de l’anglais dès la première année et de l’anglais exclusif sur une moitié complète de la dernière année du primaire, nombreux projets d’anglicisation des cégeps de langue française, anglicisation des HEC, anglicisation croissante des jeunes francophones à Montréal, expansion constante des institutions de langue anglaise à Montréal et ailleurs au Québec, recul important du poids démographique des francophones au Québec, minorisation des francophones sur l’ile de Montréal. Malgré les dénégations de la propagande officielle, le Québec français est en plein effondrement.

Comment renverser la tendance ? Certaines solutions sont évidentes : ramener l’immigration à un niveau qui serve les intérêts du Québec plutôt que ceux du Canada, imposer la francisation obligatoire des non-francophones qui immigrent au Québec, se débarrasser du bilinguisme systématique de l’État québécois qui rend l’apprentissage du français optionnel, imposer la loi 101 au cégep, franciser vigoureusement les milieux de travail, etc. Ces solutions sont évoquées fréquemment depuis des années dans le débat public, la question de l’application de la loi 101 au cégep étant certainement celle qui a fait couler le plus d’encre et provoqué les réactions les plus vives.

Or, pendant que la question du cégep occupait l’avant-scène, de profonds changements avaient lieu par-derrière. Ainsi, la place qu’occupe l’anglais au primaire et au secondaire dans les écoles françaises du Québec a augmenté de façon spectaculaire au cours des 15 dernières années. En 2001, sous le règne du Parti québécois, des cours d’anglais ont été instaurés dès la troisième année du primaire. En 2006, sous le règne du Parti libéral, l’anglais a été imposé dès la première année du primaire. En 2011, encore sous le Parti libéral, une « mesure » d’anglais intensif visant à imposer 5 mois d’anglais à temps plein de façon « exclusive » en sixième année du primaire a été annoncée par Jean Charest. Une moitié d’année en anglais venait couronner tout le cycle du primaire : tout un symbole et un puissant message sur la place et le rôle que cette langue doit occuper dans la société québécoise selon le PLQ. On connait la suite : en campagne électorale, le PQ a promis de renverser la mesure et de mettre « moins d’anglais, plus d’histoire ». Une fois au pouvoir, le PQ n’a rien fait. Résultat ? L’anglais « exclusif » en sixième année est devenu une norme.

Au secondaire, les programmes d’anglais « enrichi » sous toutes les formes possibles sont légion. Certains élèves du secondaire passent maintenant le tiers de leur temps à faire de l’anglais. Encore mieux, on leur offre de l’anglais « langue maternelle ». De l’anglais, « langue maternelle » ? Y a-t-il meilleur moyen de flatter l’égo du colonisé que de lui proposer la langue du colonisateur comme « langue maternelle » ? Passons.

Au Québec, des cours d’anglais sont obligatoires chaque année de la première année du primaire jusqu’à la fin du cégep. Et souvent aussi à l’université. Le Québec impose la même langue seconde de manière systématique chaque année de chaque cycle d’études à travers tout son système d’éducation. Mentionnons qu’il n’existe pas de symétrie dans les écoles anglaises, celles-ci pouvant moduler les cours de français de façon plus libre. La situation du Québec est curieuse ; la Charte de la langue française promulguée en 1977 a fait du français la « langue officielle ». L’idée derrière la Charte était de faire du français la « langue commune » de tous les habitants du Québec. Cela n’est jamais vraiment arrivé. L’anglais continue de tenir une position privilégiée au Québec, et son enseignement occupe une place prioritaire dans notre système d’éducation.

Quand on examine attentivement la structure du système d’éducation au Québec, l’obligation qui est faite de suivre des cours d’anglais chaque année scolaire à tous les niveaux d’éducation, l’absence de « libre-choix », l’offre inexistante de deuxième langue seconde dans le système public régulier, ainsi que le traitement différentiel du système d’éducation de langue anglaise qui n’impose pas de « français exclusif » de façon obligatoire, force est de constater qu’il s’agit d’un système d’éducation que l’on pourrait qualifier de « semi-bilingue ». Un bilinguisme « asymétrique » de surcroit, où les anglophones subissent moins de contraintes en ce qui a trait à l’apprentissage du français dans leur éducation que les francophones pour l’anglais. « Bilinguisme », ici, étant un mot piégé qui donne l’impression d’une liberté de choix de la langue seconde. Ce qui n’est pas le cas. Le mot approprié est « diglossie », définie comme la coexistence de deux normes linguistiques sur le même territoire.

Le système d’éducation de langue française au Québec est un système qui incorpore implicitement, dans sa structure même, une diglossie asymétrique. Il place le français et l’anglais en concurrence et, de plus, il accorde à ce dernier un statut privilégié. L’anglais est de plus en plus ouvertement promu comme un apprentissage à faire primer sur le reste. Loin de nous « ouvrir sur le monde », ce dédoublement nous ramène en arrière. Soit à une situation qu’avait vigoureusement combattue Gaston Miron et à sa suite les artisans de la loi 101.

Dans les faits un des buts majeurs du système québécois actuel est que tous les élèves maitrisent l’anglais le mieux possible à la fin du secondaire. Dans l’usage on valorise l’idée que l’élève qui a « réussi » est un sujet qui parle anglais avec le moins d’accent possible (l’idéal étant de pouvoir cacher ses origines). Le système d’éducation québécois prépare tous les petits Québécois à travailler un jour en anglais. Si la maitrise de la langue anglaise est depuis longtemps considérée comme étant importante, il faut noter que jusqu’à récemment, les cours d’anglais débutaient seulement en quatrième année du primaire, ce qui était cohérent avec l’idée du français « langue commune » et on n’allait pas jusqu’à évacuer des heures dans les matières de base (français, mathématiques, sciences, histoire, etc.) pour faire rentrer plus d’anglais dans la grille-matière comme c’est actuellement le cas avec l’anglais exclusif au primaire. Bref, tout doucement, sans le réaliser, nous avons changé d’époque dans le système d’éducation.

Pourquoi cette régression ? Comment s’est-elle imposée ? Une piste m’est apparue à la lecture de l’excellent livre d’Éric Poirier, La Charte de la langue française : ce qu’il reste de la loi 101 quarante ans après son adoption. Alors que quasiment toute la charte originale a été réécrite par la Cour suprême du Canada, celle-ci n’a pas encore osé faire tomber le principe de la restriction d’accès à l’école anglaise pour rétablir le « libre choix », principe qui serait plus en phase avec la Loi sur les langues officielles fédérale. Je ne suis pas juriste. J’aimerais cependant proposer une interprétation qui déborde le cadre strictement juridique pour tenter d’éclairer pourquoi la Cour suprême – qui n’est pas l’alliée du fait français au Canada – n’a pas encore rétabli le libre choix à l’accès à l’école anglaise au Québec.

Il existe, on le sait, un important conflit entre la Loi sur les langues officielles fédérale basée sur le principe de personnalité (le « libre choix ») et la Charte de la langue française, basée sur le concept des droits collectifs. M. Poirier écrit :

Certes, une succession d’interprétations restrictives pouvait laisser croire que le prochain chapitre du roman allait voir triompher le libre choix de la langue d’enseignement. Or, les tribunaux ne pouvaient ignorer l’histoire législative du Québec. La meilleure décision était, à tout prendre, d’interpréter restrictivement les droits du français tout en s’assurant de ne pas ramener ce libre choix.

Notons que M. Poirier écrit également : « Le professeur Foucher confirmait qu’il est maintenant reconnu et accepté que la Cour suprême du Canada ne vit pas dans un vacuum et qu’elle est consciente des enjeux politiques des litiges qui lui sont soumis ». La Cour suprême tient compte du contexte politique dans ses décisions. On s’en doutait. Dans un autre excellent livre, soit La bataille de Londres de Frédéric Bastien, l’auteur prouve que le juge en chef lors du rapatriement de la constitution en 1982, Bora Laskin, a transmis des informations confidentielles sur les délibérations de la Cour à des personnalités britanniques. L’indépendance du judiciaire et du politique n’est pas chose acquise au Canada. On le savait. L’épisode des juges « Post-it » sous Jean Charest l’a une fois de plus mis en évidence.

Pourquoi la Cour suprême n’a-t-elle pas (encore !) ramené le libre choix ? Est-ce pour de simples raisons de cohérence juridique ? Peut-être. Mais je crois que des éléments politiques ont probablement pesé dans la balance. Les juges savaient que rétablir brutalement le libre choix aurait des répercussions probablement importantes au Québec. Dans l’esprit populaire, la restriction d’accès était vue – et reste – comme le cœur même et la mesure phare de la loi 101. La cour a procédé de façon plus astucieuse en grignotant progressivement les clauses scolaires de la loi 101 pour élargir progressivement l’accès à l’école anglaise (clause « Canada », invalidation de la loi 104 sur les « écoles passerelles » dans un jugement unilingue anglais par le juge Hilton) tout en ayant l’air de préserver le cœur de la loi 101. C’était là une façon habile de préserver les apparences tout en érodant substantiellement la Charte.

L’autre volet de la réponse concerne la conversion progressive de l’école française au Québec à l’esprit de la Loi sur les langues officielles, voire sa soumission à l’idée implicite dans cette loi que l’anglais doit être la « langue commune » du Canada. En effet, en se basant sur le principe de personnalité et en spécifiant que des services en français doivent être disponibles seulement là où le « nombre le justifie », la Loi sur les langues officielles a ouvert toute grande la porte à la domination du groupe le plus nombreux sur le groupe le moins nombreux, ad mari usque ad mare partout au Canada. Cette loi est un chef-d’œuvre d’hypocrisie. Cette conversion a aussi été facilitée par la domination d’un certain discours économique qui a tenté de présenter comme « naturelle » et inévitable la domination de l’anglais comme langue de l’économie et des échanges mondialisés. Le discours du tout à l’économie est venu fournir un contexte facilitant pour accroitre l’efficacité des mesures d’érosion du statut du français imposées par la Cour.

L’on pourrait penser que cette restructuration du système d’éducation est une responsabilité strictement québécoise et qu’Ottawa n’a rien à y voir, mais ce serait là une vision bien naïve des choses. C’est là oublier le « pouvoir fédéral de dépenser » qui fait qu’Ottawa peut s’ingérer à sa guise dans les champs de compétence des provinces, y compris en éducation. Dans le cas de « l’anglais exclusif » par exemple, Ottawa a investi des millions de dollars entre 2009-2013 via « Canadian Heritage » et le programme de financement des langues officielles pour aider à implanter le programme d’anglais exclusif dans les écoles québécoises. Ottawa a aussi financé les chercheurs de Concordia University qui ont produit les études douteuses visant à vendre l’anglais intensif au gouvernement du Québec, aux médias et aux parents. Ottawa a aussi investi généreusement dans le « SPEAQ », l’association des professeurs d’anglais langue seconde au Québec pour financer ses activités et faire la promotion de l’anglais intensif. Sans oublier le battage médiatique constant des organes de presse bien à l’aise avec les volontés d’Ottawa en faveur du « bilinguisme », terme qui n’est jamais défini clairement. Bref, dans la mise en place de l’anglais exclusif dans les écoles françaises, la main d’Ottawa est partout.

Cette mise en place d’une diglossie asymétrique dans notre système d’éducation ne produit pas seulement la confusion quant à la place que le français doit occuper au Québec, elle a des incidences politiques directes et majeures. Un très intéressant papier publié dans The Economic Journal en 2013 « Education, Language and Identity » a analysé l’impact de la scolarisation en catalan à partir de 1983 sur les intentions de vote en Catalogne. Il en ressort qu’il existe une relation claire entre la longueur des études en catalan, l’intensité du sentiment d’identité catalane et les intentions de vote en faveur d’un parti nationaliste en Catalogne. A contrario, la place grandissante de l’anglais dans les écoles françaises au Québec aura des impacts qu’il ne faut pas sous-estimer : érosion progressive du sentiment d’identité québécois et substitution de la notion d’une identité française du Québec par une identité « bilingue » comme c’est le cas pour les francophones hors Québec, sont deux conséquences évidentes. Cela aura certainement des effets sur les intentions de vote des cohortes scolarisées dans ce système. Cela est-il déjà en train de se passer ? On peut se poser la question quand on constate que le parti politique le plus populaire chez les 18-24 ans est le Parti libéral du Québec/Quebec Liberal Party. Les fédéralistes ont bien travaillé.

Face à ces intrusions, la réponse des indépendantistes a été lamentable. Elle a essentiellement consisté à faire semblant qu’il ne se passait rien et que tout continuait comme avant. Pire, une certaine frange du mouvement tente même actuellement de tirer profit de l’insécurité linguistique grandissante des Québécois en proposant d’aller encore plus loin dans l’anglicisation du système d’éducation de langue française, par exemple, en anglicisant les cégeps français. Pour aller chercher quelques votes à court terme, certains sont prêts à scier la branche sur laquelle ils sont assis. Le refus de penser la question linguistique dans sa dimension globale les amène à peser sur l’accélérateur des tendances les plus néfastes au prestige et au statut du français.

Comment renverser la tendance donc ? D’abord en rétablissant une cohérence idéologique dans le domaine linguistique chez les indépendantistes. À cet égard, la notion de « français langue commune », qui sous-tend toute la Charte de la langue française est la bonne. Elle doit redevenir la notion phare qui guide et oriente les indépendantistes. Ensuite, il faut repenser la question du français sur plusieurs volets.

Premièrement, il faut viser à tuer l’objectif d’Ottawa de faire des enfants québécois des petits sujets « bilingues » : pour que le français soit la langue commune, il faut qu’il soit la priorité du système d’enseignement. Une majorité d’élèves n’ont plus le français comme langue maternelle dans les écoles de Montréal : il est suicidaire d’ignorer cette nouvelle réalité. Le français ne sera pas la langue commune si l’ensemble du système d’éducation « francophone » continue à se bilinguiser. Des propositions, comme celle mise de l’avant par l’actuel chef du Parti québécois d’angliciser les cégeps, doivent être dénoncées et combattues : elles visent à détruire l’intégrité du système d’éducation en français et constituent le plus sûr moyen d’angliciser ensuite l’enseignement universitaire.

Deuxièmement, il faut situer les réformes à faire dans le cadre d’une volonté de mise à nu de l’hypocrisie de la Loi sur les langues officielles. Les indépendantistes doivent mettre en évidence les fourberies de la conception trudeauiste du « bilinguisme ». Celles-ci sont les suivantes.

Le libre choix est une politique mensongère basée sur l’illusion qu’il suffit de décréter une égalité juridique théorique des langues pour que cette égalité se transfère dans la réalité sociologique. En vérité, il n’en est rien, comme une simple visite à Ottawa, capitale de ce pays nominalement « bilingue », vient nous en informer rapidement. Au Canada, l’anglais est la langue dominante. Le français est dominé et est en voie d’éradication partout. L’assimilation des francophones s’accélère à Montréal. Le bilinguisme version Trudeau est en réalité un diglossisme asymétrique. C’est un piège à cons. Le chef des indépendantistes ne doit pas avoir peur de l’affirmer brutalement et de l’affirmer souvent. Les indépendantistes devraient d’ailleurs cesser d’employer le terme de « bilinguisme » pour désigner la néfaste politique fédérale.

Le diglossisme asymétrique fédéral enferme les Québécois dans une vision du monde où la seule langue étrangère existante est l’anglais. Cela est une fermeture, une restriction mentale qui nous coupe de la diversité du monde et nous asphyxie. Pourquoi les jeunes Québécois seraient-ils empêchés d’apprendre une autre langue étrangère s’ils le souhaitent ? Rappelons que très peu de jeunes Québécois de langue maternelle française parlent une autre langue étrangère que l’anglais (environ 2 % seulement parlent espagnol).

Troisièmement, les indépendantistes doivent passer à l’offensive. Voici quelques propositions pour le système d’éducation : faire sauter le monopole de l’anglais et offrir le « libre choix » de la langue seconde. Cette mesure serait d’une grande portée : d’un seul coup, l’on mettrait aux poubelles la soumission du système d’éducation à la Loi sur les langues officielles. Cela aurait une énorme portée psychologique. Il faudrait aussi introduire une deuxième, voire une troisième langue seconde au primaire et secondaire. Que les jeunes Québécois puissent devenir bilingues dans le vrai sens du terme, c’est-à-dire parlant français-espagnol, français-anglais, français-mandarin (par exemple), ou même trilingues, aurait de nombreux avantages. Mentionnons le fait que le français deviendrait le pivot de ce multilinguisme (alors que l’anglais joue ce rôle actuellement), ce qui donnerait tout son sens à la notion de langue commune. Économiquement, la proposition serait forte : certains commentateurs médiatiques qui cachent leur soumission au Canada derrière « la nécessité économique » seraient bien mal pris de s’opposer à ce que les entreprises disposent d’une main-d’œuvre polyglotte. Avec la montée de la Chine, le reflux de la puissance américaine, le Brexit, l’anglais comme « langue internationale » risque de connaître un recul dans les années à venir. Le moment est propice pour retourner l’argument du tout à l’anglais comme nécessité inéluctable de la mondialisation : au contraire, la mondialisation exige le multilinguisme ! Le Québec pourrait s’inspirer d’autres « petites nations » comme les Pays-Bas, par exemple, en adoptant une politique d’éducation lui permettant de véritablement « s’ouvrir sur le monde » au lieu de se soumettre à Ottawa.

Nous devrions dégager le premier et le deuxième cycle du primaire (au minimum) des cours d’anglais afin de rétablir la « prédominance » du français au primaire. Le premier cours de langue du cycle primaire ne devrait pas être un cours d’anglais, mais plutôt être un cours d’introduction à la diversité des langues dans le monde. Cela aurait l’avantage de marquer l’imaginaire des enfants dès le départ au lieu de les enfermer dans l’idée que l’anglais est la seule langue étrangère qui existe. Des notions de langues autochtones du Québec pourraient être introduites dans ce cours, ce qui aurait plusieurs avantages, dont celui de tisser des liens avec les nations autochtones présentes au Québec et de développer la conscience du territoire chez les jeunes. On pourrait imaginer que l’école initie les enfants à la langue des nations autochtones de leur région : Algonquin en Abitibi, Innu sur la Côte-Nord, Attikamek en Mauricie, etc. Le rapprochement serait réel. Il faudrait aussi s’interroger sur l’élimination des cours de latin et de grec qui a eu lieu dans les années 60. L’élimination de ces cours a coupé le Québec des deux sources culturelles de la culture occidentale et a ouvert la voie (même si ce n’était pas là l’intention des responsables) à l’imposition du multiculturalisme.

La faiblesse actuelle du statut du français au Québec fait en sorte que certains parents paniquent à l’idée que leur progéniture ne parle pas parfaitement (lire : sans accent) anglais dès le plus jeune âge. Il faut les comprendre : au Québec, l’anglais est exigé hystériquement pour tous les postes à tous les niveaux, qu’il soit nécessaire, qu’il soit utile ou non. La panique des parents est aussi liée à une insécurité culturelle grandissante chez les francophones ainsi qu’à la notion fausse, mais martelée médiatiquement, que l’apprentissage d’une langue doit absolument se faire le plus tôt possible (alors que cela est moins efficace qu’un apprentissage fait plus tard). Pour parer à l’opposition éventuelle de cette cohorte à des changements structurels importants, une mesure simple pourrait être d’introduire de substantiels crédits d’impôt pour leur permettre d’envoyer leur enfant faire une immersion linguistique dans un camp de vacances de leur choix l’été. Cela aurait l’avantage de déplacer une partie de la charge d’anglicisation hors du système scolaire.

Il faut pleinement intégrer le fait que nous avons changé d’époque. La stratégie qui est celle des indépendantistes depuis 1996, soit de ne rien faire, regarder de l’autre côté, continuer comme si de rien n’était, a vécu. Cette stratégie a permis à Ottawa d’avancer à sa guise et a placé les indépendantistes devant un champ de ruines. Les élections d’octobre 2018 vont marquer une rupture. Pour remobiliser, il faudra changer de stratégie, faire preuve d’une véritable audace et, surtout, avoir les idées claires.

À cet égard, le dossier linguistique est le canari dans la mine, il constitue l’épreuve décisive du sérieux de toute plate-forme politique. Les programmes des partis politiques doivent être analysés en fonction de leur conformité au concept de français langue commune. Évidemment, l’absence de propositions structurantes doit être comprise comme une soumission à la Loi sur les langues officielles et à un ordre des choses qui vise à nous asphyxier.

 

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