Primeur – Le retour des Bleus

Le retour des Bleus. Les racines intellectuelles du nationalisme québécois
à paraître en janvier 2024 aux éditions Liber

Chapitre 1

Les Rouges et les Bleus

À la racine de la rivalité entre les Rouges et les Bleus, qui se déploie sur plus de deux siècles de débats autour du devenir de la nation québécoise, on trouve le conflit entre John George Lambton, comte de Durham, et François-Xavier Garneau, premier historien national canadien-français. Politicien progressiste britannique, proche des idées de John Stuart Mill, Durham fut envoyé au Bas-Canada à la suite des rébellions patriotes de 1837-1838, pour trouver des solutions à l’état de crise qui régnait alors dans la colonie. Libéral a priori favorable à la cause démocratique pour laquelle les patriotes s’étaient battus, il fit néanmoins des Canadiens français les responsables de la situation. Pour lui, la modernité passait par le modèle anglo-saxon, qui devait servir de guide à tous les peuples de la terre. En revendiquant à la fois le gouvernement responsable et le maintien des us et coutumes du peuple canadien-français, les patriotes faisaient de leur côté la preuve qu’ils étaient réfractaires à la modernité. Le rapport Durham est très clair sur ce point : « résidu d’une colonisation ancienne », « société vieillie et retardataire dans un monde neuf et progressif1 », ceux qui deviendraient les Québécois forment à ses yeux un peuple incompatible avec le progrès, ayant plus à voir avec la France de l’Ancien Régime qu’avec celle de la révolution. Aussi, l’envoyé de Londres formula la recommandation d’assimiler les Canadiens français à travers l’union législative, non pas par haine raciale, mais au nom des idéaux de « progrès » les plus modernes et avancés. Mis en minorité, ces colons abandonneraient « leurs vaines espérances de nationalité2 ». Si Durham en vient à cette conclusion, note l’historien Éric Bédard, c’est qu’à ses yeux la défense d’une particularité nationale est incompatible avec le respect de principes universels comme la justice et la démocratie3. L’expression politique du nationalisme aurait en somme quelque chose de malsain.

Loin de se laisser duper par les idéaux qu’évoque Durham pour soutenir la nécessité d’assimiler le peuple canadien-français, l’historien François-Xavier Garneau oppose au progressisme abstrait du lord un nationalisme conservateur ancré dans le désir de durer. Esprit libéral qui admire le modèle républicain des États-Unis, Garneau chemine de manière pragmatique vers le conservatisme, car, chez lui, la cause nationale transcende tout le reste4. Il rejette justement pour cette raison l’idée d’une annexion aux États-Unis avancée par de nombreux libéraux francophones à l’époque : « Le premier voeu des Canadiens était de conserver leurs usages et leur nationalité ; ils ne pouvaient désirer l’annexion aux États-Unis parce que ç’aurait été sacrifier ces deux choses qui leur sont si chères5. » À la différence de ce que souhaitait Durham, c’est la modernité qui doit, pour Garneau, s’adapter à la nationalité. Comparant le sort de ceux qui deviendraient les Québécois à celui des Vendéens, persécutés par les révolutionnaires français pour leur refus d’adhérer au nouveau régime, Garneau lance à la fin de son Histoire du Canada son célèbre appel à la résistance et à la continuité :

Que les Canadiens soient fidèles à eux mêmes ; qu’ils soient sages et persévérans, qu’ils ne se laissent point emporter par le brillant des nouveautés sociales ou politiques. Ils ne sont pas assez forts pour se donner carrière sur ce point. C’est aux grands peuples à essayer les nouvelles théories. Ils peuvent se donner des libertés dans leurs orbites assez spacieuses. Pour nous, une partie de notre force vient de nos traditions ; ne nous en éloignons ou ne les changeons que graduellement6.

En caricaturant les mots de l’historien, certains ont voulu faire la preuve que la culture canadienne-française était cause de stagnation et que sa défense était foncièrement obscurantiste. Or, rien n’est plus faux. Garneau mettait avant tout son peuple en garde contre une certaine idée du progrès, imposée d’en haut par des gens qui croyaient mieux savoir que lui quel avenir serait souhaitable pour lui. Il n’était pas dupe à l’effet que les grandes promesses de modernité ne semblaient intéresser la Grande-Bretagne que pour assimiler les francophones : « les mots de liberté, de sentimens élevés, de nationalité plus noble et plus vaste voulaient dire anéantissement de leur langue, de leurs lois et de leur race ou ne voulaient rien dire du tout, car les troubles avaient été précisément causés par le refus absolu de toutes ces choses par la métropole7. »

Il y a quelque chose d’Edmund Burke, le père fondateur du conservatisme, chez François-Xavier Garneau8. Du fait de la conquête, une certaine prudence s’impose d’elle-même aux Canadiens français face à toutes les innovations qu’on leur présente comme des panacées, mais qui peuvent mettre en danger leur caractère propre. Suivant les leçons de Burke, l’historien se méfie des changements brusques et radicaux pour leur préférer l’évolution qui se fait sur le temps long, en accord avec l’identité d’un peuple. En faisant de la volonté de durer l’axiome du nationalisme canadien-français, François-Xavier Garneau louange la faculté de « ce peuple, dont l’on regarde l’anéantissement, dans un avenir plus ou moins rapproché, comme un sort fatal, inévitable9 », à déjouer les pronostics de sa mort pour incarner un modèle de société original en Amérique du Nord. Pour lui, la destinée de son peuple « est de lutter sans cesse10 », non pas pour s’emmurer dans la stagnation, mais pour cheminer vers une autre modernité, conciliable avec le maintien de sa langue et de ses traditions.

La quête d’une autre modernité

Depuis Garneau, le tronc commun de la pensée bleue demeure cette volonté opiniâtre de durer, cette révolte contre l’impérialisme aux prétentions progressistes de Lord Durham, dont le rapport incarne les dérives de la modernité aveugle, arrogante et insensible. Le traumatisme indélébile que ce dernier a laissé dans la conscience québécoise est en même temps, pour celle-ci, un appel à tracer son propre chemin vers la modernité selon ses règles à elle et non celles des autres. Ainsi, le nationalisme conservateur se veut un « juste milieu » entre l’abstraction progressiste, source d’aliénation et de déracinement, et la conservation brute, qui serait étouffement et immobilisme11. Ce juste milieu était déjà théorisé par Edmund Burke dans ses Réflexions sur la révolution en France : « On n’est pas réduit à la simple alternative entre la destruction absolue et la conservation en l’état, sans réforme12. » Contrairement à ce que laisse entendre l’idéologie progressiste, le conservatisme est une pensée foncièrement moderne à sa manière, une « critique interne de la modernité13 », comme le dit Mathieu Bock-Côté, car il est né avec la modernité et n’aurait pas la même pertinence dans un contexte prémoderne, où la tradition ne fait pas l’objet d’une révision permanente.

Ainsi, cette autre voie d’accès à la modernité se présente comme empiriste et modérée par opposition aux prétentions universelles du progressisme14. Sans rejeter la modernité en soi comme le ferait la réaction, le conservatisme rappelle le besoin d’enracinement nécessaire à l’émancipation de tout individu, inséparable des aspirations modernes que les progressistes tendent pourtant à oublier. Car la quête d’un accès sans médiation à l’universel engendre un homme perdu, sans repères, coupé de son milieu et de sa société. Cette hésitation au sein de la modernité, pour le dire comme Roger Scruton15, se veut soucieuse des conditions « prémodernes » indispensables à la démocratie libérale, et propose en conséquence un universel modéré par l’enracinement dans une culture particulière, une synthèse entre deux tentations contraires qui habitent la conscience moderne.

Le conflit entre les Rouges et les Bleus, entre progressistes et conservateurs, est donc beaucoup plus qu’une histoire d’intérêts concurrents, à quoi on le réduit parfois. Il s’agit en fait d’un différend anthropologique qui porte sur la nature même de l’être humain, de ses besoins et de ses aspirations. La modernité a accouché de l’idée d’un individu abstrait, qui souhaite avant tout se libérer de ses appartenances, et qui voit le temps comme la marche inarrêtable d’un progrès conquérant. Dans l’histoire du Québec moderne, Pierre Elliott Trudeau en a sans doute été le théoricien le plus militant et cohérent. Sa vision contractualiste de la société, ancrée dans une volonté de rompre avec le passé et dans un messianisme progressiste partant d’Ottawa16, opposait nationalité et modernité. Sur le terrain anthropologique, les Bleus lui ont opposé un individu enraciné dans sa culture, qui préfère les repères que lui procurent les traditions à la promesse de liberté du rationalisme, la continuité plutôt que le déracinement. Le plus grand défenseur de cette vision du Québec a été l’abbé Lionel Groulx, pour qui l’histoire nationale « se résum[ait] tout entière dans une idée, dans une lutte : l’idée et la lutte de la survivance17 », et dont l’idée centrale était un État français où les Québécois pourraient « être absolument, opiniâtrement [eux]-mêmes18 ». Avant tout, les Rouges et les Bleus sont donc divisés sur la conception de l’homme qui doit fonder l’État québécois et, plus largement, la démocratie libérale. Il y a quelque chose d’universel dans cette querelle toute québécoise.

L’homme abstrait

Du côté rouge, on envisage l’homme comme un être sans attaches, qui se définit avant tout par son individualité. Il penserait d’abord selon son intérêt rationnel et aspirerait à s’affranchir des ancrages qui lui font obstacle dans sa quête de liberté et d’authenticité. Cet individu est en quelque sorte celui qu’imagine John Rawls dans sa Théorie de la justice, caché derrière un « voile d’ignorance » qui lui dérobe toute référence à sa propre société et à sa propre situation. Il s’agit de penser l’humanité dans l’absolu, comme un regroupement d’individus indifférenciés, plutôt que de penser cet homme-ci, et de prendre en compte la pluralité inhérente à l’humanité, qui s’incarne différemment selon la culture et l’histoire des différentes nations. Cette vision de la nature humaine rend les Rouges naturellement hostiles au nationalisme19, sa logique leur apparaissant tribale et contre nature. En effet, le progressisme cherche constamment à séparer de la loi l’idée d’un certain ordre social, propre à un coin du monde en particulier, pour la rendre aussi abstraite que l’individu qu’il défend20. Dans les mots du professeur Jean-Pierre Derriennic : « Les lois justes ne sont pas celles qui ont été faites sur mesure pour une personne ou un groupe. Elles se reconnaissent au fait qu’elles peuvent convenir à tous les humains, ou plus exactement à n’importe lequel d’entre eux21. »

La revue Cité libre, dont Pierre Trudeau fut l’un des fondateurs, s’est employée à faire la promotion de cette anthropologie dans les années 1950, comme partie intégrante de son opposition à Maurice Duplessis et au nationalisme qu’il incarnait. Refusant de définir le Québécois par son appartenance collective, Cité libre décrivait plutôt un être dépourvu de sens autre que celui qu’il souhaite individuellement donner à sa vie, un humain parmi tant d’autres dans une société atomisée où le tout n’est rien de plus que la somme des parties22. Pour Pierre Trudeau, les humains « transcendent les accidents de lieu et de temps et rejoignent en quelque sorte l’humanité universelle. Ils ne sont donc contraignables par aucune tradition ancestrale, n’étant esclaves ni de leur race, ni de leur religion, ni de leur condition de naissance, ni de leur histoire collective23. » La culture, l’histoire et les traditions ne sont donc pas pensés comme des repères essentiels à l’individu, des influences positives l’ayant façonné depuis son enfance, mais bien comme des déterminismes arbitraires dont il faudrait s’émanciper pour atteindre sa véritable nature, au même titre que la couleur de peau par exemple.

Comme l’indique André Burelle, ancien rédacteur de discours de Trudeau, sa pensée se veut d’abord une « quête de l’universel sans médiation par la culture24 », une manière de penser l’homme hors de la société à laquelle il appartient. Selon la doctrine rouge, la véritable liberté ne s’obtient qu’une fois affranchi de toute aliénation communautaire : au fond, il faudrait devenir citoyen de nulle part pour être citoyen du monde25. L’homme immédiatement universel qu’imagine Trudeau se réaliserait pleinement dans la sphère privée, seule enclave où il disposerait d’une totale liberté de choix quant à ses valeurs et à ses appartenances, protégé par les chartes des droits du tribalisme contraignant que serait le nationalisme26.

Avec une telle vision de l’être humain, il est naturel que la pensée rouge soit demeurée proche du fédéralisme. Dans Pourquoi je suis antiséparatiste, le journaliste Jean-Charles Harvey justifie l’ordre canadien par le rejet radical de l’appartenance nationale. À ses yeux, « le national ne fait pas partie de la nature de l’homme », lequel « demeure tout entier même si ses caractéristiques nationales ont disparu ou se sont modifiées27 ». Ainsi, l’attachement à sa culture et à l’État-nation ne serait rien de moins qu’une « affection de l’esprit28 », alors que l’intérêt bien compris de chacun lui commanderait d’améliorer sa situation matérielle et de rechercher la liberté individuelle avant tout. C’est d’ailleurs ce qui le pousse à dire que, hypothétiquement, l’assimilation des Québécois en vaudrait la peine si elle s’accompagnait d’une augmentation nette et marquée de la richesse, du statut social et du confort matériel, lesquels seraient les réelles finalités de la vie sur terre29. Reprenant en cela la pensée de Durham, lointain inspirateur du courant rouge québécois contemporain, Harvey estime que la nation est « une prison pour l’homme30 » et que les Québécois doivent s’en affranchir s’ils veulent progresser collectivement, mais surtout individuellement. Au pis, il faudrait arrêter de faire de la continuité nationale une permanente préoccupation politique ; au mieux, il faudrait cesser de politiser l’identité québécoise, qui serait source de « division » et d’intolérance. C’est bien davantage cette aversion pour l’État-nation québécois que l’attachement au Canada en lui-même qui constitue la pierre d’assise du fédéralisme rouge. La preuve en est que Pierre Trudeau s’est âprement battu contre l’accord du lac Meech, dont l’adoption aurait grandement nui au mouvement souverainiste en prouvant que la différence du Québec pouvait être reconnue au sein du Canada. Légitimer un État-nation québécois n’était visiblement pas une concession que Trudeau était prêt à faire pour garder le Québec dans la fédération, ce qui en dit long.

La pensée rouge cultive donc la méfiance à l’égard de la nation, suspecte d’opprimer l’individu plutôt que de l’émanciper. Comme l’écrit Claude Ryan dans Les valeurs libérales et le Québec moderne, « la liberté et l’épanouissement de l’individu demeurent la fin première de l’action politique31 » et justifient son adhésion au fédéralisme canadien. Ainsi, Trudeau admet naturellement que le fédéralisme qu’il défend a pour principal objectif les libertés individuelles ; à ses yeux, en effet, « le but même de la collectivité, c’est de mieux assurer les libertés personnelles », ajoutant « ou alors on est fascistes32 », un raccourci fallacieux dont ses héritiers idéologiques ne se sont jamais privés non plus. Ce parti pris pour l’individu s’accompagne également d’une crainte de la « tyrannie de la majorité », selon la formulation de Mill33. Cette tendance à voir de l’oppression dans une décision démocratique, à « systématiquement [se] ranger du côté de la minorité et de l’individu34 », découle d’une anthropologie qui voit l’homme comme aliéné plutôt qu’élevé par le collectif.

Cette définition singulière de la nature humaine révèle rapidement ses limites dans la mesure où elle déconsidère, en tout ou en partie, les liens et les ancrages qui font de l’homme en particulier qui il est, au profit d’un homme en général qui n’existe pas. Le sujet ainsi fantasmé est ce qui reste lorsqu’on a dépouillé l’humain de toutes ses attaches, de tout ce qui fait de lui ce qu’il est. À bien des égards, cet homme générique est une fiction : l’attachement et les normes culturelles motivent nos actes bien plus fréquemment que notre « intérêt individuel bien compris », les balayer du revers de la main revient à ignorer une part fondamentale de la nature humaine35. Surtout, la perspective de l’avènement d’un tel homme abstrait est proprement inquiétante, comme le fait remarquer Marc Chevrier dans Le temps de l’homme fini. En effet, l’être que décrit le courant rouge est autoréférentiel, fermé à l’héritage, enfermé dans son moi, dans son individualité et dans ses droits36. Paradoxalement, cette indéfinition qui se voulait « ouverture sur le monde » devient un repli sur soi.


1 J. G. L. Durham, Le rapport Durham, p. 233 et 67.

2 Ibid., p. 251.

3 É. Bédard, Les réformistes. Une génération canadienne-française au milieu du XIXe siècle, p. 69.

4 Ibid., p. 273.

5 François-Xavier Garneau, cité dans G. Gallichan, K. Landry et D. Saint-Jacques, François-Xavier Garneau. Une figure nationale, p. 75.

6 François-Xavier Garneau, Histoire du Canada depuis sa découverte jusqu’à nos jours, t. IV, p. 317.

7 Ibid., p. 298.

8 A. Tétreault, La nation qui n’allait pas de soi, p. 27-29.

9 François-Xavier Garneau, Histoire du Canada depuis sa découverte jusqu’à nos jours. Discours préliminaire, t. 1 et 2, p. 63.

10 Ibid., p. 64

11 A. Tétreault, La nation qui n’allait pas de soi, p. 29.

12 E. Burke, Réflexions sur la révolution en France, p. 164.

13 M. Bock-Côté, Exercices politiques, p. 171.

14 É. Bédard, Survivance, p. 76.

15 R. Scruton, Conservatisme, p. 43.

16 É. Bédard, Recours aux sources. Essais sur notre rapport au passé, p. 79.

17 L. Groulx, Dix ans d’Action française, p. 16-17.

18 Ibid., p. 131.

19 M. Bock-Côté, Le multiculturalisme comme religion politique, p. 224.

20 Roger Scruton, The Meaning of Conservatism, p. 74.

21 J.-P. Derriennic, Nationalisme et démocratie, p. 38.

22 A. J. Bélanger, Ruptures et constantes, p. 81.

23 P. E. Trudeau et R. Graham (dir.), Trudeau. L’Essentiel de sa pensée politique, p. 90.

24 A. Burelle, Pierre Elliott Trudeau, p. 70.

25 Ibid.

26 F. Dumont, Raisons communes, p. 88-89.

27 Jean-Charles Harvey, Pourquoi je suis antiséparatiste, p. 43 et 94.

28 Ibid., p. 96.

29 Ibid., p. 72.

30 Ibid., p. 76.

31 C. Ryan, Les valeurs libérales et le Québec moderne, p. 70.

32 P. E. Trudeau, Le fédéralisme et la société canadienne-française, p. 224.

33 J. S. Mill, De la liberté, p. 67.

34 P. Pettigrew, Pour une politique de la confiance, p. 199.

35 Y. Hazony, The Virtue of Nationalism, p. 82-83.

36 M. Chevrier, Le temps de l’homme fini, p. 18.