Janvier 2013

Janvier 2013

Vol. CIII, no 1

La revendication citoyenne et la crise sociale

Au fond, le héros éponyme, le héro mythique de la théorie, pourrait être Orphée, parce que précisément c’est celui qui se retourne sur ce qu’il aime, quitte à détruire ; en se retournant sur Eurydice, il la fait évanouir, il la tue une deuxième fois.

– Roland Barthes

L’année 2012 a été mouvementée sur le plan politique au Québec : la crise sociale, les élections, la commission d’enquête… et tout ça sur une échelle de temps assez courte pour retenir l’attention d’un public souvent accaparé par les affaires privées. Cette intensité politique a pu transfigurer un moment notre quotidien en nous projetant dans l’horizon d’obligations bien abstraites. Comment penser notre rôle à grande échelle dans l’équilibre social, notre rapport aux institutions publiques et politiques, l’impératif de prendre sur soi, de renoncer au confort et à l’indifférence, et d’agir pour le bien, tout en constatant dans le même vertige que Pascal, peut-être, notre relative insignifiance devant l’ampleur des choses ? Peut-être aussi que la cadence accélérée des événements a produit l’image d’une concordance intenable ? Chose certaine, un malaise profond atteint nos institutions démocratiques, et ce malaise est aussi le nôtre parce qu’il met en relief notre responsabilité, passive et active, passée et future, en tant que nous appartenons, de quelque manière (mais laquelle ?), à la société québécoise.

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Les élections en Catalogne: une porte ouverte sur l'indépendance?

Le résultat des élections qui ont eu lieu en Catalogne le 25 novembre dernier semble indiquer un appui clair au déclenchement d’un processus vers l’indépendance, si l’on tient compte du nombre de votes et de députés que les forces politiques favorables à la tenue d’un référendum sur l’indépendance ont récolté. Néanmoins, il est risqué de conclure que la victoire du Oui dans un éventuel référendum est acquise.

Dans cet article, nous analyserons le contexte dans lequel les élections ont eu lieu, les forces politiques qui ont obtenu une représentation parlementaire et les possibles perspectives d’avenir en relation avec la tenue et les résultats d’un éventuel référendum.

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La démocratie contre les citoyens

L'auteur a été sous-ministre à la réforme des institutions démocratiques dans le gouvernement Lévesque.

Lorsqu’en 1977, la Loi sur le financement des partis politiques a été adoptée à l’unanimité par l’Assemblée nationale, ce fut sans doute mon plus grand moment de gloire ! Être sous-ministre dans le gouvernement dirigé, à mes yeux, par le plus grand personnage politique de notre histoire, c’était déjà un grand privilège ! Être affecté à son dossier de prédilection, la réforme des institutions politiques, c’était avoir tiré le gros lot ! Et, chaque fois que René Lévesque réitérait sa conviction voulant que toute sa carrière politique eût été justifiée, si, comme bilan politique, il n’avait mené à bien que l’adoption de cette unique loi, aussi appelée loi 2, ma fierté était à son zénith !

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Un combat qui n'est pas livré

En 1970, Pierre Vadeboncoeur écrivait dans La Dernière heure et la première : « Ce qu’il y a de nouveau pour nous dans le temps actuel, c’est que nous ne sommes plus portés par l’histoire et que, pleinement pour la première fois peut-être, nous avons à décider de demeurer ou de partir ». Ce que Vadeboncoeur écrivait alors, il y a quarante ans, est encore plus juste aujourd’hui, plus pressant, plus alarmant. Le Québec actuel n’est pas porté par l’histoire. Il n’est pas non plus en marge de l’histoire comme il l’était dans la société traditionnelle. Il pouvait alors se contenter de « survivre », en marge des grandes forces d’assimilation de la société contemporaine. Mais depuis le milieu du vingtième siècle, avec l’avènement de la société industrielle, le développement fulgurant des moyens de transport et surtout l’éclatement de toutes les frontières provoqué par le développement des médias, le Québec n’est plus isolé, il n’est plus protégé par ses institutions, la paroisse, l’éducation, l’Église. Il n’a de chance de survie que s’il se prend en main, que s’il s’assume lui-même, que s’il décide de rester lui-même.

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Comment chanter un pays qu'on ne reconnaît plus?

Au tournant de la Révolution tranquille, en rupture avec leurs anciens repères culturels et identitaires, les Canadiens français du Québec deviennent Québécois. Dans leur empressement à faire la transition, ils jettent bien des choses par-dessus bord, ne prenant surtout pas soin d’emporter avec eux, en même temps que leur drapeau, reflet de leur parcours séculaire en terre d’Amérique, un chant patriotique qui leur tenait lieu d’hymne national. Les turbulences qui, à cette époque, commencent à défier les fondements de l’État canadien, vont placer ce dernier devant une obligation de « realpolitik », une urgence de se délester d’un symbole devenu gênant, le God Save the Queen. Il faut laisser croire aux Québécois que le Canada est réellement leur pays. L’occasion se présente donc en même temps de faire main basse sur un autre symbole national canadien-français. Mais on aurait tort de croire que pour les Canadians, cette acquisition s'avère aussi naturelle qu’il a semblé au départ. L’attachement monarchique demeure en effet une valeur profonde dans la fibre identitaire du « Upper Canada » qui, depuis 1840, domine la machine politique canadienne à Ottawa.

Quarante ans et deux échecs référendaires plus tard, sentant la menace derrière lui et constatant un laisser-aller du côté de l’affirmation de l’identité québécoise, il n’est pas étonnant qu’Ottawa se croie maintenant prêt pour un retour affectif en faveur de l’héritage colonial d’antan. A contrario, chez tous ceux qui croient au ciment identitaire comme condition de survie politique du Québec et seule étoile pouvant véritablement guider sa marche vers la liberté, l’absence d’un hymne national québécois demeure toujours assez symptomatique de la difficulté de rallier émotivement les citoyens autour du projet d’émancipation nationale.

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Collections numériques (1917-2013)

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