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Explorations autour du destin des églises

Luc Noppen est professeur au Département d’études urbaines et touristiques de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Il est titulaire de la Chaire de recherche du Canada en patrimoine urbain à l’École des sciences de la gestion de cette université, depuis 2001. Ses recherches sur le patrimoine religieux sont subventionnées par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH) et par le Fonds de recherche Société et Culture du Québec (FQRSC) depuis 1974.

Cet article a reçu le prix André-Laurendeau

A. Un nouveau modèle d’intervention

Nos églises ferment ; le mouvement amorcé au début des années 1995 s’accélère. Des 269 paroisses que comptait en 1995 le diocèse de Québec – le plus ancien des 19 diocèses de la province et le seul qui rende publics certains chiffres[1] –, il en reste aujourd’hui 204 et l’évêque auxiliaire, Mgr Gaétan Proulx, vient d’annoncer que ce nombre sera réduit à 30 d’ici 2020. Le quotidien Le Soleil commente la décision sous le titre : « Diocèse de Québec : les paroisses sacrifiées pour survivre[2] ». Combien d’églises resteront ouvertes au culte après cette réingénierie paroissiale ? Dans le diocèse de Montréal, notre base de données nous indique que sur 172 paroisses catholiques francophones, seulement 70 sont encore actives aujourd’hui. L’observatoire que nous avons mis en place indique que le mouvement connait une accélération fulgurante depuis l’an 2000. Chaque semaine des églises ferment et chaque mois quelques démolitions s’ajoutent à la liste (ill. 1).

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Au Québec, où les lieux de culte sont de propriété privée – ils appartiennent à des paroisses ou à des congrégations religieuses –, la survie des monuments ecclésiaux et conventuels est menacée. Les Églises, en particulier l’Église catholique romaine, ne peuvent plus et ne veulent plus consacrer de ressources au maintien de ce patrimoine. Les bâtiments sont donc fermés, vendus, convertis à d’autres usages ou tout simplement démolis.

Pour bien cadrer le sujet, il convient d’entrée de jeu d’évoquer quelques chiffres et de tenter une comparaison avec le cas de la France (ill. 2). Dans les deux cas, les églises sont fréquentées par environ 4,5 % de la population[3] : avec aussi peu de « messalisants[4] », on est loin de la situation d’« exercice public du culte » qui autrefois valut à l’Église catholique romaine ses privilèges. Au Québec, comme en France, on trouve néanmoins une population qui se dit encore majoritairement « catholique ». Ce sont ces « catholiques culturels » qui prennent pour patrimoine ces églises édifiées en nombre au sein de leur communauté[5]. En revanche, même si les Québécois sont convaincus qu’ils vivent sur une terre d’églises, la province ne compte qu’une église pour 2333 habitants, alors qu’en France, terre catholique millénaire, on en dénombre une pour 650 habitants : la charge patrimoniale est tout autre. Dans les deux cas, un pourcentage relativement équivalent de monuments est protégé par un statut juridique, mais là s’arrêtent les comparaisons : le budget annuel du ministère de la Culture et des communications du Québec ne pourrait pas restaurer une seule des cathédrales de France, et les 324 églises québécoises « protégées » font sourire lorsqu’on évoque les 16 000 églises classées en France[6].

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De l’usage des lieux de culte, ici et ailleurs

La comparaison Québec-France reste cependant très instructive en matière de régime de propriété des églises. Cette question, en particulier, s’avère cruciale quand on sait qu’il ne peut y avoir de patrimoine sans propriétaire. En France, la Loi de séparation des Églises et de l’État de 1905 a confié la propriété des églises paroissiales aux communes. Ces monuments, même très peu fréquentés, jouissent donc d’un propriétaire pérenne, alors qu’au Québec la faible fréquentation des lieux de culte entraine leur fermeture et leur mise en vente parce que leur propriétaire (la fabrique ou la corporation religieuse) n’a pas l’option de s’adonner à d’autres activités que celles entourant le culte[7]. Au Québec, cela permet toutefois, et sans détour, de convertir les églises à d’autres fins, une fois que celles-ci ont trouvé un nouveau propriétaire ; en France, par contre, la Loi dite d’affectation de 1907 destine ces « églises publiques » au culte, et ce, sans frais et de façon perpétuelle, laissant au curé desservant le privilège d’autoriser ou non des usages partagés, selon son bon jugement. Le droit canon romain encadre de façon très précise ces usages ; on ne permet guère que des usages culturels qui conviennent à cette « laïcité catholique » française (musique religieuse et expositions pieuses, par exemple), activités qui ne font généralement qu’augmenter les dépenses. Dans ce cadre, la conversion des églises françaises requiert une procédure complexe de déconsécration/désaffectation, qui n’est que rarement pratiquée[8]. Mais même si l’usage de l’église revient à la commune après une telle démarche, celle-ci ne peut pour autant céder la propriété à un tiers, du fait du droit de domanialité, couche de complexité supplémentaire. Bref, tout cela fait dire aux maires des communes qu’il leur est plus facile de démolir une église que d’en envisager la conversion vers un autre usage[9]. Il leur est plus aisé d’invoquer le danger pour la sécurité publique d’un monument branlant que de s’engager dans des procédures sans fin pour, en bout de course, augmenter la dépense associée à l’église du village[10].

Au Québec, on dénombre aujourd’hui encore quelque 2194 lieux de culte actifs, mais ils semblent tous menacés de fermeture, à terme[11]. Les inventaires que nous avons menés avec l’équipe de la Chaire de recherche en patrimoine urbain de l’UQAM ont répertorié, pour la période 1900-2013, 518 églises qui ont déjà été converties – dont 104 hébergent un usage partagé avec le culte – et 179 cas de démolition[12]. Sur l’île de Montréal, nous avons recensé 412 lieux de culte en activité et seulement 66 églises converties ; en effet 110 églises, fermées par les Églises historiques, ont été acquises par de nouvelles traditions religieuses et continuent d’être affectées au culte (ill. 1).

En ce qui a trait aux nouveaux usages qui prêtent vie aux églises fermées au culte, la situation montréalaise se révèle très différente de celle qui prévaut dans le reste du Québec[13]. À Montréal, en effet, les lieux de culte fermés par les traditions religieuses historiques sont le plus souvent (dans 62,9 % des cas, 12 % dans le reste du Québec) cédés à de nouvelles traditions (surtout évangélistes), issues de l’immigration (ill. 3). Dans quelques cas, des immigrants catholiques (vietnamiens, philippins, coréens et latino-américains) reprennent des églises abandonnées par les Canadiens français. Ce transfert massif vers de nouvelles populations pourrait devenir inquiétant. Nos études démontrent en effet que ces groupes n’éprouvent aucun intérêt envers le patrimoine ecclésial. Pour eux, la notion de patrimoine s’incarne plus dans les usages et les savoir-faire que dans les objets et les pierres ; ils ne se sentent pas concernés par ce « culte chrétien de la trace[14] » qui donna naissance au monument historique. Ils font donc de ces églises, désaffectées et acquises à bas prix, un usage strictement fonctionnel, en attendant de construire un nouveau lieu de culte mieux adapté à leurs besoins et auquel ils pourront mieux s’identifier. L’église ancienne qu’ils reprennent constitue à leurs yeux une solution temporaire et, surtout, une manière de se doter d’un actif de valeur en vue du financement d’un projet immobilier qui leur serait propre (ill. 4). Pour la pérennité patrimoniale, on repassera !

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4.    L’ancienne église St. Augustine, reprise par une communauté évangélique, l’église communautaire de la Rive inc. (photo Guillaume St-Jean)

À défaut de populations immigrantes, le reste du Québec convertit plus généralement ses églises vers de nouveaux usages[15]. Depuis les années 1990, les usages culturels et communautaires remportent la palme alors qu’auparavant les lieux désaffectés – le plus souvent des petites églises protestantes – étaient convertis en résidence ou en petit commerce. C’est au vu de ces tendances que j’ai démarré, en 2005, le projet de conversion de l’église Sainte-Brigide-de-Kildare, dans le but d’attirer l’attention sur le potentiel de développement à des fins communautaires et culturelles des sites et des églises de Montréal. Ce projet particulier s’inscrit dans une vue d’ensemble, ce que j’ai qualifié de « Plan églises ».

Quel propriétaire pour quel patrimoine ?

J’ai souvent dit et je le répète, la meilleure chose qui puisse advenir d’une église, c’est qu’elle reste ouverte au culte. En effet, tant que les églises sont utilisées comme lieux de culte, leur vocation conforte le caractère sacré des lieux : un tel usage est à la hauteur du poids symbolique du monument dans la communauté. On constate, lorsqu’une église est désaffectée par le culte, vendue et convertie à un nouvel usage, que la pérennité patrimoniale du bâtiment n’est pas nécessairement assurée. En effet, les nouvelles traditions religieuses ne portent pas la même attention au patrimoine bâti, les propriétaires privés ne se sentent pas de mission pour protéger le patrimoine commun et les groupes communautaires ne possèdent habituellement pas les moyens de sauver et de mettre en valeur les attributs ecclésiaux définitoires des monuments (vitraux, clochers, parvis) qu’ils investissent.

Si, comme on l’a vu plus haut, l’avenir des églises passe par l’adoption d’un nouveau régime de propriété, la diversité des propriétaires et des nouveaux usages qui ont permis la conversion de plus de 500 églises à ce jour soulève de nombreux problèmes (ill. 5). On est loin, en effet, du souci uniforme qui anciennement, diocèse après diocèse, protégeait et valorisait ce patrimoine. Si les lois et règlements concernant le patrimoine s’appliquent, les cadres de gestion sont multiples et l’attention patrimoniale variée à l’infini. Rien ne permet de dire que ces églises converties seront encore en aussi bon état dans 20 ans qu’elles l’étaient au lendemain de leur désaffection par le culte. Ainsi, quelques projets privés de conversion en immeuble d’appartements et en commerce se sont avérés désastreux (ill. 6 et 7) et le transfert aux nouvelles traditions commence à laisser des traces : des églises pauvrement entretenues devront être démolies et leurs sites seront très probablement repris par des promoteurs immobiliers.

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Notons que les églises déjà converties ne constituent pas toutes des monuments de forte intensité patrimoniale, du moins si on les considère à l’échelle nationale. Par ailleurs, il faut bien admettre qu’elles sont très souvent bien ancrées dans leur communauté et que c’est leur intérêt sociétal qui explique leur mise en valeur de proximité.

Cette question de la compétence et de la responsabilité patrimoniale des nouveaux propriétaires se posera avec plus d’acuité encore lorsque, bientôt, les monuments les plus précieux (les églises classées ou les « grandes nefs historiques ») deviendront désaffectés par le culte. En fait, la question se pose dès maintenant pour qui veut bien capter les premiers signaux. Ainsi, à la veille de son départ pour Rome, le cardinal Ouellet a signifié à la Ville de Québec que le diocèse de Québec ne pourrait plus longtemps supporter cinq monuments majeurs : la basilique-cathédrale Notre-Dame, l’église Saint-Jean-Baptiste de Québec (ill. 8), l’église Saint-Sauveur, l’église Saint-Roch et l’église Saint-Charles-de-Limoilou. Si seuls les deux premiers sont classés, les cinq représentent des monuments incontournables de la capitale nationale. Ailleurs, les rumeurs se font persistantes quant à la mise en vente d’églises classées : Sainte-Jeanne-de-Chantal de l’île Perrot (ill. 9) et Notre-Dame-du-Lac[16], par exemple. À Montréal, les Sulpiciens, qui possèdent plusieurs églises majeures, ont déjà cédé à des intérêts privés l’église Saint-Joseph, érigée par Victor Bourgeau en 1861. L’avenir de l’église Notre-Dame de Bonsecours et celui de la chapelle Notre-Dame-de-Lourdes font aussi l’objet de discussions.

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Si, dans les paroisses rurales, la reprise de l’église par la municipalité s’avère un phénomène bien engagé, on ne peut s’attendre à ce que les villes de Montréal, Québec, Saguenay et Trois-Rivières, et sans doute quelques autres, se portent acquéreurs des nombreuses églises situées sur leur territoire. Ce type de transfert semble encore moins plausible lorsqu’il s’agit de vénérables monuments historiques, bâtiments classés qui ne représentent aucune valeur d’usage économique. Ces monuments, dont on ne peut dévisser les bancs pour faire place à un nouvel usage, ne peuvent en pratique recevoir que quelques usages « appropriés », c’est à dire indexés aux valeurs symboliques et patrimoniales des lieux : concerts, expositions, etc., de nature à plutôt ajouter aux dépenses qu’à contribuer aux revenus…

Il faut donc, rapidement, inventer un nouveau propriétaire pour les églises historiques qui seront désaffectées. Il en sera question plus loin. Mais, en même temps – et cela a souvent été négligé –, il faut s’assurer que les conversions d’églises à un nouvel usage respectent les attributs patrimoniaux que la collectivité locale souhaite préserver. Enfin, il faut favoriser la reprise de ces monuments par la société civile à des fins communautaires, sociales ou culturelles, pour que ces églises, ancrages identitaires, deviennent les moteurs d’un développement local. Ces trois axes constituent les piliers du « Plan églises » que j’ai imaginé.

Il convient ici de lancer un avertissement concernant la « privatisation/marchandisation » des églises désaffectées. Légalement, les actifs dont il est question constituent formellement des biens privés appartenant à des diocèses, à des congrégations religieuses ou à des fiducies (selon le modèle anglican et protestant). Mais les lieux de culte sont perçus, dans l’imaginaire collectif québécois, comme des propriétés publiques – la culture chrétienne elle-même enseigne que le « sacré » ne peut être privé ! Or, il n’y a que l’affectation à des usages communautaires ou culturels qui garantisse, lors de la reprise de ces monuments au lendemain de leur désaffectation par les Églises, le maintien du poids symbolique du sacré dans l’opinion publique. Il n’y a que peu de cas de privatisation d’une église, convertie à des fins commerciales ou résidentielles, qui ont été couronnés de succès d’un point de vue économique. Parmi les cas réussis, notons un certain nombre de petites églises protestantes, fermées au lendemain de la fusion (1925) de plusieurs traditions pour former l’Église Unie du Canada (ill. 10). Plusieurs petits monuments sont devenus musées, restaurants, résidences. Plus récemment, la conversion d’églises de petite taille en résidences privées connait un certain regain d’intérêt[17]. Mais les caractéristiques ecclésiales (clocher, grandes fenêtres, volume de la nef) entrainent des coûts de restauration et de maintien qui finissent par décourager les propriétaires. La plupart de ces églises converties reviennent donc régulièrement sur le marché. Et même dans ces cas, la pérennité patrimoniale de ces monuments n’est en rien assurée au lendemain de la fermeture du commerce ou d’une campagne de travaux sur un immeuble de condominiums.

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Une légende urbaine largement répandue prétend que « nos églises deviennent des condos ». S’il est vrai que la conversion de l’église Saint-Jean-de-la-Croix, située dans la Petite-Italie à Montréal, a fait grand bruit, les mésaventures de l’entreprise et l’hostilité de l’opinion publique envers ce type de nouvel usage – forme extrême de la privatisation d’un lieu public – ont mis un terme à ce mouvement à peine amorcé (ill. 11). Les chiffres sont éloquents : à Montréal il n’y a que deux églises importantes qui ont été transformées en immeuble résidentiel de copropriété. Seules les églises plus petites (et non catholiques) ont été investies par quelques unités d’habitation vendues en copropriété. Le phénomène est bien plus répandu hors de Montréal : 103 des 121 églises converties à un usage résidentiel (85 %) se trouvent hors de la métropole (ill. 12). Ce sont, dans bien des cas des logements communautaires ou subventionnés, destinés à des clientèles particulières (personnes âgées, personnes à mobilité réduite, déficients) qui ont tiré profit de la disponibilité d’églises construites dans les années 1950.

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Un « Plan églises » ?

Un plan d’action pour conserver et mettre en valeur nos églises doit d’abord établir que les 2782 bâtiments encore debout ne possèdent pas tous la même intensité patrimoniale (mais rappelons que tout monument peut être jugé très important par la population proche). Il importe donc de convenir, d’emblée, qu’on ne sauvera pas toutes les églises, à n’importe quel prix et grâce à des fonds publics.

Certaines églises seront démolies : celles pour lesquelles on ne trouvera pas de nouvelle vocation, ou celles qui sont accablées de défauts importants, ou celles qui se trouvent dans un état de conservation déplorable, ou encore celles que même « l’affection patrimoniale » ne parvient pas à soustraire de l’envie des promoteurs. Nous avons déjà recensé 179 cas de ce type ; c’est dire que la démolition est assez souvent considérée (ill. 1 et 13) comme une solution.

13

La plupart des églises peuvent cependant être sauvées par une conversion de vocation. Le Québec a déjà acquis une bonne expertise en cette matière avec plus de 500 réalisations (ill. 14) qui toutes portent un enseignement et font pédagogie. Nous vivons dans une société qui dispose des moyens requis pour convertir ces bâtiments à des fins communautaires, sociales ou culturelles, partout à travers le Québec ; il s’agit d’établir un bon projet, réaliste et arrimé aux programmes de subvention existants, et de démontrer un fort appui local. Le salut de nos églises ne prendra pas naissance dans les bureaux du ministère de la Culture et des Communications sur la Grande Allée à Québec !

14

Un groupe régional d’intervention

Un « Plan églises » consiste d’abord, à l’échelle d’un territoire (une ville, une MRC, un diocèse) à dresser l’inventaire des églises, puis à en établir une évaluation patrimoniale. Il faut ici aller bien au-delà de l’inventaire et de l’évaluation sommaire menée par le Conseil du patrimoine religieux il y a déjà dix ans. Stratégiquement, il importe d’abord de promouvoir la qualité de ces bâtiments, de leurs décors et de leurs sites pour assoir leur notoriété : il faut impérativement produire des connaissances sur ces églises, avant qu’elles ne disparaissent dans l’indifférence. Ceci permettra ultérieurement de les hiérarchiser, de prioriser les interventions, mais aussi de préciser quels sont les attributs patrimoniaux chargés de sens à conserver en cas de conversion. Cet inventaire culturel constitue l’outil de base pour établir un consensus (régional ou municipal) relatif à l’intensité patrimoniale et aux valeurs symboliques du corpus ecclésial ; c’est sur un tel outil que l’on pourra fonder les actions ultérieures : mise en patrimoine, mise en tourisme, etc.

Une deuxième étape servira à évaluer le potentiel d’usage des églises recensées, au vu de l’évaluation patrimoniale précédente. Il s’agit d’apprécier les superficies, les volumes, les qualités structurales du bâtiment – un carnet de santé s’impose –, mais aussi d’évaluer sa localisation et l’encadrement règlementaire (zonage, statut de protection) qui le régit. Il convient aussi de mesurer la pression immobilière dans le secteur. L’évaluation de la charge qu’impose le bâtiment (chauffage, assurances, maintien) fait aussi partie de cette étape ; ces informations se trouvent dans les budgets d’exploitation de la paroisse. Si les plans des bâtiments ne sont pas disponibles, il faudra effectuer un relevé architectural, lequel deviendra le document de base pour établir la synthèse du potentiel d’usage.

Le bilan de ces deux premières étapes nous permet de connaitre les églises répertoriées ainsi que leur potentiel d’usage ou de conversion, en tenant compte de leur intensité patrimoniale.

La troisième étape s’intéressera aux besoins (en édifices ou en espaces) du territoire en question. Il s’agit de dresser un inventaire d’abord à l’échelle de la paroisse, puis en élargissant vers l’ensemble du territoire, en collaborant avec toutes les instances. Le but est d’identifier des usages qui à moyen ou long terme requerront des espaces, en prenant bien soin de distinguer entre les besoins exprimés en mètres carrés (surface) et ceux qui s’expriment en mètres cubes (volume). Il faut aussi prévoir une réingénierie des usages actuels : le CPE pourrait occuper l’ancien centre communautaire, qui lui déménagerait dans l’église ; le bâtiment de l’hôtel de ville, qui loge dans une ancienne école, pourrait être occupé par une résidence d’ainés alors que l’hôtel de ville se déplacerait dans l’église, etc. À ce stade-ci, il faut se méfier de la pensée magique. Les églises qui ferment n’accueilleront pas toutes des bibliothèques et les salles de spectacles ; ces usages commandent des budgets d’exploitation récurrents très importants. Cette troisième étape contiendra, enfin, une étude de niveau régional, car si certaines églises peuvent répondre à un besoin local, certaines autres pourraient fort bien répondre à un besoin régional.

La quatrième étape consiste à évaluer la disponibilité à venir des églises, et à fabriquer une sorte de calendrier. Selon les diocèses, la collaboration sera plus ou moins facile et les réticences des conseils de fabrique paroissiale plus ou moins fortes. En milieu rural, le maintien, dans l’église convertie et pour un certain temps, d’un petit lieu de culte permet généralement d’aplanir les obstacles[18]. Un principe de base, partout, toujours : être inclusifs, c’est-à-dire prendre en compte les avis des (derniers) paroissiens.

L’étape suivante établira l’adéquation entre les églises vacantes (ou qui deviendront prochainement vacantes) et les besoins recensés en vue d’identifier, dans chaque cas, un usage possible et souhaitable (... et réaliste). Cette étape doit s’accompagner d’une animation du milieu, ce qui permettra d’identifier et de mobiliser des acteurs et des porteurs de dossier. Il est possible d’évaluer le potentiel patrimonial et fonctionnel des églises grâce à une vue d’ensemble du territoire, mais la mise en route d’un projet de conversion en particulier doit impérativement prendre la forme d’une opération d’initiative locale, laquelle ne peut fonctionner que « bottom up ».

Enfin, le « Plan églises » doit s’intéresser aux outils de réalisation des projets de conversion. Voici quelques-uns de ces outils. Outre le fait que le « Plan églises » aura été financé en soi, il contiendra une section qui pourvoira aux ressources (un fonds de démarrage) favorisant l’éclosion des projets locaux. Les instigateurs d’un projet local auront besoin de savoir comment les quelque 518 conversions d’églises au Québec se sont déroulées (les bons et les moins bons coups) ; le principal problème que semblent rencontrer les acteurs du milieu lorsqu’ils ébauchent un tel projet concerne l’absence d’informations ; le savoir-faire acquis ailleurs n’est pas aisément disponible. Au niveau local, l’investissement de démarrage servira aussi à embaucher des professionnels (architectes, notaires, ingénieurs) et à réaliser une étude de faisabilité et un plan d’affaires. Dans le même esprit, les bénévoles qui participent à la genèse d’un projet de conversion ont besoin d’aide et d’accompagnement et doivent avoir accès à l’expertise requise. Enfin, il faut souligner que l’encadrement fourni par le « Plan églises » régional confortera les acteurs locaux qui se sentiront alors légitimés dans leurs visées par le consensus que génère cette planification régionale.

Une action pour les nefs historiques

En plus de ces nombreuses églises dont l’intensité patrimoniale variable permet notamment une adaptation des enveloppes et des décors pour répondre aux besoins du nouvel usage, le Québec est jalonné d’un nombre certain de monuments précieux dont on ne peut, en aucun cas, négocier l’intensité patrimoniale à l’aune d’un nouvel usage. Je me plais à dire que ce sont des églises dont on ne peut « dévisser les bancs », pour bien montrer que leur poids symbolique (les valeurs patrimoniales observées et reconnues) impose le plus grand respect. Il s’agit notamment des églises les plus anciennes de la vallée du Saint-Laurent, ou de celles qui marquent l’établissement des fondateurs au Saguenay, ou encore des monuments de grande intensité historique de Québec et de Montréal. Notre corpus d’églises classées ou protégées par un statut juridique compte un peu plus de 300 de ces monuments ; le Québec s’est engagé envers ces édifices, notamment via la Loi sur le patrimoine culturel.

Au moment où plusieurs des bâtiments de cette liste d’excellence sont menacés de fermeture, la société civile doit intervenir, au nom du patrimoine ; voilà une responsabilité collective à laquelle on ne peut se soustraire. Puisque les propriétaires actuels ne sont plus en mesure de supporter seuls ces monuments, il faut au moins les aider, à défaut de prendre le relai. Il y a plusieurs bonnes raisons qui militent en faveur d’un appui, avec des fonds publics, au maintien de ce patrimoine.

D’abord – je persiste et je signe – la meilleure chose qui puisse arriver à nos églises c’est qu’elles demeurent des lieux de culte. Il faut donc en arriver à une entente avec les propriétaires de ces églises précieuses (les diocèses et les hiérarchies religieuses) pour qu’ils acceptent de les garder ouvertes au culte. En échange de quoi les autorités publiques s’engageraient à appuyer, au-delà des programmes ponctuels de restauration, le maintien de ces églises, en participant aux frais d’entretien et de maintien (dont le chauffage, les assurances, la conciergerie, les accès).

Au nom de l’idéal laïc, qui prône une stricte séparation entre l’État et les églises, certains s’opposeront à ce qui pourrait être perçu comme une aide gouvernementale directe « au maintien du culte ». Je répondrai simplement par un argument. L’état investit déjà beaucoup – près de 300 millions $ depuis vingt ans – pour conserver et restaurer les églises les plus importantes. Or, si celles-ci sont désaffectées par le culte, leur prise en charge entière engagera des budgets encore plus considérables. De plus, dépouillés du cérémonial du culte et sans valeur d’usage économique du fait de leur intensité patrimoniale, ces monuments deviendraient en quelque sorte amnésiques et non signifiants. Plus rien ne permettrait de les comprendre, de saisir leur portée sémantique à titre de témoins physiques de l’ancrage du fait religieux dans la culture québécoise depuis des siècles. Il faudrait y forcer l’interprétation jusqu’à proposer des simulacres de services religieux pour les rendre intelligibles à un public de plus en plus étranger au fait religieux traditionnel ? !

À l’opposé, le maintien du culte, même limité, dans les églises les plus précieuses ferait office d’interprétation vivante du patrimoine immatériel que constituent les usages et les pratiques des rites religieux autour desquels ces églises ont été façonnées depuis longtemps. Un peu partout dans le monde d’autres sociétés « pratiquent » encore des défilés et des processions séculaires, des cérémonies traditionnelles, etc. ; elles font revivre des usages et des savoir-faire anciens, en les proclamant définitoires de leur identité – ce que promeut et consacre l’UNESCO à titre de patrimoine culturel immatériel. Ici au Québec, pourquoi ne prendrions-nous pas des mesures pour mettre en place, de manière durable, un authentique programme d’interprétation vivante de notre patrimoine religieux, un programme qui mobiliserait tant les objets et les lieux que les savoirs et les savoir-faire ?

La cathédrale Notre-Dame à Paris, visitée par des millions de touristes chaque année[19], nous servira d’exemple. La réputation et la qualité réelle de sa visite tiennent pour beaucoup au fait qu’il s’agit d’un monument vivant, émouvant, avec des célébrations, de la musique, des éclairages, des odeurs, toutes choses qui inspirent le respect au visiteur et qui, surtout, contribuent à affirmer le caractère sacré des lieux. Chez nous, les fonds publics qui seraient dédiés au maintien d’une église historique prendraient la forme d’une subvention de la société civile à la conservation d’un patrimoine ecclésial historique, d’intérêt public et sociétal. Qui plus est, ces fonds permettraient aussi de faire vivre un important patrimoine immatériel : les pratiques religieuses. Ce patrimoine immatériel tient lieu de clef indispensable à l’interprétation et à la compréhension du patrimoine bâti et mobilier, qui lui, constitue le cadre de cette recréation perpétuelle des usages, faits et gestes. Voilà la clef du succès de Notre-Dame de Paris.

À contrario, prenons l’exemple de l’église de Saint-Pierre de l’Île d’Orléans (ill. 15). Cette petite église – la plus ancienne qui ait été conservée au Québec – a été abandonnée par la paroisse en 1958. Pour la protéger, le gouvernement du Québec l’a d’abord classée, puis acquise… puis abandonnée ! Depuis, elle survit, sans usage précis. Voilà une illustration flagrante du problème qui nous attend : que faire des églises protégées si elles sont fermées au culte ? Personne ne souhaite hériter d’une centaine d’églises dans cet état, dans vingt ans.

15

Le projet que je soumets aux autorités civiles et religieuses consiste à signer un concordat. La société civile doit au préalable s’entendre sur une liste des églises historiques les plus précieuses[20]. Il s’agit d’une sélection à laquelle doivent souscrire les acteurs du patrimoine, les gestionnaires publics concernés et les élus ; elle indique clairement ce que nous voulons collectivement conserver et mettre en valeur, sans compromis, dans le champ du patrimoine ecclésial. On ne peut collectivement gérer ce défi de société si chaque lundi matin une nouvelle priorité patrimoniale se manifeste. Voilà pourquoi il nous faut un plan et un concordat. Dans cette liste des églises à forte charge patrimoniale, les autorités religieuses seront invitées à identifier les lieux de culte qu’elles s’engagent à maintenir actifs. L’entente comprendra plusieurs modalités et on pourrait imaginer de réviser la liste tous les 20 ans, afin de tenir compte des nouvelles sensibilités patrimoniales qui émergent à chaque génération.

À titre d’exemple et pour faire avancer la discussion, j’ai commencé une telle liste et estimé sommairement la hauteur des budgets nécessaires pour couvrir les églises historiques les plus précieuses de l’île de Montréal. Précisons que je n’ai pas inventé cette liste : elle rassemble tout simplement les évaluations, reconnaissances et statuts juridiques déjà obtenus par un certain nombre de monuments. Elle pourrait être discutée, réaménagée ou reformulée, en tenant compte de l’intensité patrimoniale relative des églises par exemple.

Cette liste comprend 27 églises qui sont déjà largement reconnues par toutes les instances qui s’affairent autour du patrimoine religieux (ill. 16). Pour les besoins d’une aide publique, posons l’hypothèse que les autorités religieuses voudront soustraire quelques monuments (les cathédrales, par exemple) ; de plus, certains édifices sur la liste ont déjà été convertis. Il reste donc 20 églises (numérotées) que j’ai ordonnées en trois catégories, selon leur importance patrimoniale (catégories 1, 2 et 3), tout en convenant que cette sélection personnelle méritera d’être bonifiée.

 

16. Première ébauche d’une liste des églises historiques les plus précieuses de Montréal (Luc Noppen)
   

Nom de l’édifice

Statut juridique

CPRQ

1.

 

Temple maçonnique

classé

A

1.

1.

Basilique Notre-Dame

arrondissement

A

1.

2.

Basilique Saint Patrick

classé

A

1.

 

Oratoire Saint-Joseph

arrondissement

A

1.

 

Cathédrale Christ Church

classé

A

1.

3.

Église Saint-Pierre-Apôtre

classé

A

1.

4.

Église du Sault-au-Récollet

classé

A

1.

5.

Église Saint James United

classé

A

1.

6.

Chapelle Notre-Dame-de-Bonsecours

classé

A

1.

7.

Église Sainte-Geneviève

classé

A

1.

 

Erskine and American

 

A

1.

 

La Citadelle/Armée du Salut

 

A

1.

8.

Saint George’s

 

A

1.

 

Marie-Reine-du-Monde

 

A

2.

9.

Église de Saint-Joseph

 

B

2.

10.

Mission catholique chinoise

citée

C

2.

11.

Église du Gesù

classé

B

2.

12.

Chapelle Notre-Dame-de-Lourdes

classé

B

2.

13.

Saint Andrew’s

aire

B

2.

14.

Sainte-Cunégonde

 

B

2.

15.

Saint John the Evangelist

 

B

2.

16.

Saint James the Apostle

 

B

3.

17.

Trinity Anglican Memorial

 

B

3.

 

Saint Andrew and Saint Paul

 

A

3.

18.

Saint-Joachim (Pointe-Claire)

 

B

3.

19.

Église Saint-Jean-Baptiste

site

B

3.

20.

Saint Michael and Saint Anthony

 

B

Dans un deuxième temps, j’ai estimé ce qu’il en coûterait pour aider au maintien de ces lieux de culte actifs dans les églises les plus précieuses de Montréal (ill. 17). Les données disponibles indiquent que si le budget annuel moyen d’une paroisse est d’environ 300 000 $, la moitié est normalement consacrée au maintien du patrimoine, soit 150 000 $/an[21]. C’est donc sur cette charge patrimoniale de 150 000 $ qu’il y aurait lieu d’appliquer une subvention, dont le pourcentage pourrait varier. Dans mon exemple, le soutien ne varie qu’en commençant lentement pour progressivement atteindre 50 pour cent (c’est-à-dire 75 000 $). Mais on pourrait imaginer que les subventions varient aussi en fonction de l’urgence commandée par la situation financière précaire d’une la paroisse, ou en fonction de la durée de l’entente concordataire. En prenant pour acquis que la situation est déjà grave et que le temps presse, ce scénario totalise des subventions de 4,8 millions $ sur 5 ans pour aider à garder ouvertes au culte les 20 églises les plus précieuses de Montréal. Une analyse plus fine et plus exhaustive de la situation permettrait sans doute de planifier sur une période plus longue (les 20 ans du concordat ?). Il faudra aussi considérer que la situation varie grandement d’une paroisse à l’autre, et que certaines paroisses n’auront pas nécessairement besoin de continuer d’être soutenues au niveau de 50 % d’aide à la fin des cinq ans. Bref, une étude détaillée des budgets et des besoins s’impose afin de planifier correctement.

20 églises historique de Montréal – scénario d’entente sur 5 ans (ill. 17)

Scénario de financement
– églises patrimoniales

Subventions annuelles par église

Charges du propriétaire par église

Coût patrimoine d’une église urbaine

Charges du propriétaire 20 églises

Total subventions pour
entente 20 églises

1ère année/Subvention
de 20%

30 000$

120 000$

150 000$

2 400 000$

600 000$

2e année/
Subvention
de 20%

30 000$

120 000$

150 000$

2 400 000$

600 000$

3e année/
Subvention
de 30%

45 000$

105 000$

150 000$

2 100 000$

900 000$

4e année/
Subvention
de 40%

60 000$

90 000$

150 000$

1 800 000$

1 200 000$

5e année/
Subvention
de 50%*

75 000$

75 000$

150 000$

1 500 000$

1 500 000$

À terme – total

240 000$

510 000$

750 000$

10 200 000$

4 800 000$

Notre simulation permet d’observer que, pendant la période d’implantation du programme (5 ans), les charges patrimoniales des 20 propriétaires actuels à Montréal totalisent quand même 10,2 millions $, et ce, non pour défrayer les coûts directs du culte, mais bien pour assurer la pérennité d’un patrimoine collectif. N’oublions pas que ces mêmes propriétaires continuent d’assumer, aussi, l’autre moitié (150 000 $/an/église) des frais pour ce qu’on pourrait appeler l’interprétation des lieux. En perpétuant les services religieux, les paroisses financent du coup des activités qui assurent la survie de ce patrimoine immatériel, sans cesse recréé.

Les fonds publics nécessaires – des fonds d’appariement ou de partenariat – devront provenir de la collectivité. Les principaux interpellés seront la municipalité impliquée (qui gère aussi le paysage construit) et le ministère de la Culture et des Communications, qui a attribué ou attribuera le statut de protection juridique. Logiquement, ces subventions devraient être inscrites dans le programme des Ententes sur le développement culturel, conclues entre le MCC et les municipalités. Il s’agit bien sûr de dépenses nouvelles, mais qui sont inévitables. Mieux vaut s’engager dans cette voie petit à petit, de manière progressive et planifiée, pour assurer la pérennité de ce patrimoine précieux, plutôt que de devoir y faire face dans l’urgence et dans le désordre[22].

Il faut aussi prévoir qu’arrivera peut-être un temps où, malgré cette aide de partenariat, une paroisse ou un diocèse décident un jour de ne plus conserver un lieu de culte et cherchent donc à en céder la propriété. C’est à ce moment qu’un nouveau propriétaire devra intervenir. Pour parer au plus pressant en même temps que prévoir à plus long terme, les églises couvertes par l’entente concordataire devraient être dotées d’un plan de conservation et jouir déjà d’un statut de protection juridique ; ces précautions protègeront l’investissement public déjà consenti dans le programme de subventions.

L’objectif premier de ce scénario d’intervention est d’assurer la pérennité de grandes églises historiques en les affectant à l’usage qui leur convient le mieux : le culte. L’octroi d’une aide publique est de nature à influencer favorablement la décision des autorités religieuses quant aux églises qui resteront ouvertes au culte. Le programme permet aussi d’articuler un engagement progressif de la société civile ; une première entente concordataire pourrait, par exemple, couvrir une période de 20 ans.

Il conviendra d’identifier avec soin le territoire d’application. La situation varie grandement selon les différentes régions et diocèses du Québec ; elle revêt aussi un caractère plus urgent dans les villes qu’en milieu rural. Chose certaine, il faudra convenir d’un modèle souple, capable de s’adapter selon les villes, les régions et les circonstances. On sait d’avance qu’il y aura des villes ou des paroisses où la transition sera difficile, alors qu’ailleurs d’autres bougeront très rapidement.

Inventer un nouveau propriétaire

Dans les municipalités rurales, c’est souvent la municipalité qui aide la paroisse et qui finit par acquérir l’église[23]. Rien de tel ne se passera dans les moyennes et grandes villes ; il y a trop d’églises en cause et les municipalités ont pris l’habitude, dans le domaine communautaire et culturel, de laisser les actions de sauvetage à des associations locales. D’où le fait que de plus en plus d’OBNL s’organisent pour protéger et reprendre les églises paroissiales. Mais, si ces groupes associatifs peuvent s’appuyer sur des programmes publics pour acquérir ou louer des locaux, et ainsi s’installer dans une église par exemple, aucun des organismes subventionnaires actuels n’alloue de subventions pour couvrir les frais reliés au maintien du patrimoine. Le ministère de la Culture et des Communications n’octroie pas d’aide à un Centre de la petite enfance pour restaurer le clocher de l’église dans laquelle celui-ci s’est installé ! Il faut donc inventer un nouveau propriétaire de ce patrimoine collectif, de ces attributs patrimoniaux, une sorte de fiduciaire du patrimoine qui verrait au maintien des qualités patrimoniales des bâtiments utilisés à des fins communautaires et/ou culturelles après conversion.

Par ailleurs, aucune municipalité (même rurale), aucun OBNL et surtout aucun promoteur privé ne veulent acquérir une église historique précieuse et classée. La protection juridique contrôle l’aliénation de ces biens, mais aussi toutes les transformations éventuelles. Si ces églises précieuses ferment ou s’il faut en soutenir la conservation à long terme, il faut identifier un nouveau propriétaire. Celui-ci pourrait acquérir ces monuments précieux au moment de leur désaffectation, mais surtout il pourrait, avant qu’une crise éclate, jouer un rôle de fiduciaire du patrimoine, en représentant les autorités civiles auprès des propriétaires.

Un autre volet de notre « Plan églises » consiste donc à susciter la création d’organismes qui se constitueraient, en tant que fiduciaires, à titre de propriétaires du patrimoine religieux bâti de grande valeur. À titre d’exemple, pour la région de Montréal nous proposons d’établir la Société des cent clochers de Montréal pour appuyer (et, le cas échéant, prendre en charge), la pérennité du patrimoine religieux bâti excédentaire, qu’il s’agisse de sites, de monuments ou de parties de monuments. Cette société agirait comme fiduciaire de biens, au nom de la collectivité. Elle pourrait s’appuyer sur un financement public parce qu’elle gère un patrimoine collectif affecté à des usages d’intérêt public ; elle trouvera aussi dans la société civile des appuis auprès d’un mécénat qui reconnait la valeur sociétale de sa mission.

La Société des cent clochers de Montréal s’engagera dans la conservation et la mise en valeur des églises les plus précieuses en conservant leur affectation au culte ; elle se consacrera aussi à la pérennisation des attributs patrimoniaux essentiels d’églises converties à d’autres fins, en acquérant des parcelles d’églises, sous forme de « lots patrimoniaux ». Ces lots regroupent des éléments qui ne peuvent pas être pris en charge par les budgets des organismes culturels et communautaires qui veulent faire revivre ce patrimoine. L’étude du cas de la conversion de l’église Sainte-Brigide de Montréal permet d’entrevoir ce que pourrait être le rôle d’un tel organisme fiduciaire en regard d’un lot patrimonial.

Globalement, pour un territoire précis, une fiducie comme la Société des cent clochers de Montréal aurait comme mandat :

  • de mettre en œuvre un « Plan églises » (inventaires et études de potentiel et d’adéquation) pour Montréal, en appuyant les acteurs locaux dans l’articulation de projets de développement ;
  • de s’engager dans un plan de conservation à long terme des nefs historiques ;
  • de s’établir comme fiduciaires des attributs patrimoniaux qui caractérisent les églises converties à des usages communautaires, sociaux ou culturels.

Nous avons songé à proposer qu’une seule fiducie soit créée pour couvrir l’ensemble du territoire québécois ; mais une telle entreprise nous semble faire face à des défis inutiles et, en conséquence, être vouée à l’échec dès la conception. Les diocèses font déjà preuve de visions très différentes quant à l’avenir des églises ; les municipalités et les MRC aussi. Et nous savons tous que les besoins sociocommunautaires et culturels varient largement d’une région à l’autre. Il nous semble préférable de stimuler la création d’organismes fiduciaires là où les acteurs sont prêts à collaborer (quitte à les fédérer ensuite pour constituer un lobby national). Par exemple à Québec, la Corporation du patrimoine et du tourisme religieux, organisme déjà très actif pourrait se constituer en fiducie et reprendre au nom de la collectivité les églises historiques précieuses que le diocèse dit ne plus pouvoir conserver. La réduction des charges encouragerait le diocèse à y maintenir le culte, ce qui conforterait la Corporation dans son mandat de mise en tourisme et d’interprétation.

Un appel à la mobilisation

Il est temps de faire savoir aux autorités publiques et religieuses que les Québécois ont à cœur leur patrimoine religieux et qu’ils sont prêts à s’investir en nombre dans cette cause. Pour bien démontrer cette volonté, chaque église du Québec a besoin d’un projet et de porteurs de ce projet. J’aime croire que lorsque chaque élu aura reçu un ou plusieurs dossiers de développement et de conservation d’églises et qu’il devra prendre position, nous serons mûrs pour une corvée nationale. Il n’y a que l’action de proximité, éventuellement fédérée à l’échelle nationale, qui peut sauver nos églises. Un tel engagement local démontrera aux autorités le sens de la volonté citoyenne et la pertinence d’allocations budgétaires en appui à cette volonté : perpétuer l’utilisation des églises comme lieux communautaires et ancrages identitaires.

B. La requalification du site et de l’église de l’ancienne paroisse Sainte-Brigide-de-Kildare à Montréal

Le texte qui suit présente un cas de conversion, celui de l’église Sainte-Brigide-de-Kildare, mis de l’avant dans le but d’explorer le potentiel de développement des sites et des églises abandonnés par le culte à des fins communautaires ou culturelles ; il nous a servi de projet pilote dans la région montréalaise.

Sainte-Brigide-de-Kildare est une paroisse du centre-ville est de Montréal. C’est à l’automne 2005 que le Conseil de fabrique a invité des professeurs de l’UQAM (Luc Noppen) et de l’Université de Montréal (Pierre Boyer-Mercier) à explorer des pistes de conversion de l’église : la paroisse ne comptait guère plus d’une vingtaine de paroissiens, pour la plupart âgés, et sa situation financière était plus que précaire. Mais, alors que la collaboration avec l’Université de Montréal s’est limitée à un atelier de conception architecturale ayant produit de belles utopies, j’ai engagé une action dans une voie plus structurante. Ainsi, le 18 janvier 2006, j’ai déposé devant une assemblée de paroissiens un document exploratoire : Projet de mise en valeur de l’église Sainte-Brigide[24]. Il s’agissait d’une vision de l’avenir de l’église Sainte-Brigide dont l’idée maîtresse préconisait la poursuite de l’œuvre de la paroisse dans son milieu – le quartier le plus défavorisé de Montréal –, en « traduisant » cette mission en termes actualisés, c’est-à-dire en mettant de côté le discours prosélytique qui encadre la mission d’évangélisation de l’Église. Le site et l’église demeureraient au service de la population locale, comme conteneurs de services communautaires. D’entrée de jeu, et pour faire image, l’utilisation du site pour un développement communautaire et résidentiel (logement abordable), par l’intermédiaire d’un organisme sans but lucratif, était proposée[25]. Pour atteindre cet objectif, un certain nombre de moyens ont été mobilisés, par étapes, entre 2005 et 2009 :

  • réunir des partenaires (paroisse, milieu communautaire, acteurs sociaux, etc.) ;
  • créer un organisme à but non lucratif (OBNL), le Centre communautaire SainteBrigide (CCSB) ;
  • rechercher et obtenir des fonds pour :
  • développer un projet architectural,
  • faire une étude de faisabilité ;
  • obtenir le financement du projet :
  • programmes dédiés au communautaire,
  • programmes dédiés à l’habitation,
  • programmes dédiés au patrimoine,
  • fonds générés par le projet (loyers et contributions des partenaires occupants) ;
  • acquérir le site et développer le projet.
L’évaluation des potentiels

Pour bien comprendre le projet du CCSB, il faut connaitre le patrimoine dont il s’agit. Le site de l’église Sainte-Brigide occupe une position enviable dans le centre-ville est de Montréal, sur le boulevard René-Lévesque, en face du site de Radio-Canada (ill. 18). Sur un terrain de quelque 4200 m2 se dresse une église prolongée par une vaste sacristie, un presbytère palatial, un pavillon de liaison logeant le baptistère ; le site comporte aussi une large plage vacante, occupée par un stationnement de surface (25 % de la superficie totale).

18

Le CCSB a reçu ses lettres patentes le 23 mars 2006 ; le groupe nouvellement constitué, dont je faisais partie[26], a commandé une première étude d’adéquation en 2007 dans le but d’évaluer le potentiel d’accueil du site et des bâtiments et parallèlement d’évaluer les besoins d’espaces des groupes communautaires et culturels locaux. Ceux-ci se trouvaient tous dans une situation difficile : la hausse des valeurs foncières (et donc des loyers) menaçait leur survie dans le quartier où résidait leur clientèle formée des plus démunis de la société. La synthèse de ces travaux confiés à deux firmes de consultants (œuvrant en économie sociale) a permis à notre groupe de présenter en février 2008 une première Étude de faisabilité pour l’implantation d’un centre communautaire et de l’habitation communautaire, nous confortant dans l’idée d’allouer 5000 mètres carrés à des organismes communautaires et autant à des logements abordables. Parallèlement à cette analyse des besoins confrontée au potentiel d’offre d’espaces, j’ai réalisé à l’UQAM une étude historique suivie d’une évaluation patrimoniale du site et de ses constructions[27]. Ce type d’étude est d’ailleurs requis par les services municipaux lorsqu’un projet de développement prend appui sur un site ou un bâtiment d’intérêt patrimonial.

Mon étude établissait la valeur de l’église et des autres bâtiments du site en les analysant, mais aussi en les comparant aux monuments similaires de Montréal, surtout aux églises et aux sites des églises du centre-ville. L’église Sainte-Brigide a été construite en 1878. Pour Montréal c’est un monument vénérable ; elle s’y classe au 20e rang par sa valeur d’âge. Sa valeur d’art est aussi appréciable : l’église est de style néo roman et c’est la première à avoir adopté ce style « à la française » qu’imposa Mgr Édouard-Charles Fabre, évêque de Montréal, pour souligner la filiation avec la très catholique mère patrie. Son clocher, fière réplique de ceux de l’église Saint-Ambroise de Paris, confirme ce parti pris à la française du renouveau architectural de l’Église de Montréal, jusque-là entichée des modèles baroques romains, symboles de l’ultramontanisme primaire et virulent de l’évêque Mgr Ignace Bourget. C’est à dessein que son successeur, Mgr Fabre, a choisi un jeune architecte prêt à l’innovation : Louis-Gustave Martin. Celui-ci, décédé aussitôt après la construction de l’église, avait aussi amorcé une carrière politique comme député provincial. De tous côtés, Sainte-Brigide offrait donc, à l’époque, l’image d’un renouveau. Encore aujourd’hui, dans le paysage du centre-ville, son clocher est réputé le plus beau de Montréal (ill. 19).

19

Une « déconstruction partielle »

Avec l’école de quartier à sa gauche et le presbytère à sa droite, la façade et le clocher de l’église forment un ensemble institutionnel remarquable (ill. 20). L’étude patrimoniale a relevé que l’architecture intérieure de l’église, très remaniée lors d’une campagne de travaux menée en 1928, n’avait pas le même intérêt (ill. 21). J’ai donc proposé de conserver et de mettre en valeur le « front institutionnel » de Sainte-Brigide, et suggéré que le volume de la nef pourrait accepter des modifications, voire une « déconstruction partielle ». Effectivement, à l’amorce du projet, il était encore impossible pour le CCSB de connaitre le nombre de mètres cubes de la nef qui trouveraient preneurs dans le milieu communautaire ; par précaution, nous avons convenu que « l’intensité patrimoniale » de la nef pourrait être négociée au vu des possibles projets de développement[28]. Cette attitude souple a en quelque sorte sauvé l’église, puisque le CCSB a pu accueillir des partenaires l’un après l’autre, sans préjuger qu’il faille à tout prix occuper l’ensemble de l’espace avant d’esquisser un projet ; l’espace apparaissait modulable et il est demeuré tel jusqu’à tout récemment, quand la demande d’espaces a finalement dépassé l’offre de mètres cubes. C’est en quelque sorte en admettant dès le départ que nous ne serions pas en mesure de sauver toute l’église, en réduisant le niveau d’attentes donc, que nous avons réussi à maintenir l’ensemble du volume.

20

C’est dans cet esprit que le premier concept de mise en valeur du site de Sainte-Brigide déposé en février 2008 proposait, pour optimiser la création de nouveaux mètres carrés, la déconstruction partielle de la nef pour y insérer un bâtiment neuf, ainsi que l’érection d’un nouveau pavillon sur le terrain de stationnement (ill. 22). Après d’âpres discussions dans la paroisse, avec les autorités municipales et lors de séances de consultations publiques, le bureau de direction du CCSB a décidé de mettre en phases le projet pour en faciliter le financement et la réalisation. Il fut ainsi décidé de réaliser, en phase I, la construction d’un nouveau pavillon – appelé pavillon Louis-Gustave-Martin pour commémorer la figure de l’architecte de l’église – et la restauration de l’imposant presbytère. L’aménagement du volume de l’église et des espaces de la sacristie attenante à l’arrière a été reporté à la phase II.

22

La phase I

Pour la phase I, nous avons réuni quatre partenaires. Dans le pavillon Louis-Gustave-Martin, nous avons regroupé au rez-de-chaussée deux groupes communautaires dédiés aux itinérants (hommes et femmes) : le Pas de la rue et le Groupe Itinérance-Travail. Au-dessus, sur quatre étages nous avons fait place aux 47 logements de la coopérative Radar, regroupement d’artistes œuvrant dans le secteur. Quant au presbytère, il a été pris en charge par le groupe En Marge 1217 qui accueille les jeunes fugueurs qui hantent le centre-ville. Nous l’avons appelé le Manoir James-Lonergan, pour honorer la mémoire du premier curé de la paroisse et pour souligner à ces jeunes exclus qu’ils y trouveraient un espace digne de leur réhabilitation. Tous au CCSB partagent l’idée que le patrimoine ne doit pas être qu’une affaire de riches et que les plus démunis aussi y ont droit.

La mise en œuvre de la phase I a été précipitée par l’annonce de l’octroi de subventions à nos partenaires. Pour se conformer aux exigences des programmes de subvention, le CCSB avait accepté leurs offres d’achat, elles-mêmes couvertes par une offre d’achat que nous avions faite à la fabrique de la paroisse Sainte-Brigide-de-Kildare. Cette offre d’achat, au montant de 250 000 dollars, avait été acceptée par la paroisse et validée par le diocèse de Montréal, qui, aux termes de la Loi sur les fabriques, supervise les transactions immobilières des paroisses. Ce prix de vente « d’ami »– très réduit par rapport à l’évaluation marchande du site, estimée à environ 1,4 million de dollars – nous a finalement été consenti par le cardinal Jean-Claude Turcotte[29], après une année d’intenses négociations, parce qu’en définitive il souscrivait aux objectifs du CCSB et parce que nous avions prouvé nos bonnes intentions en proposant d’inscrire dans le contrat de vente deux servitudes perpétuelles, arrimées au terrain de la cathédrale de Montréal – fonds servant ayant éventuellement quelque chance de pérennité. La première servitude oblige le CCSB à conserver hors commerce toutes les composantes du site, c’est-à-dire à l’usage exclusif d’organismes sans but lucratif (groupes communautaires ou coopératives de logement). La deuxième servitude oblige le CCSB à conserver et à mettre en valeur le front institutionnel de Sainte-Brigide, nommément la façade, le clocher, le baptistère et le monument au Sacré-Cœur. Cette protection notariée est en fait plus efficace qu’un statut juridique de protection en tant que « monument historique », puisqu’elle engage à perpétuité tous les occupants du site[30]. La démarche d’acquisition – complétée le 13 mars 2009 lors de la signature de l’acte de vente par le soussigné au non du CCSB – et ses modalités juridiques, puis l’interprétation des servitudes auprès des organismes subventionnaires des différents partenaires ont permis la mise en œuvre du projet, en tirant parti, de façon originale et imaginative, des lois et règlements en vigueur.

Les subventions requises par la mise en œuvre du projet, en provenance des programmes IPLI et SPLI[31] (gouvernement du Canada) dédiés aux groupes œuvrant auprès des populations itinérantes et du programme Accès Logis[32] (administré par la Ville de Montréal), avaient pour but de stabiliser la présence de ces groupes dans le quartier en leur donnant accès à la propriété de leurs locaux. Pour les accueillir, le CCSB a donc constitué un syndicat de copropriété, ce qui a requis le lotissement cadastral du site. Cette première division horizontale a ensuite permis de constituer, là où nécessaire, une seconde division verticale (ill. 23). Le syndicat de copropriété PGR, partenaire du CCSB et de son syndicat de copropriété, regroupe ainsi les deux groupes communautaires et la coopérative d’habitation. Inversement, le groupe En Marge 1217 détient en nuepropriété le presbytère et son site. Ce régime de propriété permettra ultérieurement, en phase II, l’occupation de la nef de l’église par des organismes partenaires, tantôt propriétaires, tantôt locataires de leurs espaces. Déployer ce régime de propriété original, notamment pour respecter les exigences des organismes et des programmes subventionnaires, nous a contraints à des efforts d’imagination pour, avec des professionnels que nous avons embauchés (architectes, urbanistes, notaires et arpenteurs), adapter notre vision à la réalité économique et règlementaire du Québec d’aujourd’hui. Ici encore, nous avons choisi de travailler avec les lois, règlements et programmes existants, alors que l’habitude des groupes promoteurs dans le milieu communautaire est plutôt de revendiquer des aménagements à ce chapitre, sous prétexte que le contexte sociétal devrait s’adapter à leur vision particulière. Au Québec, et en matière de conversion des églises, le temps nous a donné raison : le projet Sainte-Brigide est en voie de réalisation.

23

La phase I a été mise en chantier au printemps 2011 et les occupants ont investi leurs locaux en octobre de la même année ; le projet a été mené dans le respect de l’enveloppe budgétaire proposée, soit 10,2 millions de dollars. Les plans et devis ont été préparés par l’architecte Menaud Lapointe de l’agence Beaupré et Michaud ; la coordination générale du projet a été assurée par Samir Admo, chargé de projet du Groupe CDH, groupe de ressources techniques dédié à l’habitation abordable et qui, à notre demande, avait élargi son mandat à la conversion d’églises (ill. 24).

24

La phase II

Aussitôt le projet de la phase I bien arrimé, le CCSB s’est mis à l’œuvre pour assurer la réalisation de la phase II, plus délicate, qui consiste à mettre en valeur l’église proprement dite. Comme le succès de la phase I tient pour beaucoup à l’arrivée du groupe En Marge 1217[33] dans le projet du CCSB, notre objectif premier était d’identifier un groupe porteur, autour duquel s’arrimeraient d’autres groupes secondaires. Dans cette quête, nous avons malheureusement perdu un temps précieux. En effet, le CCSB avait, dans un premier temps, choisi l’organisme Les Chemins du Soleil comme principal occupant de l’espace de la nef. Depuis 1980, ce groupe accueille au sous-sol de l’église Sainte-Brigide les jeunes après la classe et offre divers ateliers et activités de loisirs. Comme le CCSB s’était engagé envers la paroisse à aider « à l’intégration dans son complexe communautaire l’association Les Chemins du Soleil, déjà sur les lieux depuis 25 ans »[34], nous avons donné droit à la prétention de ce groupe de prendre en charge l’essentiel de la nef pour y déployer un plateau sportif dédié au roller-hockey. Cet organisme utilisait une patinoire à cette fin au sous-sol de l’église et son projet a été pris au sérieux, d’autant plus que le Service des loisirs et des sports de l’arrondissement Ville-Marie – qui appuie financièrement dans son fonctionnement les Chemins du Soleil – semblait intéressé à se porter garant de l’investissement, en versant un loyer annuel au CCSB.

C’est donc autour d’un parti fonctionnel et architectural logeant un plateau sportif dans la nef que la firme Beaupré Michaud, architectes a esquissé le projet préliminaire de la phase II, au mois d’août 2009 (ill. 25). Pour loger les Chemins du Soleil et minimiser les charges de l’association, les architectes ont proposé d’installer ce plateau sportif sur une nouvelle dalle de plancher, insérée dans la nef. En dessous, des planchers rétablis selon des hauteurs normées permettaient alors de loger d’autres groupes communautaires, déjà en lice auprès du CCSB. La nef « partiellement déconstruite » rendait possible la création d’un petit jardin offert aux enfants d’un CPE et, sur rue, l’ancienne sacristie était déjà dédiée à recevoir des logements abordables. Or, les nombreuses démarches et représentations, tant de l’association Les Chemins du Soleil que des administrateurs du CCSB, n’ont pu faire avancer ce dossier : la Ville de Montréal, aux prises avec des scandales de collusion et de corruption, s’est finalement retirée du dossier, limitant son rôle à encourager le projet verbalement, sans plus[35].

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C’est l’arrivée en février 2010 du groupe Le Cube (Centre international de recherche et de création pour l’enfance et la jeunesse), un consortium formé des compagnies de théâtre Le Clou et Le Carrousel, qui a réorienté le projet de mise en valeur de l’église Sainte-Brigide. Les besoins en espaces de ce groupe avaient déjà reçu « l’agrément » du ministère de la Culture et des Communications, leur donnant accès au Programme d’aide aux immobilisations pour se reloger ; il leur restait à trouver un site. Une première rencontre des délégués du consortium intéressé avec le bureau de direction a rapidement permis d’entamer une fructueuse collaboration. Le Cube revendiquait 60 % de l’espace de la nef, contraignant le CCSB à loger les autres groupes aspirants – le CPE Idée Fixe, le Cirque Hors-Piste et le Pas-de-la-rue (deuxième phase de développement) – dans le reste du volume. Le grand perdant de l’exercice mené par nos architectes a été l’association Les Chemins du Soleil, maintenue dans leurs locaux du sous-sol, à défaut de moyens pour s’étendre dans le projet de développement. Mais, miraculeusement, une généreuse donation (de 300 000 dollars) de la Congrégation des sœurs oblates franciscaines de Saint-Joseph, dont une des membres – sœur Léona Desgagné – avait été la fondatrice des Chemins du Soleil, est arrivée à point nommé pour rendre possible la rénovation et la mise à jour de cet espace… en guise de prix de consolation.

C’est donc une nouvelle version (dite finale) de la phase II du projet de développement de l’église Sainte-Brigide qui a été déposée en septembre 2012 pour parachever les demandes de subvention (ill. 26). En décembre 2012, nous étions déjà assurés d’une bonne part de financement, mais c’est le 17 mai dernier que Madame Pauline Marois, première ministre du Québec, accompagnée de Monsieur Maka Kotto, ministre de la Culture et des Communications et de Monsieur Daniel Breton, député du comté de Sainte-Marie-Saint-Jacques, ont annoncé dans la nef de l’église Sainte-Brigide l’octroi d’une subvention de 11,2 millions de dollars pour permettre l’installation du Cube dans l’église. Selon les prévisions, le chantier devrait commencer à l’automne 2013 pour se terminer 18 mois plus tard. Le schéma présenté (une section sur le long de l’église) dévoile dans ses grandes lignes l’imbrication des espaces alloués à chacun des groupes partenaires ; ils seront tous propriétaires de leurs locaux, sauf le Cirque hors-piste qui sera locataire du CCSB (ill. 27).

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La grande originalité de la phase II touche, encore ici, au régime de propriété. Pour rendre le projet de développement possible, au vu de cette clause de responsabilité globale envers le front institutionnel patrimonial (que nous avons appelé la servitude patrimoniale) et devant les hésitations à ce sujet par bailleurs de fonds des divers partenaires, nous avons imaginé de regrouper en un lot cadastral spécifique l’ensemble des composantes de ce front institutionnel. Ce lot, déjà arpenté et qui sera prochainement enregistré comme une entité autonome, comprend les surfaces et les éléments construits qui n’ont aucun potentiel de valeur d’usage économique : il forme une sorte de monument historique pur, un objet de délectation. Propriété du CCSB, par le biais de son « comité du patrimoine » où siègent des représentants de tous les partenaires liés par la servitude, ce lot sera cédé à un nouveau partenaire, qui sera créé : la Société des cent clochers de Montréal. Cette société que nous avons imaginée est destinée à devenir propriétaire de tous les édifices ou parties d’édifices qui doivent impérieusement être conservés en vertu de leur haute valeur symbolique ou de leur statut patrimonial exceptionnel ; elle se substituera aux Églises, propriétaires actuels de ce patrimoine, qui désirent se délester de ces biens, et ce, selon une formule qui reste à être établie par une sorte de concordat qui engagera le diocèse, la Ville et le ministère de la Culture et des Communications. Il s’agirait, d’une certaine manière, de requérir de l’État les fonds dédiés à la conservation du patrimoine bâti (par l’intermédiaire du Fonds du patrimoine culturel) et de solliciter le mécénat privé pour obtenir un appariement. Dans le cas des monuments conservés dans un état intègre – les églises précieuses dont on ne peut même pas dévisser les bancs –, il faudra convaincre les autorités civiles de concourir aux frais de leur maintien et obtenir des autorités ecclésiastiques de les garder ouverts comme lieux de culte, tout en étant affectataires de ces églises. La société civile y trouverait son compte, car les célébrations religieuses seraient autant de moments d’interprétation vivante d’un patrimoine immatériel[36] désormais inscrit comme fait de culture dans l’écheveau identitaire des Québécois. Cette recréation perpétuelle du patrimoine immatériel (les cérémonies) donne du sens à ce patrimoine ecclésial et permet de le rendre intelligible à tous ceux qui n’ont pas baigné dans cette culture chrétienne qui a forgé ces monuments et ses dispositifs de communication (art et architecture).

Des leçons à tirer

Le projet de mise en valeur du site de l’église Sainte-Brigide de Kildare est aujourd’hui en bonne voie. Avec l’engagement des partenaires et des organismes qui les appuient d’investir 18,5 millions de dollars – pour un coût total (phases I et II) de quelque 30 millions de dollars –, tout laisse croire que le projet tel que défini sera achevé en 2015, soit dix ans après les premières rencontres exploratoires. Quelles leçons peuvent être tirées de cette aventure ?

D’abord, la conversion du site de l’église Sainte-Brigide est devenue un cas exemplaire à Montréal : une démarche consensuelle a permis de maintenir ce lieu au service de la collectivité avec la garantie que ses qualités patrimoniales seraient protégées et mises en valeur de façon pérenne. Dès lors, plusieurs groupes s’organisent avec l’espoir de pouvoir atteindre le même résultat avec d’autres églises désaffectées. Tout au long du processus d’élaboration du projet Sainte-Brigide, le groupe animateur du CCSB a tenu à faire connaitre et à mettre en discussion ses options et les orientations de développement privilégiées, notamment lors de plusieurs séminaires ouverts aux acteurs des milieux communautaires et du patrimoine, ainsi qu’aux élus et administrateurs municipaux. L’ensemble du processus d’idéation et de mise en forme du projet, les démarches menées en vue de l’acquisition du site (offres d’achat, servitudes, contrat de vente) et celles qui ont trait au régime de propriété (conventions des syndicats de copropriété, divisons cadastrales, modes de gouvernance), tout comme l’identification et l’adéquation du projet aux divers programmes de subvention, ont en effet permis de développer et de partager un ensemble de connaissances et de savoir-faire en matière de conversion d’églises. Dans ce sens, le projet du CCSB a été un laboratoire, un incubateur d’idées et de projets. Sans être présomptueux, nous pouvons affirmer que ce projet, que nous avions conçu comme un projet pilote, est à l’origine d’une remise en question des politiques publiques relatives à la conservation et à la mise en valeur du patrimoine ecclésial au Québec.

À l’UQAM ce projet a été conçu comme un service à la collectivité. Notre université est bien connue pour ce type de recherche-action, une dimension de la « recherche publique » ; celle-ci a été menée en partenariat avec des organismes du milieu et appuyée par le CSSS Jeanne-Mance. Les programmes de recherche pour lesquels nous avons obtenu des fonds d’organismes subventionnaires (CRSH et FQRSC) ont été sensibles à ce transfert des savoirs et cette quête de continuité des savoirs entre l’Université et la société civile. Autour du thème de l’avenir des églises, nous avons ainsi encadré plusieurs mémoires de maîtrise, deux thèses de doctorat et un stagiaire postdoctoral[37]. Ces jeunes chercheurs sont engagés dans des projets sur le terrain ; ils créent leur propre emploi dans les agences d’architecture, d’urbanisme et dans les groupes communautaires organisés.

Une des dures leçons du projet est qu’il faut y consacrer le temps nécessaire. On ne peut régler instantanément le sort de monuments séculaires, soudainement abandonnés ; il faut de cinq à sept années de travail, d’engagement et d’action militante pour y arriver, église par église. Il faut aussi innover sans cesse, dans des processus itératifs. Tous au CCSB se rappellent comment il a fallu, en une nuit, réduire la hauteur du nouveau pavillon Gustave-Louis-Martin d’un étage pour satisfaire aux désidératas d’un comité consultatif d’urbanisme hésitant ; il a fallu aussi faire place à plusieurs objets chéris par les anciens paroissiens et les inclure dans le projet de conversion (la rosace et les vitraux, par exemple). Les projets de conversion des églises doivent aussi être inclusifs ; on ne peut, arrivant de l’extérieur de la paroisse, proposer un projet. Il faut au contraire chercher à intégrer dans le processus les derniers paroissiens, quel que soit leur nombre, car il s’agit en réalité de leur église. Tous les projets qui ont ignoré ce fait ont lamentablement échoué, l’opposition qui leur a été faite par ces « propriétaires » et conservateurs du patrimoine concerné ayant été fatale.

Dans cette ancienne Nouvelle-France, où la formule du tout-à-l’État est impensable (contexte nord-américain oblige !), l’avenir du patrimoine ecclésial et conventuel se dessine à partir d’initiatives citoyennes et des besoins du milieu ; ainsi, nous menons aussi à l’UQAM un projet pilote sur un vaste couvent de 50 000 m2, désaffecté. Les projets qui esquissent les voies à suivre se logent à l’enseigne du développement local et durable et confortent les identités locales longtemps malmenées par une gouvernance patrimoniale dite « nationale », forgée par les seuls experts. De nos jours, dans un régime de démocratie participative, le patrimoine se construit « bottom up », au départ des aspirations citoyennes qui surgissent dans le voisinage. Pour accompagner ces constructions patrimoniales qui naissent de l’affection que portent les citoyens envers leur milieu de vie et ses composantes mémorielles et identitaires, l’expert doit se rendre disponible aux groupes promoteurs et les accompagner dans leurs démarches. Loin des clameurs touristiques, porté par une économie solidaire, ce « patrimoine social » pérennise l’empreinte du religieux comme fait de culture, dans un « vivre ensemble » actualisé. Au contraire du monument historique, qui sacralise l’obsolescence fonctionnelle, ce patrimoine de proximité s’articule autour d’une notion de sacré portée par un projet d’avenir « utile », sur les plans symbolique et économique.  

 

 

 

[2] Marie-Pier Duplessis. « Diocèse de Québec : les paroisses sacrifiées pour survivre ». Le Soleil, 28 octobre 2012. En ligne : http ://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/societe/201210/27/01-4587828-diocese-de-quebec-les-paroisses-sacrifiees-pour-survivre.php.

[3] Au Québec le chiffre de 5 % était en 2003 reconnu par l’Église catholique romaine et il n’y a aucune nouvelle donnée depuis. En France, ce chiffre a été avancé par l’Institut français d’opinion publique (IFOP) en 2009 et reconnu par l’Église de France.

[4] Personnes déclarant se rendre à la messe tous les dimanches.

[5] Ne dit-on pas que le patrimoine est la religion du XXIe siècle dans l’Occident chrétien ?

[6] Voir Luc Noppen et Lucie K. Morisset. Les églises du Québec, un patrimoine à réinventer. Québec, Presses de l’Université du Québec, 2006. Les données relatives au Québec sont issues de la base de données compilée à la Chaire de recherche du Canada en patrimoine urbain de l’UQAM. Le cas français est bien documenté dans : « Églises de France ». Documents Épiscopat, no 2, 2009 (publié par le Secrétariat général de la Conférence des évêques de France).

[7] En vertu de la Loi sur les fabriques (art. 13) et de la Loi sur la fiscalité municipale (art. 204-12)

[8] Secrétariat général de la Conférence des évêques de France et Comité national d’art sacré. Les églises communales. Textes juridiques et guide pratique. Paris, Éditions du Cerf. 2010 ; Aurélia de Saint-Exupéry. « Le bâti religieux. La reconversion des églises en milieu rural ». Dans Isabelle Rambaud [dir.] Reconvertir le patrimoine, Lyon, Éditions Lieux Dits, 2011, p. 110-121 (coll. Cahiers Jean Hubert, no 4).

[9] Lire au sujet de la démolition de trois églises en Maine-et-Loire : http ://www.associations-patrimoine.org/article.php ?id=2303&dossier=11.

[10] Tout cela vaut évidemment pour les églises construites avant 1913. La France compte de nombreuses églises qui ont été converties : celles confisquées à la Révolution et qui n’ont pas été réaffectées au culte suite au Concordat et celles qui n’ont pas été revendiquées pour le culte après l’adoption des lois de 1905 et de 1907. Les églises « privées » construites après 1913 par les associations diocésaines sont plus facilement fermées, vendues et converties, les évêques préférant garder le culte dans les bâtiments entretenus par les communes, ce qui est compréhensible !

[11] En 2003, le Conseil du patrimoine religieux du Québec, organisme privé regroupant les propriétaires d’églises et qui est mandaté par le MCC pour administrer le programme Soutien à la restauration du patrimoine religieux – s’adressant exclusivement aux églises qui demeurent ouvertes au culte –, a inventorié quelque 2700 « lieux de culte », dont près de 1000 érigés après 1945. À la Chaire de recherche, laboratoire inscrit dans une université laïque, nous nous intéressons au patrimoine ; nous appelons donc « églises » (ou chapelles), des bâtiments qui possèdent une figure ecclésiale capable de survivre à la fermeture du culte. Le CPRQ prend pour année de référence 2003, moment de son inventaire. À la Chaire, notre date de référence est 1900, puisque c’est au début du XXe siècle que le mouvement de conversion des églises s’est amorcé au Québec.

[12] Luc Noppen et Lucie K. Morisset. La conversion des églises au Québec : un siècle d’expérience(s). ARQ-Architecture, 2005, no 131, mai 2005, p. 5-36.

[13] Voir à ce sujet : Lyne Bernier. « La conversion des églises à Montréal. État de la question ». Architecture-Canada. Journal de la Société pour l’étude de l’architecture au Canada, 2011, vol. 36, no 1, p. 41-64.

[14] L’expression est de Jean-Yves Andrieux. Patrimoine et histoire. Paris, Belin, 1997, p. 213.

[15] Le transfert des églises vers de nouvelles traditions ne représente que 12,4 % des cas hors Montréal, surtout dans la couronne de petites villes et dans le cas d’églises qui ont été construites après 1945.

[16] François Beaudreau. « Pour assurer la survie d’un édifice patrimonial. Un citoyen de Saint-François-du-Lac craint que l’église soit fermée d’ici deux ans ». L’annonceur.ca, 12 février 2013 (http ://www.lannonceur.ca/Pages/2013/Regional_20130212_Parenteau.html).

[17] Lire à ce sujet : Violaine Ballivy. « Ma vie dans une église ». La Presse, 13 mai 2013 ; http ://maison.lapresse.ca/architecture/201305/13/01-4650221-ma-vie-dans-une-eglise.php

[18] Il est intéressant d’observer qu’au Québec 104 églises converties (sur un total de 518, soit 20 %) accueillent un ou des usages partagés avec le culte.

[19] Plus de 13 millions de visiteurs, en fait, selon l’Office de tourisme de Paris.

[20] Il faut que ces monuments soient classés ou jouissent d’une forme protection juridique ou règlementaire. Une municipalité peut subventionner le maintien d’un patrimoine, mais pas le maintien d’un culte religieux.

[21] Ces sommes devront être validées par une analyse des budgets de fonctionnement des paroisses dans lesquelles se trouvent les églises sélectionnées.

[22] Il faudra aussi négocier avec le ministère des Affaires municipales, des Régions et de l’Occupation du territoire (MAMROT) ; celui-ci vient de signifier à la municipalité de Venise-en-Québec que l’achat d’une église et le maintien de sa fonction religieuse entrent en contradiction avec le principe de la neutralité qui doit être appliqué par les pouvoirs publics (http ://blogues. Radio-Canada.ca/rive-sud/2013/05/18/achat-eglises-villes).

[23] Nos études tendent à conclure que la majorité des ententes conclues à cette fin ne sont pas conformes au Code civil et pourraient être invalidées par une contestation citoyenne.

[24] Ce document exploratoire est disponible en annexe D du mémoire de maîtrise de Samir Admo. Projet de requalification de l’église Sainte-Brigide-de-Kildare : analyse de la démarche. Mémoire de maîtrise en études urbaines, Montréal, UQAM, 2010. En ligne : http ://www.archipel.uqam.ca/4125/.

[25] Dès le début, l’action du CCSB a été appuyée par le Centre de santé et de services sociaux (CSSS) Jeanne-Mance, agence gouvernementale qui couvre l’est du centre-ville de Montréal, et qui y a délégué un organisateur communautaire, François Soucisse. L’engagement de ce dernier dans le projet a été constant ; coureur de fond et habile négociateur, il a contribué de façon significative au succès de l’entreprise, notamment du fait de sa crédibilité dans le milieu communautaire. François Soucisse et moi-même sommes en fait les deux « survivants » de l’équipe initiale, la composition du bureau de direction ayant été modifiée à quelques reprises.

[26] Le premier Bureau de direction était composé de : Gabriel Bouchard, président (Carrefour Marguerite-Bourgeois), Jean-Pierre Bonhomme, vice-président (marguiller de la paroisse Sainte-Brigide), Marc Alarie, trésorier (Les Chemins du Soleil) et Luc Noppen, secrétaire (membre externe, UQAM). La composition de ce premier Bureau a évolué au fil des ans ; de la première équipe il ne reste que Luc Noppen.

[27] Luc Noppen. Sainte-Brigide-de-Kildare (Montréal). Étude historique, analyse architecturale et évaluation patrimoniale. Montréal, UQAM – Chaire de recherche du Canada en patrimoine urbain, novembre 2008.

[28] Il y a dans l’opinion publique une tolérance plus grande envers des projets lorsque ceux-ci présentent une vocation communautaire. Les résidents du quartier, concernés au premier chef par le destin de « leur » patrimoine, acceptent d’en négocier l’intensité patrimoniale dès lors que le projet permet une réelle appropriation sociale du site et des immeubles. Les élus montréalais, qui siègent aux comités et conseils qui approuvent les projets, sont conscients de cette ouverture du public aux projets communautaires ou sociaux ; ceux-là ne sont généralement pas contestés et les approbations règlementaires s’obtiennent sans débats déchirants. Le rôle des experts se limite alors à celui de conseil auprès des élus et de l’opinion publique. La patrimonialisation est le fait de la proximité et elle procède de bas en haut ; au Québec, l’institution patrimoniale étatique semble dépassée, caduque.

[29] Archevêque titulaire du diocèse de Montréal de 1982 à 2012.

[30] « L’acheteur s’engage à conserver intact le front institutionnel formé des bâtiments érigés sur la rue Alexandre-De Sève : le presbytère, le baptistère, la façade de l’église, son clocher et la statue du Sacré-Cœur. La rosace du chevet de l’église ainsi que les verrières nobles contigües aux autels latéraux seront déplacées et réinstallées dans la partie conservée de l’église. » Offre d’achat acceptée du 4 juillet 2008, document annexé à l’acte de vente du 13 mars 2009. Greffe du notaire François Forget.

[31] Le programme Initiative des partenariats contre l’itinérance (IPLI) est devenu en cours de route la Stratégie des partenariats contre l’itinérance (SPLI). Voir : http ://www.rhdcc.gc.ca/fra/histoires_reussite/itinerance/01/page03.shtml.

[33] La présidente du groupe En Marge 12-17, Manon Harvey, jouissait d’une enviable réputation dans le milieu communautaire ; elle a fait preuve d’un leadership et d’un dynamisme hors du commun dans le projet de mise en valeur du site de l’église Sainte-Brigide. Elle est devenue la présidente du CCSB en 2009 et dirige toujours la destinée du Centre.

[34] Clause 2.10 de l’offre d’achat, en annexe E du mémoire de Samir Admo, op. cit. : http ://www.archipel.uqam.ca/4125/.

[35] Depuis, les discussions ont repris avec l’Arrondissement Ville-Marie

[36] Dans la « Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel » (octobre 2003), l’Unesco reconnaît, à l’article 2, comme patrimoine immatériel « les pratiques sociales, rituels et événements festifs », incluant donc les cérémonies religieuses. Ce même article 2 précise que : « Ce patrimoine culturel immatériel, transmis de génération en génération, est recréé en permanence par les communautés et groupes en fonction de leur milieu, de leur interaction avec la nature et de leur histoire, et leur procure un sentiment d'identité et de continuité, contribuant ainsi à promouvoir le respect de la diversité culturelle et la créativité humaine. » (unesdoc.unesco.org/images/0013/001325/132540f.pdf).

[37] Notamment : Christelle Proulx-Cormier. La conversion d’églises pour des usages artistiques et culturels. Étude de cas. Rapport de stage de maîtrise en études urbaines, Montréal, UQAM, octobre 2009 (cette candidate œuvre maintenant dans l’agence de l’architecte Ron Rayside, figure de proue du développement communautaire ; elle s’y occupe précisément de la conversion des églises à Montréal) ; Samir Admo. Projet de requalification de l’église Sainte-Brigide-de-Kildare : analyse de la démarche. Mémoire de maîtrise en études urbaines, Montréal, UQAM, 2010 (ce candidat a commencé sa carrière comme conseiller en urbanisme au Groupe CHD, chargé du projet Sainte-Brigide. Il est depuis devenu consultant auprès des nombreux groupes communautaires et paroisses qui entreprennent un projet de développement autour de leur église). Lyne Bernier est engagée dans un projet de doctorat sur les églises de Montréal ; Mario Parent a complété un mémoire de maîtrise en 2012 : Étude historique, analyse architecturale et évaluation patrimoniale des lieux de culte de l'arrondissement de Verdun. La liste des chercheurs associés à la Chaire est disponible sur www.patrimoine.uqam.ca.

Cahiers de lecture - Automne 2017

2017automne250

Le numéro d'Automne 2017 des Cahiers de lecture se penche sur Montréal à l'occasion de son 375e anniversaire et cherche à comprendre les féminismes actuels. Aussi dans ce numéro, des recensions portant sur les juifs au Québec, sur la politique, sur le cinéma, bref, comme chaque fois, les Cahiers nous relancent dans la lecture de notre monde.

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