Éditorial - Hauteur de vue requise

Robert Laplante

Février 2019

La lune de miel est terminée. Les premières salves sont lancées : Trudeau qui rejette la proposition de la déclaration d’impôt unique, Leblanc qui finasse sur la question des seuils d’immigration. Trudeau, encore, qui persiffle sur la laïcité, Rodriguez qui laisse tomber son masque et les civilités pour nous servir le mépris du Québec français. Cela ira en s’accélérant et le signal en a été donné à la sortie du caucus de la CAQ : le tir groupé sur les déclarations de François Legault au sujet de cette chose aussi mal définie que l’islamophobie aura donné un avant-goût de ce qui l’attend lorsque son gouvernement déposera le projet de loi sur la laïcité. À Radio-Canada et dans de nombreuses officines du cartel médiatique, les chantres du multiculturalisme ont de plus en plus de mal à cacher leur jupon ; la nébuleuse diversitaire s’agite, publie, appelle à la censure, l’intolérance vertueuse s’affiche et se répand. La politique québécoise restera aussi fermement tenue coincée entre le consentement à la « normalisation » minoritaire et l’humiliation. C’est entre ces deux pôles – et entre eux seulement – que l’ordre canadian est déterminé à contenir le Québec.

Lire la suite

Ton histoire est une des pas pire

Michel Rioux

Février 2019

Paraîtrait qu’il ne faudrait pas parler d’évènements comme celui-là, histoire de ne pas nourrir un sentiment de défaitisme chez les Québécois, chez les jeunes surtout. Des pendaisons comme celles des Patriotes, c’est bien connu, ça ne fait pas danser dans les chaumières.

Lire la suite

Les sources du conflit entre la Catalogne et l’Espagne

Joan Fonollosa

Février 2019

* L'auteur est ingénieur industriel, professeur retraité de l’Université Polytechnique de Catalogne. Comment expliquer à des lecteurs étrangers ce qui se passe en Catalogne ? Pour faire comprendre au public québécois les événements qui se sont déroulés en Catalogne ces dernières années, je débuterai par une comparaison que l’ancien président de la Generalitat, Jordi Pujol, utilisait dans le passé. Il assimilait le rapport entre la Catalogne et l’Espagne aux relations entre la Lituanie et la Russie. Si je devais transposer cette relation à celle entre le Québec et le Canada, je devrais toutefois spécifier que l’Espagne a plus d’affinités avec la Russie qu’avec le Canada. L’Espagne est un État, c’est-à-dire, une structure de pouvoir, qui s’est constituée au Moyen Âge et qui n’a pas beaucoup évolué. Même si cela peut paraître étonnant on comprend mieux l’Espagne si on pense à un État féodal plutôt qu’à un État démocratique. Ce pays est dominé par des intérêts de castes incapables de créer de la richesse, mais qui ont un incessant besoin de ressources financières pour réaliser des dépenses somptuaires afin de soutenir un statut d’hidalgo, mot qui signifie : fils de quelqu’un. Cet argent a été extorqué successivement aux Arabes, aux Juifs et ensuite...

Lire la suite

BREXIT: Entre l’arbre et l’Écosse

X. Hubert Rioux

Février 2019

* Chercheur postdoctoral, ÉNAP. Cet article a été rédigé et soumis à la toute fin du mois de janvier 2019, alors que Theresa May repartait en négociations avec l’UE. Le 15 janvier dernier, les députés du Parlement britannique à Londres ont massivement rejeté l’Accord transitoire négocié avec Bruxelles par le gouvernement de Theresa May, plongeant le Royaume-Uni (R.-U.) encore un peu plus profondément dans la crise politique et constitutionnelle qui a jusqu’ici caractérisé le processus de sortie de l’Union européenne (UE), depuis le vote référendaire de juin 2016. À 432 voix contre 202 en défaveur de cet Accord, il s’agit de la plus grande défaite en Chambre de l’histoire britannique moderne, qui aura évidemment été suivie du dépôt immédiat (et, disons-le, passablement opportuniste et cynique) d’une motion de censure par l’opposition travailliste que dirige Jeremy Corbyn. Theresa May et son gouvernement, minoritaire, mais soutenu par une alliance avec les députés unionistes nord-irlandais, y ont survécu de justesse le 16 janvier, mais ces deux votes auront tour à tour confirmé la division qui règne à la fois au Parti conservateur britannique ainsi qu’au Parlement plus généralement.

Lire la suite

Éléments de réflexion pour une repolitisation du Canada français

François-Olivier Dorais et Jean-François Laniel

Février 2019

* François-Olivier Dorais est historien et professeur à Université du Québec à Chicoutimi, Jean-François Laniel est sociologue et professeur à Université Laval. Qui eut cru, il y a à peine quelques mois de cela, que l’Ontario français se trouverait propulsé au cœur de l’actualité politique et médiatique québécoise, que les coupes du gouvernement ontarien dans les institutions de l’Ontario français et la mobilisation de la communauté franco-ontarienne seraient suivies et commentées jour après jour, semaine après semaine, par La Presse comme par le Journal de Montréal, par le Parti libéral du Québec comme par Québec solidaire ? Que le premier ministre François Legault, à l’aube du premier mandat autonomiste caquiste à la tête de l’État québécois, semoncerait son vis-à-vis ontarien en lui rappelant que les Franco-Ontariens ne constituent pas une minorité ethnique et linguistique parmi les autres au Canada, à l’instar de la diaspora chinoise à qui le premier ministre Doug Ford les comparait, mais bien les membres de l’un des « peuples fondateurs » du pays ? Que l’Assemblée nationale du Québec, dans une rare unanimité dont elle a le secret, déciderait de hisser le drapeau vert et blanc de l’Ontario français à l’une de ses tours, et que cette motion à la mémoire...

Lire la suite

Réussir l’indépendance

David Leroux

Février 2019

Pour beaucoup d’entre nous, la dernière campagne électorale prit la forme d’une petite apocalypse politique. Jamais on n’avait si peu parlé du Québec et de ses intérêts les plus élevés en contexte d’élection, jamais on n’avait élevé avec tant d’ostentation l’Ontario comme ultime étalon auquel se mesurer. L’esprit du colonisé a refait surface comme jamais, et pas un seul instant le chef présumé des troupes souverainistes assis aux commandes du Parti québécois n’a offert au peuple d’ici de sortir de cette abominable et humiliante mascarade.

Lire la suite

La vassalisation du Québec

Jean Archambault

Février 2019

La question des rapports entre le gouvernement fédéral et le gouvernement québécois en ce qui concerne la juridiction en matière d’immigration est une problématique complexe, mais, globalement, selon la constitution canadienne ce champ relève d’abord du fédéral. Pourtant, le Québec, au cours des dernières décennies, est allé chercher de nouveaux pouvoirs. L’entente Canada-Québec (accord Gagnon-Tremblay–McDougall) signée en 1991 et qui prolonge l’accord Cullen-Couture de 1978, concède au Québec le droit, à l’étranger et au Canada, de choisir les immigrants réguliers qui veulent venir ici. Le Québec est aussi responsable de leur intégration linguistique et socio-économique. En outre, le Québec peut faire connaître au fédéral, ses intentions de plafonner ou d’augmenter le seuil annuel souhaitable d’immigration. Cependant, la question des demandeurs d’asile relève exclusivement du fédéral. L’arrivée massive de migrants clandestins n’a pas été l’occasion pour le gouvernement Couillard d’exiger une nouvelle répartition des pouvoirs entre le fédéral et le provincial dans la problématique des demandeurs d’asile. Au contraire, ce gouvernement s’est cantonné dans un rôle minimal en tant que simple province du Canada en oubliant volontairement qu’il représente une nation et qu’il a le devoir de la protéger. Les différentes actions du gouvernement Couillard, entre 2016 et 2018, nous éclairent sur...

Lire la suite

Québec solidaire, le 1er octobre. Un succès démérité?

Paul Lavoie

Février 2019

* Ph. D., cadre retraité de l’éducation, militant du Parti québécois J’habite la circonscription de Saint-François, dont les trois quarts des électeurs se retrouvent dans les limites de la ville de Sherbrooke. Lors des élections du 1er octobre 2018, la candidate du Parti québécois est arrivée quatrième (PQ, 16 %). Elle s’est retrouvée assez loin derrière la candidate de la Coalition avenir Québec (CAQ, 35 %), celui du Parti libéral du Québec (PLQ, 23 %) et celui de Québec solidaire (QS, 23%). Elle a été chanceuse d’avoir atteint le 15 % nécessaire au remboursement d’une partie de ses dépenses électorales. Si sa défaite a semblé si triste autant à ses partisans qu’à elle, ils ont pourtant des motifs de se réconforter. Le résultat n’aurait peut-être pas été le même si tous les partis avaient joué franc jeu durant cette campagne électorale. Or, il s’en trouve un parmi eux, Québec solidaire, qui ne l’a pas fait. Québec solidaire a fait le soir du 1er octobre une autre victime que le Parti québécois. Une victime collatérale ne s’y attendant pas, le Parti libéral du Québec ! Tant qu’il affaiblissait le Parti québécois, le Parti libéral a traité presque avec déférence Québec solidaire – il fallait entendre en...

Lire la suite

Mort du programme d'ethnologie à l'Université Laval?

En réponse à un étudiant de l’Université Laval qui constatait dans les pages d’un quotidien montréalais le risque de disparition du programme d’ethnologie de cette institution mais qui voulait surtout faire un voyage à Waterloo en Ontario

Permettez-moi de me souvenir qu’en 1978 face à une demande de l’Association des étudiants en Arts et traditions populaires (ancêtre du programme d’ethnologie actuel de l’Université Laval), le directeur du département refusait de nous accorder l’argent pour un voyage d’étude dans… Charlevoix. Nous étions alors plus de 100 étudiants inscrits au programme et finalement la direction a cédé. Mais qu’est-ce qui a changé pour que ce programme regroupe moins de 20 étudiants qui étudient le plus souvent « en ligne » comme vous l’affirmez ?

Beaucoup de choses en fait et la destination de votre voyage vers Waterlo en Ontario en dit beaucoup. Il vous faut participer à un Colloque d’une association pancanadienne de Folklore, laquelle propose des communications en anglais surtout ou encore en « bilingue » et publie aussi une revue dont le contenu est souvent en anglais seulement. Faut-il se souvenir que le programme de recherche fondé autour des Archives de folklore en 1944 visait l’étude du folklore des francophones du Québec et de l’Amérique du Nord ? Cela est-il oublié au fond d’un passé recouvert par un multiculturalisme ambiant maintenant de bon aloi dans ce domaine de recherche à l’Université Laval ?

Il est vrai qu’en 1978 nous étions portés par la vague nationaliste qui avait conduit le Parti québécois au pouvoir le 15 novembre 1976. Il était alors de bon ton d’aimer notre folklore, de le partager avec les autres et de lui assurer une certaine « suite du monde ». Aujourd’hui on dirait cela chauvin, « tricoté serré », pas ouvert sur le monde. Et pourtant le projet des fondateurs des Archives de folklore était bien de croire en cette culture française du Québec et de l’Amérique du Nord. Ce n’est pas dévier que de le rappeler ; je crois plutôt que les promoteurs du programme actuel férus de multiculturalisme qui autorise les subventions fédérales ou même provinciales le savent sans doute aussi.

En fait, si vous voulez faire un Colloque sur l’ethnologie au Canada français, il faut le faire aujourd’hui dans les provinces où les francophones sont minoritaires. Au Québec, les colloques en ethnologie ou folklore québécois – s’il s’en trouve encore – sont tous teintés de l’approche internationaliste et entremêlent les cultures sans faire ressortir spécifiquement celle du Québec francophone. Je ne dis pas cela parce que je suis contre la chose, mais simplement parce qu’il n’est pas normal qu’à la suite des Luc Lacourcière et Félix-Antoine Savard, il ne se trouve plus au Québec un seul programme consacré au folklore des francophones en Amérique du Nord.

Le problème de fond est politique. Il ne faut plus présenter un domaine d’étude retenant les francophones du Québec comme une majorité détentrice d’une culture nationale, mais plutôt comme habitant un « territoire » devenu informe où se métisse « des cultures ». Je pense que cela fait beaucoup dans le manque de recrutement des étudiants en ethnologie à l’Université Laval qui, au temps où j’étudiais dans ce domaine, constituait un secteur de recherche reconnu pour son excellence. Pourquoi s’endetter, avec des prêts et bourses si on parvient à en obtenir, pour étudier une ethnologie multiculturelle dans la « plus vieille université québécoise francophone d’Amérique » ?

Je trouve bien triste que l’ethnologue Conrad Laforte, autrefois professeur de chanson folklorique française, se soit inquiété à sa retraite de l’Université Laval de savoir si le programme d’étude qui avait occupé sa vie professionnelle « existerait encore ». La question a maintenant sa réponse qui est négative. Parfois, dans un élan de pessimisme, je me dis qu’il vaudrait mieux que disparaisse l’actuel programme d’ethnologie de l’Université Laval plutôt que de le voir perdurer si piteusement. Cela me peine tant pour ses fondateurs Savard et Lacourcière qui étaient de grands intellectuels québécois. Mais voilà, grâce à la lettre d’un étudiant en ethnologie, je constate maintenant que mon pire cauchemar est en train de se réaliser bien discrètement par une asphyxie lente et j’en suis fort triste. En attendant bonne chance, chers étudiants, pour votre voyage à Waterlo en Ontario… Mais ce n’est pas là où vous apprendrez la fierté d’être francophone en Amérique ou encore le désir de faire perdurer les traditions et la culture qui s’y rattachent…

Collections numériques (1917-2013)

action couv 1933Bibliothèque et Archives nationales du Québec a numérisé tous les numéros de L'Action française et de L'Action nationale depuis 1917.

Vous pouvez utilisez cet outil de recherche qui vous permettra — si vous cliquez sur « préciser la rechercher » — de ne chercher que dans L'Action nationale ou dans L'Action française.