L'histoire nationale sans restrictions

Comme mon ancien collègue Jean-Marie Fecteau est décédé le 3 octobre dernier et qu’il n’est plus là pour se défendre, j’aimerais rétablir certains faits quant à la réplique que vient de lui adresser Charles Courtois. J’inviterais d’abord les lecteurs de L’Action nationale à consulter le texte original de Monsieur Fecteau dans le numéro de novembre-décembre de l’année 2011 afin qu’ils se fassent une idée exacte de ses propos. Pour résumer les positions d’une façon simple, disons que nous sommes devant deux écoles de pensée en ce qui concerne l’histoire nationale. Celle défendue par le rapport Bédard-D’Arcy et reprise ici par Charles Courtois soutient une vision conservatrice en confinant celle-ci aux grands personnages et événements politiques. Nous sommes plutôt d’avis que les luttes menées par les pauvres, les ouvriers et les femmes pour améliorer leur sort participent à cette histoire au même titre que les actions des membres de l’élite.

Cela étant, le texte de Charles Courtois fait nettement ressortir les raisons qui ont poussé Jean-Marie Fecteau à produire une réponse aussi virulente au rapport Bédard-D’Arcy. En effet, Monsieur Courtois persiste, comme on le faisait dans ce rapport, à cantonner Monsieur Fecteau à l’histoire sociale, alors que ce dernier est également un spécialiste reconnu par ses pairs de l’histoire politique et qu’il a largement participé au mouvement pour revaloriser l’histoire nationale du Québec. Le fait qu’il s’éloigne de la vision traditionaliste du politique ne justifie en aucune manière que l’on ne reconnaisse pas son apport à ce sujet. Jean-Marie Fecteau a notamment publié des articles scientifiques sur les Rébellions, donné le cours portant sur cet événement et dirigé un grand nombre de thèses de doctorat et de mémoires de maîtrise sur la question. Il est pour le moins curieux que Charles Courtois, à l’instar du rapport Bédard-D’Arcy, n’en fasse aucune mention.

Ce que Monsieur Courtois ne dit pas non plus, c’est que si le rapport Bédard-D’Arcy a suscité des réactions aussi vives de la part de la communauté historienne universitaire, c’est qu’il nie l’expertise de professeurs qui travaillent dans des champs qui recoupent la grande trame événementielle de l’histoire nationale à laquelle il fait constamment référence. Par exemple, on retrouve au département d’histoire de l’UQAM un professeur comme Jean-Philippe Garneau engagé en vertu de ses recherches sur la période de la Conquête (il a notamment travaillé sur la question du droit civil durant cette période). Sylvie Despatie y est spécialiste de l’histoire rurale de la Nouvelle-France, Stéphane Savard y mène des travaux qui portent sur la Révolution tranquille et sur l’histoire politique du Québec au XXe siècle et Fernande Roy s’intéresse à l’histoire de l’Amérique du Nord britannique. Il est donc faux, comme le prétend encore ici Charles Courtois, que les départements n’engagent aucun historien spécialisé sur ces questions. On ne peut faire fi de l’expertise des gens sous prétexte qu’on ne partage pas la même vision de l’histoire.

Les réactions au rapport Bédard-D’Arcy dont parle Monsieur Courtois n’ont donc rien à voir avec une opposition à la revalorisation de notre histoire nationale. D’ailleurs, accoler comme il le fait les positions de Jocelyn Létourneau à celles de Jean-Marie Fecteau relève d’une certaine malhonnêteté intellectuelle. Et confondre ses travaux avec ceux de Paul-André Linteau en disant qu’il se concentre sur la période post-1867 ne tient absolument pas la route puisque c’est d’abord sur la période qui précède 1840 que portent les travaux de Jean-Marie Fecteau (Voir notamment: Jean-Marie Fecteau, Un nouvel ordre des choses : la pauvreté, le crime, l'Etat au Québec, de la fin du XVIIIe siècle à 1840, Montréal, VLB éditeur, Collection « Études québécoises » [dirigée par Robert Comeau], 1989.)

De nombreux partisans de la revalorisation de notre histoire nationale, dont je fais partie, ne partagent tout simplement pas les vues conservatrices de M. Courtois.

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Montréal et l'usage du drapeau du Québec

Madame Stéphanie Vallée, ministre de la Justice du Québec
Monsieur Martin Coiteux, ministre des Affaires municipales et de l’Occupation du Territoire
Madame Valérie Plante, mairesse, Ville de Montréal,

Pour tous les États et nations de ce monde, le drapeau représente un symbole de haute importance. Partout, des règles d’utilisation ont été décrétées à l’intention des organismes et institutions publiques qui relèvent de leur juridiction. Le Québec n’y fait pas exception. Or, en cette matière, il semble que Montréal se place en situation de rupture avec les façons de faire promulguées par le gouvernement du Québec. En évacuant le drapeau du Québec des rencontres officielles et médiatisées impliquant un premier ministre canadien ou tout autre chef d’État, non seulement renie-t-on l’affiliation de la Métropole au Québec, mais on s’octroie un statut qui n’est pas le sien. Une telle façon de faire est contraire à la réalité constitutionnelle du Québec. Il semble bien que Toronto ne s’en permette pas autant.

plantetrudeau

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