Éditorial - Hauteur de vue requise

Robert Laplante

Février 2019

La lune de miel est terminée. Les premières salves sont lancées : Trudeau qui rejette la proposition de la déclaration d’impôt unique, Leblanc qui finasse sur la question des seuils d’immigration. Trudeau, encore, qui persiffle sur la laïcité, Rodriguez qui laisse tomber son masque et les civilités pour nous servir le mépris du Québec français. Cela ira en s’accélérant et le signal en a été donné à la sortie du caucus de la CAQ : le tir groupé sur les déclarations de François Legault au sujet de cette chose aussi mal définie que l’islamophobie aura donné un avant-goût de ce qui l’attend lorsque son gouvernement déposera le projet de loi sur la laïcité. À Radio-Canada et dans de nombreuses officines du cartel médiatique, les chantres du multiculturalisme ont de plus en plus de mal à cacher leur jupon ; la nébuleuse diversitaire s’agite, publie, appelle à la censure, l’intolérance vertueuse s’affiche et se répand. La politique québécoise restera aussi fermement tenue coincée entre le consentement à la « normalisation » minoritaire et l’humiliation. C’est entre ces deux pôles – et entre eux seulement – que l’ordre canadian est déterminé à contenir le Québec.

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Ton histoire est une des pas pire

Michel Rioux

Février 2019

Paraîtrait qu’il ne faudrait pas parler d’évènements comme celui-là, histoire de ne pas nourrir un sentiment de défaitisme chez les Québécois, chez les jeunes surtout. Des pendaisons comme celles des Patriotes, c’est bien connu, ça ne fait pas danser dans les chaumières.

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Les sources du conflit entre la Catalogne et l’Espagne

Joan Fonollosa

Février 2019

* L'auteur est ingénieur industriel, professeur retraité de l’Université Polytechnique de Catalogne. Comment expliquer à des lecteurs étrangers ce qui se passe en Catalogne ? Pour faire comprendre au public québécois les événements qui se sont déroulés en Catalogne ces dernières années, je débuterai par une comparaison que l’ancien président de la Generalitat, Jordi Pujol, utilisait dans le passé. Il assimilait le rapport entre la Catalogne et l’Espagne aux relations entre la Lituanie et la Russie. Si je devais transposer cette relation à celle entre le Québec et le Canada, je devrais toutefois spécifier que l’Espagne a plus d’affinités avec la Russie qu’avec le Canada. L’Espagne est un État, c’est-à-dire, une structure de pouvoir, qui s’est constituée au Moyen Âge et qui n’a pas beaucoup évolué. Même si cela peut paraître étonnant on comprend mieux l’Espagne si on pense à un État féodal plutôt qu’à un État démocratique. Ce pays est dominé par des intérêts de castes incapables de créer de la richesse, mais qui ont un incessant besoin de ressources financières pour réaliser des dépenses somptuaires afin de soutenir un statut d’hidalgo, mot qui signifie : fils de quelqu’un. Cet argent a été extorqué successivement aux Arabes, aux Juifs et ensuite...

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BREXIT: Entre l’arbre et l’Écosse

X. Hubert Rioux

Février 2019

* Chercheur postdoctoral, ÉNAP. Cet article a été rédigé et soumis à la toute fin du mois de janvier 2019, alors que Theresa May repartait en négociations avec l’UE. Le 15 janvier dernier, les députés du Parlement britannique à Londres ont massivement rejeté l’Accord transitoire négocié avec Bruxelles par le gouvernement de Theresa May, plongeant le Royaume-Uni (R.-U.) encore un peu plus profondément dans la crise politique et constitutionnelle qui a jusqu’ici caractérisé le processus de sortie de l’Union européenne (UE), depuis le vote référendaire de juin 2016. À 432 voix contre 202 en défaveur de cet Accord, il s’agit de la plus grande défaite en Chambre de l’histoire britannique moderne, qui aura évidemment été suivie du dépôt immédiat (et, disons-le, passablement opportuniste et cynique) d’une motion de censure par l’opposition travailliste que dirige Jeremy Corbyn. Theresa May et son gouvernement, minoritaire, mais soutenu par une alliance avec les députés unionistes nord-irlandais, y ont survécu de justesse le 16 janvier, mais ces deux votes auront tour à tour confirmé la division qui règne à la fois au Parti conservateur britannique ainsi qu’au Parlement plus généralement.

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Éléments de réflexion pour une repolitisation du Canada français

François-Olivier Dorais et Jean-François Laniel

Février 2019

* François-Olivier Dorais est historien et professeur à Université du Québec à Chicoutimi, Jean-François Laniel est sociologue et professeur à Université Laval. Qui eut cru, il y a à peine quelques mois de cela, que l’Ontario français se trouverait propulsé au cœur de l’actualité politique et médiatique québécoise, que les coupes du gouvernement ontarien dans les institutions de l’Ontario français et la mobilisation de la communauté franco-ontarienne seraient suivies et commentées jour après jour, semaine après semaine, par La Presse comme par le Journal de Montréal, par le Parti libéral du Québec comme par Québec solidaire ? Que le premier ministre François Legault, à l’aube du premier mandat autonomiste caquiste à la tête de l’État québécois, semoncerait son vis-à-vis ontarien en lui rappelant que les Franco-Ontariens ne constituent pas une minorité ethnique et linguistique parmi les autres au Canada, à l’instar de la diaspora chinoise à qui le premier ministre Doug Ford les comparait, mais bien les membres de l’un des « peuples fondateurs » du pays ? Que l’Assemblée nationale du Québec, dans une rare unanimité dont elle a le secret, déciderait de hisser le drapeau vert et blanc de l’Ontario français à l’une de ses tours, et que cette motion à la mémoire...

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Réussir l’indépendance

David Leroux

Février 2019

Pour beaucoup d’entre nous, la dernière campagne électorale prit la forme d’une petite apocalypse politique. Jamais on n’avait si peu parlé du Québec et de ses intérêts les plus élevés en contexte d’élection, jamais on n’avait élevé avec tant d’ostentation l’Ontario comme ultime étalon auquel se mesurer. L’esprit du colonisé a refait surface comme jamais, et pas un seul instant le chef présumé des troupes souverainistes assis aux commandes du Parti québécois n’a offert au peuple d’ici de sortir de cette abominable et humiliante mascarade.

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La vassalisation du Québec

Jean Archambault

Février 2019

La question des rapports entre le gouvernement fédéral et le gouvernement québécois en ce qui concerne la juridiction en matière d’immigration est une problématique complexe, mais, globalement, selon la constitution canadienne ce champ relève d’abord du fédéral. Pourtant, le Québec, au cours des dernières décennies, est allé chercher de nouveaux pouvoirs. L’entente Canada-Québec (accord Gagnon-Tremblay–McDougall) signée en 1991 et qui prolonge l’accord Cullen-Couture de 1978, concède au Québec le droit, à l’étranger et au Canada, de choisir les immigrants réguliers qui veulent venir ici. Le Québec est aussi responsable de leur intégration linguistique et socio-économique. En outre, le Québec peut faire connaître au fédéral, ses intentions de plafonner ou d’augmenter le seuil annuel souhaitable d’immigration. Cependant, la question des demandeurs d’asile relève exclusivement du fédéral. L’arrivée massive de migrants clandestins n’a pas été l’occasion pour le gouvernement Couillard d’exiger une nouvelle répartition des pouvoirs entre le fédéral et le provincial dans la problématique des demandeurs d’asile. Au contraire, ce gouvernement s’est cantonné dans un rôle minimal en tant que simple province du Canada en oubliant volontairement qu’il représente une nation et qu’il a le devoir de la protéger. Les différentes actions du gouvernement Couillard, entre 2016 et 2018, nous éclairent sur...

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Québec solidaire, le 1er octobre. Un succès démérité?

Paul Lavoie

Février 2019

* Ph. D., cadre retraité de l’éducation, militant du Parti québécois J’habite la circonscription de Saint-François, dont les trois quarts des électeurs se retrouvent dans les limites de la ville de Sherbrooke. Lors des élections du 1er octobre 2018, la candidate du Parti québécois est arrivée quatrième (PQ, 16 %). Elle s’est retrouvée assez loin derrière la candidate de la Coalition avenir Québec (CAQ, 35 %), celui du Parti libéral du Québec (PLQ, 23 %) et celui de Québec solidaire (QS, 23%). Elle a été chanceuse d’avoir atteint le 15 % nécessaire au remboursement d’une partie de ses dépenses électorales. Si sa défaite a semblé si triste autant à ses partisans qu’à elle, ils ont pourtant des motifs de se réconforter. Le résultat n’aurait peut-être pas été le même si tous les partis avaient joué franc jeu durant cette campagne électorale. Or, il s’en trouve un parmi eux, Québec solidaire, qui ne l’a pas fait. Québec solidaire a fait le soir du 1er octobre une autre victime que le Parti québécois. Une victime collatérale ne s’y attendant pas, le Parti libéral du Québec ! Tant qu’il affaiblissait le Parti québécois, le Parti libéral a traité presque avec déférence Québec solidaire – il fallait entendre en...

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La nouvelle donne souverainiste

L’élection du 4 septembre 2012 n’est que le prélude à celle qui va suivre d’ici 18 mois. Elle a amené le Parti québécois au pouvoir, provoqué le départ de Jean Charest et confirmé l’implantation à l’Assemblée nationale de deux partis récemment créés, Québec solidaire et la Coalition avenir Québec, respectivement à la gauche et à la droite du PQ. Ce sont les conditions de départ de la prochaine campagne électorale. S’il est habile, le nouveau gouvernement minoritaire pourra se servir de ce résultat comme tremplin vers une prochaine majorité ou une majorité de coalition PQ-QS. Cette majorité devra relancer l’option souverainiste et trouver un moyen de travailler avec la CAQ sur la question nationale afin de favoriser les consensus nécessaires. Pour le reste, il faut examiner la nouvelle situation politique ainsi créée tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du mouvement souverainiste.

À l’intérieur du mouvement souverainiste

Il ne suffit pas de se dire souverainiste et de reporter la souveraineté aux calendes grecques tout en attendant passivement la venue miraculeuse de conditions gagnantes. Il faut s’employer activement à les susciter. Les quelques mois de vie utile du nouveau gouvernement minoritaire doivent être utilisés à bon escient. Ils ne seront pas de trop pour préparer le terrain de la reprise de l’initiative après la prochaine élection. Encore faut-il avoir les idées claires et savoir comment se rendre dans les conditions actuelles là où on veut aller.

Les convictions et la volonté souverainistes de la première ministre ne font aucun doute. Le nier est une forme d’entêtement. Cependant, il est tout aussi manifeste que le Parti québécois a perdu une partie de sa capacité de rassembler les souverainistes. Qu’on le veuille ou non, le mouvement souverainiste est maintenant composite.

On compte au sein du mouvement souverainiste les ailes parlementaires du PQ et de Québec solidaire. Ce dernier dispose maintenant de deux forts députés capables de marquer l’opinion publique au-delà de leur nombre. On compte aussi Option nationale, qui n’a pas réussi à faire élire son chef, et le Parti indépendantiste. N’étant pas présents à l’Assemblée nationale, ces deux partis, que l’on distingue difficilement, sont condamnés pour l’avenir prévisible à la marginalité. Enfin, de nombreux électeurs de la CAQ ont voté OUI au dernier référendum ou seraient prêts à le faire un jour si leurs préoccupations légitimes, surtout économiques, étaient satisfaites. La direction de leur parti pourrait les suivre si le vent tournait dans cette direction.

Comme toujours, le gouvernement péquiste aura fort à faire pour gérer la province et ne satisfera pas les attentes de tous les souverainistes. S’il n’est pas à la hauteur, le mouvement souverainiste s’affaiblira davantage. Il faudra non seulement une main ferme et expérimentée à la barre, mais aussi un doigté qui reste à démontrer dans la pratique des affaires courantes et dans les grandes décisions.

On connaît les critiques qui ont été adressées au Parti québécois : la crainte d’un retour à une dérive droitière, le manque de transparence de la gouvernance souverainiste, la tentation du fédéralisme renouvelé. Ces critiques sont quelque peu paradoxales. Le PQ est probablement plus social-démocrate aujourd’hui qu’il ne l’a été depuis longtemps, puisqu’il a à sa tête une personne qui a instauré l’assurance-médicaments et favorisé la mise en place d’un réseau public de garderies. Il est prématuré de juger la gouvernance souverainiste sans en avoir vu les effets qui peuvent se révéler mobilisateurs et contester le régime fédéral. Quant au fédéralisme renouvelé, la modification constitutionnelle qui a aboli les commissions scolaires confessionnelles alors que madame Marois était ministre de l’Éducation était manifestement dans l’intérêt public et a contribué à faire avancer le Québec.

Il reste qu’il existe une crise de confiance marquée à l’égard du Parti québécois dans une grande partie du mouvement souverainiste. Deux défaites référendaires et le déficit zéro y ont contribué. Québec solidaire est né pour rallumer l’espoir chez de nombreux jeunes et des victimes de l’inégalité croissante. Leurs porte-parole sont éloquents et témoignent de la force de leur vision. Il est trop tard pour ne pas reconnaître la nécessité pour le Parti québécois de faire alliance avec Québec solidaire pour réaliser la souveraineté.

On peut se demander toutefois s’il en est de même pour Option nationale. Ce parti semble se considérer comme un gardien de la flamme indépendantiste qui n’a pas à composer avec la réalité politique du moment ni à proposer une stratégie crédible d’accession à l’indépendance dans les circonstances présentes. On en espérait davantage. Il ne paraît pas encore mûr pour la mission qu’il s’est donnée. Il ne suffit pas de proclamer haut et fort les vertus de l’indépendance ; il faut encore préciser le chemin qui y mènera. Option nationale peut représenter une alternative pour l’avenir si le PQ faillit à la tâche. Les prochains mois constitueront probablement pour lui une traversée du désert dans lequel il aura péniblement accès aux médias. Cette période se prolongera si, encore une fois, aucun de ses candidats n’est élu la prochaine fois.

Dire que le PQ et QS doivent travailler ensemble ne signifie pas que la chose sera facile. On peut imaginer Françoise David et Amir Khadir ministres dans un gouvernement de coalition. Auparavant, un travail de convergence sera nécessaire. Il est possible que le prix exigé par QS pour son appui soit une réforme du mode de scrutin qui rendra plus difficile l’élection d’un gouvernement péquiste majoritaire.

S’unir autour de projets communs

Le PQ et QS devraient travailler ensemble afin de promouvoir quelques projets mobilisateurs. Ceux-ci peuvent se trouver d’abord sur le terrain social. Les principales réformes mises de l’avant dans ce domaine par le gouvernement péquiste devraient être présentées avec l’appui de QS.

Il existe un projet commun directement en relation avec la question nationale. Le PQ et QS ont tous deux inscrit dans leurs programmes leur volonté de rédiger une constitution du Québec. Ils devraient dès maintenant préparer le terrain afin de réaliser ce travail essentiel de renforcement de l’identité nationale après la prochaine élection. Cette opération pourrait se faire par exemple dans un premier temps dans le cadre du Conseil de la souveraineté, qui devrait être financé dès que possible par les fonds publics pour ce projet. Avec l’accord de la CAQ, il pourrait être possible de discuter de cette question à l’Assemblée nationale même sous un gouvernement minoritaire. On sait que l’ADQ était favorable à un certain moment à l’adoption d’une constitution du Québec.

Encore faut-il savoir de quelle constitution il s’agit. Quatre possibilités se présentent :

  • une constitution provinciale respectueuse du statu quo et qui consacre le statut du Québec depuis 1867 et le rapatriement de la constitution canadienne de 1982 ;
  • une constitution du Québec qui se situe dans le cadre canadien, mais qui en remet en question certains des éléments fondamentaux afin d’étendre considérablement l’autonomie du Québec et tendre vers la souveraineté sans la réaliser immédiatement ;
  • une constitution provisoire du Québec souverain ;
  • une constitution définitive du Québec souverain.

La première possibilité n’est d’aucun intérêt pour les souverainistes et la dernière est prématurée. Il reste à regarder de plus près les constitutions 2 et 3, qui peuvent d’ailleurs être adoptées simultanément. Une constitution 2 qui réclame le rapatriement de pouvoirs importants pourrait recueillir l’appui de la CAQ si elle bénéficie d’un soutien populaire. La constitution 3 pourrait être présentée comme une alternative à l’échec appréhendé de la constitution 2. La prochaine campagne électorale pourrait avoir pour thème le mandat de faire adopter la constitution 2 dans un délai préétabli, ou à défaut de réaliser la souveraineté.

On sait que des sondages indiquent régulièrement qu’une majorité d’électeurs québécois sont toujours favorables à une réforme de la constitution canadienne en dépit du manque de réalisme de cette proposition. Une stratégie efficace d’accession à l’indépendance ne doit-elle pas commencer par démontrer une fois pour toutes le caractère illusoire d’une telle réforme aux Québécois d’aujourd’hui, trop jeunes ou trop occupés pour se souvenir des débats constitutionnels du passé ? Pour ce faire, il faut demander le rapatriement de pouvoirs qui font consensus au Québec indépendamment de la teneur de la constitution canadienne. Que nous faut-il pour nous développer et prospérer ? Le rapatriement de l’assurance-emploi est un bon début, mais d’autres exemples dans le domaine linguistique et l’environnement, qui ont été mentionnés dans la récente campagne électorale, peuvent s’ajouter, ainsi que plusieurs autres sujets qui peuvent être négociés entre les partis politiques intéressés, tels que le rapatriement de nos impôts et l’abolition de la fonction du lieutenant-gouverneur. Tout dépend de la force et de l’étendue des consensus qui peuvent être atteints.

Il existe également un profond désaccord entre le PQ et QS sur la manière de faire une constitution. Pour QS, il faut une assemblée constituante dès maintenant, quitte à ce que cette assemblée adopte une constitution qui ne soit pas souverainiste. Pour le PQ, au contraire, la convocation d’une telle assemblée ne peut avoir lieu qu’après le passage à la souveraineté.

Une assemblée constituante n’aurait aucune valeur juridique en regard de la constitution canadienne qui continuera de s’appliquer jusqu’à la réalisation de la souveraineté, puisque cette constitution ne reconnaît que l’Assemblée nationale comme dépositaire des pouvoirs du Québec. De plus, une assemblée constituante avant la souveraineté rendrait plus probable un affrontement entre souverainistes sur des questions relativement secondaires telles que la réforme du mode de scrutin, ce qui ferait déraper ce processus.

Un compromis peut être trouvé si le PQ accepte l’idée qu’une constitution 2 qui bénéficie d’une légitimité populaire puisse être adoptée à des fins pédagogiques malgré ses minces chances de succès auprès de nos partenaires canadiens. Ceux-ci comprendront sans doute que le rejet intégral de telles demandes qui font consensus au Québec puisse risquer de rallumer la ferveur souverainiste. Même Jacques Parizeau a pu tirer parti du vent favorable créé par l’échec de la réforme du lac Meech plus de cinq ans après les événements. Cette fois-ci, un échec autour de propositions beaucoup plus substantielles pourrait avoir des conséquences plus dramatiques pour le Canada.

La difficulté pour les fédéralistes est que même un gouvernement fédéral favorable aux revendications du Québec ne pourrait livrer la marchandise. Un tel gouvernement pourrait être formé par le NPD en octobre 2015, les élections fédérales étant maintenant à date fixe comme elles devraient l’être au Québec (sauf dans le cas d’un gouvernement minoritaire, puisque le gouvernement est responsable devant le parlement dans notre système constitutionnel actuel). Ce nouveau gouvernement fédéral serait lié par les contraintes de la procédure de modification de la Loi constitutionnelle de 1982. Il serait temps pour le mouvement souverainiste d’adopter une stratégie plus fine et d’employer ces contraintes de l’ère Trudeau à son avantage. Elles peuvent très bien servir à faire comprendre définitivement au peuple québécois qu’il n’y a d’autre issue au cadre constitutionnel actuel que la souveraineté.

A l’extérieur du mouvement souverainiste

Le PQ et QS ont la responsabilité d’aplanir leurs différences et de s’entendre sur un projet commun de constitution du Québec. Ce n’est qu’ainsi que ce train peut quitter la gare. Dans un deuxième temps, qui peut survenir avant les prochaines élections, mais plus probablement après, ils doivent tendre la main à la CAQ, ou du moins à ses électeurs. On peut supposer que ceux-ci sont majoritairement nationalistes et que nombre d’entre eux sont précisément ceux qui croient encore aux vertus apparentes du fédéralisme renouvelé. Plusieurs aspects d’une constitution fortement autonomiste pourraient attirer leur appui.

Le PQ, pour sa part, peut difficilement à lui seul présenter un projet de constitution autonomiste sans être accusé de contredire son option. Mais si QS ne semble pas idéologiquement opposé à une telle avenue pour des motifs démocratiques, et puisqu’il est manifeste qu’une constitution doit faire consensus dans une société, il faut commencer par là où se trouve la majorité des Québécoises et des Québécois et créer un front commun susceptible de donner un rapport de force le plus favorable au changement du statut politique du Québec. Cela n’empêche pas de rappeler que la souveraineté est la meilleure option dans l’intérêt commun du peuple québécois, comme la réaction du Canada ne tardera pas à le démontrer.

Cette démarche aurait aussi l’effet d’isoler le Parti libéral du Québec. Il reste à voir si son futur chef sera aussi farouchement canadien que son prédécesseur ou s’il reviendra à une forme de nationalisme qu’on a vue dans une plus grande mesure chez Robert Bourassa et Jean Lesage. Il pourrait aussi hésiter entre ces deux positions. Sous Jean Charest, le Québec a complètement abandonné toute revendication constitutionnelle, une première dans notre histoire politique. Ce premier ministre n’a malgré tout pas été en mesure d’aller jusqu’à signer la constitution de 1982. Il n’est pas certain qu’il ait réussi à transformer définitivement un parti autrefois plus autonomiste. Ce parti devra tenir à nouveau un débat interne sur sa conception du fédéralisme.

Un PLQ malmené par une commission d’enquête sur la corruption pourrait être placé sur la défensive par un projet de constitution qui contiendrait des éléments identitaires et des demandes de rapatriement de pouvoirs qui bénéficient d’appuis importants. Les anglophones et les fédéralistes inconditionnels continueraient à le soutenir, mais cette base serait insuffisante pour le porter au pouvoir. Il reste à voir si le prochain chef du PLQ aura le talent politique pour contourner avec succès ces différents écueils.

Plus fondamentalement, le PLQ n’est pas davantage une dynastie indestructible que ne l’a été le Parti libéral du Canada. Celui-ci a été miné par son rejet historique des aspirations de la majorité francophone du Québec et par la corruption. Il n’est pas invraisemblable que le PLQ fasse les mêmes erreurs et aboutisse dans le même cul-de-sac. L’arrivée tant attendue au pouvoir de Paul Martin semblait présager d’autres longues années de pouvoir sans partage pour son parti. Rien n’est écrit d’avance dans la vie politique.

On peut aussi se demander si le départ de Jean Charest ne met pas fin à une illustre lignée de chefs fédéralistes québécois. Cette lignée remonte à Louis-Hippolyte Lafontaine, George-Étienne Cartier et Wilfrid Laurier. On peut même affirmer qu’elle remonte à Louis-Joseph Papineau, si l’on considère ce dernier à la fois comme le père de la lignée indépendantiste et de la lignée réformatrice dans le cadre canadien. Celle-ci s’est incarnée à différentes époques en des premiers ministres du Canada, tels Louis Saint-Laurent, Pierre Trudeau, Brian Mulroney et Jean Chrétien, des premiers ministres du Québec tel Jean Lesage, ou des ministres fédéraux et provinciaux importants tels Gérard Pelletier ou Claude Ryan. En réalité, cette filière fédéraliste québécoise a constitué l’épine dorsale de l’appartenance du Québec au Canada et en grande partie de la fédération canadienne elle-même. Il était très difficile de réaliser l’indépendance tant que cette dynastie était active et performante, parce que les Québécois étaient déchirés entre une double allégeance. Les souverainistes sont parvenus quand même bien près de leur objectif en 1995 et Jean Charest a reçu ensuite la mission sacrée du capitaine Canada pour venir mettre un terme à la question nationale du Québec.

Comme Pierre Trudeau et Jean Chrétien, Jean Charest n’aura réussi en définitive qu’à gagner du temps sans résoudre le fond des choses. Pour la première fois, aucun grand chef historique de la lignée fédéraliste québécoise n’apparaît à l’horizon. Ni Justin Trudeau qui pourrait bientôt être à la tête d’un tiers parti affaibli qui n’a plus rien à voir avec le fier parti de son père, ni Thomas Mulcair qui a réaffirmé la règle du 50 plus 1 et qui est redevable de sa carrière politique fédérale et peut-être de son futur poste de premier ministre du Canada aux votes nationalistes du Québec, ni Philippe Couillard dont les vues sur la question nationale demeurent à ce jour inconnues, ni aucun autre des candidats potentiels à la direction du PLQ ne paraît avoir cette envergure. Cela est en soi un fait historique important.

René Lévesque aurait sans doute donné sa chemise pour se retrouver dans une telle situation. Quelques mois avant le premier référendum de 1980, il a tout fait pour avoir devant lui Joe Clark, un premier ministre conservateur de l’Alberta pourtant beaucoup plus sympathique et modéré que Stephen Harper. Une confrontation de nation à nation entre des consensus québécois légitimes et un gouvernement fédéral qui nous est déjà étranger l’aurait fait rêver.

Les principales difficultés du mouvement souverainiste depuis le référendum du 30 octobre 1995 ne sont pas venues des adversaires qui ont été secoués à ce moment. Elles ont plutôt été le résultat de l’automutilation. La partie est encore jouable et la situation peut se redresser rapidement. Pour cela, il faut travailler ensemble et cesser les procès d’intention.

La Révolution tranquille n’a pas été l’œuvre d’un chef politique et elle ne s’est pas faite en un grand soir. Elle a été réalisée par le peuple québécois sur quelques années bien remplies. Il en sera de même de la souveraineté.

Collections numériques (1917-2013)

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